Un barrage contre l’Atlantique / Frédéric Beigbeder

Ce roman a été écrit pendant la période de confinement. Frédéric Beigbeder est isolé dans une cabane au Cap Ferret afin d’écrire. Il se sent seul loin de sa femme. Son objectif est d’écrire une ligne par jour. Il est parti du constat que les jeunes, comme sa fille Chloë, ne lisent pas ses romans. Ce n’est pas qu’ils ne lisent pas mais en tout cas pas des textes longs. Il a donc mis de l’espace entre chaque phrase, comme un écrin, pour les mettre en valeur et vaincre Twitter. C’est vrai que cette aération est agréable pour les yeux. Il lance donc avec humour une nouvelle façon d’écrire pour les jeunes générations qui a fonctionné avec sa fille. Voici donc une expérience à tenter : espacer les phrases des classiques !

Il y a de belles phrases auxquelles on ne peut rester insensible. Et puis il y a les souvenirs d’enfance, le divorce de ses parents. A 55 ans, Frédéric Beigbeder fait le bilan de sa vie, et c’est émouvant. Ce livre est d’ailleurs présenté comme la suite d’« Un roman français », paru en 2009 et pour lequel il a reçu le prix Renaudot. Je vous rassure de suite, ces deux livres peuvent se lire indépendamment.

Certes il digresse mais il y a un fil conducteur qui est Benoît Bartherotte et son éternel labeur, élever une digue pour empêcher la disparition de son terrain sous les flots, d’où le titre emprunté à Marguerite Duras.


« Bartherotte a bâti une digue pour sauvegarder l’extrémité sud de la presqu’île de Lège-Cap-Ferret, en Gironde. »

Vous retrouverez aussi ses frasques. J’avoue n’être pas au courant ni intéressée par la vie des « people » et du coup de voir apparaître des noms comme celui de Laura Smet me laisse quelque peu perplexe. Je crois que je préfèrerais que les noms soient changés. C’est un roman autobiographique et Frédéric Beigbeder se livre toujours dans ses romans. Après tout pourquoi pas, il dit d’ailleurs avoir fait lire son manuscrit aux personnes concernées avant de le remettre à son éditeur. Et puis il dit que les gens imaginent des vies trépidantes aux écrivains alors que sa vie actuelle est rythmée par le ramassage des jouets de ses enfants dans le salon.

Frédéric Beigbeder nous offre un roman intime et sincère sur le temps qui passe, sur l’importance de la famille. Il observe ses bons et ses mauvais souvenirs, s’attarde sur ceux qui l’émeuvent le plus et affronte ses émotions qu’il fuyait auparavant. J’ai eu le bonheur d’assister à un VLEEL mémorable que vous pouvez voir en replay sur la chaîne YouTube. Vous verrez notamment un invité surprise faire ses confessions à Frédéric Beigbeder, un beau moment d’amitié.

Note : 4.5 sur 5.

« Mes phrases respecteront la distanciation littéraire. »

« Je voudrais dénoncer nommément dans ce livre toutes les personnes qui ont comploté à me rendre heureux.

 

Ma mémoire remonte par bribes désorganisées (ou organisées sans me demander mon avis).

 

Je ne me souviens que par flashs : mes souvenirs sont stroboscopiques. »

« Moi aussi, je cherche l’immobilité qui donnera à mes enfants les souvenirs que je n’ai pas. »

« Il est crucial de réinventer notre façon d’écrire si nous ne voulons pas que la littérature disparaisse au XXIe siècle.

 

Non, Twitter, vous n’avez pas le monopole de l’apophtegme ; vous ne l’avez pas. »

« Je sais aujourd’hui que mon malheur résulte de moi uniquement. »

« J’ai bien profité du monde précédent car j’ai toujours eu l’intuition que, plus tard, ce serait la grosse merde, et maintenant que ça y est, nous y sommes, je cours me réfugier dans un paradis endigué. »

« Je me prends pour un poète, alors que je ne suis qu’un phraseur. »

« Benoît Bartherotte est le fil conducteur de ce récit ; chaque fois que je m’égarerai, vous le verrez réapparaître.

 

Depuis quarante ans, il jette des rochers dans l’océan, à la pointe du Cap Ferret. »

« Certaines phrases se surestiment : elles se prennent pour des maximes, comme une instagrammeuse se prend pour une star.

 

Mes phrases préférées sont les phrases qui n’ont pas d’autonomie.

 

Celle qui ont besoin des autres pour exister.

 

Celles qui ne tiennent pas debout toutes seules.

 

Je les trouve plus émouvantes, isolées et cependant reliées.

 

Elles flottent.

 

Ce sont des phrases sans gravité, des silex gonflés à l’hélium.

 

Ce matin encore, plusieurs camions remplis de pierres sont venus déverser leur cargaison devant ma cabane, dans un fracas de tonnerre.

 

Ce qui est beau dans ce combat contre la nature, c’est sa vanité.

 

Bartherotte est le Sisyphe gascon. »

« La première fois que j’avais rencontré Claude Lanzmann, c’était sur le plateau de « Rive droite / Rive gauche » en 1997.

 

Je me souviens d’une réplique merveilleuse.

 

Ardisson le présente : « Nous recevons Claude Lanzmann, le réalisateur de La Shoah. »

 

Et Claude de rectifier immédiatement : « Ah non, La Shoah, c’est Hitler. Moi c’est Shoah. » »

« Il y a deux sortes d’humains : ceux qui ont du sable dans leurs chaussures, et ceux qui n’ont pas de sable dans leurs chaussures.

 

Benoît appartient à la troisième catégorie : ceux qui ne portent pas de chaussures. »

« Mon père a été maladroit, blessant, absent, égoïste et pourtant je ne cesserai jamais de l’admirer.

 

Ma mère a été aimante, protectrice, présente, altruiste, et quand je la vois, je fais de gros efforts pour ne pas suffoquer.

 

L’âge ingrat dure toute la vie.

 

Le départ de ma fille aînée ma brisé le cœur. »

« Je suis un enfant qui veut qu’on l’adopte.

 

Toute ma vie je me suis cherché des maîtres, comme un chien abandonné. »

« Tous les matins, mon père me réveillait en me chatouillant la plante des pieds qui dépassaient des draps.

(Ici, pleurs abondants.) »

« L’amour, même vieux, usé et fatigué, reste de l’amour. »

Le sang des bêtes / Thomas Gunzig

De nombreux sujets d’actualité sont traités dans ce roman très drôle. Thomas Gunzig nous offre une belle satire de notre société. Certains y verront une fable.

Le personnage principal est Tom, 50 ans, bodybuildeur, il vend des compléments alimentaires pour bodybuildeurs. Il est en pleine crise existentielle et au bord de la dépression. Il assiste à une scène depuis son magasin qui le bouleverse. Une femme se fait maltraitée par un vieil homme. Elle ne dit rien et subit. Quand la scène se reproduit, Tom intervient. Il ne peut pas rester passif toute sa vie. Et il se retrouve avec cette femme à gérer. Qui est-elle ? Quelle est son histoire ? Sans trop vous en révéler, elle est originale, incongrue et relève de la science-fiction.

Le roman prend un tournant quand Tom ramène la femme chez lui. Son épouse, Mathilde, ne voit pas ce sauvetage d’un très bon œil. En plus leur fils, Jérémie est revenu chez eux suite à une rupture amoureuse avec Jade (féministe, vegan). Et le père de Tom, Maurice, 85 ans, juif, atteint d’un cancer, vient également de s’installer chez lui le temps de son traitement. Difficile de ménager toutes les subtilités, au bout d’un moment les griefs ressortent et la routine s’envole. C’est très drôle et amusant pour le lecteur. Chaque chapitre a pour titre un muscle du corps : pectoraux, biceps, psoas, etc. De quoi redécouvrir votre anatomie !

Un roman dans lequel tout le monde pourra s’identifier à l’un des personnages ou à une réflexion, une scène vécue. Je l’ai dévoré en un rien de temps, voulant savoir ce que chaque personnage allait devenir.

Une belle réflexion également sur le corps, l’image du corps, sur la norme et ses injonctions. Il interroge la place de l’humain au milieu du vivant. Bref un auteur belge qui mérite d’être plus connu en France. Il suffit d’écouter Marion Mazauric, son éditrice, parler de lui lors du VLEEL pour être conquis.

Thomas Gunzig ne vous donnera pas de réponse toute faite. Il est un romancier et non un essayiste. Il pose plus de questions qu’il ne donne de réponses. Pour lui, la littérature est une invitation à se poser des questions et les romans doivent véhiculer des émotions aux lecteurs, ne pas les ennuyer mais les surprendre. Pari réussi !

Merci VLEEL et les éditions Au Diable Vauvert pour cette lecture. Une belle découverte pour moi, qui me donne envie de lire son précédent roman « Feel good » qui rejoint ma PAL !

Vous pouvez lire un extrait sur le site des éditions Au diable Vauvert ou en cliquant ici.

Note : 4.5 sur 5.

« – Bon sang, sois honnête : t’as bien vu qu’elle n’était pas dangereuse ! Ce qui te gêne, c’est que ça perturbe ta petite tranquillité ! Tu as peur pour ton petit confort ! Tu ne t’es jamais demandé ce que tu aurais fait pendant l’Occupation : est-ce que t’aurais caché des Juifs ou est-ce que tu les aurais laissés dans la rue ? Ou alors peut-être que tu les aurais livrés à la Gestapo ? Qu’est-ce que t’aurais fait si t’avais sur que des enfants juifs étaient cachés chez la voisine ? Tu les aurais envoyés à la chambre à gaz parce que tu aurais eu peur pour ta petite tranquillité ?

Mathilde se redressa et alluma sa lampe de chevet. Ébloui, Tom cligna des yeux et comprit qu’il avait touché un point sensible chez sa femme.

– ça n’a RIEN à voir ! dit-elle d’une voix forte. RIEN ! Tu ne m’as pas demandé mon avis ! On n’en a pas parlé ! Tu prends une décision sans te soucier de moi ou de ton père ou de Jérémie. C’est incroyablement égoïste !

Tom se redressa complètement. Le lit craqua sous son poids :

– Au contraire ! C’est l’inverse de l’égoïsme ! Je décide de rendre service ! J’ai toujours laissé tout le monde décider pour moi : t’as voulu habiter dans cette maison alors qu’elle est moche ! T’as pas voulu de deuxième enfant alors que j’en voulais ! Tu parles avec mon père dans mon dos et vous vous mettez d’accord pour qu’il vienne vivre avec nous sans me consulter ! Je n’ai jamais rien décidé pour moi ! Alors voilà, maintenant, je décide d’aider quelqu’un qui en a besoin ! Je décide de faire quelque chose de ma vie ! »

Le guerrier de porcelaine / Mathias Malzieu

Mathias Malzieu nous offre un très beau roman intime. Voici l’histoire romancée de sa famille ou celle de son père, Mainou.

En 1944, la mère du narrateur meurt en couche à Montpellier. Son père le confie alors à sa grand-mère maternelle. Direction la ferme-épicerie, la Frohmühle, en Lorraine, à côté de Bitche. Avec l’aide de sa tante Louise, Germain surnommé Mainou, 9 ans, passe dans la zone annexée par les Allemands et bombardée par les alliés.

C’est la guerre vue avec des yeux d’enfant. Quand la sirène retentit, c’est le signal pour se réfugier à la cave. Germain doit se cacher tout le temps. Les Allemands ne doivent pas le voir. Alors pour le bien de tous, il doit respecter le code :


« Quoi qu’il arrive, ne jamais sortir seul, même la nuit.
Si jamais quelqu’un entre dans la maison, se cacher dans la cave.
Si jamais je croise quelqu’un par accident dans la maison, ne surtout pas parler français. »

Germain pense à sa mère. Il lui écrit tout ce qu’il vit dans un cahier. Entre tristesse et petites joies, entre naïveté et colère, Mainou attend le retour de son père parti se battre.

Il a interdiction d’aller au grenier qui est fermé à clé. Mais c’est plus fort que lui, il est persuadé que la boîte que son père lui a confiée et qui a disparu de sa chambre lors d’une alerte se trouve là-haut. Il veut à tout prix retrouver cette boîte. Il en perd le sommeil, mais ses insomnies l’aideront à avancer dans la résolution de son énigme.

En quelques mois, Germain grandira plus vite que prévu, entouré de sa grand-mère, de sa tante Louise la dévote et de son tonton Émile, spécialiste en blagues et phrases qui n’ont pas de sens.


« ça me rend triste de devenir trop grand pour les histoires de l’Émile. »

Mathias Malzieu insère de temps en temps des mots de patois. Ce roman recèle de mots inventés ou mot-valise. Il y a beaucoup d’amour dans ce livre et une sacrée dose d’humour (petit clin d’œil à Marlene Dietrich, le cigogneau). Bien que nostalgique par moment, car Mainou fait le deuil de sa mère, je retiens surtout la poésie et la générosité de l’auteur. Un très beau roman avec une fin émouvante.
« Tu es un guerrier de porcelaine, mon Papa. Tu es un sensible qui n’a pas peur du combat et je t’aime. »

Je vous invite à voir la rencontre Vleel avec Mathias Malzieu, un pur moment de bonheur avec une chanson en prime !

Note : 4.5 sur 5.

Prologue :
« Dans la maison, deux objets me fascinaient. Tous deux venaient de Lorraine. Le premier était un baromètre en bois sur lequel était sculptée une double cigogne sur un nid géant, surplombant les maisonnettes d’un village typique de l’est de la France. Jusqu’à la fin des années 80, mon père prédisait la météo en tapotant sur le cadre en verre. J’entends encore le son que cela produisait. C’était un son de soir, le dernier avant de se souhaiter bonne nuit. Même quand l’équipe de France de football perdait contre l’Allemagne, mon père tapotait le cadran. Le tintement de ses ongles sur le verre se concluait par un « Ah ! Grand beau ! » ou un « Ouh lààà, méchante limonade… Il va pleuvoir demain ! ».
J’étais trop petit pour voir ce qu’il y avait écrit sur le cadran et du coup, j’imaginais que mon Papa était magico-météorologiste.
Un peu plus loin, dans la cuisine, trônait un coffret en bois, à peine plus gros d’une boîte à chaussures. Sur l’étiquette était inscrit : « Souvenirs ».

« – Il faut que tu comprennes que je ne peux pas m’occuper de toi pour l’instant, dit Papa.
J’aimerais bien savoir combien de temps ça dure, un « pourlinstant », mais je dis rien. »

« – Oui oui, dis-je encore, la gorge nouée par une angine de questions. »

« Et la fameuse tante Louise. Une hippopodame. La saucisse qui lui sert d’index est coincée entre les pages de son missel. Exactement comme sur les photos de famille. »

« Un sourire de Grand-mère qui refait son chignon vaut dix points. »

« Tu apprendras que l’amour, ça s’entretient comme un potager. Et la poésie, c’est le meilleur des engrais. »

« Je lui prépare des blagues, comme on préparerait des petits gâteaux. »

« L’Émile tente de m’expliquer l’absurdité de la situation. Les nazis n’aiment pas les Juifs, comme moi je n’aime pas les légumes. Je ne mets pas le feu au potager pour autant. C’est ce que j’ai du mal à comprendre. Pourtant les fils des poireaux dans la soupe, vraiment ça me donne l’impression de manger des cheveux de vieille. Les nazis ont une dent contre les légumes, les potagers juifs et tout ce qui pousse pas tout blond. Mais si Hitler finit par se regarder dans une glace, il risque bien d’assassiner le barbier qui fait le con avec sa moustache depuis des années puis de se suicider plusieurs fois d’affilée ! »

« Il arrive que je sois violemment heureux, et être heureux alors que tu es morte, ça fait des nœuds entre le cœur et le cerveau. »

« – Ton oncle est un rêveur. Mais il oublie que quand on rêve trop grand, on passe sa vie à être déçu de la réalité.
– Ta tante est une rêveuse. Mais elle oublie que quand on ne rêve pas ses propres rêves, on s’emmerde. »

« Je me suis mis à préférer les souvenirs que je m’invente. Certains d’entre eux se passent dans le futur. J’imagine que mon cœur est une machine à voyager dans le temps. J’ai passé tellement longtemps enfermé dans la cave et dans ta chambre que j’ai appris à m’échapper par l’esprit. A force de t’écrire, j’ai construit tout un monde où je te retrouve. »

« Les vrais souvenirs, même les bons, sont des aimants à mélancolie. Alors que mes petites créations me rendent doucement joyeux. C’est artificiel, soluble dans l’air, mais je m’en vaporise l’esprit souvent. J’arrose ce cœur tout sec, j’huile ses engrenages. »

« J’entends tes pas dans le couloir. Je les reconnaîtrais entre mille, tes pas. Ils ont un rythme d’horloge douce, qui retarde un peu. »

Le livre des heures / Anne Delaflotte Mehdevi

Ce roman se déroule fin du XVème siècle à Paris, au bord de la Seine, dans un atelier d’enluminure. Le personnage principal est Marguerite. On la voit grandir et évoluer au sein de l’atelier familial. Sa mère la juge toujours très sévèrement et lui préfère son frère jumeau, Jacquot. Mais ce dernier ne parle pas et est atteint de crises d’épilepsie. Marguerite prend soin de son frère, ils sont très proches.

Marguerite s’intéresse au travail de son père et de son grand-père. Elle est intelligente et dégourdie. Malgré les embûches semées par sa mère, elle réussit à se rapprocher de son rêve, peindre. Les femmes à cette époque ne sont pas destinées à reprendre l’entreprise familiale. Elles ne sont qu’une marchandise qu’on échange contre une bonne situation et une descendance. Marguerite le sait très bien mais elle sait aussi que son frère ne pourra pas assurer la suite. Elle avance ainsi petit à petit. On remarque son talent et ses choix judicieux. Mais sa mère est toujours derrière elle et pour ses 16 ans lui annonce qu’elle se mariera bientôt.

Il y a également un autre personnage important, son parrain, qui est apothicaire. Elle traverse la Seine tous les jours pour y chercher des pigments, des épices, des racines pour réaliser les couleurs dont l’atelier a besoin.

Le titre fait référence à un livre réalisé par l’atelier pour les plus riches, une sorte de livre de prières personnalisé. C’est un bel objet orné d’enluminures. Marguerite s’en confectionne un pendant ses heures chômées, mais entre les prières elle glisse ses pensées et des couleurs qui reflètent son état d’âme, comme dans un journal intime. L’autrice a inséré quelques phrases en vieux français dans le texte.

Ce roman brosse donc le portrait de cette jeune fille puis femme, de ses rapports aux hommes, à sa mère, à la maternité et à son amour pour la peinture. Il a aussi un côté historique avec la prise de Grenade et le lecteur voit apparaître Christophe Colomb dans ses pages. Vous trouverez également une belle histoire d’amour et du désir.

J’ai lu avec plaisir ce roman foisonnant autour de la figure d’une femme puissante en quête de liberté et passionnée. Mais ce n’est pas un coup de cœur pour moi, il m’a manqué quelque chose pour être emportée. Et vous, l’avez-vous lu ?

Merci à Netgalley et Buchet Chastel pour cette lecture

« Le livre qui était serré avec les bijoux ou les titres de propriété hier, sera demain laissé à portée de mains, lu, relu, on le partagera, comme un repas, comme on partage l’essentiel. »

Note : 3 sur 5.

Asphalte / Matthieu Zaccagna

Voici un roman court (144 pages) et intense de cette rentrée littéraire d’hiver.

Victor, 17 ans, s’enfuit de chez lui et vit dans la rue. A travers ses souvenirs, il évoque ses parents et son enfance par bribes. Au fur et à mesure, les pièces du puzzle se mettent en place et révèlent toute la violence subie. Mais on ressent surtout l’immense solitude de ce jeune homme.

Quand Victor se met à courir, les phrases deviennent courtes et sèches, à l’image de sa course effrénée dans les rues de Paris, ou plutôt de sa fuite. Il a toujours la peur au ventre que son père le retrouve, alors il court, encore et encore, jusqu’à tomber d’épuisement.

Il a d’abord vécu à Fécamp avec ses parents avant de déménager à Pantin avec son père qui a décidé de devenir écrivain. Mais son père est un piètre écrivain. La vie est difficile quand on a peu de revenus. Et surtout quand le père est violent, manipulateur. Quant à la mère, elle ne supporte pas cette vie, sombre dans la dépression avant de se suicider.

Vous allez me dire ce n’est pas gai cette histoire. Effectivement, mais ce que raconte aussi Victor ce sont ses rencontres avec Rachid (un skateur), Justine (un trans) et Kadidja (la tante de Rachid). Des inconnus qui deviennent une sorte de famille, en tout cas qui lui apporte du réconfort et d’autres besoins vitaux.

En lecture à voix haute ce texte doit être très fort. Un très bon premier roman.

Merci à Netgalley et aux éditions Noir sur blanc pour cette lecture

Note : 4.5 sur 5.

« Nous sommes misérables, petits et misérables, sales vermines, et je ne sais plus très bien ce qu’il vaut mieux faire dans ces cas-là, rentrer en moi pour me dissoudre ou sortir de moi pour tenter de ne plus m’appartenir. »

« Alors je vois Rachid plonger à l’intérieur du manque de son frère. De ce qui le prend aux tripes. Sa tête bascule vers l’avant, semble ployer sous la violence d’une scène qu’à l’évidence il se remémore. »

« On n’est plus soi dans la descente. On est une machine. Un corps qui va, qui s’imagine des choses. La vie d’un autre, celle qu’on n’a pas. Un idéal qu’on touche du bout des doigts. Rien n’a vraiment d’importance. Ne pas s’arrêter. La course est une question d’endurance, de vitesse, d’agression de soi. »

« J’entends le bruit de la mer qui se retire au loin, je m’imagine porté par l’écume et lorsque je me vois dans cet état, je me dis que ce doit être ça, la musique d’éternité, le bruit de la mer qui gronde au loin. »

« La douleur, c’est la violence des écrits qu’il m’impose d’écouter la nuit, de réciter le jour. La douleur, c’est le contenu malsain de son récit. »

« Papa est l’auteur d’une fiction fondée sur notre histoire, mais cette histoire est imprécise, fantasque. C’est sa vision déformée des choses, dont il tente de me faire accepter l’authenticité. Mais j’enferme la douleur, et cela, Louis l’ignore. Je me robotise. Les mots n’ont plus aucun sens. Je deviens hermétique au cerveau malade de Louis. Vide à l’intérieur de moi quand je récite son texte. »

165 articles plus tard…

J’ai créé ce blog en septembre 2020 pour y rassembler toutes mes lectures et les partager avec vous. Et j’ai déjà rédigé 165 chroniques de livres, ça commence à faire beaucoup ! Je ne sais pas si vous vous y retrouvez mais une certaine déformation professionnelle me pousse à créer un index pour pouvoir les classer par ordre alphabétique d’auteur ! Bref, j’ai ajouté 3 pages au niveau du menu avec les auteurs et leurs livres chroniqués. On dirait des bonnes résolutions de début d’année ! En tout cas, j’espère que cela vous sera utile.

Pour trouver plus facilement mes coups de cœur, ceux qui ont eu 5 étoiles sur 5, j’ai également ajouté un mot clé « Coups de cœur » que vous retrouvez dans le nuage de mots clés en bas de page. Et parce que quand on cherche un livre à lire autant aller à l’essentiel, j’ai ajouté une sous-rubrique « coups de cœur » dans la rubrique « Mes lectures » avec uniquement mes coups de cœur en romans pour adultes.

Si vous avez des suggestions d’amélioration, je suis preneuse. N’hésitez pas à me laisser un commentaire.

Nonna Gnocchi / Susie Morgenstern

C’est toujours un bonheur de retrouver la plume de Susie Morgenstern. Ses romans sont pétillants tout comme elle.

Dans ce roman jeunesse, un garçon de 9 ans, appelé Confiance, est obligé de passer ses vacances d’été avec sa grand-mère chez son petit ami en Italie, pendant que sa mère part en voyage à Londres avec son nouvel amoureux. Il faut préciser que Confiance déteste son prénom, n’aime pas aller chez sa grand-mère, c’est un éternel insatisfait, tout le temps en train de ronchonner. D’ailleurs sa grand-mère n’est pas spécialement ravie de le voir. Il pose beaucoup de questions, tout le temps, trop. Confiance va surnommer sa grand-mère Gnocchi. Et elle, elle l’appellera Spaghetti. Il redoute de voir sa grand-mère roucouler avec son amoureux, beurk !

Eustachio, surnommé Pistacchio, lui apprend à cuisiner des pâtes. Et surtout il lui présente sa petite fille, Kitti, qui saura l’amadouer. La fugue de Confiance et Kitti est d’ailleurs très drôle.

Chaque chapitre comporte les vignettes des personnages qui conversent. Cela évite tous les verbes de parole. Il y a donc de nombreux dialogues qui rendent le texte très vivant. Comme toujours chez Susie Morgenstern, il y a beaucoup d’humour et de malice. J’ai passé un excellent moment de lecture

Note : 5 sur 5.

– Maman, je te le dis cash : je n’y vais pas.

– Et je te le répète tout aussi clairement : tu y vas, un point c’est tout. Je n’ai pas d’autre solution.

– Et les colonies de vacances ?!

– Je pensais que tu détestais ça.

– Oui, c’est vrai, mais je déteste encore plus Mamie.

– Voyons, on ne déteste JAMAIS sa grand-mère !

– Il n’y a pas de loi qui dise que je dois l’aimer.

– Mais qu’est-ce qu’elle t’a fait, à la fin ?

– Elle t’a faite, toi !

Un monde en fragments / Pierre Barré

Un petit roman, 57 pages, pour tenter d’entrer dans la tête d’un homme ayant un subit un traumatisme psychologique. Un tour de force, un pari, que l’auteur a très bien réussi, avec poésie. Certes le lecteur ne comprend pas tout de suite l’univers dans lequel il est entré mais au fur et à mesure Pierre Barré nous donne quelques clés et indices.

La mise en page est soignée comme pour le précédent roman paru aux éditions de l’Atteinte, toujours par l’Atelier AAAAA. Un bel objet comprenant une gravure d’un paysage et d’un crocodile sur la couverture et reprise dans les pages du livre.

Êtes-vous prêt à tenter cette expérience de lecture ?

Moi je ne le regrette pas et j’attends avec impatience la prochaine publication, prévue en avril, de cette jeune maison d’édition indépendante basée à Metz.

Pour en savoir plus, allez faire un tour sur le site de l’Atteinte !

« La plus grande folie est d’imaginer savoir. »

A voir également, une vidéo France 3, coup de cœur d’un libraire pour ce roman : https://www.facebook.com/watch/?v=535630533550833

Note : 4 sur 5.

Incipit :

« Je ne parle plus la langue des hommes.
Des bouches voraces s’ouvrent et mordent
dans les corps des choses. Claquements
de dents et autres pantomimes inaugurent
et closent le festin.
Pour finir la chose gît dans le lit d’une carie,
remâchée, exsangue. »

« Et j’entends à présent mille voix familières conter
la fiction de mon existence. Et j’en entends
mille autres les prier de se taire. »

J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle / Jo Witek

Efi, 14 ans, rentre au village pour les vacances. Elle est scolarisée au collège situé en ville, fait rare pour une fille dans son pays. Mais très vite, elle se rend compte qu’on la regarde et qu’on la considère différemment. Elle est effectivement nubile, donc en âge d’être mariée. Son innocence et sa naïveté voilent encore sa face. Elle ne s’attend pas à cette déflagration qui va bouleverser sa vie. Elle se sent trahie par sa famille. Tout le temps surveillée par son frère, ses cousins et son oncle, elle sera prisonnière de son destin. La colère sera son moteur pour sortir de cette situation.

Ce roman est le témoignage d’Efi, une adolescente rebelle, qui a choisi de vivre sa vie comme elle le veut et non selon la décision de sa famille. Il est question des traditions qui imposent le mariage aux jeunes filles.

Ce livre me fait beaucoup penser au roman de Djaïli Amadou Amal, « Les impatientes ». La colère et la douleur montent au fur et à mesure et vous prennent à la gorge. On ne peut qu’être touché par cette histoire qui est malheureusement celle de millions de jeunes filles dans le monde. Un roman fort et bouleversant.

Prix Babelio Jeunesse 2021

Note : 5 sur 5.

Je suis enceinte, ma fille, et ton père a des dettes ! J’ai fait ce que j’ai pu, mais maintenant il te faut être sage, une gentille fille, et l’accepter. La famille de Soan t’a choisie, c’est un honneur pour nous.

La fête est déclarée. Tout est organisé. Dans trois semaines, je serai mariée. Dans trois semaines, je serai morte. Une bombe a éclaté et mon avenir est en ruine. Un drame a eu lieu et personne ne s’en soucie. Ce que j’éprouve n’a aucune importance. Pour eux, je ne suis qu’un corps. « Un cadeau du ciel », comme le dit Grandmama. Un diamant étincelant qu’on enferme dans un écrin de pacotille et qu’on garde jalousement en attendant la vente, la transaction, l’échange ; ce que les miens nomment le mariage.

Dans l’obscurité de la maison où je demeure choquée-inanimée-pétrifiée depuis trois jours, peu à peu j’y vois clair et la colère remplace la tristesse. On m’a trompée. On m’a menti et j’en veux terriblement à ma mère de m’avoir laissée croire que mon avenir dépendait de moi, de mon travail, de mes compétences. En réalité, le clan de la famille, il n’y a que cela qui compte chez nous. Un clan qui maîtrise tout et surtout le corps des filles, la parole des filles et toutes leurs libertés. Ils sont là, tapis derrière la porte à me surveiller. Les cousins, les oncles, les femmes aussi. « Une affaire de respect et de dignité », disent-ils. Chez nous, il faut montrer aux voisins comment on sait tenir les filles, les éduquer dans la crainte des hommes, contrôler leur intimité et les préparer dès la naissance à la soumission aux pères, aux frères et aux maris. Et tout cela bien sûr comme si nous, les filles, étions d’accord, partantes et heureuses de cette monstrueuse destinée.

La rentrée littéraire d’hiver 2022

A peine la rentrée littéraire de septembre 2021 est passée qu’arrive la rentrée littéraire d’hiver. Bien sûr, je n’ai pas encore lu tous les livres que j’avais repérés. Quelle frustration de devoir enchaîner aussi rapidement sans pouvoir savourer tous ces romans. Je crains toujours de louper une pépite. Mais déjà je me réjouis quand je vois apparaître certains noms dans les prochaines parutions. Vous vous en doutez il y a des chouchous dans l’air ! 545 romans paraissent en ce début d’année, voici ma sélection. Vous trouverez également des recueils de poésie.

A noter que cette sélection peut augmenter en fonction des deux soirées de présentation de la rentrée littéraire organisées par VLEEL (Varions les éditions en live) les 06 et 09 janvier avec Le Castor Astral, Métailié, Globe, Emmanuelle Collas, Noir sur Blanc, Les Avrils, Viviane Hamy, Éditions du Sous-Sol, Quidam, Les éditions du Panseur, Buchet-Chastel.

Mes chouchous, repérés, notés, achetés ou bientôt dans ma PAL :

Ils ont l’air bien tentant, à découvrir ou à suivre :

Les incontournables :

N’hésitez pas à m’indiquer en commentaire votre sélection ou vos coups de cœur !

Retrouvez au fur et à mesure mes lectures/chroniques de la rentrée littéraire sur le blog !