Le test Elzéard / Laurine Roux

Ceux qui me suivent savent que Laurine Roux est une chouchou, une autrice que je lis depuis le début et dont je ne manque aucune publication. Habituellement ce sont des romans, elle fait ici un pas de côté pour parler d’un sujet qui lui tient à cœur, la montagne. Pour être exacte, une maison d’édition l’a contactée pour « écrire un récit documentaire au sujet de la prolifération des centrales photovoltaïques sur la montagne de Lure. »

Un récit où elle mêle enquête, interviews de militants, références littéraires et souvenirs d’enfance dans de courts chapitres. Elle se souvient de sa grand-mère Madeleine, qui elle-même a été pionnière du solaire dans les années 1970. On perçoit en creux son éducation, ses valeurs et ce qui l’anime aujourd’hui.

Les récits des militants d’associations font penser à David contre Goliath. Ils relatent leur résistance. On pense aussi à bien d’autres projets où les occupants de sites sont dégagés manu militari. Avec toujours ce constat malheureusement que les projets ont été faits au détriment de la nature et des habitants, en voulant faire toujours plus vite, avec davantage de profits.

Laurine Roux essaye d’interroger les deux camps. Elle envoie des questions à la multinationale Boralex, notamment le test Elzéard, inspiré de l’incipit de « L’Homme qui plantait les arbres » de Giono et qui pose quelques questions pour déterminer du bien d’un projet ou d’une action : « le projet est-il dépouillé de tout égoïsme ? L’idée qui le dirige est-elle d’une générosité sans exemple ? Ne cherche-t-il de récompense nulle part ? Rend-il le monde meilleur ? »

Un livre très documenté, toutes les sources sont citées en notes de bas de page et regroupées à la fin. Une lecture qui ne se fait pas d’une traite, surtout lors des passages plus juridiques. Mais on trouve de la poésie tout au long et en conclusion par le biais d’un vol d’étourneaux.

J’ai lu « L’homme qui plantait les arbres » il y a un moment. Il a d’ailleurs été lauréat du prix Facile à lire organisé par la médiathèque. Si vous ne l’avez pas encore lu, foncez, il est très court. Cet essai me donne envie de lire tous les autres ouvrages de Giono cités et un document plus récent qui apparaît vers la fin, d’Olivier Hamant, « Antidote au culte de la performance. La robustesse du vivant ». Laurine Roux réussit à éveiller les consciences, à nous rendre attentif à la nature. Des mots qui résonnent d’autant plus après cette période de canicule.

Je remercie Babelio et Julliard pour cette masse critique non-fiction très intéressante

Note : 4 sur 5.

Incipit
« Où vit Elzéard Bouffier, l’homme qui plantait des arbres, enfant par la plume de Giono ? Où vivent les personnages de roman puisqu’ils ne meurent jamais ? Dans notre imaginaire, ou peuplent-ils leurs paysages familiers, fantômes apparaissant au détour d’un sentier ? Avez-vous déjà guetté Quasimodo, sous la flèche de Notre-Dame ? Cherché la silhouette d’Edmond Dantès, dans les brumes matinales de l’île d’If ? Peut-être cru reconnaître Madame Bovary, promenant ses langueurs dans les ruelles d’un bourg normand ?
Au risque de passer pour une évaporée, j’aime me laisser berner. Pire, j’aime fabuler. Parmi d’autres fantaisies, j’ai souvent fantasmé la foulée généreuse d’Elzéard, qui arpentait les chemins calcaires, sous les chênaies mêlant odeur de sec et de pin sucré. Je l’ai vu s’arrêter pour ramasser une pierre, la trouver jolie, et la mettre dans sa poche. »

« Caca-pipi-talistes
Des militants de cette veine, j’en connais beaucoup. J’ai grandi à Veynes, dite « La Rouge », au sein d’une famille de gauche qu’on qualifierait de radicale – anarchiste ascendant coco-écolo. Je ne compte plus les fois où, enfant, je me suis endormie sur le canapé du rez-de-chaussée, bercée par le bourdonnement des réunions sauvages. »

« Mes parents ne sont pas en reste, qui imaginent rénover de manière écologique la vieille bâtisse qu’ils habitent depuis peu. Pour ce faire, ils font appel à Michel Gerber, l’architecte qui a gagné le concours de la maison solaire. C’est un pionnier de l’architecture bioclimatique, qui défend des projets modestes, au service de ses occupants. En 1979, interrogé par une journaliste de la revue La Maison écologique, il déclare : « J’ai horreur du chef-d’œuvre architectural, du beau parti « bien baisant ». Une habitation n’est pas un monument, c’est un endroit où l’on va vivre. » Voilà comment l’histoire de la rénovation du Lac commence. Prometteuse. Elle dépasse les attentes de tous. L’énergie opiniâtre qui caractérise mon père, combinée à la douceur incommensurable de ma mère, rend le lieu magique. Un refuge pour de nombreux animaux – oies qui entrent dans la maison, poules, chien, chats, paons, canards, chevaux… –, un laboratoire d’expérimentations – fabriquer un fumoir, brasser sa bière, cultiver ses semences, inventer de nouveaux chantiers, des choses à usiner de ses propres mains –, un port d’accueil – il y a sans arrêt quelqu’un qui passe, qui s’assied à table, s’attarde, lancé dans d’interminables discussions –, un havre de repos, au bord des étangs, et le QG pour les répétitions du groupe de rock-soul que mon père et ses copains ont reformé, à la retraite, et dans lequel Stéphane, mon compagnon, joue. On s’y retrouve en famille dès qu’on peut. Chaque fois nous en arrivons à cette conclusion : « C’est la maison du bonheur ! » »

« J’abîme mes yeux dans les maquis, palimpseste d’hier et d’aujourd’hui, émue par ce voyage qui a ensemencé l’esprit du garçon. Gamine, j’ai connu cette liberté. Les Hautes-Alpes ont sédimenté mon imaginaire, à jamais calcifié par les falaises, l’austérité minérale – marnes et pierriers –, que les turquoises du Büech rehaussaient, quand ils n’étaient pas ambrés par le soir ou platinés d’aurores blanches. »

« Militer coûte, physiquement et psychiquement. Parfois, cela violente – quand le recul manque, quand le combat prend le pas sur les loisirs, la famille, quand il est par-dessus le marché motivé par des idéaux profonds, exclusifs, engageant des sacrifices réels ou symboliques. La dérive en embuscade. La surdité aux autres, l’hermétisme : alors les radicaux sont trop radicaux, les progressistes trop progressistes, exit la convergence des luttes. »

« Pouvez-vous répondre par oui ou par non – ou alors de manière très succincte – au « test elzéard », inspiré du texte de Giono, L’Homme qui plantait des arbres ?
– Le projet de l’entreprise Boralex est-il dépouillé de tout égoïsme ?
– L’idée qui dirige l’entreprise est-elle d’un générosité sans exemple ?
– La société ne cherche-t-elle de récompense nulle part ?
– En quoi l’entreprise Boralex à Cruis rend-elle le monde meilleur ? »

« Les étourneaux à la périphérie des nuées nous disent que les lignes bougent, que des hommes et des femmes se soulèvent, refusent de voir le massacre perdurer, qu’il est possible d’espérer d’autres futurs. Là-bas, sous le sommet de Lure, où la lumière abonde, le soulèvement a commencé, mené par les descendants de ceux dont Giono disait :
C’est un pays qui résiste à la civilisation de l’argent parce que, je crois, une longue habitude de la pauvreté leur a donné la certitude que leurs joies étaient gratuites. »

Une fenêtre par où s’échapper / Madeleine Allard

Ce premier roman se passe au Québec dans les années 1980. C’est le printemps. Lucie, 8 ans, raconte l’histoire de sa famille. Elle a 2 sœurs plus âgées, Judith et Suzanne. Cette dernière est entrée dans l’adolescence. Leur père est peu présent. Et surtout leur mère, Denise, est de plus en plus souvent en colère. Lucie nomme cet état la Furie. Et quand la Furie est présente, il vaut mieux aller dans la chambre et attendre que ça passe ou que sa mère sorte faire un tour.

Mais à leur retour des vacances d’été, leur mère est partie. C’est leur grand-mère paternelle qui vient s’occuper d’elles, la Vieille fatigante. L’ambiance est de plus en plus pesante.

L’autrice brosse le portrait d’une femme mal dans sa peau de mère, dans son couple, mal dans son temps. Elle aimerait travailler, gagner de l’argent.

Ce qui est intéressant, c’est le point de vue. Raconté à hauteur d’enfant avec des souvenirs d’enfance, avec ses sœurs, avec une sorte de candeur et d’humour mais déjà une incroyable envie de comprendre le monde qui l’entoure. Il y a un aspect sociologique indéniable, mais surtout psychologique.

L’écriture est détachée, sans pathos. Quelques expressions et mots québécois surgissent dans le texte. En tout cas rien qui empêche la lecture, au contraire. J’ai aimé passer un moment avec Lucie et suivre ses observations, ses interrogations : l’absence d’une mère, les non-dits et silences, ce qui est transmis de mère en fille.

C’est toujours un plaisir pour moi de lire les publications des éditions Québec Amérique. Une belle découverte faite grâce à VLEEL. Le replay de la rencontre en ligne est disponible sur la chaîne Youtube.

Note : 4 sur 5.

Incipit :
« Cette nuit, comme presque toutes les nuits, Lucie ne s’endort pas, elle regarde le lit au-dessus du sien et elle réfléchit. »

« C’est au printemps de la même année que tout avait déboulé. À ce moment, la Furie qui jusque-là s’était manifestée seulement à l’occasion avait augmenté ses apparitions, puis elle s’était mise à occuper tout l’espace, tellement d’espace que sa mère avait commencé à étouffer, comme elle le disait tout le temps ;
– J’en peux plus, je sors prendre de l’air, j’étouffe.
A partir du printemps, la Furie était devenue impitoyable, elle sortait des limites du corps de sa mère et se répandait partout dans la maison, elle s’accrochait aux murs, aux planchers, aux meubles, comme une fumée épaisse, une puanteur qui passait sous les portes et rentrait dans toutes les pièces, même dans la chambre où Lucie se réfugiait avec Judith quand elle sentait sa présence.
Il n’y avait rien à faire pour y échapper. Il fallait attendre que ça passe, ce qui finissait par arriver après une cigarette ou deux ou trois, ou encore, attendre que leur mère ouvre la porte de la maison et qu’elle sorte, entraînant avec elle la Furie, comme lorsqu’on ouvre une fenêtre pour laisser échapper la fumée. Et quand elle sortait, tout le monde pouvait recommencer à respirer. »

« C’est septembre maintenant. Leur mer est partie.
La grand-mère dit que c’est de leur faute. Elle leur a dit dès qu’elle est arrivée dans la maison, quelques semaines après la disparition.
– Y’a jamais une mère qui est partie comme ça pour rien. Ça doit être de votre faute.
Elle leur répète souvent au souper, la Vieille Fatigante, quand elle leur sert le pâté chinois dont l’odeur désagréable s’est répandue dans toute la maison et qu’elle les voit tasser le mélange de part et d’autre de l’assiette sans manger une seule bouchée. Lucie, Judith et Suzanne la voient qui devient toute rouge. On dirait qu’elle va exploser.
– Vous êtes tellement difficiles, vous êtes pas endurables, c’est sûr que c’est de votre faute si votre mère est partie, siffle-t-elle entre ses dents en débarrassant leurs assiettes.
Crisse de Vieille Fatigante, dit Suzanne quand la grand-mère se retourne vers l’évier pour commencer à laver la vaisselle.
Suzanne, elle, n’en croit pas un mot. Quand la grand-mère n’est pas là pour entendre, surtout le soir avant de s’endormir, elle chuchote à ses sœurs que ça n’arrive pas tous les jours, des mères qui s’en vont, et que la grand-mère ne connaît rien à rien. Les mères ne restent pas toujours. Mais surtout, la leur va revenir. »

« Elle repense à tout ce que sa mère répétait, l’inventaire de ce qui lui rendait la vie impossible qu’elle débitait tout haut sans avoir l’air de parler à quelqu’un, à la Furie qui revenait de plus en plus souvent, elle repense à tout ce qui s’est passé juste avant son départ, et c’est comme ça, à force de réfléchir, qu’elle a dressé une liste des raisons les plus probables pour expliquer sa disparition.
Dans cette liste, il y a les tâches ménagères qu’elle détestait tellement, et qui revenaient inlassablement comme si elle travaillait dans le vide, disait-elle, la honte qu’elle avait ressentie envers ses filles après le vol des cerises au mois de mai, le manque d’argent qui l’empêchait depuis toujours de s’acheter ce qu’elle voulait, même pas la moindre bébelle pour se faire plaisir, les nombreuses absences inexpliquées de Robert, son mari et leur père, toujours parti, peut-être chez la mère de Justine, comme Lucie l’avait découvert pendant l’été.
Lucie se dit que la clé se trouve quelque part dans cette liste-là, elle ne sait juste pas où encore, peut-être aussi que c’est plus qu’une affaire, un bouquet de raisons, une touffe.
Récemment, Lucie a ajouté une nouvelle raison à sa liste, une tout aussi plausible que les autres, et cette raison, c’est Suzanne.
Suzanne qui ne manquait pas une occasion de créer de la chicane, de tout remettre en question. Suzanne qui faisait toujours fâcher leur mère. Suzanne qui la provoquait. Suzanne qui ne savait jamais quand c’était le temps de s’enfermer dans sa chambre pour laisser passer la Furie. Suzanne qui n’obéissait plus à la voix. Suzanne qui se levait tard. Suzanne qui était bête comme ses pieds.
Suzanne et son adolescence. »

« Denise s’était rallumé une cigarette pendant que Robert se servait une bière. Décidément, les hommes ne comprenaient rien. Denise avait pris une bouffée de cigarette. Elle avait eu envie de lui demander comment elle aurait le temps de les faire, ses belles photos de mariage, avec les petites qui étaient toujours dans ses jambes, et lui qui faisait des quarts de fou pendant l’été ? Ce n’est pas comme s’ils avaient de la famille autour pour s’épauler, avec sa mère à elle qui était décédée et la sienne qui vivait trop loin et qui, de toute façon, était trop fatigante quand elle les visitait. Qui s’occuperait d’elles pendant qu’elle remplirait ses contrats ? N’y avait-il pas pensé ? Non, parce que les hommes ne pensaient jamais à ce genre de choses. Ils ne pensaient à rien.
Mais elle n’avait rien dit de tout ça. Elle avait plutôt écrasé sa cigarette, s’était levée et avait dit : « On verra bien ce qu’on verra. » »

« A une autre époque, Denise avait cru qu’il suffisait d’y mettre du sien, de se lever chaque matin sans se poser de questions, de juste faire ce qu’elle avait à faire, jour après jour pour repousser la noirceur, et de s’efforcer de faire jaillir des étincelles pour entretenir le feu qui brûlait en elle, car c’était au milieu de ce feu que naîtrait quelque chose qui ressemblerait au bonheur. »

Le berger d’Alep / Stéphanie Perez

Le roman s’ouvre sur une scène d’après-séisme en Syrie en février 2023, puis il replonge dans le passé, 7 ans plus tôt en janvier 2016 alors que le pays est en guerre.

7 ans plus tôt, Elias part chercher Zaatar dans un refuge pour chiens tenu par Ahmad. Il espère apporter un peu de joie, de réconfort et de compagnie à sa mère Maya. Mais celle-ci s’emporte contre son fils. Elle ne veut pas d’un chien alors qu’il est déjà difficile de se nourrir. Peu à peu Zaatar gagne le cœur de Maya et celui de tous les voisins de leur immeuble, même les plus méfiants. Il y a Aïcha l’amoureuse d’Elias, Youssef l’ami, Rami le musicien, Ibrahim, etc. Zaatar devient le train d’union entre chaque résident. Grâce à lui, on voit toute la vie d’un immeuble. Chaque personnage est incarné. On s’attache à eux et à cet incroyable compagnon à 4 pattes.

La musique a un rôle important dans le roman. Et puis il y a une famille nouvellement arrivée. Nour et son mari Abdu avec leurs enfants, Leila et Mohamed. Le quotidien déjà difficile s’obscurcit davantage. Mais je n’en dis pas plus pour ne pas trop en dévoiler.

J’ai beaucoup aimé la relation entre l’animal et les humains, la solidarité aussi entre les habitants de l’immeuble. Un troisième roman très réussi pour cette autrice également reporter de guerre. L’émotion est au rendez-vous et cette histoire peut secouer. Une histoire de résistance et de résilience.

Note : 4.5 sur 5.

Prologue
Alep
6 février 2023
« – Zaatar, Zaatar !
Depuis trois heures, Maya hurle son nom au milieu des gravats.
Depuis trois heures, elle hurle à s’en briser la voix.
Mais les syllabes chaudes ricochent dans le vide, se perdent dans l’enchevêtrement des débris, se fracassent contre les façades en lambeaux. »

« Ceux qui ne connaissent pas le bruit des bombes ignorent le soulagement que procure leur silence. »

« La musique n’effaçait rien, il le savait, mais elle leur offrait un répit, un refuge là où tout manquait d’air. »

« Zaatar possédait une sensibilité étrange, une autre façon d’écouter le monde. »

On l’appelait Bennie Diamond / Michaël Dichter

J’ai adoré suivre Bennie Diamond dans le milieu des diamantaires d’Anvers, un sujet qui ne m’attirait pas de prime à bord, mais le personnage est tellement attachant que je l’ai quitté avec regret à la fin du livre.

Les chapitres alternent entre l’histoire de Bennie et celle de son grand-père Yéhuda, riche diamantaire émigré de Pologne. Né en 1961, Bennie grandit avec ses parents et sa famille maternelle dans une modeste boutique de retouches. Son père, Moshé, a totalement coupé les liens avec sa famille. Il rêve que son fils se dirige comme lui vers la Torah. Bennie lui est tiraillé entre deux mondes aux conditions sociales opposées. On le reconnaît pourtant comme le petit-fils du vénéré Yéhuda mais aussi comme le fils de Moshé et la honte envahit alors Bennie.

Il a deux très bons amis, Mendel et Golda, des frère et sœur, qui seront toujours présents pour lui et chacune de leurs rencontres est synonyme de joie. L’amour aussi pointe le bout de son nez, comme la jalousie. De nombreux rebondissements et des secrets ponctuent ce roman rythmé, on tremble, on rit et on pleure avec Bennie. On observe aussi les traditions juives, très présentes dans cette communauté d’Anvers.

Coup de cœur pour ce premier roman très bien écrit et maîtrisé, que j’imagine très bien adapté au cinéma. Il a reçu le grand prix RTL-Lire Magazine Littéraire et le prix Page des libraires 2026. Il est publié par une toute jeune maison d’édition à suivre, Les Léonides. Une lecture que je vous recommande largement pour cet été !

Note : 5 sur 5.

Incipit :
« Région de Cracovie, Pologne, 1921
Le sol tremble sous leurs pieds frappant le parquet en cadence, martelant l’air au rythme de la prière. »

« Anvers 1961
L’appartement au-dessus de la retoucherie Goodman est un véritable capharnaüm : des tissus colorés pendus aux murs, des fils enchevêtrés sur des bobines usées, des outils de couture éparpillés sur le tables. L’espace exigu vibre d’une chaleur chaotique, mêlant labeur quotidien et vie familiale.
C’est ici que vivent Moshé et sa femme, Rivka. Ils partagent l’appartement et la retoucherie avec Simon, Elsa et Yentl, les frère et sœurs de Rivka, depuis la disparition de leurs parents. »

Du verre entre les doigts / Alix Lerasle

Retour sur la lecture commune du bookclub VLEEL de mai-juin dédié au Castor Astral. Ce livre a également reçu la Mention spéciale du Prix VLEEL 2025, double raison pour le lire et surtout tous les participants ont été unanimes et enthousiastes après l’avoir lu.

Ce huis clos nous emmène dans une maison, au sein d’une famille dysfonctionnelle. La mère est malade. Le père est absent. Le grand-frère fuit. Le petit frère est différent. Et la narratrice est une fille, celle du milieu, qui nous raconte leur vie, ce qu’elle ressent. Mais il y a aussi les silences et les non-dits pesant. La maison est un personnage à part entière. Au début on peut ne pas tout comprendre. Les mystères s’éclaircissent au fur et à mesure.

J’ai beaucoup aimé l’écriture. Il y a des passages comme des paroles de comptines, d’autres à cheval sur une double-page qui correspondent à un autre personnage. On comprend que Nati, le petit frère, a un handicap mental. Mais l’essentiel de l’histoire n’est pas là. Il aborde de manière très poétique un sujet très dur que je ne vous révélerai pas pour ne pas divulgâcher. En tout cas, quand on le commence, on le lit d’une traite. Un premier roman en vers puissant !

Alix Lerasle sort un nouveau livre à la rentrée littéraire, je suis d’ores-et-déjà curieuse de le lire.

Si vous aimez les lectures qui vous sortent de votre zone de confort, si vous aimez la poésie et la beauté des mots, ce livre est fait pour vous !

Note : 4.5 sur 5.

Incipit :
« je cherche je cherche
la clef pour ouvrir la maison
je cherche je cherche
elle n’est pas sous la paillasson
 »

« écoute-moi bien
je tiens ma langue
ça veut dire que
je la garde dans ma bouche
que
je ne la laisse pas
s’agiter
cogner contre mes molaires
contre mon palais
s’agiter pour
former des mots
c’est dur
je m’aide j’imagine
que j’ai dans la bouche un bon goût
et que si je parle le goût s’en ira
alors je me tais
je fais ça je
plie ma langue
sur elle-même
je la fais glisser le plus loin dans ma gorge
c’est comme un jeu
pas vraiment drôle
mais au moins je me tais
quand la mère me regarde dit
« qu’est-ce que c’est que ces grimaces ? »
avec plein d’agacement
de voir mes joues tirées
amochir mon visage
je ne dis rien
je fais profil bas
je replie mon regard
sur le bord de moi-même
je joue avec mes doigts
j’arrache la petite corne
sur le côté des ongles
rouge »

« ce que je raconte
c’est l’histoire
de la maison
et de nous dedans
je ne dis que ce que je vois
et pense
et entends
tout est réel
et rien n’est vrai
car vous ne voyez que ma tête »

« la maison est comme nous
comme nos corps
étrange
pleine d’échardes
le long des poutres en bois
le carrelage est cassant
ses murs sont granuleux
il fait si sombre dans l’escalier
même à midi on croit qu’il pleut
la maison a des chambres
qui respirent leurs poussières
suspendues dans la lumière
la nuit nous toussons dans nos draps
ma chambre à moi
c’est la pire »

« je cherche un bon goût dans ma tête
il n’y a rien
tout est amer
l’amertume est le goût
que me laisse dans la bouche
la pensée de l’absent
l’absent est un absent parfait
aucune photo
aucune évocation
il semble n’avoir jamais mis les pieds dans notre histoire
la maison est la seule à avoir gardé
des traces de lui
marques à la craie
au marqueur brun
sur les canalisations
étiquettes propres alignées
sous les douilles du tableau électrique
trou circulaire de la taille de mon pouce
dans la poutre
au plafond de la cuisine »

« il a tiré
sur la maison
la maison n’est pas morte
puis il a disparu
le fusil aussi
disparus
ne reste que la balle
au-dessus de nous chaque jour
ce trou
de la taille de mon pouce
qui me regarde
chaque matin
qui me rappelle
à quel point la détresse
peut faire mal »

« promenons-nous dans le noir
pendant que le père n’y est pas
s’il y était
il nous mangerait
mais comme il n’y est pas
il nous mangera pas
 »

« et moi
il est où mon bug ?
toi t’as pas de bug
t’es juste sale
et puis tes yeux
ils sont pas droits

l’enfant rêvée parle dans ma tête
je peux sentir
son dégoût
quand je croise mon reflet
je sens que la maison me salit
qu’elle pèse avec toutes ses poussières
sur mes yeux
sur mes rires
rire comment on fait ?
je ne sais plus
la mère aussi
a oublié »

Scopophilia / Alexandra Matine

J’ai lu les deux premiers romans de cette autrice, j’étais curieuse de lire son nouveau roman et de voir dans quel univers elle m’emmènerait.

Le roman débute lors du Covid. Georgia se retrouve seule dans sa résidence étudiante. Elle ne veut pas rentrer dans sa famille comme les autres jeunes. Pour passer son temps, elle monte sur le toit et commence à faire des vidéos qu’elle diffuse sur les réseaux sociaux appelés « la plateforme ». Ses vidéos connaissent un succès grandissant. Elle compte les millions de vue, les fans et scrute les commentaires. Le regard des autres prend de plus en plus d’importance et de place dans sa vie.

Il s’agit d’une histoire inspirée de faits réels. Les commentaires sont authentiques. On sent que l’autrice s’est documentée. Elle cite des vidéos, interviews de célébrités et influenceuses harcelées. Ensuite l’intrigue est poussée au-delà du réel. La fiction entre en scène pour mieux dénoncer encore l’influence des réseaux sociaux sur notre corps, celui des femmes. On assiste alors à une transformation kafkaïenne.

Le titre m’a intriguée. On pourrait le traduire ou le résumer rapidement par le voyeurisme, le plaisir de regarder l’autre. J’ai voulu savoir comment se terminerait l’histoire de Georgia. Un livre dont on tourne les pages encore et encore en étant troublé ou dérangé. Et c’est ce que j’aime dans la littérature.

Un roman glaçant de vérité sur notre société !

Note : 4 sur 5.

Incipit :
« Quand la plateforme surgit, organique et spontanée, comme créée par personne, nous avons cru qu’elle était née de tous. Née de notre désir de se réunir, de se connaître, de se voir. De l’inquiétude de nos mains tendues et de nos yeux écarquillés durant la nuit cruelle.
Une planète nouvelle, brillante et providentielle ; déchirure dans la toile noire du vide galactique. Irruption salvatrice dans notre voyage incertain à travers le néant. Une Terre promise. Un jardin d’Éden où il serait suffisant de se montrer pour être vus, de parler pour être entendus, d’être là pour être proches. »

« Avant de devenir Georgia Samsa, elle était tout simplement Georgia. Elle aurait aimé pouvoir dire que ses amies l’appelaient Jo, mais ses amitiés ne duraient pas. La vie de Georgia était verrouillée, les activités surveillées, les plaisir comptabilisés. L’amitié, inévitablement, s’effilochait au fur et à mesure des invitations qu’elle devait refuser. Les enfants n’ont pas le temps d’attendre le pardon d’un adulte. Alors Georgia restait Georgia.
Elle cachait son chagrin au reste de la maison, où on lui apprenait que l’amour des autres était un mensonge à décrypter, l’amour de soi une vanité à bannir. »

« Sur la plateforme, les contenus sont comme le sucre pétillant qu’enfant elle saupoudrait sur sa langue tirée entre ses dents pour entendre les cristaux crépiter. Ils fondent avant même d’être avalés, leur seule trace : une salive fruitée et poisseuse.
Le silence qui suit le crépitement, la fin de la pétillance est intolérable. La non-stimulation est intersidérale. La langue soudain épaisse et comme-viande entre les parois suintantes des joues.
Elle doit en reprendre, pour éviter de dériver, dans le silence, le noir et le lisse. Elle renverse la tête, tire la langue, et la poudre à nouveau submerge, titille et distrait ses sens. »

« Sur les forums où les gens discutent de ce qu’elle porte, de ce qu’elle mange, de sa couleur de cheveux, la cascade descendante de commentaires tombe irrévocablement sur la même interrogation, qui est de savoir si elle mérite ce qu’elle a. »

« Une intellectuelle dit que l’industrie de la beauté a été inventée pour détourner les femmes de la réflexion. Pour leur voler leur temps énergie argent. Pour les empêcher de contempler, les sourcils froncés et les lèvres serrées, la réalité de leur condition. Pour séparer les femmes qui les corrigent, les effacent de celles qui en portent les stigmates. »

Les contes hassidiques de mon père / Joshua Halberstam

Si vous êtes amateur-trice de contes comme moi, ce recueil va vous régaler !

L’auteur a réuni les contes hassidiques que son père racontait en yiddish à la radio, à New-York, dans les années 1960. Quelle sympathique idée de nous les partager. Ils sont réparties en 5 thèmes : autour du divin, leçons de vie, la clairvoyance du rebbe, la prévoyance du rabbin, courage et compassion. Ils sont accompagnés d’un mini glossaire bien utile à la fin avec l’explicitation de quelques termes yiddish.

Vous pouvez les picorer pour faire durer le plaisir. C’est ce que j’ai fait. Un conte tous les soirs avant de m’endormir. Certaines histoires sont drôles, la plupart sont émouvantes. Dans tous les cas, elles sont pleines de sagesse. Les protagonistes sont très bien décrits. On se les imagine facilement. J’ai appris quantité de choses sur les traditions juives. Une belle ouverture sur le monde dont nous avons bien besoin en ce moment.

Et si vous aimez les challenges, vous pouvez participer comme moi à celui des éditions de l’Antilope, du 1er juin au 1er août 2026 : « 1000 livres pour l’Antilope ». J’ai été ambitieuse, je vise la grille du niveau expert avec 6 livres et celui-ci n’en fait pas partie car je l’ai commencé avant le challenge !

Ce recueil a été traduit de l’anglais (américain) par Laurence Kiefé.

Je remercie les éditions de l’Antilope pour cette lecture

Note : 4.5 sur 5.

« – Et pour expliquer ma conduite, j’aimerais vous raconter une histoire qui répondra à votre question.
– Une histoire ? Merci mais non merci, répliqua Reb Zelig, bien au courant de ce penchant hassidique à remplacer l’argumentation par un récit. Gardez vos contes frivoles pour vos disciples, ajouta-t-il en se levant afin de prendre congé.
– Je vous en prie, insista Reb Dov-Ber en conviant son hôte à prendre un siège. Je vous promets que cela ne prendra que quelques minutes. Et je vous assure, l’histoire vaut la peine que vous l’écoutiez. »

M(us)K / Sabine Menet

1991, près de Bordeaux, à Cestas, 4 ados deviennent amis à travers la musique et forment un groupe, M(us)K. Il y a Simon à la basse, Leïla au violon, Manu à la batterie et Alex à la guitare. Alexeï Malkine est un meneur, un garçon intrigant, solaire et libre.

Le roman alterne les voix des quatre amis autour de leurs souvenirs. On les retrouve 25 ans plus tard, à l’initiative de Manu devenu policier. Il décide de reparler du 21 juin 1992, de la soirée où Alex a disparu et leur groupe a cessé d’exister. Chacun se sentant coupable, n’ayant pu prévenir le suicide de leur ami. Tous ont arrêté la musique. A la lueur d’une autre affaire, Manu relance l’enquête officieusement. Une obsession qui chamboule sa vie ainsi que celle de Leïla et Simon.

La musique est au cœur de ce premier roman. Chaque souvenir possède une chanson. On retrouve à la fin du livre, la liste de tous les titres. Les sentiments des adolescents sont très bien décrits et écrits. Les pièces du puzzle se mettent lentement en place. Le suspense est maintenu jusqu’au bout. Je me suis laissée surprendre par cette histoire que j’ai dévorée le temps d’un weekend.

Une belle surprise que je n’aurais pas lue sans la sélection des 68 premières fois. Merci pour cette découverte.

Note : 4.5 sur 5.

Incipit :
« Bordeaux, 1er juin 2017
Je me tiens devant la boîte aux lettres, prêt à lui donner la becquée. Les enveloppes sont introduites dans la fente, je tarde seulement à les lâcher. C’est un de ces moments suspendus où l’on se sait capable de bousculer la tranquillité du jour. Mon geste est irrémédiable. Je ne suis pas un homme de pouvoir, alors j’hésite. »

« C’est agréable d’échanger avec quelqu’un qui ressent la musique. L’écouter c’est une chose, la vivre en est une autre. La musique, elle ne me touche pas, elle me percute. Elle me prend par les émotions, comme un grappin dans les fêtes foraines, me fait vibrer et me raconte une histoire. A aucun moment, à mes oreilles, elle ne peut être décorative. Je ne l’entends pas, je la vois, je la touche et la respire. Pour moi, l’écoute est une action à part entière. »

« Cestas, 10 septembre 1991
Sortie de l’EP Smells Like Teen Spirit de Nirvana
Souvenir de Leïla Chali
Aujourd’hui, Simon et moi avons terminé à midi. J’ai croisé Alex dans la cour, il m’a demandé à quelle heure rentrerait ma mère. Je lui ai répondu 18 heures, il a pris son sac sur le dos et m’a suivie, laissant derrière lui, sans se retourner, une heure de latin et deux heures de philo. Alex s’affranchit aisément des contraintes et ne regarde pas en arrière. Je l’admire pour cela. Il se questionne et tranche dans le vif. Je suis capable de passer des heures à soupeser le pour et le contre, me décider, me rétracter, me décider de nouveau, hésiter, regretter, m’en vouloir et en arriver à la conclusion rapide et implacable que ma vie est un échec.
Choisi est le verbe que je déteste le plus. Il sent le cramé, il est sournois et sa couleur bistre me donne la gerbe. Il est un palier conduisant à deux portes diamétralement opposées. Si j’en franchis une, l’autre s’effrite, emportant avec elle une partie de mes promesses. Je me déçois toujours. Dans ces conditions, je n’ai jamais séché un seul cours. Alex trouve que je manque de légèreté. Je ne lui donne pas tort. »

Prendre le large / Martin Dumont

Martin Dumont est un auteur que je suis depuis son premier roman que j’avais beaucoup aimé. Dans ce troisième livre, il raconte son voyage à bord d’un voilier. Il est parti avec son fils Charlie et sa femme Aïda en se disant « allez, on se casse ». Ils en avaient assez de leur vie parisienne, besoin de prendre le large. Ils ne sont pas partis sur un coup de tête. Tout a été pensé et organisé. La recherche du bateau est déjà une aventure en soi.

Je suis montée à bord du Yuzu avec la famille Dumont. Malgré ma méconnaissance de la navigation et du vocabulaire marin, j’ai apprécié suivre leurs aventures et péripéties. Au programme de cette traversée en direction des Caraïbes : de belles rencontres, des paysages magnifiques et surtout une aventure unique, celle de la paternité.

Merci pour ce partage

Je remercie Netgalley et Les Avrils pour cette lecture marine

Note : 4 sur 5.

Incipit :
42°05’39’’N, 14°27’12’’W
« Minuit, tambour d’une machine à laver. Je me glisse dans le sac de couchage. Les yeux clos, je m’efforce d’oublier le vent, la mer, la pluie et la solitude du large. Dehors, l’Atlantique gronde. L’étrave bondit sur la surface écumante, se hisse au sommet d’une crête, puis bascule et s’écrase dans la vague suivante. »

« Comment naît un projet ? Qu’est-ce qui nous pousse à mettre le clignotant, sortir de l’autoroute et nous engager sur un chemin de traverse ? Est-ce que c’est un déclic, une seconde de grâce et de lucidité ? Ou s’agit-il au contraire d’un processus plus long, d’une lente inflexion, voire de l’aboutissement d’une réflexion construite ? Dans mon cas, sans doute un peu des deux. »

« Et puis, si j’aime autant la voile, c’est sans doute qu’elle ressemble à la littérature. C’est un formidable vecteur d’ouverture, de rencontres, et de découvertes, et une source de plaisir infini. Écrire un livre n’est d’ailleurs pas si différent de construire un bateau. »

Les saules / Mathilde Beaussault

Dans ce polar, tout le monde a une idée sur l’affaire et sur Marie. Marie, c’est la fille des Legrand, ceux de la Haute-Motte. Elle a été retrouvée morte près de chez Marguerite, au bord de la rivière à la Basse-Motte.

Marguerite est une petite fille différente. Elle est harcelée à l’école, sorte de souffre-douleur. Elle vit dans son monde et ronge sa manche. Elle ne se lave pas. Elle a les cheveux emmêlés qui « font des nids-de-poules ». Elle préfère être dehors, avec le chien. Elle se promène autour de la ferme de ses parents. Leur vie est dure. Et puis il y a sa tante, Jeanine, la sœur de sa mère qui leur rend visite de temps en temps et égaye alors sa journée.

Entre la Basse-Motte et la Haute-Motte on ne se mélange pas, on se jalouse plutôt. Mais avec le meurtre de Marie, tout le monde défile à la gendarmerie. Chaque convocation est l’occasion de brosser une galerie de personnages, d’en savoir un peu plus sur la victime et les secrets de ce village.

Ce premier roman est lauréat du grand prix de littérature policière en 2025. Une belle entrée en littérature pour Mathilde Beaussault qui vient d’ailleurs de recevoir le Grand Prix des Lectrices Elle 2026 dans la catégorie policier pour son deuxième roman « La colline ».

Je ne suis pas amatrice de polars, mais je me suis laissée embarquer dans l’enquête grâce à la jeune Marguerite qui est un personnage singulier et surtout par l’atmosphère créée par l’autrice. Un roman noir lu dans le cadre de la sélection des 68 premières fois !

Note : 4 sur 5.

Prologue :
« Elle met un peu de rouge sur ses lèvres. Pas trop. Il lui a déjà dit qu’il trouvait ça vulgaire. Un peu pute même. Et Marie a rougi, frissonné de honte et baissé les yeux à la manière d’un chiot pris en faute, réprimant une envie d’essuyer son maquillage d’un revers de manche. Marie a l’habitude de n’obéir à personne. Mais lui, il avait raison. Il a le don d’avoir toujours raison, sur Marie. »

« En contrebas, à l’orée de la coulée, nom qu’on donne dans le coin à ce bras mourant de rivière, les peupliers et les saules pleureurs se balancent en majestés que la folie des hommes ne peut atteindre. »