Au fil des saisons, on suit un homme séducteur, Grégoire, 40 ans, qui hésite en permanence. Le roman s’ouvre à l’automne, il commence des cours de théâtre et rencontre Irène. Il est tout de suite attiré par elle. Alors qu’il est en couple avec Lucie, il est tiraillé entre son désir pour Irène et son histoire plus calme et douce avec Lucie. Chacun vit de son côté mais le cours des choses voudrait que Grégoire s’installe avec Lucie et son fils, qu’ils fondent une famille ensemble, ce qui comblerait sa mère.
On le découvre aussi dans son milieu professionnel. Il dirige une usine de confection. Là aussi les décisions sont compliquées, la pression monte. Il n’y a que dans les soirées poker qu’il arrive à choisir sans état d’âme.
Un court roman joliment écrit que j’ai très vite lu. J’ai trouvé intéressant de pouvoir observer l’évolution de ce personnage masculin. Les passages au sujet des pièces de théâtre m’ont passionnée. Le personnage de la grand-mère aurait mérité d’être développé. Les scènes de sexe détonnent du reste de roman, car plus crues. Je ne pense pas que cette histoire me restera en mémoire.
Je remercie les éditions Buchet Chastel et Babelio pour cette masse critique privilégiée
Incipit :
« Il roule. C’est son habitude quand il est énervé, quand il sait qu’il ne va pas dormir. A n’importe quelle heure, Grégoire peut prendre le volant, faire trente bornes sur l’autoroute, demi-tour et ça va mieux. »
« Il avait envie de jouer seul et pas une scène comique qui ferait rigoler tout le monde. Parmi tous les textes que le prof avait étalés sur une table mi-février, il avait choisi un monologue. Une tirade d’un roi, une page entière, extraite du Roi se meurt. Il lui restait un vague souvenir de Ionesco, étudié au lycée, une histoire de rhinocéros à laquelle il n’avait pas compris grand-chose à l’époque. Il avait fait confiance aux encouragements du prof et à la promesse des premières phrases : « J’avais autrefois un petit chat roux. On l’appelait le chat juif. Je l’avais trouvé dans un champ, volé à sa mère, un vrai sauvage… »
Chez lui, il avait lu et relu le texte. Sa beauté simple, sa poésie l’avaient bouleversé sans qu’il en saisisse toute la portée. Le lendemain, il avait acheté et lu dans la soirée la pièce en entier. Il avait sympathisé avec le vieux Bérenger 1er, ce roi agonisant qui refuse l’imminence de la mort et finit par s’y soumettre alors que le monde autour de lui se délite, disparaît peu à peu. Pendant deux semaines, il avait appris le monologue. Une fois, Irène l’avait fait répéter. Ses conseils et son ton doctoral l’avaient agacé. Devant son miroir, il avait continué seul sa préparation. »
« Estelle passe la tête dans l’encadrement de la porte : « Grégoire, ce midi, lasagnes ou croque-monsieur ? » Il hésite. Il aime les deux. Et le « ou », il n’en peut plus. Impression que sa vie est encombrée par ce mot. « N’importe, Estelle ! » Déjà petit, il avait du mal à choisir. Quand on lui demandait de trancher entre deux options qui lui plaisaient – pain au raisin ou pain au chocolat ? Aladin ou Le Roi lion ? – il bloquait. Une douleur intense entre les yeux. Si sa mère s’impatientait, c’était pire. Avec Babouchka, pas de problème : « T’inquiète pas mon bonhomme, tu auras les deux ! » C’était bon d’avoir les deux. Avec le temps, et sauf au poker où bizarrement il a le choix facile, ça ne s’est pas vraiment arrangé mais Grégoire a trouvé des stratégies. Fenêtre ou couloir ? Marchepied ou escabeau ? Leffe ou Guinness ? Sur les petits sujets, ne pas se prendre la tête, laisser l’arbitrage à la machine, au hasard, à quelqu’un. Car peu importe le choix qu’il fera lui-même, Grégoire sait qu’il regrettera de ne pas avoir fait l’autre. C’est pathologique. Mathieu revient de la cuisine avec deux Leffe et, c’était couru d’avance, Grégoire se dit qu’il aurait préféré la Guinness. »
