Zélie est une muette qui vit avec son père ou plutôt à ses ordres. Un jour elle commence à dessiner sur des Post-it et invente une histoire. Cette activité lui permet de s’évader de son quotidien et de ne plus subir mais d’imposer ses choix à un personnage. Après une brocante, elle a l’idée de construire un folioscope. Une sorte de machine pour faire défiler ses Post-it, comme l’ancêtre du cinéma.
Elle a une fille, Mia. Mia n’a jamais connu son père. Pour répondre à son besoin d’amour, elle se rend régulièrement dans un aéroport et interroge les passagers qui attendent. Elle leur dit qu’elle organise un concours des plus belles déclarations d’amour sur messagerie mobile, pour une radio. Elle engrange ces mots doux sur son téléphone pour les réécouter et renflouer son capital d’amour.
Autre personnage qui a son importance, Roméo. C’est un acteur de passage pour un tournage. Il loge dans une des chambres louées par Zélie et Mia. Mais je ne vous en dis pas davantage sur lui. Je vous laisse découvrir son rôle.
J’avais beaucoup aimé le précédent roman de cette autrice. Je lui reconnais une certaine originalité et une poésie mais j’ai eu du mal à suivre ce roman complètement loufoque. L’histoire dans l’histoire m’a perdue au début. Du coup mon plaisir de lecture n’a pas été au mieux.
Je remercie les éditions Azoé pour cette proposition de lecture
Incipit :
« Au crépuscule, lorsqu’elle se fond dans l’horizon, l’étendue de blé ne connaît pas de frontières, pas même celle du regard qui imagine la voir disparaître en épousant les rondeurs du monde.
C’est une première image brève car la nuit tombe, griffée par un filament qui s’embrase et irise une lune de pacotille, simple boule de verre opalescent fixée sur un bras mobile télécommandé par un logiciel qui bogue, si bien qu’au lieu de monter, pleine et altière dans le ciel, elle file à l’horizontale en rasant les épis de blé.
« Coupez ! » lance une voix dans l’obscurité. »
« Elle dessine à nouveau un 7 et voilà qu’au moment de l’ombrer, un sourire caché au monde se dessine sur ses lèvres. Elle vient d’avoir une idée, elle va fabriquer une boîte magique comme le folioscope vu à la brocante l’autre dimanche.
Dans un coffret muni d’une loupiotte et d’une fente permettant de regarder à l’intérieur, elle collera un énorme bloc de Post-it sur un axe rotatif, relié à une roue crantée activée par une manivelle, qu’il suffira de tourner pour faire défiler, Post-it après Post-it comme au cinéma, l’histoire d’il était une fois le dessin d’un chiffre 7, jeté dans une poussette accrochée à l’arrière d’une caravane, qui roule sur une route sans début ni fin allant d’un bord à l’autre du Post-it. »
« Boulotte, elle a la taille d’un bon mètre de couturière, soit cent cinquante-trois centimètres, porte une robe à volants faite d’un patchwork de tissus d’habillement et de voilage d’ameublement, et tient à la main un sac en toile couvert de plumes de chapeau dont les poignées ont été confectionnées avec des pompons de toutes les couleurs. »
« Parti farfouiller au fond de son atelier, Octave en revient avec un coupon de velours noir parsemé de paillettes sur lequel il colle le morceau de fesse.
L’illusion est parfaite. L’Artiste ne peut retenir un rot de satisfaction.
D’un cliché au trentième du cul bien mignon de sa petite-fille, il a fait un croissant de lune sur une nuit étoilée. Il a atteint la quintessence de l’art à sa façon, faire prendre des vessies pour des lanternes, ce qui en termes plus élégants s’énonce « dévoiler la face cachée des choses ».
Galvanisé, l’Artiste regarde la muette droit dans les yeux, si bien qu’elle oublie tout – faire bouffer ses cheveux, son demi-sourire, sa condition de femme de ménage, – et s’exclame :
– Me voilà enfin payé de retour !
Sans avoir compris à quoi il a fait allusion, la muette écrit sa réponse sur un Post-it qu’elle brandit en biais :
« Bravo, papa ! »
– Bravo, OCTAVE ! tonne son père. Combien de fois devrais-je te répéter qu’on n’appelle pas un Artiste « papa » !
Et vlan ! Le demi-sourire revient figer le visage de la muette, pouf, pouf, elle fait bouffer ses cheveux et la queue entre les jambes, retourne à sa table de repassage. »
« Il est servi. Le dévouement est le miel de la muette. Mère nourricière, muse, nounou, elle s’adonne à tous ces rôles avec une constance sans faille. Elle est bonne à tout faire et l’Artiste bon à rien, ce qui s’appelle faire la paire. »
« 16h30 passées, la muette plie les voiles à la va-vite, furieuse contre elle-même. Je t’en foutrais des après-midi à dessiner des prises de tête pareilles ! Mirko va chez le médecin, point ! En termes de rendu plastique, des cachets de somnifères, c’est tout de même plus convaincant qu’un doute ! Alors tant pis pour lui, dès demain, elle lui administrera une dose de cheval. »
