Cette nuit qui m’a donné le jour / Frédéric Perrot

A la mort de son père, Étienne découvre toute une part d’ombre de celui-ci. Un secret longtemps gardé par ses parents qui va le bouleverser, tout comme les lecteurs. Ce couple solide et indestructible est un modèle pour Étienne. D’ailleurs il ne se sent pas à leur hauteur. A 30 ans, il n’a pas encore construit de relation sérieuse.

Son père lui a donc laissé une lettre dans laquelle il lui raconte son secret. Ce roman sensible alterne entre la voix du père et du fils, à la fin il y a aussi le point de vue de la mère et d’une autre personne. C’est un procédé intéressant qui permet de connaître le ressenti de chacun. L’écriture est fluide et très maîtrisée, tout s’enchaîne, je vois très bien ce roman adapté en film. L’auteur a le sens de la formule et je sens un œil malicieux sur ses personnages. J’ai tourné les pages avidement pour connaître la suite.

Frédéric Perrot écrit une très belle histoire d’amour mais je ne peux vous en dire plus sans trop vous en révéler et je ne voudrais pas gâcher votre plaisir de lecture. En tout cas c’est très émouvant et on suit avec plaisir cette histoire passionnelle teintée d’un grain de folie et de leçons de vie. Avec en arrière-plan toujours ces questions : quels choix avez-vous fait ou pas dans votre vie ? avez-vous des regrets ? est-ce la vie qui a choisi pour vous ?

Dans ce livre, vous trouverez également un plaidoyer pour choisir sa fin de vie. Le personnage principal de ce roman est atteint de la maladie de Charcot. Les derniers mois de sa vie sont tout autant douloureux pour sa famille que pour lui.

Un bon moment de lecture pour moi mais ce ne sera pas un coup de cœur que je défendrai pour le prix Orange du livre, la sélection est rude !

Merci à Frédéric Perrot et aux éditions Mialet-Barrault pour l’envoi de ce roman.

Note : 4 sur 5.

Incipit :

« Il croquait dans un brocoli quand le téléphone a sonné. Le nom de sa mère s’est affiché sur l’écran. Le moindre détail prend une importance démesurée quand vous apprenez la mort de votre père. Voilà l’image qui subsistera dans l’esprit d’Étienne : un repas à peine entamé, la fourchette dans une main, un couteau posé en équilibre sur le rebord d’une assiette ébréchée. Cette allégorie du moment qui précédait l’annonce restera gravée dans sa mémoire. Le dernier instant de sa vie d’avant, celle où il était encore le fils d’un père en vie. »

« On serre plus fort l’autre contre soi quand on est triste, heureux ou amoureux. Les étreintes sont un baromètre idéal. »

« Et puis ça lui plaît d’imaginer que son père, qu’il connaissait jusque dans les moindre non-dits, ait préservé un jardin secret. Mourir avec des mystères, c’est partir avec des cadeaux à jamais emballés. »

« J’ai grandi ici, j’ai mon travail à proximité, je lui dis que c’est la vie qui a choisi. Il me répond du tac au tac que si je la laisse faire, la vie va me mener par le bout du nez jusqu’à me foutre les deux pieds dans la tombe. Ces derniers mots se logent dans mon crâne, à un endroit douloureux celui des vérités. Ces vérités qui passent parfois des vies entières cachées derrière les non-dits. »

« La pluie a cet avantage, loger en toute discrétion la tristesse des hommes. »

« Il n’y a pas de meilleur rempart au malheur que le bonheur en personne. »

« Il faut s’efforcer de voir la poésie qui sommeille dans chaque défaite, c’est comme ça qu’on survit plus longtemps. »

« Si cette lettre ne te parvient pas, ce n’est pas grave, j’aime l’idée que quelqu’un tombe dessus, un jour, et découvre ce que nous étions, ce que nous sommes, et ce que nous resterons : un amour inaliénable. »

« Étienne crie presque, pas par colère, ni par mépris, mais parce qu’il ne comprend pas, parce que cette vision du couple le fait plonger dans une dimension parallèle, aux antipodes de ce qu’ils lui ont toujours inculqué. »

« J’ai lu l’autre jour que la dune du Pilat se déplace de cinq mètres par an. Eh bien la vie en duo, c’est ça. C’est une dune de Pilat en continuel mouvement, une force de la nature impossible à contenir, vous laissant face à un choix implacable mais d’une extrême simplicité : avancer ensemble ou abdiquer. »

« Ça aussi, ça trace de nouvelles règles, ça oblige à ce même choix implacable : porter ensemble le fardeau de ces nouveaux paramètres, ou abdiquer. Je crois que c’est précisément là que se loge l’amour, dans cette conviction qui ne faiblit pas, même face aux assauts imposés par ses trois rivaux acharnés que sont le temps, les autres et le hasard. »

« Ensuite les années se sont écoulées comme s’écoulent les années. Vite. On a parfois l’impression de n’avoir qu’à cligner des yeux pour qu’une décennie se consume. C’est précisément ce qui s’est passé. »

« Pour la première fois de sa vie, avec une clarté cristalline, il admet que c’est peut-être dans cette cruelle imprécision que réside la beauté de l’existence, dans les failles, les bosses. Les ratures. Plutôt que de les fuir, il fallait peut-être les épouser, avec le genou à terre, et tout le tralala qui convient. »

« Pose une journée. Un jour de congé en plus ou en moins, personne n’ira compter quand on aura les deux pieds dans la tombe. »

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