Un barrage contre l’Atlantique / Frédéric Beigbeder

Ce roman a été écrit pendant la période de confinement. Frédéric Beigbeder est isolé dans une cabane au Cap Ferret afin d’écrire. Il se sent seul loin de sa femme. Son objectif est d’écrire une ligne par jour. Il est parti du constat que les jeunes, comme sa fille Chloë, ne lisent pas ses romans. Ce n’est pas qu’ils ne lisent pas mais en tout cas pas des textes longs. Il a donc mis de l’espace entre chaque phrase, comme un écrin, pour les mettre en valeur et vaincre Twitter. C’est vrai que cette aération est agréable pour les yeux. Il lance donc avec humour une nouvelle façon d’écrire pour les jeunes générations qui a fonctionné avec sa fille. Voici donc une expérience à tenter : espacer les phrases des classiques !

Il y a de belles phrases auxquelles on ne peut rester insensible. Et puis il y a les souvenirs d’enfance, le divorce de ses parents. A 55 ans, Frédéric Beigbeder fait le bilan de sa vie, et c’est émouvant. Ce livre est d’ailleurs présenté comme la suite d’« Un roman français », paru en 2009 et pour lequel il a reçu le prix Renaudot. Je vous rassure de suite, ces deux livres peuvent se lire indépendamment.

Certes il digresse mais il y a un fil conducteur qui est Benoît Bartherotte et son éternel labeur, élever une digue pour empêcher la disparition de son terrain sous les flots, d’où le titre emprunté à Marguerite Duras.


« Bartherotte a bâti une digue pour sauvegarder l’extrémité sud de la presqu’île de Lège-Cap-Ferret, en Gironde. »

Vous retrouverez aussi ses frasques. J’avoue n’être pas au courant ni intéressée par la vie des « people » et du coup de voir apparaître des noms comme celui de Laura Smet me laisse quelque peu perplexe. Je crois que je préfèrerais que les noms soient changés. C’est un roman autobiographique et Frédéric Beigbeder se livre toujours dans ses romans. Après tout pourquoi pas, il dit d’ailleurs avoir fait lire son manuscrit aux personnes concernées avant de le remettre à son éditeur. Et puis il dit que les gens imaginent des vies trépidantes aux écrivains alors que sa vie actuelle est rythmée par le ramassage des jouets de ses enfants dans le salon.

Frédéric Beigbeder nous offre un roman intime et sincère sur le temps qui passe, sur l’importance de la famille. Il observe ses bons et ses mauvais souvenirs, s’attarde sur ceux qui l’émeuvent le plus et affronte ses émotions qu’il fuyait auparavant. J’ai eu le bonheur d’assister à un VLEEL mémorable que vous pouvez voir en replay sur la chaîne YouTube. Vous verrez notamment un invité surprise faire ses confessions à Frédéric Beigbeder, un beau moment d’amitié.

Note : 4.5 sur 5.

« Mes phrases respecteront la distanciation littéraire. »

« Je voudrais dénoncer nommément dans ce livre toutes les personnes qui ont comploté à me rendre heureux.

 

Ma mémoire remonte par bribes désorganisées (ou organisées sans me demander mon avis).

 

Je ne me souviens que par flashs : mes souvenirs sont stroboscopiques. »

« Moi aussi, je cherche l’immobilité qui donnera à mes enfants les souvenirs que je n’ai pas. »

« Il est crucial de réinventer notre façon d’écrire si nous ne voulons pas que la littérature disparaisse au XXIe siècle.

 

Non, Twitter, vous n’avez pas le monopole de l’apophtegme ; vous ne l’avez pas. »

« Je sais aujourd’hui que mon malheur résulte de moi uniquement. »

« J’ai bien profité du monde précédent car j’ai toujours eu l’intuition que, plus tard, ce serait la grosse merde, et maintenant que ça y est, nous y sommes, je cours me réfugier dans un paradis endigué. »

« Je me prends pour un poète, alors que je ne suis qu’un phraseur. »

« Benoît Bartherotte est le fil conducteur de ce récit ; chaque fois que je m’égarerai, vous le verrez réapparaître.

 

Depuis quarante ans, il jette des rochers dans l’océan, à la pointe du Cap Ferret. »

« Certaines phrases se surestiment : elles se prennent pour des maximes, comme une instagrammeuse se prend pour une star.

 

Mes phrases préférées sont les phrases qui n’ont pas d’autonomie.

 

Celle qui ont besoin des autres pour exister.

 

Celles qui ne tiennent pas debout toutes seules.

 

Je les trouve plus émouvantes, isolées et cependant reliées.

 

Elles flottent.

 

Ce sont des phrases sans gravité, des silex gonflés à l’hélium.

 

Ce matin encore, plusieurs camions remplis de pierres sont venus déverser leur cargaison devant ma cabane, dans un fracas de tonnerre.

 

Ce qui est beau dans ce combat contre la nature, c’est sa vanité.

 

Bartherotte est le Sisyphe gascon. »

« La première fois que j’avais rencontré Claude Lanzmann, c’était sur le plateau de « Rive droite / Rive gauche » en 1997.

 

Je me souviens d’une réplique merveilleuse.

 

Ardisson le présente : « Nous recevons Claude Lanzmann, le réalisateur de La Shoah. »

 

Et Claude de rectifier immédiatement : « Ah non, La Shoah, c’est Hitler. Moi c’est Shoah. » »

« Il y a deux sortes d’humains : ceux qui ont du sable dans leurs chaussures, et ceux qui n’ont pas de sable dans leurs chaussures.

 

Benoît appartient à la troisième catégorie : ceux qui ne portent pas de chaussures. »

« Mon père a été maladroit, blessant, absent, égoïste et pourtant je ne cesserai jamais de l’admirer.

 

Ma mère a été aimante, protectrice, présente, altruiste, et quand je la vois, je fais de gros efforts pour ne pas suffoquer.

 

L’âge ingrat dure toute la vie.

 

Le départ de ma fille aînée ma brisé le cœur. »

« Je suis un enfant qui veut qu’on l’adopte.

 

Toute ma vie je me suis cherché des maîtres, comme un chien abandonné. »

« Tous les matins, mon père me réveillait en me chatouillant la plante des pieds qui dépassaient des draps.

(Ici, pleurs abondants.) »

« L’amour, même vieux, usé et fatigué, reste de l’amour. »

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