Watergang / Mario Alonso

Le personnage principal est Paul. Il a 12 ans et vit dans un petit village, Middelbourg. Il va écrire un roman quand il aura 13 ans dans lequel il se mettra en scène sous un autre nom, Jan. En attendant il parle peu et prend des notes dans des carnets. Il partage sa chambre avec sa sœur Kim qu’il appelle Birgit, elle a 16 ans et elle est enceinte. Sa mère se prénomme Julia, mais il l’a renommée Super, car elle est super et travaille depuis le divorce dans une supérette. Son père, Jens, est parti il y a quelques années et vit en Angleterre avec sa nouvelle compagne, Julia.

Paul écrit sur le monde qui l’entoure. Et il court beaucoup le long des canaux dans le Watergang. C’est un être solitaire.

Mario Alonso plonge le lecteur dans l’ambiance du watergang et de Middelbourg. Il ne s’y passe pas grand-chose avant que Kim et Paul partent en Angleterre quelques jours chez leur père. Les chapitres courts sont une succession de personnages. Il n’y a pas que des humains qui parlent dans ce livre, Middelbourg et le canal sont aussi des personnages et s’expriment dans un chapitre. J’ai beaucoup aimé le chapitre de « Rose », la couleur, qui est teinté d’humour.

C’est un roman choral original, écrit avec poésie. Mais j’ai un peu décroché au milieu du roman avant de repartir dans ma lecture grâce à l’escapade anglaise. Il faut dire que Paul n’aime pas l’action, il la fui. Un premier roman intéressant avec des qualités indéniables puisque publié par les éditions du Tripode (un chouchou) mais ce n’est pas un coup de cœur pour moi.

La couverture est magnifique, il s’agit d’une illustration de la Mer Baltique de Natalie Levkovska.

Note : 4 sur 5.

Paul :

« Dieu est comme mon père, il m’aime mais de loin. Pas de problème. »

Middelbourg :

« J’apparais parfois dans un tableau de maître. Je suis ce mélange de pigments froids si reconnaissable. Le vent m’a dessiné touche après touche. Les paysans m’ont craquelé à force de travail. Les générations se sont succédé et m’ont nourri de leur jeunesse. Dans le bourg, on a rapproché les façades pour se protéger du vide qui fait toujours aussi peur au Moyen Âge. Tout autour de moi, on a fait tourner les rues afin que n’y entrent pas les mauvais esprits. Ainsi les maisons n’ont pas cherché à s’élever plus haut que ne pouvait voir un homme debout sur son cheval. Et les hommes d’ici n’ont pas cherché à faire monter un cheval sur un autre cheval pour espérer voir plus loin. »

Super :

« Je ne ris jamais en public. Je ris parfois mais toute seule. Même avec mes enfants, je n’arrive pas à me lâcher. Kim ne me ressemble pas pour ça. Elle rit tout le temps de sa mère. Quand elle est seule, je suis sûre qu’elle est triste. On ne trompe pas une mère. Oui, quand elle est seule, les yeux de Kim doivent lui jouer des tours. »

Paul :

« Il y a des jours où je me sens polychrome, polarisé, pollué, polyèdre, polyglotte, polynésien, polystyrène, polyuréthane, polytonal, etc., etc. Il y a des jours où je me sens dans tous mes états et complètement poli par la pluie. J’écris comme un fou des mots que je ne connais pas mais qui ont l’air de me raconter des choses. Je dresse des listes dans un carnet que j’ai planqué dans le watergang et que je remplis de notes tout à coup. Il y a des jours comme çà où je me sens comme perdu dans les polders, que pourtant je connais comme ma poche. Il y a comme ça, oui, des jours où, vraiment, je ne sais plus quoi faire. »

Action :

« Paul ne m’aime pas. Je m’ennuie. Je le fatigue. Il ne veut pas de moi. Il m’évite. Il interdit à Jan de céder à mes sirènes. Il me juge. Pas d’action, inutile. Voilà ce qu’il transmet à son auteur. Il ne veut pas de train qui déraille, il ne veut pas de voiture qui tombe dans le fossé. Un fossé d’absurdité. A ses yeux, je suis le cheval qui monte sur un autre cheval pour voir au loin l’ombre de quelqu’un parti faire le reste du chemin à pied. »

Pol :

« J’ai failli m’appeler Pol. Je suis le narrateur des livres de Paul écrits par Jan, qui n’est autre que Paul, comme moi. Je ne quitte jamais mon téléphone. Je suis redevenu Paul, à la demande de Paul. Jan s’est exécuté. Il raconte ma vie. Enfin, celle de Paul. Il m’a consacré tout un livre. Son premier. »

Kim :

« Paul dit que j’ai besoin d’air. Que Lucien a besoin de courant. J’ai hâte d’entendre le bruissement des arbres faire comme un arc-en-ciel sonore au-dessus de nos têtes. »

Paul :

« Il n’y avait pas de musique cette fois dans mes jambes, aucun jus dans mes veines. J’étais comme le watergang quand on le voit de loin, sans nuance, sans relief, peint dans le même vert, comme les marais quand on les photographie en hiver. La mer me semblait inatteignable, elle-même peinte dans ce vert interminablement vert. Les vagues s’aplatissaient mollement au bord de mes yeux et mes yeux étaient deux langues baignant mollement dans leur bain de salive. »

Paul :

« Quand mon père m’appelait Paul, la terre sur laquelle je cours n’est plus ronde, elle est comme une bouillie et on ne peut en faire le tour sans perdre ses jambes. Puis le silence revient et tout redevient rond, solide et triste. Paul. Paul. »

Julia :

« Viens Paul. Viens près de moi. Dis-leur que je suis encore ta mère et que l’on va s’aider toi et moi, qu’on n’a besoin de personne. Que ce sont les bêtes qu’on soigne, pas les humains, les humains, on les aime. »

Julia :

« Dans sa tête, il y a du vent qui se forme et qui a besoin d’un nouveau couloir pour circuler. Je ne fais qu’exprimer avec des mots ce que son corps exprime pendant son sommeil. »

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