Presque le silence / Julie Estève

J’ai été totalement happée par ce roman et l’écriture de Julie Estève. Je n’ai pas pu le lâcher avant la dernière page. Vous l’aurez compris, c’est un coup de cœur !

On suit la vie de Cassandre, année après année jusqu’à sa mort. On la découvre donc d’abord petite fille rousse subissant un harcèlement au collège. Elle trouve refuge chez son grand-père, Jean. Sa grand-mère, Paulette, s’est suicidée. Ses parents semblent indifférents à Cassandre, enfin surtout son père.

Cassandre est amoureuse d’un garçon du collège, Camille Leygues. Un jour elle se rend chez un voyant et lui demande si Camille l’aimera. Et le voyant lui annonce cinq prédictions, qui nous seront dévoilées au fur et à mesure du roman et qui vont dicter sa vie, influencer ses choix. Le voyant lui dit une chose terrifiante : « vous êtes le chaos mademoiselle ».

La voix du roman est celle de Cassandre. On est toujours placé de son point de vue, de ses sentiments et peurs ce qui la rend très attachante. J’ai eu parfois envie de la secouer et de lui dire de ne pas aller dans cette direction.

Bien que traversée par beaucoup d’épreuves et de deuils, sa vie sera emplie d’amour et d’animaux aussi. La fin de sa vie sera plus apocalyptique, le roman bascule dans un monde en proie à des drames écologiques, des crises sanitaires qui font écho à notre monde actuel.

Le style est original. L’écriture est sèche. Les phrase sont courtes et percutantes. Ce livre ne peut laisser personne indifférent. En tout cas j’ai vécu une expérience de lecture assez incroyable et j’ai hâte de la renouveler. Un roman sombre et intime qui m’a beaucoup plu et qui est dans la sélection du Prix Orange du Livre 2022 !

Note : 5 sur 5.

Incipit :

« Ça a commencé dans les forêts tropicales et les mangroves en Guyane. Des œufs. Des tas d’œufs. Ils étaient des millions, des montagnes. Les œufs sont devenus des chenilles moches qui ont mangé les feuilles des arbres dont les palétuviers des marais. Leur abdomen était gonflé, leurs poils épais, elles avaient trois paires de pattes.

Pendant des kilomètres, la forêt fut recouverte de ces choses. Elle fut dévorée. La forêt : des troncs et des branches vides. »

« J’ai onze ans et je suis amoureuse de pépé Jean. C’est un type petit qui porte des shorts en lin. Il s’affaisse, l’âge. Il me regarde tout le temps. Quand il ne me regarde pas, il écrit des lettres et me dit que le monde, les arbres, les hommes. »

« Quand les gens s’arrangent avec un mort et qu’ils s’improvisent une fin pourrie, c’est que le mort s’est pendu ou balancé dans le vide. Les suicides se rangent dans les placards de famille.

Le père de Camille Leygues par exemple : tombé d’une échelle un 14 juillet ! Camille a gobé le bobard ; les enfants n’ont aucun esprit critique. Je n’ai pas insisté auprès de lui par ce que je voudrais qu’il m’embrasse avec la langue, et personne n’a envie de rouler une pelle à la vérité. »

« Les gens tristes ont besoin de chaos. Si on mettait les tristesses bout à bout, les flammes détruiraient le monde. Un jour tout prendra feu, les arbres et ma vie. »

« Nous sommes l’amour. Nous sommes un amour immuable, puissant, infini. Maintenant il n’y a que l’amour, et le silence. »

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