Le chant de Shilo / Sébastien Ménestrier

A la manière de Jeanne d’Arc, une jeune fille de 16 ans se fait passer pour un homme afin de pouvoir partir à l’aventure et se battre aux côtés d’Ulysse. Pendant la bataille, elle se trouve avec lui dans le cheval de Troie. Elle tue et vainc. Puis elle prend la mer et avec son armée crève l’œil du cyclope roi Polyphème. Devenu inoffensif, les femmes cyclopes voient une solution pour stopper la violence qu’elles subissent. Elles souhaitent faire de même avec les 3 derniers mâles cyclopes. La jeune femme décide de rester sur cette île et de redevenir une femme. Elle est attirée par l’une des cyclopes, Shilo, à qui elle désire venir en aide. Les mâles lui disent que Shilo la manipule. Qui croire ?

Un récit mêlé de peur, de violence et de désir, qui n’est pas sans rappeler l’Odyssée, mais en version féministe. Au début du livre se trouve une carte de l’île qui est aussi importante que les personnages. Il se dégage une ambiance particulière de cet endroit. L’écriture est très agréable et poétique. Ça se lit tout seul et très vite. Le roman ne fait que 91 pages. Ce serait dommage de passer à côté de ce très beau texte publié par les éditions Zoé !

Note : 4.5 sur 5.

« Quand j’ai grandi j’ai voulu partir, trouver mon endroit, une histoire qui serait à moi. J’ai noué un bracelet à mon poignet et j’ai coupé mes cheveux très court, je lui ai demandé si là-bas ils me prendraient pour un garçon. Il m’a dit oui, ils te prendront. Je me suis regardée dans les eaux de pluie et j’ai pu y croire moi aussi. J’étais plus jolie comme ça je crois, plus fin, plus délicat. J’ai fait mes adieux à mon père, à nos bêtes, puis j’ai marché cinq jours jusqu’aux troupes déjà prêtes. Des centaines de garçons marchaient droit, j’ai vu Ulysse. Il était arrogant et roi, j’ai voulu le suivre terriblement. Je ne savais pas alors que je faisais semblant. J’ai couru comme les autres, soulevé des charges, montré ma force, mon cœur a battu quand il m’a regardée. J’ai été choisie, je le méritais, j’ai marché dans les pas du garçon devant moi. J’ai aimé avancer comme ça, nombreux, toutes les nuques assemblées. J’ai vu la mer, la falaise, nos bateaux larges. J’ai voulu être sur celui de mon roi. »

« Quand elle s’est arrêtée il a fallu attendre encore, la nuit, le signal, et puis nous sommes sortis de son ventre et nous avons incendié. Les maisons, les granges, les attelages dans les rues, tout a brûlé. J’ai voulu aimer ce feu, qu’il nous délivre. Il ne nous a pas délivrés. Nous avons été cruels encore et sans joie, rejoints par les autres, frappant, pillant, chantant. Ce fut une très longue nuit. »

« Et puis nous sommes arrivés sur ce qui deviendrait mon île, j’ai été saisie. Des murs de roches énormes, striées, blanches et jaunes pâles, ocres, noires parfois, repliées, ouvertes. Des chemins. Devant nous une caverne assez haute pour qu’un roi arrogant veuille y entrer. Qu’il y emmène des hommes, y attende celui qui y vivait. »

« J’ai été soulagée, nos bateaux loin déjà. J’étais seule, libre, je n’avais plus de roi. »

« C’était bien, l’île décidait, ce serait la règle. »

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