J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle / Jo Witek

Efi, 14 ans, rentre au village pour les vacances. Elle est scolarisée au collège situé en ville, fait rare pour une fille dans son pays. Mais très vite, elle se rend compte qu’on la regarde et qu’on la considère différemment. Elle est effectivement nubile, donc en âge d’être mariée. Son innocence et sa naïveté voilent encore sa face. Elle ne s’attend pas à cette déflagration qui va bouleverser sa vie. Elle se sent trahie par sa famille. Tout le temps surveillée par son frère, ses cousins et son oncle, elle sera prisonnière de son destin. La colère sera son moteur pour sortir de cette situation.

Ce roman est le témoignage d’Efi, une adolescente rebelle, qui a choisi de vivre sa vie comme elle le veut et non selon la décision de sa famille. Il est question des traditions qui imposent le mariage aux jeunes filles.

Ce livre me fait beaucoup penser au roman de Djaïli Amadou Amal, « Les impatientes ». La colère et la douleur montent au fur et à mesure et vous prennent à la gorge. On ne peut qu’être touché par cette histoire qui est malheureusement celle de millions de jeunes filles dans le monde. Un roman fort et bouleversant.

Prix Babelio Jeunesse 2021

Note : 5 sur 5.

Je suis enceinte, ma fille, et ton père a des dettes ! J’ai fait ce que j’ai pu, mais maintenant il te faut être sage, une gentille fille, et l’accepter. La famille de Soan t’a choisie, c’est un honneur pour nous.

La fête est déclarée. Tout est organisé. Dans trois semaines, je serai mariée. Dans trois semaines, je serai morte. Une bombe a éclaté et mon avenir est en ruine. Un drame a eu lieu et personne ne s’en soucie. Ce que j’éprouve n’a aucune importance. Pour eux, je ne suis qu’un corps. « Un cadeau du ciel », comme le dit Grandmama. Un diamant étincelant qu’on enferme dans un écrin de pacotille et qu’on garde jalousement en attendant la vente, la transaction, l’échange ; ce que les miens nomment le mariage.

Dans l’obscurité de la maison où je demeure choquée-inanimée-pétrifiée depuis trois jours, peu à peu j’y vois clair et la colère remplace la tristesse. On m’a trompée. On m’a menti et j’en veux terriblement à ma mère de m’avoir laissée croire que mon avenir dépendait de moi, de mon travail, de mes compétences. En réalité, le clan de la famille, il n’y a que cela qui compte chez nous. Un clan qui maîtrise tout et surtout le corps des filles, la parole des filles et toutes leurs libertés. Ils sont là, tapis derrière la porte à me surveiller. Les cousins, les oncles, les femmes aussi. « Une affaire de respect et de dignité », disent-ils. Chez nous, il faut montrer aux voisins comment on sait tenir les filles, les éduquer dans la crainte des hommes, contrôler leur intimité et les préparer dès la naissance à la soumission aux pères, aux frères et aux maris. Et tout cela bien sûr comme si nous, les filles, étions d’accord, partantes et heureuses de cette monstrueuse destinée.

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