Le duel des grands-mères / Diadié Dembélé

Nous sommes à Bamako au Mali. Hamet a 11 ans. C’est un garçon un peu rebelle qui sèche l’école. Sa mère décide de l’envoyer chez sa grand-mère, Mama Hata, à la campagne, loin de tout. Sa grand-mère l’appelle « mon petit mari ».

Une vie bien différente l’attend loin de la capitale et il fait la connaissance par hasard de son autre grand-mère, Mama Cissé. Débute alors un duel de grands-mères, comme l’indique le titre.

« Le garçon appartient à son père, il n’est chez lui que chez son père. »

Il s’agit d’un roman d’apprentissage puisque Hamet lors de ce séjour va comprendre un certain nombre de choses, notamment sur sa famille.

Le roman comporte de nombreuses expressions qui ne sont pas traduites mais ne gênent en rien la lecture. J’aimerais tout de même savoir ce que signifient « Walaye bilaye ! » et « Saziké ! » qui reviennent souvent dans le texte.

Il est question de la condition des femmes en Afrique. On en apprend également beaucoup que les traditions au Mali.

J’ai beaucoup aimé le rapport à langue, notamment lorsque Hamet dit que sa langue de cœur est le bambara et qu’il ne peut exprimer ses émotions qu’avec cette langue et non en soninké.

Ce premier roman a un certain charme ou plutôt une poésie. En plus il est drôle. Une lecture bien agréable. Merci à Diadié Dembélé pour ce voyage au Mali.

Note : 4 sur 5.

Incipit

« A la maison tout le monde parle le songhay, peul, bambara, soninké, senoufo, dogon, mandinka, tamasheq, hassanya, wolof, bwa. Mais, à l’école, personne n’a le choix : il faut parler français. »

« Il dit que je dois apprendre le français, les mathématiques et la physique-chimie pour devenir comme les voisins fonctionnaires. Parce que lui, il n’a pas eu cette chance ; parce que lui, c’est un yigo andaga en France, un ouvrier tête noire qui casse les murs des toubabous en France et nettoie leurs immondices ; parce que lui, c’est un débrouillé-écrit-parlé qui sait simplement griffonner son nom et son prénom ; parce que lui, c’est un toi-dis-moi-dis lorsqu’il s’exprime en français ; parce que lui, c’est un direct-cash-cash qui n’a pas la langue de bois. Tout ça à cause de son père, mon grand-père. Ce type, au crâne chauve et aux dents jaunies par la noix de cola, venant d’un autre siècle, qui n’a pas voulu que son enfant aille à l’école des Blancs. »

« Elle me tape le bras pour me signifier que je suis trop grand pour les cadeaux du marché. « C’est pour les enfants ! », me dit-elle, comme si j’étais tout d’un coup devenu vieux comme Lionel Jospin. »

« Ici personne ne comprend ce qui se passe dans la tête. Je suis sûr qu’ils sont en train de se demander si je ne suis pas malade, à parler tout seul en bambara. Ils ne comprennent pas, ils ne savent pas ce que ça fait de n’avoir personne à qui parler dans la langue qui nous amuse, qui nous distrait, qui est la langue de nos meilleures amitiés et la langue de nos meilleurs souvenirs. Ils pensent que le soninké suffit comme langue pour tout faire et tout dire, puis se sentir bien en disant cela. Mais je ne peux pas parler de mon intérieur en soninké et me sentir bien après. Le bambara est la langue de mon cœur. »

« Son cœur se serra. Elle, fille de régnants, née et bercée dans l’or et l’argent, devenue cette chercheuse de travail à cause du ciel bleu triste. Elle partit se réfugier au bord du fleuve pour se lamenter : « Mon matin est arrivé dans une noix de cola, qui est allée à la dent de mes parents, et dont le jus a arrosé le vieux bois. Vous l’avez vu ! Me voilà, esclave de mon mariage, femme esclave de son mariage. Mon matin est arrivé clair comme le lait, grand comme le ciel, et serein comme un pèlerin. Maudissez ce matin, qui m’a faite esclave du mariage. Toi, l’imprudent, sache le destin. Pourquoi ? Pourquoi jeter les cauris au fou ? Ce ne sont que des cailloux ! Son destin ne se trouve pas entre vos mains. » »

« Saziké, j’ai assez parlé pour aujourd’hui. Mon sac à paroles est vide. Je suis fatigué ! Je me tais ! »

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