Asphalte / Matthieu Zaccagna

Voici un roman court (144 pages) et intense de cette rentrée littéraire d’hiver.

Victor, 17 ans, s’enfuit de chez lui et vit dans la rue. A travers ses souvenirs, il évoque ses parents et son enfance par bribes. Au fur et à mesure, les pièces du puzzle se mettent en place et révèlent toute la violence subie. Mais on ressent surtout l’immense solitude de ce jeune homme.

Quand Victor se met à courir, les phrases deviennent courtes et sèches, à l’image de sa course effrénée dans les rues de Paris, ou plutôt de sa fuite. Il a toujours la peur au ventre que son père le retrouve, alors il court, encore et encore, jusqu’à tomber d’épuisement.

Il a d’abord vécu à Fécamp avec ses parents avant de déménager à Pantin avec son père qui a décidé de devenir écrivain. Mais son père est un piètre écrivain. La vie est difficile quand on a peu de revenus. Et surtout quand le père est violent, manipulateur. Quant à la mère, elle ne supporte pas cette vie, sombre dans la dépression avant de se suicider.

Vous allez me dire ce n’est pas gai cette histoire. Effectivement, mais ce que raconte aussi Victor ce sont ses rencontres avec Rachid (un skateur), Justine (un trans) et Kadidja (la tante de Rachid). Des inconnus qui deviennent une sorte de famille, en tout cas qui lui apporte du réconfort et d’autres besoins vitaux.

En lecture à voix haute ce texte doit être très fort. Un très bon premier roman.

Merci à Netgalley et aux éditions Noir sur blanc pour cette lecture

Note : 4.5 sur 5.

« Nous sommes misérables, petits et misérables, sales vermines, et je ne sais plus très bien ce qu’il vaut mieux faire dans ces cas-là, rentrer en moi pour me dissoudre ou sortir de moi pour tenter de ne plus m’appartenir. »

« Alors je vois Rachid plonger à l’intérieur du manque de son frère. De ce qui le prend aux tripes. Sa tête bascule vers l’avant, semble ployer sous la violence d’une scène qu’à l’évidence il se remémore. »

« On n’est plus soi dans la descente. On est une machine. Un corps qui va, qui s’imagine des choses. La vie d’un autre, celle qu’on n’a pas. Un idéal qu’on touche du bout des doigts. Rien n’a vraiment d’importance. Ne pas s’arrêter. La course est une question d’endurance, de vitesse, d’agression de soi. »

« J’entends le bruit de la mer qui se retire au loin, je m’imagine porté par l’écume et lorsque je me vois dans cet état, je me dis que ce doit être ça, la musique d’éternité, le bruit de la mer qui gronde au loin. »

« La douleur, c’est la violence des écrits qu’il m’impose d’écouter la nuit, de réciter le jour. La douleur, c’est le contenu malsain de son récit. »

« Papa est l’auteur d’une fiction fondée sur notre histoire, mais cette histoire est imprécise, fantasque. C’est sa vision déformée des choses, dont il tente de me faire accepter l’authenticité. Mais j’enferme la douleur, et cela, Louis l’ignore. Je me robotise. Les mots n’ont plus aucun sens. Je deviens hermétique au cerveau malade de Louis. Vide à l’intérieur de moi quand je récite son texte. »

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