Les nuits d’été / Thomas Flahaut

Ce roman figurait sur ma liste de livres à lire de la rentrée littéraire 2020. D’autres livres ont retenu mon attention, puis la rentrée littéraire d’hiver 2021 est arrivée et la lecture de ce livre s’est encore éloignée. Heureusement les 68 premières fois ont sélectionné ce second roman pour lui permettre de toucher davantage de lecteurs. Et quelle belle lecture ! Merci pour ce premier envoi !

Ce roman se lit facilement. Je suis très vite entrée dans la vie de Thomas, Louise et Mehdi. Je l’ai presque lu d’une traite. Impossible d’abandonner les personnages dans leurs tourments. Bref je me suis attachée à ces jeunes gens.

Thomas Flahaut alterne les voix des 3 personnages principaux. On revit ainsi certaines scènes deux fois mais avec un point de vue différent. C’est l’histoire d’une génération, d’ados qui essaient de devenir adultes mais avec le poids de l’héritage social ils ont toutes les peines du monde à y arriver et à trouver leur place.

Louise et Thomas sont jumeaux. Ils ont 25 ans. Ils font leurs études à Besançon. Thomas rate son examen et ne peut plus s’inscrire à l’université. Il n’ose pas le dire aux « darons ». Ces parents qui ont mis tous leurs espoirs dans la réussite de leurs enfants. Le père a travaillé de nuit dans une usine suisse toute sa vie afin de gagner de l’argent et permettre à son fils de « profiter du jour ». Ils habitent dans un quartier d’Audincourt, « Les Verrières ».

Au début du roman il y a des références à Charlie Chaplin. Vous l’aurez compris, il est question de classes sociales dans ce roman. Les copains se sont sentis trahis lorsque Thomas est parti au lycée général alors qu’eux allaient au lycée professionnel. Cet été, il va travailler dans la même usine que son père retraité. Il y retrouve Mehdi, un copain d’enfance. On passe de nombreuses nuits à Lacombe avec eux et Miranda (la machine), les cadences, la fatigue. L’usine ne rapproche pas Thomas et son père, ils restent toujours chacun dans leur silence, leurs non-dits.

Je vous laisse découvrir les deux autres personnages qui ont autant à vous dire sur ces travailleurs frontaliers et cette génération de désillusionnés. Et comme ce sont des jeunes, vous trouverez aussi quelques fêtes, de l’amour, beaucoup d’alcool et quelques joints !

Le titre fait référence aux nuits d’été passées à l’usine mais aussi à un disque aimé par la « daronne », « Les nuits d’été » de Berlioz. Il est vrai qu’il y a une part de mélancolie dans ce roman.

Ce roman social me rappelle celui de Nicolas Mathieu (« Leurs enfants après eux », Goncourt 2018). Il sonne juste, on sent qu’il y a une part de vécu.

Bref, un coup de cœur pour moi ! L’avez-vous lu ?

Louise à propos du père : « C’est vrai qu’il est chiant à toujours répéter que ce qu’on a, on ne le doit pas à la chance, mais à notre mérite, à notre travail. Il aurait aimé avoir cette chance-là. Mais réussir, c’est rien d’autre que la conséquence d’avoir tout fait comme on nous a dit de faire. C’est du dressage. On t’a dressé pour que tu puisses pas envisager la vie autrement qu’en étant diplômé. On t’a programmé le cerveau pour que tu angoisses à l’idée de pas l’être. »

« Pour les darons, grandir, ça a été apprendre à rester à sa place. Pour Thomas et Louise, grandir, ça a été apprendre à fuir »

Note : 4.5 sur 5.

Par la forêt ; Par le lac / Alex Cousseau

Un petit garçon indien part tôt le matin. Il est excité. C’est un grand jour, un jour exceptionnel ! C’est la fin de l’hiver. Il veut se rendre sur la Colline aux Lézards, à l’heure où le soleil se réveillera. « Le retour du printemps est un des spectacles les plus beaux du monde. ». Son père est parti avec les autres hommes du village pour « dénouer le sac gris à l’horizon » et délivrer « toute la lumière qui repose dans le sac du ciel. »

Il a le choix entre deux chemins : par le lac ou par la forêt.

« Par la forêt. Le chemin par la forêt est long et dangereux mais je connais par cœur le labyrinthe des sentiers… »

« Par le lac. La glace est épaisse, je pourrais traverser le lac en une heure à peine. Le plus vite sera le mieux… »

Deux aventures s’offrent au petit indien comme au lecteur ! Deux histoires qui se complètent et permettent de rencontrer différents animaux, de parcourir plusieurs lieux.

La collection « boomerang » du Rouergue est composée de romans courts, recto-verso. On peut ainsi commencer sa lecture par un côté ou par l’autre. Les histoires sont tête-bêche et font chacune 30 pages.

C’est amusant, beau et poétique. Pour des lecteurs à partir de 8-9 ans. Alors quel chemin allez-vous choisir ? par la forêt ou par le lac ?

Illustrations Marta Orzel.

Note : 5 sur 5.

Comme des frères / Claudine Desmarteau

Raphaël 22 ans raconte son enfance puis son adolescence couleur grise/pluie/tristesse.

Tout commence au collège, quand avec sa bande de copains ils se moquent de Quentin/« Queue de rat » à cause de sa coiffure, une petite mèche de cheveux à la base arrière du crâne qui ressemble à une queue de rat.

Les moqueries et le harcèlement s’amplifient. Heureusement Iris, sa sœur jumelle, le défend.

La bande de Raphaël, c’est Kevin (dur, violent, « brute de service », meneur), Ryan (Raphaël se méfie de lui depuis qu’il lui a piqué ses baskets), Idriss (le plus discret), Thomas, Lucas (mou et feignant), Saïd (maigre et vif, drôle). Ils sont comme des frères. Quentin va progressivement intégrer la bande sous le regard haineux de Ryan et devenir ami avec Raphaël.

Dès le début on sait que quelque chose va mal tourner. Il nous parle d’une journée maudite quand il avait 16 ans. On avance dans le récit de Raphaël, avec ses remords, sa culpabilité, ses doutes, ses angoisses, ses hormones. Le tout dans un langage jeune, avec des mots crus, violents, des gros mots. La tension tient jusqu’au bout du roman.

Le roman aborde aussi le thème des réseaux sociaux. Ils se lancent des défis, zonent, s’ennuient, traînent, n’ont pas d’endroit où squatter.

Quant à la mère de Raphaël, elle n’aime pas ses copains. Elle a perdu un bébé à 4-5 mois de grossesse. Cet événement a marqué toute la famille par le deuil et la tristesse. Raphaël aurait bien aimé avoir un frère ou une sœur. Il n’arrive pas à parler avec son père.

Raphaël a des difficultés scolaires. Ses relations avec ses professeurs sont tendues. Il ne fait aucun effort. Comme tous les jeunes, il veut impressionner les autres, quitte à mentir.

Les vacances en Bretagne chez grands-parents seront une vraie parenthèse dans la vie tourmentée de cet adolescent, avant de retrouver sa bande de copains et ses plans foireux.

En parallèle, il suit des cours de guitare depuis ses 11 ans avec Eric. Un jeune professeur qui va l’influencer positivement.

Claudine Desmarteau écrit habituellement pour la jeunesse, c’est son premier roman pour adultes. Un roman très intéressant, dont j’ai beaucoup aimé l’écriture directe.

Note : 4 sur 5.

Le livre des nuits

Je n’aurais certainement pas lu ce livre sans l’intervention de Sylvie lors du #vleel consacré à Laurine Roux pour son roman « Le sanctuaire », où elle faisait le rapprochement entre les deux romancières. Elle nous a ensuite proposé une lecture commune et nous sommes 9 à avoir pris part à cette aventure. Première lecture commune pour moi et ce fut une belle expérience. Une LC permet d’une part de se motiver et d’autre part de discuter, de s’interroger ensemble sur le livre, mais aussi de découvrir d’autres lectrices. Merci pour ces échanges sympathiques, décontractés et drôles. Je repars pour un tour quand vous voulez !

Ce roman commence comme un conte, un conte noir. On entre dans la vie d’un personnage, Victor-Flandrin Péniel dit Nuit-d’Or-Gueule-de-Loup, de 1870 à sa mort, donc après avoir traversé de nombreuses tragédies dues à la guerre mais aussi à une sorte de malédiction.

Tout y passe dans ce roman : la guerre, le nazisme, l’inceste, la folie, le meurtre, la violence, la souffrance, la passion, le désir aussi. C’est dense ! Mais quelle écriture ! J’aime l’écriture de Sylvie Germain. J’avais déjà lu « Magnus », prix Goncourt des lycéens 2005. « Le livres des nuits » est son premier roman publié en 1985. Et quelle maîtrise, quel talent de conteuse. Elle nous embarque dans l’histoire sombre des Péniel, impossible de lâcher le livre. Le lecteur n’a pas trop de repères au début, puis progressivement il arrive à mettre une date et apprend que le personnage s’installe dans la Meuse. Le livre est divisé en six nuits.

Victor-Flandrin aura 4 femmes et de nombreux enfants, car ils naissent tous par 2 ! que des jumeaux ou des jumelles. Tous ses enfants ont la même tache jaune dans l’œil gauche. Le chiffre 7 est très présent tout au long du roman.

C’est dur, cruel mais au-delà de la partie fantastique, les scènes liées à la guerre paraissent tellement vraies, qu’on en pleure de ressentir ce que ces soldats ont vécu dans les tranchées.

Ce livre est pour moi un classique.

Il a une suite : « Nuit d’ambre ». Ce sera peut-être l’occasion d’une prochaine lecture commune, mais pas tout de suite, je m’en vais lire quelque chose de plus gai !

« Si Victor-Flandrin ne parvenait jamais à capter son propre reflet il essaimait par contre autour de lui des traces de lui-même. Ainsi son ombre blonde traînait-elle souvent dans son sillage longtemps après qu’il avait passé, et lorsque les gens de Terre-Noire la rencontraient sur leur chemin ils s’en écartaient toujours avec la plus grande méfiance. Tous prenaient soin de ne jamais marcher dans l’ombre de Nuit-d’Or-Gueule-de-Loup qu’ils redoutaient plus encore que sa présence. »

Note : 4 sur 5.

La fenêtre au sud / Gyrdir Eliasson

Nous sommes au printemps, un écrivain, seul au bord de la mer, nous raconte ses journées, comment il essaie d’avancer dans l’écriture de son roman. Il écrit aussi des poèmes de temps en temps.

Il refuse d’utiliser un ordinateur et tape à la machine à écrire avec un ruban usé. Si usé que les lettres sont presque invisibles.

Il habite à Reykjavik mais préfère écrire dans cette maison près de la mer, prêté par un ami.

Il reçoit de temps en temps des coups de fil de sa sœur, de sa mère, de son éditeur ou du propriétaire de la maison, mais laisse souvent son téléphone éteint. Il faut dire qu’il est assez solitaire et renfermé. C’est un homme assez atypique, intrigant.

On dirait qu’il fuit une femme, une histoire d’amour malheureuse. Il tape de longues lettres « à celle qui me tient à cœur » mais ne les poste jamais. Et quand il en reçoit, il les brûle directement sans les lire.

En allant faire ses courses au village, il rencontre un homme :
« – T’es écrivain ?
– Faut croire.
– Les écrivains sont des bons à rien.
– Tout à fait.
– Absolument nuls.
– Je ne saurais mieux dire. »
« Il me regarde, stupéfait que j’acquiesce à ses propos.
J’ignore pourquoi il s’est senti obligé de me dire ce que j’ai toujours su. »

Quand il se rend au café ou à la librairie, c’est aussi l’occasion de scènes décalées et drôles.
Les chapitres sont entrecoupés de titres de journaux, comme par exemple sur les attentats de Kaboul.
Il parle de temps en temps de son enfance ou de ses parents. On devine à demi-mots certaines choses.

Il s’agit donc d’un roman lent, où il ne se passe pas grand-chose, si ce n’est les saisons qui défilent et modifient le paysage et les habitudes de l’écrivain. Si vous aimez la poésie et les beaux paysages, la nature, il devrait vous plaire.

Ce livre fait partie d’un triptyque sur la solitude. Le premier roman de ce triptyque paru en 2019, que je n’ai pas lu, est « Au bord de la Sanda ».

Gyrdir Eliasson est un romancier et poète islandais, bref tout ce que j’aime !

« L’encre s’épuise, l’écrivain tapera bientôt blanc sur blanc, traversant la page comme on marche dans la neige. »

Note : 4 sur 5.

Cinq dans tes yeux / Hadrien Bels

L’auteur nous plonge dans le Marseille des années 90. Le narrateur est surnommé Stress, un petit blanc. Ce jeune nous raconte avec son franc-parler sa vie dans un quartier, « le Panier ». Un portrait haut en couleur dans un langage imagé et poétique, avec humour et autodérision.

Connaissez-vous le mot « venants » ? Il désigne les « bobos » à Marseille.

« En bas de la place, y a toujours quelques Venants qui tirent sur leur tabac à rouler et sirotent leur mauresque. Ils « prennent l’apéro au Panier. » Prendre l’apéro en bas de la place de Lenche, c’est comme aller à la piscine et rester accroché aux bords. Y t’arrivera pas grand-chose. »

Stress vit avec sa mère, Fred, professeure de beaux-arts. Il raconte ses sorties avec sa bande de copains, les 400 coups qu’ils font ensemble. Puis comment l’un après l’autre quitte le quartier. On le retrouve adulte, essayant de trouver un financement pour tourner un documentaire sur son quartier d’enfance, sur la gentrification.

« Prends une photo de classe dans une école maternelle du Panier d’aujourd’hui et une photo de la même école il y a 30 ans et tu verras ! Pratiquement plus aucun Arabe ou Noir. C’est comme si on avait effacé un écosystème, tranquille, en silence. »

Le titre, « cinq dans tes yeux », fait référence à une expression pour se protéger du mauvais œil.

J’ai beaucoup aimé cette écriture parlée et imagée, avec ses expressions, son argot.

« On est passés devant l’arrêt du 83, le bus des plages. L’été, à l’intérieur, c’était une paëlla. Le peuple s’y entassait et le bus dégueulait toutes sortes de maillots de bain colorés à chaque plage de la Corniche. »

L’auteur aborde aussi le sujet du sida, des immeubles insalubres qui se sont effondrés, de la délinquance, de la drogue.

Avec nostalgie, Stress vit dans le Marseille de son adolescence et voudrait le faire revivre avec son film. En attendant il est caméraman de mariage arabe. Pour se faire un peu d’argent, il loue son studio à des touristes et dort chez sa mère.

Ce roman est déclaration d’amour à Marseille, un régal !

Note : 4 sur 5.

Dans un fracas de plumes / Hadassa Tal

Cette poétesse israélienne nous parle d’oiseaux. Des oiseaux qu’elle voit autour d’elle dans la nature mais aussi ceux que son père peint. J’ai trouvé ces poèmes très beaux. Le titre est magnifique. Je vous en partage quelques-uns.

Des merles ivres de sommeil
grimpent sur le trapèze
de l’aube

Sur le rebord d’une fenêtre haute apparaît une grive

Dans la verdure d’un cyprès
le soleil verse
ses rayons

Un colibri rame sur une feuille de géranium
minuscule comme
pour se poser
sur la paume
d’un
enfant

Des nuages
poussent
vers le sud
d’un seul
élan
errant
vers le sud
au galop
dans un bruit
de disparition

Une hirondelle à l’horizon –
ses ailes
transparentes
comme
du papier

Dans des champs délavés de lumière on l’a vue
voler – tracer
une ligne blanche
effacée

En chaque oiseau est sauvegardé un morceau de ciel
A chaque instant de l’inlassable vol

Ce recueil de poésie est l’occasion de vous présenter la maison d’édition Bruno Doucey. J’ai suivi une rencontre VLEEL passionnante avec ses fondateurs : Bruno Doucey et Murielle Szac. Une soirée placée sous le signe de la poésie, de la découverte, des émotions et une belle humanité que j’ai envie de partager avec vous.

C’est une maison d’édition indépendante, vouée à la poésie contemporaine. Ils publient de « la poésie qui parle à tout le monde », soit 182 livres jusqu’à présent. Certains recueil sont bilingues. Vous trouverez des espaces blancs sous les poèmes, ils sont un espace de liberté qui vous est offert. A découvrir, la collection de poésie narrative pour les enfants : poés’histoires. Ils publient également des romans dans la collection « sur le fil », où les destins de poètes croisent la grande Histoire.

Voici une sélection de titres de cette maison d’édition pour entrer dans la poésie :

  • J’ai vu Sisyphe heureux / Katerina Apostolopoulou
  • Ceux qui se taisent / Bruno Doucey
  • Celle qui mangeait le riz froid / Chung-Hee Moon
  • Symphonie du printemps / Giannis Ritsos

Et parce que la poésie est faite pour être dite et écoutée, Bruno Doucey et Murielle Szac partagent des extraits de poèmes sur leur chaîne Youtube. Leur rêve : « acheter de la poésie avec sa carte vitale » !

Note : 5 sur 5.

Là où chantent les écrevisses / Delia Owens

Que vous dire sur ce roman qui a déjà été lu et présenté maintes fois !

Nous sommes aux Etats-Unis, en Caroline du Nord, dans une zone marécageuse. C’est l’histoire assez triste d’une fille, Kya. Elle a 6 ans en 1952. Elle est la benjamine, elle a 4 frères et sœurs. Tous partent les uns après les autres, pour échapper aux coups du père, Pa. Et ce jour-là c’est Ma qui s’en va et ne revient pas. Elle se retrouve livrée à elle-même dans leur cabane insalubre dans les marais. Le père revient de temps en temps avec son bateau. C’est un ancien soldat, blessé de guerre. Il traîne la jambe et boit beaucoup. Il ne vaut mieux pas se trouver sur son passage quand il est là, les cris et les coups sont son seul langage.

Jodie est le dernier de la fratrie à partir, il lui donne ce conseil :

« Enfonce-toi dans le marais, cache-toi dans les buissons. Efface les traces de tes pas. Je t’ai montré comment faire. »

Pa lui laisse un peu d’argent pour la semaine pour acheter à manger. Elle doit se débrouiller et parcourir à pied, la peur au ventre, les 7km qui la séparent de l’épicerie de la ville de Barckley.

Un jour, Mme Culpepper vient chercher Kya pour l’emmener à l’école qui est obligatoire. Kya se cache mais la tentation d’un repas chaud offert la fait sortir. Elle peut aller pieds nus à l’école mais doit porter une jupe. Ce premier jour d’école se passe mal, une véritable souffrance. Elle décide de ne plus jamais retourner à l’école de sa vie.

Les années passent, elle grandit, apprivoise son père. Une certaine complicité naît entre eux. Il l’emmène à la pêche. Elle passe ses journées à observer la nature, donner à manger aux oiseaux.

Et en 1956, son père ne rentre plus. Elle n’a plus d’argent pour acheter de quoi se nourrir.

« Non, je ne peux quand même pas abandonner les mouettes, les goélands, le héron et la cabane. Le marais est ma seule famille. »

Alors elle s’organise, prend le bateau de son père et revend sa pêche de moules à Jumping, un Noir. Le seul adulte qui l’aidera. En échange de sa pêche, il lui donne de la nourriture et de l’essence pour le bateau. Elle vit ainsi toute seule et devient une sorte de légende, « la fille des marais ». Elle est différente, on se méfie d’elle.

Un garçon, un ancien camarade de Jodie, viendra la voir de temps en temps. Ils partagent la même passion pour les oiseaux et le marais. Je ne vous en dis pas plus sur l’histoire. Il y a aussi de nombreux passages sur la ségrégation raciale, ou la suprématie des hommes sur les femmes aux Etats-Unis à cette époque.

Les chapitres sur Kya alternent avec des chapitres sur une enquête. En 1969, on retrouve un homme mort, Chase Andrews, la coqueluche de Barckley.

Si j’ai beaucoup aimé les passages sur la nature et le marais, j’ai trouvé l’histoire un peu poussive. J’ai failli abandonner la lecture, mais comme mes collègues me l’avait recommandé, j’ai poursuivi. Heureusement la fin du roman m’a réconciliée avec l’auteure. En tout cas Kya est attachante et vous aurez certainement envie d’en savoir plus sur cette étonnante femme lorsque vous l’aurez découverte.

Note : 3.5 sur 5.

Il est des hommes qui se perdront toujours / Rebecca Lighieri

Quelle claque ! Alors celui-ci est un énorme coup de cœur !

Mais ça ne m’étonne pas trop, puisque je vois qu’en fait Rebecca Lighieri est Emmanuelle Bayamack-Tam, ceci explique cela !

Ce roman est l’histoire d’une famille racontée par l’aîné des enfants, Karel. Il a une sœur, Hendricka et un frère, Mohand.

« Nous étions trois à avoir été décapités dès l’enfance, trois à qui on avait refusé tout épanouissement et toute floraison, trois à n’être rien ni personne. »

Karel consulte un hypnothérapeute pour se débarrasser de ses addictions et c’est depuis ce divan qu’on apprend tout depuis ses 7 ans, 6 ans pour Hendricka, Mohand n’est pas encore né. Nous sommes dans une cité à Marseille dans les années 80.

Le père s’appelle Karl Claeys, d’origine belge, c’est un bel homme, accro aux drogues dures, toujours à la recherche d’un plan lucratif.

La mère, Loubna, est d’origine kabyle. Elle a un strabisme. Elle est totalement dévouée à son homme.

Les enfants n’aiment pas rester seuls avec le père. Il peut s’énerver pour un rien.

Karel et Hendricka sont deux magnifiques enfants. Karl va les trainer de castings en castings pour essayer de faire d’eux des poules aux œufs d’or, ne connaissant pas la loi protégeant les mineurs de la vénalité de leurs parents. Il espère en faire les nouveaux Michaël Jackson et Céline Dion, mettant à l’abri du besoin toute la famille, alors que les enfants ne mangent pas toujours à leur faim.

« J’ai sept ans, mais je sais déjà à quoi peuvent servir les cuillers. J’ai sept ans, mais je m’y connais en drogues dures – je m’y connais en dureté tout court, d’ailleurs. »

Mohand arrive suite à un accident de contraception. Il pleure tout le temps, il est chétif, a la lèvre fendue, un strabisme, du duvet. On le considère comme trisomique. Le père voulait qu’elle avorte. La mère lui a tenu tête. Il n’aime pas Mohand. Il y a une scène terrible où le père tient le bébé au-dessus du balcon, prêt à le jeter dans le vide.

Bref, vous voyez l’ambiance ! Ce n’est pas joyeux chez les Claeys, les coups et les cris pleuvent, encore plus pour Mohand.

Heureusement il y a les copains qui permettent de sortir et de s’évader. Karel a un camarade d’école gitan, Rudy, qui partage son goûter avec lui. Karel va tomber amoureux de la sœur de Rudy, la belle Shayenne. Ils se promettent amour et fidélité, c’est le début d’une longue histoire tumultueuse. Le trois enfants Claeys passent dès lors tout leur temps libre avec les gitans, dans leur camp appelé « Le Passage ». On les voit grandir, évoluer. Même si Karel est le narrateur et personnage principal, les personnages de Hendricka et Mohand sont tout aussi denses.

Voilà pour le contexte, je vous laisse découvrir l’histoire terrible de cette famille, qui comme vous vous en doutez finira mal.

J’ai aimé cette plongée dans une époque de Marseille, avec son argot. J’aime beaucoup l’écriture de cette auteure, je n’ai pas pu lâcher le roman avant sa fin. Digne d’un scénario de film, avec des rebondissements, une énergie, une urgence à vivre, à raconter.

Je vous recommande vivement sa lecture !

« L’espérance de vie de l’amour, c’est 8 ans. Pour la haine, comptez plutôt 20 ans. La seule chose qui dure toujours, c’est l’enfance, quand elle s’est mal passée. »

Note : 5 sur 5.

La rentrée littéraire d’hiver 2021

Voici ma sélection en cette rentrée littéraire francophone bien chargée !

« 493 romans paraissent en janvier et février, soit 2,5% de plus par rapport aux 481 nouveautés du début 2020, avec une hausse particulièrement marquée des fictions françaises (+3%). »

« Pour la deuxième année consécutive, le nombre de primo-romanciers est en baisse : 63 vivront en janvier et février leur baptême du feu (-11,3%). »

source : Livres Hebdo

Mes chouchous, repérés, notés, achetés ou bientôt dans ma PAL :

Ils ont l’air bien tentant, à découvrir :

Les incontournables :

Celui dont tout le monde parle et qui me paraît indispensable/nécessaire, tout comme celui de Vanessa Springora, afin que les victimes osent parler :

Après « Les impatientes », je surveille de près les parutions des éditions Emmanuelle Collas :

Retrouvez mes lectures/chroniques de la rentrée littéraire d’hiver sur le blog :