Comme des bêtes / Violaine Bérot

J’ai été totalement happée par ce roman que j’ai dévoré. Il est court, 147 pages.

Chaque chapitre est le récit d’un personnage interrogé par la gendarmerie. L’histoire se passe dans un petit village des Pyrénées. On découvre l’affaire au fur et à mesure et ainsi que le personnage central, un jeune homme surnommé l’Ours. C’est un garçon différent, plus grand que la moyenne, qui ne parle pas. Sa mère, Mariette, l’a rapidement retiré de l’école, voyant que sa différence était peu acceptée et que son fils en souffrait. Il vit donc dans la montagne, près de la grotte aux fées, dans un endroit reculé où peu de personnes viennent. Sauf qu’un jour, un groupe de randonneurs aperçoit une petite fille nue se baladant toute seule dans la montagne. Après l’avoir signalée aux gendarmes, ceux-ci finissent par arrêter l’Ours et emmener la petite fille.

Chacun y va de son hypothèse. Le récit se construit pièce par pièce tel un puzzle. La mère réclame son fils, s’inquiète pour lui, il ne supportera pas d’être enfermé. Certains témoignages disent qu’il possède un don pour guérir les animaux et qu’il pourrait aussi s’occuper d’êtres humains. Et puis il y a la légende autour de la grotte aux fées. Les fées s’expriment entre chaque chapitre à la manière d’un poème.

J’ai beaucoup aimé ce premier roman : la construction de l’histoire autour des différents témoignages, les interprétations des uns et des autres montrant les préjugés et cette absence de droit à la différence, cette peur de l’autre. Le récit de la mère est très touchant. On ressent l’amour qu’elle lui porte, c’est très fort, très bien écrit. Et puis quel crédit peut-on accorder aux légendes et croyances ? Question que je laisse en suspens ou plutôt à l’appréciation de chacun.

J’ai hâte de lire un autre roman de cette autrice. Gros coup de cœur pour moi ! Une belle découverte.

Merci à Netgalley et Buchet Chastel pour cette belle lecture.

Note : 5 sur 5.

« Depuis toujours
nous
les fées.

Depuis toujours
au-dessus du monde d’en bas
à observer ce qui s’y trame.

Nous
les fées
cachées dedans la grotte
à l’aplomb de la paroi
discrètes
curieuses.

Nous
les fées
qui du monde d’en bas
aurions tant à raconter. »

« Non, je ne me calmerai pas ! Vous enfermez mon enfant et vous voulez que je reste calme ? Vous enfermez mon garçon que toute sa vie j’ai justement protégé de ça, d’une vie enfermée. Vous le mettez en cage, et vous me demandez à moi, sa mère, de rester calme ? Mais ils sont où, vos psys, ils sont où ceux qui comprennent quelque chose ? Il n’y a personne chez vous qui s’intéresse un peu aux gens différents ?

Pourquoi je suis aussi en colère ? Mais vous vous foutez de moi ? Vous ne trouvez pas normal qu’une mère à qui on a aussi brutalement, aussi violemment enlevé son enfant soit en colère ? Vous êtes fiers de la façon dont vous avez procédé ? Envoyer un hélicoptère, rien que ça ! Et l’attraper dans un filet ! Vous pensiez capturer quoi ? Une panthère ? Un tigre ? Mais imaginez que l’on ait fait ça à votre propre enfant ! Imaginez ! Et pas à n’importe lequel de vos enfants, non, au plus fragile, à celui dont on vous a toujours dit qu’il n’a pas toute sa tête, qu’il ne comprend rien, celui qui a peur de tout. Imaginez. Vous ne seriez pas en colère, vous ? »

Une saison douce / Milena Agus

Une de mes autrices chouchous ! Livre après livre elle construit une œuvre très intéressante. J’aime son humour et les portraits qu’elle fait, notamment ceux des femmes sardes. Elle a un talent de conteuse.

Un petit village perdu en Sardaigne voit débarquer un groupe de migrants accompagné d’humanitaires. On les installe dans une maison en ruine. On les observe. On les regarde de travers. Très vite il va y avoir deux camps, les villageois qui les côtoient et les aident, et les villageois qui ne veulent pas d’eux. Sorte de huis-clos où tous les deux camps mais aussi les migrants et les humanitaires s’observent et trouvent la situation de l’autre absurde.

Milena Agus ne donne pas de détails sur leur vie d’avant, on sait juste qu’ils veulent aller en Europe et que pour eux la Sardaigne ne ressemble pas à l’Europe.

Un groupe de femmes du village prend « les envahisseurs » en affection. Tous les jours elles viennent les voir, leur apportent des objets et les aident pour rénover la maison, commencer un jardin. Un quotidien, des habitudes se mettent en place. Ce sont elles qui nous raconte l’arrivée des « envahisseurs » et les réactions des uns et des autres. Ils essayent de fêter Noël ensemble alors qu’ils n’ont pas la même religion, culture. Les jeunes ayant désertés le village, les sardes se sentent seuls. Que se passera-t-il le jour où les migrants repartiront ?

Un roman truculent !

Si vous ne connaissez pas ses romans, je vous conseille de commencer par un autre que celui-ci. Lisez d’abord « Mal de pierre ».

Incipit :

« Les jours d’avant, debout devant nos armoires, nous avions interverti nos garde-robes, celle d’été au-dessus, celle d’hiver en dessous. Cette tâche accomplie, nous éprouvâmes la satisfaction de voir chaque chose à sa place, alors que bientôt, plus rien ne le serait. Les envahisseurs débarquèrent et nous prirent par surprise.

Si nous avions été prévenues, le rangement de nos armoires aurait été le dernier de nos soucis. »

Choix d’extraits :

« Le train ne s’arrêtait plus chez nous, il passait en sifflant et en nous ignorant, parce que nous n’étions même plus une commune, rien qu’un hameau baignant dans le silence : le Maire, les urgences médicales et le curé se trouvaient au village voisin. »

« Mais certains des envahisseurs aussi, une fois qu’ils eurent compris que c’était bien dans ce village sarde oublié de Dieu et des hommes, ravitaillé par les corbeaux, qu’on les avait envoyés, ne voulurent plus rien avoir à faire avec nous, déçus d’avoir risqué leur peau pour échouer ici. Non, leur place n’était pas ici. »

« Nos maris nous écoutaient, en laissant échapper quelques ricanements, mais il se sentaient trompés et trahis, puisqu’au début, nous pensions comme eux qu’il fallait renvoyer ces personnes et que nous les avions soutenus, alors qu’à présent notre conviction vacillait. Le mot d’ordre « tous unis » tenait toujours, mais maintenant, pour nous les femmes, il incluait aussi les envahisseurs, nous disaient nos maris, dépités. »

« Outre cultiver le potager, nous échanger des recettes et supputer les chances de l’idylle entre l’Ingénieur et Lina, ou la possibilité que l’humanitaire du sex-shop et Abdulrahman soient gays, une autre de nos activités favorites était de rêver. »

Note : 4.5 sur 5.

Les vermeilles /Camille Jourdy

Jo est une petite fille qui part pique-niquer avec son père et sa belle-famille. Ils forment une famille recomposée et Jo ne le supporte pas. Elle décide de fuguer et s’enfuit dans la forêt. Elle rencontre un drôle de couple, deux petits êtres juchés sur un cheval miniature. Elle va les suivre et découvrir d’autres êtres encore plus étranges mais tout à fait sympathiques. Elle va apprendre que certains d’entre eux sont retenus prisonniers par un empereur, un chat tyran. C’est le début de l’aventure, elle les accompagne pour délivrer leurs camarades. Il s’ensuit une quête initiatique, mêlée de références à des contes, c’est délicieux, je dirais même plus « vermeilleux » !

L’album est truffé d’humour et de poésie, laissant une grande place à l’imaginaire. Avec l’arrivée des vermeilles notamment, qu’on pourrait comparer à des licornes pour leur côté fantastique et leur beauté. Les couleurs aquarellées sont douces et lumineuses, à l’instar des autres albums de Camille Jourdy, dont on reconnaît le style.

J’ai adoré le passage chez les trois vieilles femmes et leurs dialogues très drôles.

Ma fille de 9 ans l’a dévoré et adoré. Bref un coup de cœur pour toutes les deux, foncez le lire que vous soyez un enfant ou un adulte !

Cet ouvrage a été récompensé par la Pépite de la bande dessinée 2019 (Salon jeunesse de Montreuil), le Fauve jeunesse 2020 (FIBD Angoulême) et une Mention aux BolognaRagazzi 2020 (prix BD middle-grade).

Note : 5 sur 5.

Bénie soit Sixtine / Maylis Adhémar

J’ai d’abord été un peu déroutée par ce roman. Cette vie de fille puis de femme dédiée à la prière et à la soumission, avec ces notions omniprésentes de péché et de sacrifice. Sixtine grandit dans une famille catholique pratiquante, avec ses 5 frères et sœurs. Elle participe aux camps d’été des Frères de la Croix, un mouvement catholique extrême dont son futur mari, Pierre-Louis Sue de La Garde, fait partie. Sa nuit de noce ne se révèle pas idyllique. Elle n’a reçu aucune éducation sexuelle, comment pourrait-elle savoir qu’au-delà du devoir conjugal il pourrait y avoir du plaisir. Son mari est très occupé, elle se retrouve rapidement enceinte, tout se déroule parfaitement aux yeux des deux familles et de la communauté. Sauf que Sixtine ne supporte pas les changements de son corps liés à la grossesse. Elle ne se voit pas « subir » encore d’autres grossesses. Elle en vient à détester cet être qu’elle porte. Elle prie. Elle se dit faible et demande pardon à Dieu. Sa belle-mère n’est jamais loin et régente tout.

Un soir, son mari l’emmène à un concert. Le groupe sur scène rejette entre autres dans ses chansons les couples homosexuels. Des manifestants arrivent avec des pancartes et la situation dégénère. Pierre-Louis sort un bâton de sa veste et se met à frapper les manifestants. Il fait évacuer Sixtine, enceinte. C’est la première fois qu’elle assiste à ce genre de scène où elle voit tant de violence de la part de son mari. Elle se met à douter des valeurs de son mari et de la communauté plus largement.

Puis un événement va venir chambouler sa vie et va lui permettre d’aller au bout de sa réflexion, sans que sa mère ou sa belle-mère ne puissent plus s’en mêler et régenter ses choix. Alors on assiste à l’émancipation de Sixtine et c’est effectivement la partie que j’ai préférée du roman.

En parallèle, sa belle-sœur effectue des recherches pour constituer l’arbre généalogique du futur enfant. Un secret de famille va peu à peu surgir. Les chapitres alternent avec des lettres de la grand-mère de Sixtine. Mais je ne vous en dis pas plus.

Ce roman m’a d’abord semblé extrême. Je me disais ce n’est pas possible qu’à l’heure actuelle on puisse tenir encore de telles propos vis-à-vis des femmes, être aussi intégriste. Et puis j’ai lu différents retours et témoignages sur ce livre et j’ai réalisé que cela pouvait exister. Du coup ce roman n’en est que plus intéressant, car il témoigne d’un fait de société dont on parle peu. J’ai lu ce livre assez rapidement, voulant savoir ce que Sixtine ferait de sa vie. Quels seraient ses choix ? Pourrait-elle sortir d’un tel « endoctrinement » ? Finalement cette histoire pourrait se dérouler dans n’importe quelle communauté.

Un premier roman très maîtrisé. Hâte de lire le second !

Merci à Netgalley et à Julliard pour cette lecture et aux 68 premières fois pour la sélection.

Note : 4.5 sur 5.

Encabanée / Gabrielle Filteau-Chiba

Lassée par sa vie, Anouk décide de partir vivre seule dans une cabane au milieu de la forêt, en hiver, sans eau courante ni électricité. Elle quitte donc son confort à Montréal pour le Kamouraska. L’hiver est rude et la neige haute. Elle a froid, très froid. Elle alterne son journal avec des listes très drôles ou poétiques, exemples : « phrases pour ne pas sombrer dans la folie », « choses à ne pas oublier la prochaine fois… », « qualités requises pour survivre en forêt », « choses que j’aimerais conserver en pot », souhaits, questions existentielles, gratitudes, etc.

A la fin le lecteur français trouvera un glossaire pour l’aider à comprendre certaines expressions québécoises.

Un jour où elle fend du bois, elle se blesse à la joue. Elle cherche un remède dans la nature et mesure la difficulté de sa survie seule dans une forêt. Dans sa vie de recluse, la solitude lui pèse parfois, enfin c’est surtout une présence masculine qui lui manque. Son rêve va devenir réalité avec l’arrivée inattendue d’un fugitif. A ce moment-là le roman prend une nouvelle tournure. Il est alors question d’écologie, de la protection des bélugas, d’appel à boycott des produits pétroliers.

Un roman court (108 pages), une lecture agréable mais qui ne m’a pas marquée. Dans ce registre, je pense que Sylvain Tesson restera indétrônable pour moi.

« Dans mon ancienne vie, je possédais une chaîne stéréo, une télévision et j’étais abonnée à un forfait d’une centaine de postes. Pourtant, je pitonnais sans trouver ma place, sans plaisir. J’ai troqué mes appareils contre tous les livres que je n’avais pas eu le temps de lire, et échangé mon emploi à temps plein contre une pile de pages blanches qui, une fois remplies de ma misère en pattes de mouche, le temps d’un hiver, pourraient devenir un gagne-pain. Je réaliserai mon rêve de toujours : vivre de ma plume au fond des bois. »

Note : 3 sur 5.

Le passeur / Stéphanie Coste

Seyoum est passeur en Libye. C’est un homme animé par la violence et l’appât du gain, sans cœur pour les centaines de migrants dont il organise la traversée vers l’Italie. Il boit beaucoup et mâche du khat pour oublier sa vie. Mais un jour, parmi la marchandise, il reconnait quelqu’un de son passé.

Le récit alterne entre les moments présents où il prépare les différentes opérations avec ses hommes, et son passé. Car c’est en se tournant vers son histoire familiale et celle de son pays natal, l’Erythrée, que le lecteur comprend comment Seyoum, fils de journaliste, en est arrivé à ce commerce inhumain.

Je découvre tout un pan de l’histoire d’un pays, la dictature en Erythrée. Certaines scènes, notamment de torture, sont insoutenables. Ce roman raconte une partie des horreurs vécues par les migrants tentant de traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. Les passeurs achètent sans scrupules des vieux bateaux qu’ils savent voués à couler avec toutes les personnes à bord.

Un premier roman court, prenant et fort en émotions, d’une réalité implacable.

Il a reçu le Prix de la Closerie des Lilas 2021.

« J’ai fait de l’espoir mon fonds de commerce. Tant qu’il y aura des désespérés, ma plage verra débarquer des poules aux œufs d’or. Des poules assez débiles pour rêver de jours meilleurs sur la rive d’en face. »

Note : 4.5 sur 5.

Les enfants sont rois / Delphine de Vigan

Mélanie avait rêvé de célébrité du temps de l’émission de téléréalité Le Loft. Elle a participé à une émission mais a très vite été évincée. Quelques années plus tard, elle reporte son rêve sur ses enfants, Kimmy (6 ans) et Sammy (8 ans). Elle ouvre une chaîne YouTube, « Happy Récré », montrant ses enfants déballant des cartons de jouets. Elle gagne sa vie en faisant ces vidéos, un vrai business. Son mari aussi travaille à plein temps sur la chaîne, il fait le montage des vidéos. D’ailleurs une pièce de leur appartement est dédiée au studio d’enregistrement. Mélanie poste des stories sur Instagram détaillant tout ce qu’ils font. Toutes ces vidéos sont vues par des milliers de personnes. Elle interroge leurs fans pour choisir une paire de chaussure ou l’activité suivante, etc. Tout est sujet à être montré, partagé, diffusé, surtout l’image de la famille parfaite, du bonheur… en façade.

Kimmy, la fille de Mélanie Claux, disparaît. Une enquête pour enlèvement est ouverte à laquelle participe Clara Roussel, procédurière à la Brigade criminelle. Clara récolte les indices sur les scènes de crime. C’est elle également qui va visionner toutes les vidéos de la chaîne YouTube et relever la détresse de l’enfant sur les dernières vidéos. La tension et le suspense montent au fil des pages.

Le roman se déroule jusqu’aux années 2030, histoire de voir les effets de ces réseaux sociaux sur ces enfants une fois devenus adultes, c’est glaçant.

Delphine de Vigan maîtrise parfaitement son sujet et sait où elle veut mener ses lecteurs. Elle nous montre les dessous des réseaux sociaux et surtout de YouTube, des influenceurs. J’ai aimé le fait que l’auteure nous permette de voir les points de vue de tous les personnages.

Un roman troublant de réalisme, presque sociologique, qui interroge les parents que nous sommes sur nos usages des réseaux sociaux ou ceux de nos enfants. Bref j’ai adoré ce roman.

Note : 5 sur 5.

Kamik / Markoosie Patsauq

Ce roman nous plonge dans la vie des Inuits. Nous suivons Kamik, un jeune homme de 16 ans. Une vie simple, fait de chasse, dont les techniques lui sont enseignées par son père. Le chef de leur communauté s’appelle Salluq. Toutes les actions sont décrites, dans un langage simple où l’essentiel est dit.

Incipit :

« Le vent est si fort qu’on l’entend même à l’intérieur de l’iglou. A l’évidence, partir à la chasse est toujours impossible. La tempête de neige dure depuis trois jours.

L’homme nommé Salluq sait que, si le temps ne s’améliore pas bientôt, leurs réserves de nourriture seront encore vite épuisées, et qu’ils auront de nouveau faim. »


Mais un jour, un ours blanc attaque leurs chiens. Leur chef dit :

« L’ours qui est venu ici n’a certainement pas toute sa tête. Il doit être malade, car je n’ai jamais connu d’ours qui s’approche des hommes uniquement pour se battre avec les chiens. Je pense qu’il a attrapé des vers qui rendent fous. Lorsque les chiens et les renards ont ces vers, c’est ce qui arrive : ils perdent la tête et deviennent dangereux. Peut-être que cet ours les a aussi attrapés. Si c’est le cas, il va semer la terreur. S’il s’est abattu avec un autre ours, cet adversaire sera infecté aussi. Et si d’autres ours attrapent les vers, ils vont tuer beaucoup d’hommes, de chiens et d’animaux. »

Les chasseurs décident de partir sur les traces de cet ours blanc touché à la patte. Ils laissent deux hommes avec les femmes et les enfants. Kamik fait partie des chasseurs. La peur se mêle à la rage. Cette chasse sera teintée de sang dans neige, je ne vous dis pas lequel et vous laisse découvrir cette histoire.

Kamik sera confronté à divers dangers. Il endurera le froid, la peur, la faim, la douleur, l’attente, la fatigue et la tristesse. L’important pour lui sera de survivre et de rentrer chez lui, auprès de sa mère, Ujamik. Elle ne perdra pas espoir de voir revenir les chasseurs et fera preuve de courage.

Un beau roman, qui m’a fait penser à celui de Bérangère Cournut, « De pierre et d’os », à la différence que Markoosie Patsauq est un Inuit. Cette histoire, il lui a été racontée par ses parents et ses grands-parents. Ce roman est basé sur une histoire vraie, racontée avec sobriété. Le destin de Kamik tient le lecteur en haleine, véritable quête initiatique pour ce jeune chasseur au harpon. Dépaysant, ce roman a également une portée sociologique importante. C’est un classique de la littérature inuite. L’auteur est malheureusement décédé en mars 2020. Vous trouverez quelques mots de sa part à la fin du livre. Il aborde également le déplacement forcé dont sa famille a fait l’objet en 1953. En effet, le gouvernement canadien a obligé des Inuits à aller vivre dans le Haut-Arctique, loin de leurs terres. Je salue le remarquable travail des éditions Dépaysage.

Traduit de l’inuktitut par Valerie Henitiuk et Marc-Antoine Mahieu.

Note : 4.5 sur 5.

Envole-moi / Sarah Barukh

Je découvre les romans de la merveilleuse Sarah Barukh grâce aux Vleel (Varions les éditions en live, sur Instagram)

Elle était invitée le 27 mai pour parler de son roman « Puisque le soleil brille encore » paru le 5 mai chez Calmann-Lévy. Curieuse, j’ai emprunté à la bibliothèque son précédent livre, « Envole-moi » et je l’ai dévoré en deux soirées. Inutile de vous dire que j’ai commandé de suite son dernier né !

C’est l’histoire d’Anaïs et de Marie, deux amies d’enfance. Elles ne se ressemblent pas. Anaïs est studieuse, ronde et petite. Marie fait de la danse, elle est belle, solaire et déjantée. Elles vivent dans un quartier difficile, dans le 19ème arrondissement de Paris, dans les années 90. Voilà pour situer leur passé commun.

Le lecteur est placé du point de vue d’Anaïs, aujourd’hui, alors qu’elle a 40 ans. Elle vit à Nice et après plusieurs FIV suivies de fausses couches, elle tente encore d’avoir un enfant avec son conjoint. Marie l’appelle, sa mère est morte. Elle lui demande de venir à son enterrement à Paris. Cela fait des années qu’elles ne se sont pas vues. Et puis rien ne va se passer comme prévu… C’est le début d’un road trip fait de mensonges. L’occasion de se poser des questions. Mais au fait, quel était leur rêve d’enfant, d’adolescente ? Ces rêves, que sont-ils devenus ? Sarah écrit les chemins qui s’entrecroisent de ces deux femmes. Elles s’aiment et se détestent à la fois.

Le roman tourne autour de l’année des 13 ans des deux filles. Il s’est passé quelque chose cette année-là qui les a particulièrement marquées et surtout séparées. Bien sûr le lecteur ne saura qu’à la fin la teneur de cet événement. Car Sarah sait rythmer ses romans et tenir le lecteur en haleine. Impossible de lâcher le livre, on veut connaître la suite.

Il y a plusieurs thèmes intéressants abordés, notamment le racisme religieux et social. Tout commence par une camarade qui porte un voile à l’école. L’enseignant lui demande de le retirer et la situation lui échappe totalement…

Dans ce roman on observe également des adolescents, pour qui l’apparence, la reconnaissance et l’acceptation par les autres comptent énormément.

Le titre fait référence à la chanson de Jean-Jacques Goldman, dont on retrouve en partie les paroles dans le livre.

Je me suis identifiée à ces adolescents, j’ai repensé à mon adolescence dans les années 90. Les références musicales et le basket, que de souvenirs ! par contre je n’ai pas du tout vécu dans un quartier difficile et j’ai trouvé ce roman très intéressant du point de vue sociologique. Un portrait très juste d’une génération et d’un quartier des années 1990.

Ce roman m’a émue, surtout vers la fin qui explose en émotions, bref j’ai pleuré, préparez votre boîte de mouchoirs ! On vibre avec les personnages, on s’attache à eux. L’écriture est directe, énergique, le style simple et fluide. Très addictif, un coup de cœur pour moi !

Note : 4.5 sur 5.

Des diables et des saints / Jean-Baptiste Andrea

Quel plaisir de retrouver la plume de Jean-Baptiste Andrea. C’est l’un de mes auteurs chouchous.

Au début du roman, le lecteur fait connaissance avec Joseph. Il préfère qu’on l’appelle Joe. Ce vieil homme joue du piano dans les gares et les aéroports, uniquement du Beethoven. Ces pianos mis à disposition du public dans les halls. Et les gens s’arrêtent pour l’écouter car c’est un virtuose. Certains, incrédules, lui posent des questions. Comment un musicien aussi talentueux se retrouve à jouer dans cet endroit et pas sur une scène ? Alors Joe raconte sa vie autour d’un café.

Sa vie avait plutôt bien commencé. Sa famille vivait aisément, en région parisienne. Il prenait des cours avec M. Rothenberg, un professeur exigeant. Insouciant, il ne se rendait pas compte de la chance qu’il avait d’avoir des parents et une petite sœur, certes embêtante.

Du jour au lendemain sa vie va basculer et il va devenir orphelin à 16 ans. En 1969, il est envoyé dans un orphelinat dans les Pyrénées, les « Confins ». Ce pensionnat de garçons est géré par l’Abbé Senac et Grenouille, un surveillant ancien légionnaire.

La vie y est rude, les coups et les privations sont monnaie courante. Le temps est rythmé par les messes, les cours et les corvées. Il se fait des ennemis et des amis, mais à la première difficulté c’est « chacun pour soi ». Joseph va de désillusion en désillusion. Ce n’est pas la voie qui lui était tracée. L’abbé lui refuse tout traitement de faveur et surtout l’accès au piano du pensionnat.

Il va faire la connaissance de Rose. Une jeune fille de son âge, riche, dont le père est un bienfaiteur, riche donateur pour les Confins. L’abbé propose que Joseph donne des cours de piano à Rose. Il espère ainsi que son père sera davantage généreux. Rose et Joseph se déteste et se le disent sans détour.

Joseph apprend peu à peu à connaître chacun des pensionnaires. Tous rêvent d’une autre vie et s’inventent des vies. Ces enfants sont attachants, découvrez Sinatra, Souzix, Edison, La Fouine et Momo, les compagnons de Joseph. Jean-Baptiste Andrea est un magnifique conteur. On s’imagine aisément toutes les scènes du roman. Le lecteur peut à la fois être ému et sourire. Difficile de lâcher ce roman sans l’avoir terminé. Ce livre a un petit côté « Les choristes » avec cette bande de garçons faisant les 400 coups. Un beau roman, tendre, qui oscille entre humour et poésie, en faisant une belle place à la musique. Et ce n’est qu’à la toute fin qu’il vous révèlera pourquoi il joue sur ces pianos tous les jours.

Ce roman a déjà obtenu le Grand Prix RTL-Lire Magazine littéraire en 2021 et il est en lice pour d’autres prix.

Un coup de cœur pour moi !

Note : 5 sur 5.