A mains nues / Leïla Slimani et Clément Oubrerie

Voici le portrait de Suzanne Noël, « chirurgienne, féministe, femme libre et déterminée ». Le lecteur assiste peu à peu à son émancipation. Elle va oser devenir la femme et la chirurgienne qu’elle désire être. Jamais elle ne se laissera enfermer dans un second rôle, ni dans celui tout assigné à l’époque d’épouse, de femme au foyer et de mère. Son mari Henry, médecin, la soutiendra et l’encouragera à suivre des études de médecine. Elle ne choisira pas la dermatologie comme son compagnon, André, mais la chirurgie. La vue du sang de l’effraie pas. Elle opérera de nombreux soldats, les « gueules cassés ». Puis elle sera pionnière dans le domaine de la chirurgie plastique. Dans la BD, il est question de la comédienne Sarah Bernhardt, qui n’a plus de rôle parce que jugée trop vieille. Suzanne la rajeunira à l’aide de son scalpel et le succès sera à nouveau au rendez-vous.

Le volume 1 retrace les années 1900 à 1921, et nous laisse sur un moment de suspense… Il faudra attendre le volume 2 qui paraîtra en septembre 2021, pour connaître la suite et avancer dans la biographie de Suzanne.

Un beau portrait de femme, avec au scénario mon autrice chouchou Leïla Slimani et au dessin Clément Oubrerie, sans oublier Sandra Desmazières à la couleur. Encore une excellente BD des éditions Les Arènes !

Note : 5 sur 5.

« Monsieur, ce sont des idées bien rétrogrades que vous exposez là. Bientôt les femmes seront médecins, ingénieures, avocates… Aucune nation moderne ne peut se priver de l’intelligence de la moitié de sa population. »

Le Pégase / Antoine Sanchez

Coup de cœur ❤

Découvrez Odile et Raymond, les patrons du bar centenaire « le Pégase », ainsi que tous les habitués et leurs habitudes ! Il y a le vieux Colonel, Jörg l’Allemand et ses tirades, Norbert le musicien, Paul le professeur dépressif, Joseph le libraire, André le luthier, Gustavo l’accro aux jeux à gratter.

Les journées sont faites de silences et de non-dits. Antoine Sanchez brosse une galerie de personnages par petites touches, avec pudeur. Comment qualifier les clients ? Sortes de bras cassés, de « has-been », en tout cas sous la plume de l’auteur, ils sont très attachants.

Entre rêves et désillusions, ils se consolent souvent dans l’alcool où ils noient leur honte.

Sous le regard d’Odile, les habitués vont et viennent. C’est elle la patronne. Elle est respectée. Avec une certaine autorité et parfois sans rien dire, elle approuve ou désapprouve leur comportement ou paroles.

Pendant ce temps, Raymond astique ses couteaux de collection, boite et ponctue ses phrases de « Crevure » !

Dans ce roman, vous apprendrez comment Odile et Raymond se sont connus et comment ils sont devenus les propriétaires du bar, l’histoire du Pégase, cette tête de cheval accrochée au mur !

Soudain, l’arrivée d’une jeune femme inconnue bouleverse le quotidien morne. Que se passera-t-il ? peut-être la naissance d’une histoire d’amour ? Pour le savoir, lisez ce court roman (98 pages) qui se dévore en un rien de temps !

J’ai tout aimé dans ce livre, y compris sa maquette et sa couverture réalisées par l’atelier AAAAA Marie Sourd et Léopold Roux.

Une belle découverte grâce à la sélection du prix Hors Concours.
Longue vie aux jeunes éditions L’Atteinte !

Merci à L’Atteinte pour l’envoi de ce roman.

Note : 5 sur 5.

Incipit :

« Au Pégase, il y a ceux qui sont là depuis toujours. L’Allemand, qui remue des pièces dans sa poche pour dire qu’il est bien là, Le professeur a sa table juste au centre ; il fait des ronds sur le bord du verre.

Le colonel marmonne dans sa barbe, vautré sur sa chaise. Le musicien se tient debout au comptoir. Le derrière du libraire déborde du tabouret.

Quand l’aristo passe, c’est jour de fête, tout le monde se sent plus important.

Le matin, les patrons sortent la terrasse sur un coin de trottoir en bord de route. On y échoue généralement faute de trouve mieux ailleurs.

Une grande baie vitrée donne sur la rue. De l’extérieur on voit les vieilles banquettes en cuir, dont certaines sont déchirées, et une tête de cheval empaillée sur le mur du fond.

Pour aller aux toilettes, il faut demander au patron. Raymond. C’est lui le gardien de la clef. Plongeant la main dans un pantalon en velours marron à grosses côtes qu’il porte quelle que soit la saison, il vous la tend, le regard fier, presque halluciné. »

« Le patron propose du vin à son épouse en touchant la bouteille du doigt. Elle fait « non » de la bouche. Lorsqu’il a terminé, elle fait un signe de tête vers le haut pour lui demander s’il a encore faim. Il lui répond à l’aide d’une moue qui veut dire « C’est bon ».

Vivre ensemble pendant tant d’années, c’est creuser sans cesse plus en profondeur à l’intérieur de l’autre ; c’est chercher le silence le plus noble, le plus commode ; celui qui viendra s’échouer sur les corps inanimés. »

« Odile sert les derniers fumeurs.

Une journée de plus s’envole. La pluie cesse. Raymond rentre la terrasse sous le regard du nouveau propriétaire d’en face, dont l’affaire cartonne. Il a trouvé un bon concept. Il a l’air si fier ; si certain d’avoir fait le coup du siècle. Il doit se regarder matin et soir dans la glace. Raymond lui collerait bien son poing dans la figure, il aurait quelque chose de plus intéressant à y regarder. »

« Le patron n’a pas l’air dans son assiette et la patronne a du mal à l’encaisser. On ne sait pas quoi faire. On demeure interdit dès qu’il s’agit de parler de choses graves.

On continue de vivre comme si de rien n’était.

C’est la plus belle forme de soutien qu’on puisse lui offrir. »

Le bazar du zèbre à pois / Raphaëlle Giordano

Le nouveau roman de Raphaëlle Giordano se déroule dans la petite ville de Mont-Venus. Basile, un homme de 42 ans, décide un retour aux sources et ouvre sa « boutique d’objets provocateurs » à Mont-Venus. Sorte de défi pour lui, on en apprendra plus sur son passé au fur et à mesure. C’est le seul personnage qui s’exprime à la première personne du singulier.

Il y a aussi Giulia, compositeur-parfumeur dans une entreprise en déodorants. Et son fils, Arthur, un ado en plein décrochage scolaire et manquant cruellement de confiance en lui.

Autre personnage important du roman, Louise. Elle est rédactrice en chef de la Dépêche du Mont, le journal local, et présidente de l’association Civilissime.

Louise ne va pas juger d’un bon œil l’installation de cette nouvelle boutique. Elle va mettre des bâtons dans les roues à Basile. Ce dernier dénonce la normo-pensée et souhaite stimuler le cerveau droit des gens, celui de la créativité, des émotions et de l’intuition. Louise y voit une tentation de manipuler les citoyens de Mont-Venus.

Giulia est tout le temps tendue. Elle est figée par sa peur du changement.

« Son travail qui ne la fait plus vibrer, sa vie sentimentale d’un vide sidéral, ses angoisses de mère convaincue de passer à côté de son rôle ? »

Et tous ces personnages vont se croiser dans l’histoire dont je ne vous en dis pas plus. Juste que les inventions de Basile sont originales et innovantes. Il y aura aussi un peu d’amour dans l’air…

L’auteure dénonce l’intolérance et prône la singularité, l’ouverture d’esprit et incite à saisir/créer les opportunités.

Basile parle d’audaciel : audacieux unique en son genre, qui a de l’audace et de la personnalité.
« Les audaciels ont peur, mais la différence avec les autres, c’est qu’ils avancent avec la peur. »
Elle cite ensuite Thich Nhat Hanh, un moine bouddhiste vietnamien.

A la fin, Basile donne quelques conseils pour mieux cerner la philosophie de l’audacité.
« L’ultime audace, n’est-ce pas d’oser le bonheur d’être soi ? »
« Soyons inventeurs de nos vies. »

Un roman de développement personnel qui donne quelques pistes de réflexions intéressantes.

Merci à Netgalley et aux éditions Plon pour la lecture de ce livre.

Note : 3 sur 5.

« Le bagnard… comme l’image est bien trouvée pour incarner nos inhibitions, nos peurs, ces croyances qui emprisonnent nos idées audacieuses et les empêchent de se réaliser ! Quelle belle métaphore de la prison de l’esprit qu’on se construit soi-même, avec les barreaux de la peur du jugement, du regard d’autrui, de l’échec…

Je l’ai souvent dit à Arthur : il n’y a pas d’échecs. Que des expériences. »

Malgré tout / Jordi Lafebre

L’originalité de cette BD est de commencer par nous montrer ses personnages, à un âge avancé, amoureux, puis de partir à rebours jusqu’au début de leur histoire ou plutôt de leur rencontre.

Voici donc l’histoire d’Ana, tout juste retraitée de son énième mandat de maire, mariée et mère, et Zeno, célibataire endurci, scientifique et marin, qui vient de passer son doctorat. Ils s’écriront des lettres ou se téléphoneront au fil des ans. Sorte d’amour impossible.

Jordi Lafebre ne nous dit pas tout. On devine sans problème les éléments non explicités.

Il y a donc une certaine part de mystère tout au long de la lecture de cette BD au charme fou. On s’attache aux personnages, on vibre avec eux, on sourit, bref elle fait du bien !

Les traits des visages sont expressifs, l’histoire est pleine de poésie, de tendresse et d’émotions, avec un brin d’humour.

Une belle lecture pour cet été si vous ne l’avez pas encore lue !

Note : 4.5 sur 5.

Soleil amer / Lilia Hassaine

Un magnifique roman de la rentrée littéraire à paraître le 19 août 2021.

Une belle plume pour traiter de sujets graves, l’histoire de cette famille est tragique et représentative d’une génération. Le roman se déroule des années 60 aux années 80.

A l’instar du roman de Faïza Guène, Lilia Hassaine dépeint une génération d’immigrés venus d’Algérie pour travailler dans les usines françaises. Ni Français, ni Algériens, ils ne se sentent nulle part à leur place. Le père, Saïd, est violent, il boit beaucoup. La mère, Naja, ne dit rien et obéit, c’est ainsi depuis des générations. On ne change pas les traditions aussi facilement et surtout lorsque l’aînée des 3 filles, Maryam, a 15 ans et qu’elle est en âge de se marier. Adieu les études, les copines, l’insouciance adolescente.

Quand Naja tombe enceinte, elle obéit encore à son mari. Ils ne peuvent pas s’occuper d’un quatrième enfant… Je ne vous en dis pas plus sur ce moment de l’histoire pour ne pas divulgâcher, car il sera question d’un secret.

La famille habite dans l’un des premiers HLM construits. Ils connaissent tous les voisins, c’est comme une seconde famille pour eux. Lilia Hassaine brosse une galerie de personnages tous intéressants dont on aimerait suivre la vie. Il y a de magnifiques portraits de femmes.

Le roman est court (158 pages). On s’attache aux personnages et on aimerait savoir ce qu’il adviendra de ce quatrième enfant. J’ai dévoré ce livre et je vous recommande sa lecture parmi les nombreux romans de la rentrée littéraire.

En exergue, Lilia Hassaine a mis une citation de Rimbaud issue de « Bateau ivre » qui fait référence au titre du roman :
« Les Aubes sont navrantes,
Toute lune est atroce et tout soleil amer. »

Merci Babelio et Gallimard pour cette belle lecture.

Note : 4.5 sur 5.

Nour attendit d’avoir dix-huit ans pour partir. A force de petites humiliations, elle s’était résolue à la fugue. Un épisode dégradant à la sécurité sociale finit de la convaincre.

La jeune fille accompagnait sa mère dans toutes ses démarches administratives, car elle faisait encore trop de fautes à l’écrit. A l’accueil, une secrétaire toute fripée, un genre de raisin sec à lunettes, les reçut avec un mépris tel que Nour eut du mal à se contenir. La femme leur demanda d’épeler le nom de chacun des membres de la famille, y compris les enfants décédés, levant les yeux au ciel à chaque fois que Nour lui donnait un prénom. Elle ponctuait ses phrases d’un soupir, mon Dieu, mais vous êtes combien ? Elle lui faisait répéter les prénoms un à un, avec les dates de naissance, et la date de mort, c’était quand ? De sa voix de crécelle, elle posait des questions inutiles, sur la profession du père, celle de la mère, qui était femme de ménage comme tout le monde ici, décidément

C’était une maladie sans nom, une vague hurlante, un tsunami. Personne n’osait en parler, mais elle se propageait dans les quartiers à vive allure, emportant toute une génération sur son passage. Dans les banlieues, ce fut une hécatombe. Ils mouraient par centaines, dans le silence des médias et des politiques. Aucun chiffre, aucune statistique ne témoignait de ces morts en série. A la télévision on parlait des acteurs homosexuels, des stars d’Hollywood, des écrivains à succès, mais la maladie se répandait aussi dans les périphéries urbaines, là où le chômage rampant et la misère avaient déjà fait des ravages.

Nordine, le fils de Nora, fut la première victime de ce mal. Il avait grandi dans la haine de lui-même, dans la haine de son sang. Il s’était perforé les veines avec des seringues usagées. Sa petite amie, Aïcha, enceinte de trois mois, était touchée aussi. Il l’avait contaminée, et c’était peut-être cela le vrai drame, celui des jeunes filles contaminées par amour, pour n’avoir pas su que l’amour tuait.

Les oiseaux du temps / Amal El-Mohtar et Max Gladstone

Je ne suis pas une grande liseuse de SF mais il m’arrive d’en lire de temps en temps. Celui-ci est très prenant ! Il alterne les lettres entre deux agents de camps ennemis : Bleu et Rouge.

Peu à peu un lien interdit se tisse entre elles. Bravant le danger, elles redoublent d’imagination pour faire parvenir une « lettre ». Celle-ci peut prendre différentes formes et être cachée dans des endroits insolites (dans un phoque par exemple) afin que leurs supérieurs ne découvrent pas leur secret. Elles échangent aussi sur les livres et la littérature. Leur correspondance est truffée d’humour, chacune cherchant à gagner la confiance de l’autre. Une belle histoire d’amour !

J’ai aimé être propulsée dans un autre monde, tentant d’y trouver des repères, de comprendre comment celui-ci fonctionne. Il est question de brins et d’une tresse. Bleu et Rouge agissent dans le passé pour changer le futur. Retarder une éruption volcanique par exemple pour permettre à un chercheur d’être sauvé et d’inventer un concept qui changera le monde. Voilà ce que font ces soldats aux technologies avancées, faire gagner leur camp en modifiant parfois d’infimes choses dans le temps.

Un roman écrit à quatre mains qui diffusera de la poésie, de l’amour, de l’humanité à ses lecteurs. L’écriture est belle. Le propos est intelligent, bref un roman à lire assurément !

Et cette couverture est juste magnifique ! Elle est signée Kévin Deneufchatel.
Ce roman a reçu le Prix Hugo, Locus et Nebula 2020. Il est traduit de l’anglais par Julien Bétan

Merci à Mu pour l’envoi de ce livre.

Note : 4.5 sur 5.

Je voulais te dire :  » Les mots blessent, mais les métaphores les relient, comme des ponts, et les mots sont comme des pierres qui servent à construire des ponts, douloureusement arrachés à la terre, mais créant quelque chose de neuf, une chose partagée, une chose qui est davantage qu’un unique Changement. »

Incipit :

« Quand Rouge gagne, il ne reste qu’elle.
Le sang nappe ses cheveux. Elle exhale de la vapeur dans la dernière nuit de ce monde mourant.

C’était amusant, songe-t-elle, mais cette pensée la gêne aux entournures. C’était propre, au moins. Remonter les fils du temps vers le passé pour s’assurer que personne ne survivrait à cette bataille et ne contrarierait les futurs prévus par son Agence – des futurs dans lesquels l’Agence règne, dans lesquels Rouge elle-même est possible. Elle est venue nouer ce brin d’histoire et le brûler jusqu’à ce qu’il fonde. »

Le plongeon / Séverine Vidal et Victor L. Pinel

Yvonne, 80 ans, se résigne à abandonner sa maison pour aller en maison de retraite. Une nouvelle vie, totalement différente où elle a du mal à s’adapter.

Elle attend les visites de sa famille avec impatience, surtout celle de son petit-fils, mais quand on lui pose un lapin, c’est le coup fatal, elle déprime.

Parfois elle s’évade dans sa tête et on part avec elle dans ses rêves, délires, cauchemars.

Mais qu’est-ce qu’on a envie de serrer Yvonne dans nos bras et de s’installer pour discuter avec elle.

Un peu rebelle, elle va entraîner ses camarades d’EHPAD consentants dans des interdits : fête alcoolisée dans sa chambre, fugue…Un peu de joie et de rires retrouvés le temps d’une escapade, loin de la mort qui rôde autour d’eux. Car Yvonne sent bien que sa mémoire commence à lui faire défaut et ça lui fait peur. Pas facile de vieillir et de se voir vieillir, sans parler de la façon dont sont traités les personnes âgées par la société.

Comment se sentir encore libre et tenter de rester encore « jeune » ? Peut-être trouvera-t-elle la solution dans les bras de P.F… Un autre sujet tabou, l’amour chez les vieux et plus particulièrement en maison de retraite. La BD n’élude pas la question du corps et montre celui d’Yvonne, 80 ans, avec ses rides, ses formes, tel qu’il est.

Une BD intéressante et émouvante, des sujets tabous traités avec humour, bref je vous recommande sa lecture !

Note : 4 sur 5.

Les aquatiques / Osvalde Lewat

Dans ce roman on suit Katmé, d’abord enfant enterrant sa mère, puis devenue femme. Elle a épousé Tashun, préfet de Yaoundé avec qui elle a eu deux filles, des jumelles. Elle vit dans une maison avec du personnel, distribue de l’argent à tous ceux qui viennent frapper à sa porte. Son meilleur ami, Samy, est comme un frère. Ils se connaissent depuis le lycée. Il est artiste et Katmé finance son atelier afin qu’il puisse vivre de sa passion.

Un jour Katmé reçoit un courrier lui indiquant qu’elle doit déplacer la tombe de sa mère qui se trouve sur le tracé de la nouvelle autoroute en construction. Son mari prend les choses en main et prépare le nouvel enterrement avec faste. Il y voit le moyen de gagner de nouveaux électeurs et une nouvelle province pour son parti. Tout est magouille et pot de vins. Les ambitions de son mari passeront en premier, laissant Samy en prison accusé d’être homosexuel. Katmé ouvre les yeux sur sa vie et ne veut plus vivre comme son mari le décide. Elle va devoir faire des choix importants. Je vous laisse découvrir la suite de ce roman passionnant qui permet de s’immerger dans une culture et un pays. Il pose beaucoup de questions. C’est aussi un magnifique portrait de femme. Bref j’ai beaucoup aimé ce roman et j’aurais voulu rester encore un peu avec Katmé, découvrir davantage de sa vie après son choix. Un premier roman dont je suivrai avec plaisir les prochains ouvrages de cette autrice franco-camerounaise. « Les aquatiques » sortira le 19 août 2021.

Merci à Netgalley et aux Escales pour cette lecture.

Note : 4 sur 5.

« On a enterré Madeleine, la première fois, il y a 20 ans. Quelque part, au milieu de nulle part. Un enterrement bâclé, à la hâte, un peu à l’image de ce que fut sa vie. Elle avait vécu avec faste et était morte à 39 ans, pauvre comme Job. »

« Ce samedi matin-là, avant midi, dès que sa mère fut ensevelie, Katmé décida d’ensevelir le souvenir de sa mère. Elle avait 13 ans. »

Mes 18 exils / Susie Morgenstern

Mais quel bonheur de voir Susie Morgenstern ! Que ce soit en vrai ou en visio, elle apporte toujours avec elle sa bonne humeur, son humour et son merveilleux accent américain.

J’ai eu la chance de la rencontrer il y a quelques années au salon du livre de Colmar lors d’une dédicace.

Si vous ne la connaissez pas, c’est une grande autrice de littérature jeunesse. J’ai notamment lu : « La sixième », « Joker », « Lettres d’amour de 0 à 10 ».

Elle est née en 1945 aux Etats-Unis. Et aujourd’hui elle publie une autobiographie aux éditions de L’Iconoclaste. Il s’agit d’une commande de la maison d’édition. Au départ elle avait une liste de 28 exils. Trop d’exils au goût de son éditeur qui lui a demandé de réduire pour une meilleure lisibilité. Elle nous offre donc 18 exils. Un exil pouvant être quelque chose de positif.

Elle a d’abord écrit une phrase, puis un paragraphe puis une page et finalement plusieurs pages pour chaque exil.

Elle y parle de sa famille, son enfance, son mari, de l’école, de la maternité, du cancer, de sa vie de femme, du désir, de l’amour, de la mort. Le changement demande de la souplesse. Vous trouverez également quelques photos en noir et blanc au début du livre. On avance au fur et à mesure dans sa vie, qu’elle autoanalyse avec le recul et la sagesse des ans.

Ses enfants disaient d’elle qu’elle était une mère bizarre. Un peu paumée, elle n’avait pas les codes pour s’intégrer. Elle est une immigrée, une exilée. Elle vit en France et est Française depuis de nombreuses années mais elle a toujours son accent. Or avoir un accent en France est synonyme d’étranger. Alors qu’aux Etats-Unis les accents sont acceptés.

Susie Morgenstern est une « boulimique de l’écriture ». Elle écrit ses romans en français mais son journal intime en anglais.

Avec sa malice et son humour, on a l’impression de lire un roman. Il faut dire que tous ses romans ont une part autobiographique. D’ailleurs sa fille lui a reproché d’utiliser sa vie pour écrire ses romans, notamment pour « La sixième ». Mais Susie Morgenstern ne sait pas faire autrement, elle est toujours honnête. Elle aime la transparence, « pourquoi écrire si c’est pour mentir ? » Il faut qu’elle croit à ce qu’elle dit. Elle n’a pas de secret.

Chaque livre de l’autrice est différent et chacun à son anecdote.

Elle nous a annoncé lors du VLEEL (Varions les Editions En Live), la suite de « Joker » pour septembre ! En voilà une bonne nouvelle, avec ma fille nous allons pouvoir poursuivre les aventures de cet instituteur pas comme les autres. Et toujours accompagné des illustrations de Serge Bloch. La couverture de « Mes 18 exils » est d’ailleurs signée Bloch. Elle est pétillante, à l’image de la femme qu’est Susie.

Elle nous a également donné un conseil de lecture que je vous partage en cette période propice à la lecture : « 226 bébés » de Flore Vesco.

Elle regrette le manque de visibilité et de reconnaissance pour les auteurs jeunesse et je suis bien d’accord avec elle. Il y a de merveilleuse pépites à lire qu’on soit adulte ou enfant dans la littérature jeunesse. N’hésitez pas !

J’ai adoré lire les 18 exils de Susie Morgenstern, c’est plein de vie et de joie de vivre, comme elle !

Exil 1 : Naître
Exil 2 : Être une fille
Exil 3 : Entrer à l’école
Exil 4 : Être loin de ses sœurs
Exil 5 : Être juive
Exil 6 : Infiltrée chez les garçons
Exil 7 : Être intello
Exil 8 : Être sioniste
Exil 9 : Être amoureuse
Exil 10 : Être mère
Exil 11 : Être immigrée
Exil 12 : Être veuve
Exil 13 : Errer
Exil 14 : De souris grise à femme fatale
Exil 15 : Être malade
Exil 16 : Le nid vide
Exil 17 : Faire le deuil
Exil 18 : Mourir

« Ça bouillonnait, chez nous. Voilà la raison pour laquelle je fus obligée d’écrire : j’ai grandi dans une maison tellement bruyante, où tout le monde parlait en même temps, que le seul moyen de placer un mot était de l’écrire. À partir du moment où j’ai su le faire, j’ai écrit tous les jours dans mon journal intime. Je me cachais dans un placard pour lire les gros pavés car c’était mal vu, une perte de temps, et je m’asseyais à la table de la salle à manger pour écrire. Nous n’avions pas de bureau dans nos chambres. Pour mes sœurs, cela n’aurait servi à rien mais moi, j’en rêvais. À tel point que maintenant j’en ai deux.
Le bureau est ma maison. Lire et écrire, les deux techniques que j’ai apprises à l’école, sont devenues mon exil permanent et constant à partir de mes sept ans. »

« En France, il n’y avait pas de bagels, pas de chocolate chip cookies, et pire, il fallait attendre six mois pour avoir le téléphone. Ma mère, qui s’angoissait à l’idée que je vive dans un pays du tiers monde, avait raison. On n’avait dons pas de voiture, pas de téléphone, mais ce qui la gênait le plus, c’est qu’on n’ait pas la télévision. (Ni à l’époque, ni jamais par la suite.) Tout me manquait, et surtout ma famille. Tout ça pour Jacques ! Je lui en voulais. Mais je ne regrettais rien.
J’écrivais trois fois par semaine à ma famille américaine, sur des aérogrammes qui se pliaient comme des avions en papier. »

« Toute ma vie trop grosse, pas assez belle, trop ceci et pas assez cela, des complexes en pagaille et puis, par la magie d’une rencontre une nuit à Paris, j’ai quitté ces obsessions de laideronne pour devenir une femme fatale, m’exiler de ma vieille peau et faire peau neuve. Certains exils sont réjouissants. »

Note : 5 sur 5.

A la vie ! / L’homme étoilé

Peut-être connaissez-vous l’homme étoilé sur Instagram ?

Cet infirmier raconte son quotidien dans un service de soins palliatifs, avec humour et tendresse. Sa particularité ? Des tatouages, des piercings, des cheveux longs, de grande taille, avec une allure de viking, une passion pour le suédois et son métier. Sur son compte, il se définit comme un « marshmallow dans une armoire à glace ».

Il alterne entre les histoires touchantes et les histoires drôles, ce qui permet au lecteur de se remettre de ses émotions entre deux patients. Avec empathie, Xavier tente d’apporter du réconfort et de la joie dans les derniers jours de ces hommes et femmes qu’il croise. La musique joue un rôle important, il leur propose d’écouter leur chanteur ou groupe préféré. Pour certains ce sera du rock, du hard rock, pour d’autres Brel.

Le trait de crayon est épuré, une touche de bleu vient de temps en temps illuminer la page. C’est sobre et lumineux à la fois.

Encore une fois, une BD où en apprend beaucoup sur un métier et un aspect dont on parle peu, la fin de vie.

J’ai adoré cette BD, son humour, sa sensibilité, son humanité et son regard bienveillant. J’ai versé quelques larmes au dernier souffle de certains des personnages. Un bel hommage.

J’ai hâte de lire sa nouvelle BD « Je serai là », où il raconte comment il est devenu « L’homme étoilé ».

Note : 5 sur 5.

– C’est quoi pour toi les soins palliatifs ?

– Eh bien je dirais que c’est tout ce qu’il reste à faire lorsqu’il n’y a plus rien à faire.

– Et que reste-t-il à faire lorsqu’il n’y a plus rien à faire ?

– Il reste à soulager la douleur, la souffrance, optimiser le confort, accompagner, soutenir… et puis… ajouter de la vie aux jours à défaut d’ajouter des jours à la vie…