Soleil amer / Lilia Hassaine

Un magnifique roman de la rentrée littéraire à paraître le 19 août 2021.

Une belle plume pour traiter de sujets graves, l’histoire de cette famille est tragique et représentative d’une génération. Le roman se déroule des années 60 aux années 80.

A l’instar du roman de Faïza Guène, Lilia Hassaine dépeint une génération d’immigrés venus d’Algérie pour travailler dans les usines françaises. Ni Français, ni Algériens, ils ne se sentent nulle part à leur place. Le père, Saïd, est violent, il boit beaucoup. La mère, Naja, ne dit rien et obéit, c’est ainsi depuis des générations. On ne change pas les traditions aussi facilement et surtout lorsque l’aînée des 3 filles, Maryam, a 15 ans et qu’elle est en âge de se marier. Adieu les études, les copines, l’insouciance adolescente.

Quand Naja tombe enceinte, elle obéit encore à son mari. Ils ne peuvent pas s’occuper d’un quatrième enfant… Je ne vous en dis pas plus sur ce moment de l’histoire pour ne pas divulgâcher, car il sera question d’un secret.

La famille habite dans l’un des premiers HLM construits. Ils connaissent tous les voisins, c’est comme une seconde famille pour eux. Lilia Hassaine brosse une galerie de personnages tous intéressants dont on aimerait suivre la vie. Il y a de magnifiques portraits de femmes.

Le roman est court (158 pages). On s’attache aux personnages et on aimerait savoir ce qu’il adviendra de ce quatrième enfant. J’ai dévoré ce livre et je vous recommande sa lecture parmi les nombreux romans de la rentrée littéraire.

En exergue, Lilia Hassaine a mis une citation de Rimbaud issue de « Bateau ivre » qui fait référence au titre du roman :
« Les Aubes sont navrantes,
Toute lune est atroce et tout soleil amer. »

Merci Babelio et Gallimard pour cette belle lecture.

Note : 4.5 sur 5.

Nour attendit d’avoir dix-huit ans pour partir. A force de petites humiliations, elle s’était résolue à la fugue. Un épisode dégradant à la sécurité sociale finit de la convaincre.

La jeune fille accompagnait sa mère dans toutes ses démarches administratives, car elle faisait encore trop de fautes à l’écrit. A l’accueil, une secrétaire toute fripée, un genre de raisin sec à lunettes, les reçut avec un mépris tel que Nour eut du mal à se contenir. La femme leur demanda d’épeler le nom de chacun des membres de la famille, y compris les enfants décédés, levant les yeux au ciel à chaque fois que Nour lui donnait un prénom. Elle ponctuait ses phrases d’un soupir, mon Dieu, mais vous êtes combien ? Elle lui faisait répéter les prénoms un à un, avec les dates de naissance, et la date de mort, c’était quand ? De sa voix de crécelle, elle posait des questions inutiles, sur la profession du père, celle de la mère, qui était femme de ménage comme tout le monde ici, décidément

C’était une maladie sans nom, une vague hurlante, un tsunami. Personne n’osait en parler, mais elle se propageait dans les quartiers à vive allure, emportant toute une génération sur son passage. Dans les banlieues, ce fut une hécatombe. Ils mouraient par centaines, dans le silence des médias et des politiques. Aucun chiffre, aucune statistique ne témoignait de ces morts en série. A la télévision on parlait des acteurs homosexuels, des stars d’Hollywood, des écrivains à succès, mais la maladie se répandait aussi dans les périphéries urbaines, là où le chômage rampant et la misère avaient déjà fait des ravages.

Nordine, le fils de Nora, fut la première victime de ce mal. Il avait grandi dans la haine de lui-même, dans la haine de son sang. Il s’était perforé les veines avec des seringues usagées. Sa petite amie, Aïcha, enceinte de trois mois, était touchée aussi. Il l’avait contaminée, et c’était peut-être cela le vrai drame, celui des jeunes filles contaminées par amour, pour n’avoir pas su que l’amour tuait.

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