Autoportrait en chevreuil / Victor Pouchet

Un court roman où, Elias, 32 ans, écrit pour raconter son enfance. Une enfance pas ordinaire et qui l’a marqué. En effet, son père est magnétiseur. Ou pour être plus précis, voici sa carte de visite : « paradoxologue – médium – sciences occultes ». Il reçoit ses « clients » dans une cabane au fond de son jardin. Il n’a pas d’autre activité donc pas de salaire fixe. A la maison, il n’y a pas de télévision ni de téléphone à cause des ondes. Son père impose ses mains pour guérir. Il est spécialisé dans les brûles, il « coupe le feu ». Quant à la mère d’Elias, elle est morte quand il avait 3 ans.

Elias a peur que tout s’écroule autour de lui. Il a peur des lubies de son père, de ses possibles dérapages. Il parle peu et n’a pas d’amis. Ses camarades d’école se moquent de lui : « le père d’Elias est maboul ».

Il faut dire que son père a des méthodes d’éducation assez particulières. Il ne lui apprend rien. Il préfère qu’Elias expérimente, découvre par lui-même, comme par exemple apprendre à faire du vélo. Alors Elias s’entraîne, persévère et arrive à faire certaines choses par lui-même. Son père lui fait faire des exercices de silence prolongé. Il le met à la cave, assis, une demi-journée sans parler, avec une clochette. Il y a aussi l’exercice de grand froid où Elias est totalement immergé dans le lac en hiver. Tous ces exercices ont pour but de libérer Elias de ses ondes. Bien sûr il déteste tout cela.

Son père se remarie avec Céline. Elle travaille à la boulangerie du village. Elle a toujours un air maladif. Elle est maigre et pâle. Ainsi naquit son demi-frère Ann. Les parents étaient persuadés que ce serait une fille. Ils avaient choisi un prénom féminin et à la naissance ne l’ont pas changé. Elias n’a pas le droit de le toucher à cause des ondes.

Et puis chaque été, Elias part un mois chez sa grand-mère maternelle à Brest. A son retour, son père lui fait subir des séances spéciales pour se défaire des ondes transmises par sa grand-mère. Il doit suivre un régime alimentaire sans céréales et laitage pendant une semaine.

Ann grandit et à l’âge de 10 ans change, s’éloigne progressivement d’Elias. Il commence à ressembler de plus en plus au père. Il s’exerce avec le père. Il a même un don de vision et voit des choses comme lorsqu’un camarade disparaît et qu’il permet à la police de le retrouver.

Ensuite il se passe un événement, un drame qui ne sera révélé qu’à la toute fin par le père.

Après Elias, c’est la voix d’Avril qui prend le relais. Il est tombé amoureux d’elle il y a quelques mois. Il est heureux. Il semble avoir trouvé une certaine « normalité » auprès d’elle, un équilibre. Il aimerait « choisir l’option légère » avec elle. Avril aime son côté décalé. Elle ne s’ennuie pas avec lui. Mais Elias a parfois des réactions bizarres et Avril se pose alors des questions sur lui, sur sa famille dont il ne veut pas parler. Je vous laisse découvrir le reste de l’histoire par vous-même.

Victor Pouchet a reçu le prix Blù Jean-Marc Roberts pour ce second roman. Je n’ai pas lu son premier roman mais il a visiblement de très bonnes critiques. Je remercie mes camarades explorateurs de m’avoir fait découvrir ce livre parmi cette foisonnante rentrée littéraire. J’ai beaucoup aimé l’écriture. Le livre est composé de trois parties, inégales en termes de pages. Le changement de narrateur est très bien retranscrit, on passe à un style totalement différent entre Elias, Avril (son journal intime) et le père (un récit débité à toute vitesse). Une histoire de famille, encore, décidément, pas ordinaire. Comment se construire avec une telle enfance marquée en plus par un drame. Elias est un personnage très attachant.

Petit clin d’œil aux bibliothécaires, Victor Pouchet ne nous a pas mis en avant avec Elias ! En effet, Avril rencontre Elias à la bibliothèque. Il est bibliothécaire et elle le surnomme « Bancal bibli » : « il ressemble à Vincent Lacoste mélangé à Buster Keaton. Avec un grand regard sombre et des bras un peu long. On dirait qu’il est bancal. »

Une dernière chose, ce titre est intriguant, n’est-ce pas !? Est-ce que ce livre parle de chevreuil ? pas vraiment. Il parle certes de nature, puisqu’Elias et son père vont souvent s’y promener. Mais le chevreuil est surtout l’animal totem d’Elias, trouvé après une transe totémique organisé par son père.

Merci aux échanges entre explorateurs pour cette belle découverte.

Bref j’ai beaucoup aimé ce roman. L’avez-vous lu/aimé ?

Note : 4 sur 5.

Les impatientes / Djaïli Amadou Amal

Ce roman se passe au Sahel et se compose de trois parties ou trois voix de femmes. Tout comme l’auteure née au Cameroun, elles sont peules et musulmanes. Il y a d’abord Hindou et Ramla, deux sœurs mariées de force à l’âge de 17 ans. Puis Safira, la première épouse ou co-épouse, elle est la Daada-saaré, celle qui veille à l’harmonie de la maison et doit accueillir Ramla. Vous l’avez compris, il est question de polygamie dans ce roman bouleversant.

En effet, la tradition et la religion sont un prétexte pour imposer une soumission totale des femmes à leur mari. Certaines vivent de véritables calvaires, elles sont violées, battues et menacées d’être répudiées. Toute leur vie, on leur dit toujours la même chose, « munyal » ou « patience ». C’est de toute façon toujours de leur faute. Elles n’ont pas obéi, ont fâché leur mari. C’est ce qu’entendra Hindou, mariée à son cousin, Moubarak, un jeune homme violent, drogué et alcoolique.

Dans le Nord du Cameroun, une fille appartient à toute sa famille. C’est ainsi que l’oncle de Ramla « l’offre » à un important et riche homme d’affaire, Alhadji Issa, pour entretenir les bonnes relations. Un homme d’une cinquantaine d’années qui a déjà une femme, Safira. Cette dernière se méfie de Ramla et sans la connaitre va la détester avant son arrivée, car elle lui vole son mari. Et avec la naissance éventuelle d’autres enfants, diminuera la part qui revient à ses enfants. Ramla avant de se marier, faisait de brillantes études et rêvait de devenir pharmacienne. Elle avait même un fiancé, un ami de son frère, qui avait demandé sa main à son père. Mais face à Alhadji Issa, il ne faisait pas le poids.

La condition féminine dans ce pays fait froid dans le dos. Un livre important donc qui grâce aux éditions Emmanuelle Collas et au Prix Orange du livre en Afrique nous arrive aujourd’hui en France.

Djaïli Amadou Amal a vécu elle-même une telle histoire et a décidé d’écrire ce livre comme un message d’espoir pour toutes ces femmes. Elle a créé une association, « Femmes du Sahel », pour inciter les filles à étudier afin d’être indépendantes.

L’écriture est simple et sobre mais d’une redoutable efficacité pour parler d’un tel tabou. C’est puissant et percutant. Certaines scènes sont insoutenables. Lisez ce grand roman pour son sujet, pour que la condition de ces femmes musulmanes avance, pour que les filles puissent aller à l’école et rêver de devenir ce qu’elles souhaitent.

Ce livre m’a fait penser à d’autres romans, « La Tresse » de Laetitia Colombani, mais aussi « Baba Segi, ses épouses, leurs secrets » de Lola Shoneyin (Nigéria), où les co-épouses se font les pires coups. Une collègue m’a d’ailleurs parlé d’un autre grand roman sur ce sujet, « Le silence d’Isra » d’Etaf Rum.

Prix Orange du livre en Afrique 2019

Pour voir ou revoir la rencontre organisée par Lecteurs.com et Un endroit où aller :

https://fb.watch/1ToHW0Xa_h/

Et voici la magnifique rencontre organisée par VLEEL (Varions les éditions en livre) la veille de l’annonce du Goncourt :

Note : 4.5 sur 5.

Ma liste des livres qui font du bien

Vous êtes plusieurs à m’avoir demandé des livres drôles ou plein d’espoir en cette période automnale de confinement. Voici donc une liste non exhaustive de titres lus, testés et approuvés ! Certains commencent de façon très triste mais se finissent de façon lumineuse ou positive, à choisir en fonction de vos goûts, de votre sensibilité ou de votre vécu. Chacun est différent !

Romances et sagas

  • La librairie des rêves suspendus / Emily Blain ou encore « Toi + moi« , si vous aimez la romance et les scènes torrides, sinon passez votre chemin !
  • Les 7 sœurs / Lucinda Riley. J’ai découvert cette saga pendant le 1er confinement. Les éditions Charleston offraient chaque jour un chapitre du 1er tome.
  • Laisse tomber la neige / Cécile Chomin (lecture spéciale Noël !)

Littérature jeunesse

Le confinement peut être l’occasion de se replonger dans les livres de son enfance. Ceux qu’on a aimés, qui ont une histoire particulière et qui résonnent en nous avec nostalgie. Pendant le 1er confinement j’avais adoré la lecture de livres pour enfants de Pénélope Bagieu sur son compte Instagram. J’en ai profité pour les partager avec ma fille.

Bandes dessinées

Dans ma PAL

Le cœur synthétique / Chloé Delaume

Avec celui de Fabrice Caro, ce sont les deux romans drôles de cette rentrée littéraire à découvrir !

Adélaïde, 46 ans, vient de divorcer à sa demande. Elle se retrouve seule dans un minuscule studio à Paris. Elle déprime et veut retrouver un mari au plus vite. Mais elle se rend compte qu’à son âge, elle n’intéresse plus les hommes qui préfèrent des femmes plus jeunes.

Elle a 4 amies très différentes et avec des situations sociales/familiales aussi hétéroclites : Bérangère, Judith, Hermeline et Clotide. Ses amies essayent de l’aider en listant tous ses « ex » pour les contacter sur Facebook, en organisant des fêtes et ultime recours en s’adressant aux déesses lors d’une cérémonie de sorcières.

Après cette cérémonie, elle rencontre Martin, mais comme elle n’a pas été assez précise dans sa demande, après quelques temps de bonheur et qu’il lui déclare « Je t’aime mais je ne te désire pas », elle le quitte. Retour à la case départ avec son chat nommée Perdition comme seule compagnie.

En parallèle, on la suit dans son métier d’attachée de presse d’une maison d’édition notamment au moment la rentrée littéraire. Et cela donne des passages très drôles et grinçants.

Chloé Delaume propose plusieurs fins/scénarios possibles et c’est assez original.

Ce roman est très agréable à lire. Les situations font souvent sourire. Sous cette apparente légèreté de déboires sentimentaux, Chloé Delaume aborde des sujets sérieux comme la solitude mais aussi la sororité. Adélaïde est en proie à ses contradictions, comme beaucoup de femmes, un peu d’autodérision, ça fait du bien ! Les hommes en prennent pour leur grade aussi (patriarcat), et le monde de l’édition n’est pas reste (rentabilité, capitalisme), ça sent le vécu !

Prix Médicis 2020.

Note : 5 sur 5.

Buveurs de vent / Franck Bouysse

Attention ce roman est d’un autre genre que « Né d’aucune femme », tout aussi magnétique mais il s’agit plutôt d’un conte moderne. En effet, l’histoire n’est pas datée et il n’y a pas de référence géographique. Mais peu importe, j’ai été emportée par ce roman et c’est l’essentiel !

Il y a les gens de la ville et par opposition les gens de la vallée, le Gour noir. Tout le monde travaille dur pour avoir de quoi vivre. Deux usines fournissent du travail, la centrale électrique avec son barrage et la carrière. Tout appartient à un seul homme, Joyce. C’est un tyran qui se prend pour un dieu. Il dirige tout. Toutes les rues portent son nom.

La famille Volny est au centre de cette histoire. Il y a le grand-père maternel, Elie, qui a perdu sa jambe dans un accident de travail. Sa fille, Martha, est mariée à Martin. Ils ont eu quatre enfants, trois fils et une fille. Marc est férue de lecture. Matthieu est l’écologiste de la famille. Luc a un handicap mental et n’a pas pu continuer à aller à l’école. Mabel est très belle et surtout rebelle. Ces quatre-là forment une joyeuse fratrie et se retrouvent régulièrement suspendu à un pont. C’est leur jeu favori. Ils se balancent au bout de cordes accrochées au pont du barrage. Un jeu dangereux, mais aussi leur moment de liberté.

Il y a beaucoup de non-dits dans cette famille et de violence aussi. Le père ne sait comment agir avec ses enfants et les bats en pensant que c’est ainsi qu’on éduque les enfants. Il interdit à Marc de lire. La mère est à fond dans la religion, tous ses propos se rapportent à la bible. C’est dans ce contexte qu’ils grandissent et que les garçons partent travailler à leur tour.

Jusqu’au jour où Martha va jeter Mabel hors de la maison. Elle ne supporte plus d’avoir sous son toit une « traînée ». C’est le début d’une nouvelle vie pour Mabel qui avait déjà prévu de partir. Mais un coup dur pour ses frères, son absence les rend tristes. Elle va se faire embaucher dans un bar. Sa beauté va attirer tous les regards et surtout ceux des hommes de main de Joyce. La suite, je vous laisse la découvrir en lisant le roman !

Franck Bouysse nous offre encore un magnifique roman. C’est une ode à la nature et à la liberté. Je me suis attachée à cette famille dont chaque membre se révèle touchant au fur et à mesure de l’histoire. Décidément cette rentrée littéraire est excellente.

Note : 5 sur 5.

Héritage / Miguel Bonnefoy

Cette saga familiale se déroule entre la France et le Chili, sur plusieurs générations. On suit Lonsonier laissant derrière lui sa vigne malade dans le Jura pour tenter sa chance en Amérique du Sud. Il va s’installer à Santiago au Chili, se marier, développer une entreprise florissante. Dans un élan patriotique, son fils Lazare partira pour la France et se battra dans les tranchées lors de la Première guerre mondiale. Et ainsi de suite, on suit la descendance de Lonsonier au fil de l’Histoire, notamment la Seconde guerre mondiale, la dictature de Pinochet. Chacun d’eux sera en proie à un terrible dilemme qui le poursuivra toute sa vie. Et puis il y a aussi une sorte de légende qui se transmet de génération en génération : « Quand tu iras en France, tu rencontreras Michel René. Il te racontera tout. »

Miguel Bonnefoy peint cette grande fresque romanesque tel un conteur. Les aventures se multiplient ne laissant pas de répit à ses personnages.

Il brosse également de magnifiques portraits de femmes. La jeune Margot voudra devenir aviatrice et réussira coûte que coûte. Sa mère, Thérèse, est passionnée d’oiseaux et en remplira sa maison avant de les installer dans une volière. C’est haut en couleurs. Ce livre met les sens en éveil, je me suis imaginée au milieu de cette fabrique d’hosties avec ses odeurs de farine grillée. Les histoires s’imbriquent les unes dans les autres. Il y a aussi un côté surnaturel et de magie dans ce roman que je vous laisse découvrir.

J’ai assisté à l’interview de Miguel Bonnefoy par Karine Papillaud dans le cadre des rencontres « Un endroit où aller ». Il est passionnant et passionné par ses personnages. Apparemment certains de ses personnages apparaissent déjà dans ses précédents romans et prennent de l’ampleur dans celui-ci. Il construit une œuvre romanesque très intéressante. En plus, c’est un fan de Gabriel Garcia Marquez, bref je ne peux qu’aimer cet écrivain ! Je vais donc lire ses autres romans et tenter de trouver les différentes pièces du puzzle parsemées par Miguel Bonnefoy.

Note : 5 sur 5.

Saturne / Sarah Chiche

Gros coup de cœur pour ce roman fort et envoûtant, je n’ai pas pu le lâcher bien que le sujet ne soit pas joyeux. Roman autobiographique ou récit intime ? Peu m’importe, ce livre est bouleversant.

L’histoire de cette famille débute en 1950 en Algérie, quand elle s’exile en France. Le grand-père est médecin, riche. En arrivant en France, il va ouvrir sa clinique privée et poursuivre son ascension sociale. Ses fils n’ont d’autre choix que de faire médecine et de réussir. Pour Armand, l’aîné, tout sera facile, mais pour Harry, plus jeune d’un an, tout sera difficile. On assiste à une concurrence entre les deux frères, lequel triomphera de l’autre ? L’aîné est le préféré et il est brillant. Le cadet est considéré comme un rêveur et s’avère médiocre dans ses études.

Le roman s’ouvre sur une scène beaucoup plus récente, en 1977. Nous sommes dans une chambre d’hôpital et le père de la narratrice est en train de mourir d’une leucémie. Harry est entouré de sa famille. Il meurt à l’âge de 34 ans laissant un grand vide derrière lui, notamment pour sa fille de 15 mois.

Elle raconte la mort de son père puis retrace la rencontre de ses parents. Elle ne nous épargne rien : leurs ébats, la haine de ses grands-parents contre sa mère, la rivalité des deux frères. Elle narre comment sa famille a détruit son père.

Sa mère, Eve, est fantasque. Elle est très belle, pose comme mannequin mais elle est aussi mythomane, insaisissable. C’est l’amour fou entre Harry et Eve.

Imaginez comment cette enfant a grandi, écartelée entre le souvenir de son père et la haine de la famille de son père pour sa mère. Comment se construire sans ce père mais aussi sans la famille de son père qui rejette sa mère ?

Une fois majeure, elle va prendre du recul par rapport à sa mère et se retrouvera seule. Quand elle apprend la mort de sa grand-mère avec qui elle est fâchée, elle va tout laisser tomber. Cet événement va agir comme un révélateur et la plonger dans une profonde dépression.

L’écriture va alors être un moyen pour elle de renaître, dans le livre comme dans la vraie vie. Un drame familial qui va peser sur la ou les génération(s) suivante(s). Sarah Chiche est psychanalyste, on sent l’influence de son métier dans son récit.

Tout est dit en peu de mots. Il y a une tension tout le long du roman, impossible de le lâcher. L’écriture est belle et fluide, faite de phrases courtes. Après la lecture de « Saturne », j’ai très envie de lire son précédent roman, les « Enténébrés », aussi bien pour retrouver cette magnifique écriture que pour avoir encore quelques clés de l’univers de Sarah Chiche.

Note : 5 sur 5.

L’invité du miroir / Atiq Rahimi

Un roman qui sort de l’ordinaire à différents égards. D’abord son format est à l’italienne, ensuite il ne s’agit pas vraiment d’un roman, plutôt de deux contes insérés dans un récit et illustrés de dessins et croquis de l’auteur.

Un livre atypique sur un sujet difficile, l’horreur du génocide au Rwanda en 1994.

Il est donc composé de deux contes rwandais, « Le chagrin de la petite chèvre » et « La genèse du lac Kivu ». A la fin lexique de mots en kinyarwanda permet de se plonger dans cette langue pour mieux comprendre la culture de ce pays.

Atiq Rahimi s’intéresse à la poétique et la rhétorique des langues. Il a quitté l’Afghanistan en 1984 pour fuir la guerre. Arrivé en France en tant que réfugié, il demande l’asile et reprend des études. Son rapport à la langue et à la littérature est très fort. Dans ce livre ses mots sonnent comme une poésie pour dire l’innommable. D’ailleurs vous pouvez retrouver sur France Culture un podcast dans les « Masterclasses » intitulé « Atiq Rahimi : Toute notre littérature est fondée sur la poésie, car c’est grâce à elle qu’on échappe à toute forme de censure ».

Il a reçu le prix Goncourt en 2008 pour son roman « Syngué sabour : pierre de patience ». Il est écrivain mais aussi cinéaste et photographe. Dans tous ses actes et paroles, il milite en faveur de la paix et de la tolérance.

Note : 5 sur 5.

« Igisekeramwanzi » : l’enfant qui sourit même à l’ennemi, pour désigner l’innocence.

A l’occasion d’un tournage :

« Ici,

je filme

l’Innommable

dans le rêve e le cauchemar des anges noirs aux ailes de cygne. »

Conversation avec un homme :

« Il faut nommer l’horreur,

nommer pour l’identifier,

l’identifier pour ne pas l’oublier,

ne pas l’oublier pour ne pas la répéter

ne pas la revivre… »

[…]

« Ici, le silence

n’est pas pour prier

mais pour chercher

à nommer les maux innommables. »

[…]

« Les survivants d’un génocide n’ont pas d’ombre.

Ils sont ombres.

Ombres errantes de leurs morts. »

[…]

« Un million

Torturés, coupés, découpés…

D’autres disent huit cent mille.

D’autres moins…

Plus…

… moins.

Qu’importe !

Tuer un seul être,

un seul,

au nom de sa naissance,

c’est un génocide.

Un seul. »

Du côté des indiens / Isabelle Carré

Isabelle Carré dans ce second roman nous offre plusieurs histoires, celles de Ziad, un petit garçon de 10 ans, ses parents Bertrand et Anne, ainsi que leur voisine du 5ème étage Muriel.

Au fur et à mesure que l’on avance dans le roman, les pièces du puzzle se mettent en place et on entre dans l’intimité, les secrets de chacun.

Ziad attend chaque soir que son père rentre, alors que l’ascenseur ne s’arrête pas à leur étage (2ème) mais à celui de Muriel, qu’il va retrouver.

Muriel vit seule. Elle a 34 ans, c’est une belle femme mais écorchée par un premier rôle au cinéma où elle n’a pas réussi à dire « non » au baiser du réalisateur et tout ce qui suivra. Elle va arrêter sa carrière d’actrice et devenir scripte.

Bertrand vit avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. A tout moment il peut avoir une rupture d’anévrisme. C’est pourquoi quand il rencontre Muriel, il décide de vivre cette passion avec elle. Il se sent vivant et heureux avec cette jeune femme. Ziad va mettre un terme à leur relation en allant voir Muriel.

Anne, la mère de Ziad, c’est une autre histoire que je vous laisse découvrir, mais sachez qu’elle boit de plus en plus. En tout cas ce personnage détonne totalement par rapport aux autres.

On plonge dans l’ambiance d’un plateau de tournage avec Muriel. Il y a de nombreuses références à des films, des répliques. Comme Ziad, on s’émerveille d’assister à cette journée de tournage.

Les personnages sont tourmentés, se posent beaucoup de questions car sont à des moments charnières de leur vie. Ziad sort de l’enfance et agit avec beaucoup de maturité, par rapport à ses parents qui s’enfoncent chacun dans leurs problèmes. Il y a une belle complicité qui naît entre Ziad et Muriel.

J’ai plus accroché au second roman d’Isabelle Carré qu’à son premier. L’écriture est fluide. J’ai passé un bon moment de lecture en compagnie de ses personnages. Mais l’histoire entre Ziad et Muriel aurait pu suffire à faire un roman. Peut-être était-ce un peu trop ambitieux de vouloir développer les 4 personnages. Un roman tout en sensibilité, à l’image de son auteure.

Au fur et à mesure que l’on avance dans le roman, les pièces du puzzle se mettent en place et on entre dans l’intimité, les secrets de chacun.

Ziad attend chaque soir que son père rentre, alors que l’ascenseur ne s’arrête pas à leur étage (2ème) mais à celui de Muriel, qu’il va retrouver.

Muriel vit seule. Elle a 34 ans, c’est une belle femme mais écorchée par un premier rôle au cinéma où elle n’a pas réussi à dire « non » au baiser du réalisateur et tout ce qui suivra. Elle va arrêter sa carrière d’actrice et devenir scripte.

Bertrand vit avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. A tout moment il peut avoir une rupture d’anévrisme. C’est pourquoi quand il rencontre Muriel, il décide de vivre cette passion avec elle. Il se sent vivant et heureux avec cette jeune femme. Ziad va mettre un terme à leur relation en allant voir Muriel.

Anne, la mère de Ziad, c’est une autre histoire que je vous laisse découvrir, mais sachez qu’elle boit de plus en plus. En tout cas ce personnage détonne totalement par rapport aux autres.

On plonge dans l’ambiance d’un plateau de tournage avec Muriel. Il y a de nombreuses références à des films, des répliques. Comme Ziad, on s’émerveille d’assister à cette journée de tournage.

Les personnages sont tourmentés, se posent beaucoup de questions car sont à des moments charnières de leur vie. Ziad sort de l’enfance et agit avec beaucoup de maturité, par rapport à ses parents qui s’enfoncent chacun dans leurs problèmes. Il y a une belle complicité qui naît entre Ziad et Muriel.

J’ai plus accroché au second roman d’Isabelle Carré qu’à son premier. L’écriture est fluide. J’ai passé un bon moment de lecture en compagnie de ses personnages. Mais l’histoire entre Ziad et Muriel aurait pu suffire à faire un roman. Peut-être était-ce un peu trop ambitieux de vouloir développer les 4 personnages. Un roman tout en sensibilité, à l’image de son auteure.

Note : 4.5 sur 5.

Liv Maria / Julia Kerninon

Liv Maria Christensen grandit sur une île bretonne avec sa famille. Ses parents sont un couple atypique : un père marin norvégien et une mère tenancière de café bretonne. Elle pousse comme une plante sauvage, en liberté.

A 17 ans, suite à un événement, ses parents l’envoi à Berlin chez sa tante. Elle suit des cours d’été et tombe amoureuse de son professeur, Fergus, un Irlandais plus âgé. Après l’été, quand il retourne chez lui, il lui donne une fausse adresse pour lui écrire.

Quand elle apprend la mort de ses parents dans un accident de voiture et décide de partir en Amérique du sud. Elle fuit. Toute sa vie, elle fuira. Elle vivra mille vies.

Elle finit par se poser au Chili et rencontre un homme marié qui deviendra son patron mais aussi son amant, le señor Carrar. Elle a une vie dépravée qui la mène à une chute au sens propre et au sens figuré. Elle sera paralysée quelques semaines. Elle se remet petit à petit mais boîte encore. « Elle était riche et blessée, elle avait vingt-neuf ans ».

Jusqu’au jour où elle rencontre dans une librairie un homme, Flynn, un Irlandais. C’est le coup de foudre. Ils se marient rapidement et décident de s’installer en Irlande, près de sa famille à lui. Ils vont avoir deux enfants et Liv Maria ouvrira une librairie. Tout paraît aller pour le mieux.

Mais en Irlande, le secret qui la ronge refait surface et ne la quitte plus, jusqu’à la tourmenter et l’obliger à prendre une décision radicale. Liv Maria restera toujours insaisissable pour son mari. Faut-il mentir pour rester libre ?

Un magnifique portrait de femme libre, avec de multiples rebondissements, parfois invraisemblables. Je ne l’ai pas lâché, l’écriture est agréable et l’histoire prenante. Un bon moment de lecture.

Note : 4 sur 5.