Le roman de Jim / Pierric Bailly

Dans ce roman, on fait des allers-retours entre la campagne du Jura et la ville de Lyon. Aymeric recroise la route de Florence alors qu’elle est enceinte de 6 mois et célibataire. Elle a 15 ans de plus que lui. À 25 ans, il est plutôt instable, préférant travailler en intérim que d’accepter un CDI, refusant de rentrer dans les cases dictées par la société. Contre toute attente, il reste avec Florence et est très présent lors de sa grossesse. Il assiste même à l’accouchement et aux premiers instants de la vie de Jim. Il élève Jim avec Florence, comme s’il était son père. Ils forment une famille heureuse et aimante. Et puis, le père biologique apparaît. Leur vie s’en trouve chamboulée et peu à peu un autre rôle va être attribué à Aymeric, celui de parrain. Il ne réagit pas trop. Il est d’un tempérament plutôt hésitant, restant dans l’attente et subissant ses non-choix. Ils se séparent d’un commun accord. Il voit alors beaucoup moins Jim. Florence met de la distance entre eux. Il en souffre regrette de ne plus voir autant Jim. Il lui manque. Aymeric manque aussi à Jim. La suite est faite de mensonges, d’absence, de fuite, de chagrin et même de dépression.

Une fois devenu adulte, Jim voudra connaître certaines parties de son passé. Les photos prises par Aymeric seront le point de départ de nombreuses discussions.

Voilà ce roman c’est le roman de Jim, son histoire du point de vue d’Aymeric. On ressent tout l’amour et la tendresse d’Aymeric pour Jim, mais aussi toute la détresse de ce rôle de père par intérim. Le sujet de la paternité est traité de façon très intéressante. Qu’est-ce qui fait qu’on est père ? Peut-on rester père quand le père biologique refait surface ? que reste-t-il de ces premières années ? comment trouver sa place ? Que faire quand les liens du cœur sont plus forts que ceux du sang ?

L’écriture est simple et directe. Le personnage livre ses pensées et donne accès à sa psychologie. Le ton est donc plutôt familier mais le style est clairement unique. Je retrouve la plume de Pierric Bailly avec plaisir. A la fois roman social et psychologique, l’auteur nous surprend jusqu’au bout. Le lecteur s’attachant aux personnages et voulant connaître la suite de leur histoire, impossible de lâcher le livre dans les derniers chapitres.

Note : 4.5 sur 5.

Incipit :

« Florence est partie de chez elle à dix-sept ans, sans aller au bout de son BEP optique-lunetterie au lycée Victor-Bérard de Morez, elle n’en avait rien à foutre des lunettes, elle s’ennuyait à l’internat et elle n’était proche de personne dans sa classe. Elle ne voyait presque plus ses parents, le week-end elle était toujours avec Martial et il leur arrivait de faire quelques centaines de bornes en camion pour aller voir un concert ou des potes en Ardèche ou dans les Alpes, mais la plupart du temps ils ne sortaient pas de chez lui et passaient leurs journées à fumer, à boire, à niquer – elle a toujours dit niquer, jamais baiser ni faire l’amour –, à regarder la télé aussi, à regarder des films, pas des émissions, des films en cassette sur la grande et profonde télé de Martial installée en face de son lit, dans cette grande cave isolée, sous-sol de la maison familiale, chambre sans fenêtre où les parents et le petit frère de Martial n’avaient pas le droit d’entrer. »

« J’ai sorti mon téléphone pour leur envoyer un SMS et il s’est mis à sonner avant même que j’aie commencé à écrire. C’était Florence. Et c’était Jim à l’autre bout. Alors je me suis mis à chialer comme un môme. Lui aussi chialait. J’essayais de le rassurer. Ne t’en fais pas, on va se revoir bientôt. D’accord, toi aussi ne t’en fais pas. Allez, je vais raccrocher. Mais je voulais juste te dire une chose, je voulais te dire que c’est toi mon papa. »

Seyvoz / Maylis de Kerangal et Joy Sorman

Voici un texte court (109 pages) et magnétique écrit à deux mains et deux stylos (noir et bleu) ! Dès que je vois un titre à paraître de Maylis de Kerangal, je le précommande ! Bref c’est une autrice chouchou.

Le personnage principal est Tomi Motz. Cet ingénieur est envoyé de Paris par l’entreprise Voltang, pour intervenir sur la centrale électrique de Seyvoz dans les Alpes.

A son arrivée, il doit contacter Brissogne, mais ce dernier ne répond pas. Il est absent et tout se met à dérailler. Une ambiance étrange s’installe et on sent Tomi angoissé, troublé. Son hôtel est complet mais il ne croise personne. Il y a une atmosphère fantastique dans les pages de ce livre.

Le texte en noir est l’histoire vue depuis Tomi de nos jours. Le texte en bleu est le passé, l’histoire de la construction du barrage. Pour construire cette centrale électrique, il a fallu engloutir le village de Seyvoz pour créer un lac artificiel. Autant vous dire que les villageois n’étaient pas du tout favorables et qu’ils ont été expropriés. Le roman raconte notamment les tombes déplacées, les cloches de l’église, la venue d’ouvriers espagnols, les hommes morts sur le chantier de construction et la transformation du paysage.

Le roman met magnifiquement en avant les grands espaces, la montagne. J’ai préféré la partie écrite en noir sur le passé du village de Seyvoz car elle est poignante. D’ailleurs j’aimerais bien savoir comment s’est écrit ce roman entre Maylis de Kerangal et Joy Sorman. Comment ont-elles fonctionné ? est-ce que chacune écrivait séparément ou en commun ? Je n’ai pas senti de différence de style d’un chapitre à l’autre.

L’histoire de ce village, Seyvoz, est basée sur celle de Tignes, dont le village a été englouti et un barrage a été construit en 1952. J’apprécie les romans qui se servent de faits réels et les emmènent dans un autre monde, celui de la littérature.

Note : 4 sur 5.

« J’ignore à quel moment ceux du village ont compris que c’était plié, à quel instant précis cette certitude s’est dressée, brûlante, alors qu’elle avait si longtemps rampé dans leur cerveau, honteuse, une couleuvre – jusque-là, ils avaient envisagé le barrage comme on passe un œil furtif dans le trou d’une serrure, redoutant ce qu’ils allaient voir, et chassé aussitôt l’image inconcevable à l’arrière de l’occiput, où elle pesait –, et je ne sais pas non plus comment elle est parvenue à miner leurs espoirs, à démanteler leurs dénis, comment elle a durci en travers de leur conscience, irréversible : mais le fait est qu’ils ont su que tout allait disparaître, qu’il ne resterait rien. »

« De fait, être de Seyvoz, c’est avoir eu l’oreille formée aux volées des trois sœurs de Notre-Dame-des-Neiges, reconnaissables entre toutes, à l’instar d’une voix humaine. »

« Le lac a toujours cette apparence de mélasse, d’un bleu mat, radioactif, il aimante le paysage, l’engloutit dans son épaisseur liquide. Son trouble s’accentue, une inquiétude grandit, sans objet pourtant, si ce n’est la vision de cette eau dense, lourde, malaisante, une eau qui ne lui dit rien qui vaille. La voiture passe maintenant sous un paravalanche, longe des parois rocheuses menaçantes, parfaitement verticales, la route s’étrécit, monte et sinue, il faudrait sans doute redescendre vers la vallée mais le mouvement ascendant est irrésistible, Tomi accélère dans les virages, atteint un plateau qui offre une vue évasée sur le mur et le lac : le barrage de Seyvoz. »

« Le mur qui se dresse maintenant devant Tomi lui inspire ce même sentiment d’invulnérabilité et cette même folie – Seyvoz, un mur de fiction qui retient un lac d’artifice. »

Le duel des grands-mères / Diadié Dembélé

Nous sommes à Bamako au Mali. Hamet a 11 ans. C’est un garçon un peu rebelle qui sèche l’école. Sa mère décide de l’envoyer chez sa grand-mère, Mama Hata, à la campagne, loin de tout. Sa grand-mère l’appelle « mon petit mari ».

Une vie bien différente l’attend loin de la capitale et il fait la connaissance par hasard de son autre grand-mère, Mama Cissé. Débute alors un duel de grands-mères, comme l’indique le titre.

« Le garçon appartient à son père, il n’est chez lui que chez son père. »

Il s’agit d’un roman d’apprentissage puisque Hamet lors de ce séjour va comprendre un certain nombre de choses, notamment sur sa famille.

Le roman comporte de nombreuses expressions qui ne sont pas traduites mais ne gênent en rien la lecture. J’aimerais tout de même savoir ce que signifient « Walaye bilaye ! » et « Saziké ! » qui reviennent souvent dans le texte.

Il est question de la condition des femmes en Afrique. On en apprend également beaucoup que les traditions au Mali.

J’ai beaucoup aimé le rapport à langue, notamment lorsque Hamet dit que sa langue de cœur est le bambara et qu’il ne peut exprimer ses émotions qu’avec cette langue et non en soninké.

Ce premier roman a un certain charme ou plutôt une poésie. En plus il est drôle. Une lecture bien agréable. Merci à Diadié Dembélé pour ce voyage au Mali.

Note : 4 sur 5.

Incipit
« A la maison tout le monde parle le songhay, peul, bambara, soninké, senoufo, dogon, mandinka, tamasheq, hassanya, wolof, bwa. Mais, à l’école, personne n’a le choix : il faut parler français. »

« Il dit que je dois apprendre le français, les mathématiques et la physique-chimie pour devenir comme les voisins fonctionnaires. Parce que lui, il n’a pas eu cette chance ; parce que lui, c’est un yigo andaga en France, un ouvrier tête noire qui casse les murs des toubabous en France et nettoie leurs immondices ; parce que lui, c’est un débrouillé-écrit-parlé qui sait simplement griffonner son nom et son prénom ; parce que lui, c’est un toi-dis-moi-dis lorsqu’il s’exprime en français ; parce que lui, c’est un direct-cash-cash qui n’a pas la langue de bois. Tout ça à cause de son père, mon grand-père. Ce type, au crâne chauve et aux dents jaunies par la noix de cola, venant d’un autre siècle, qui n’a pas voulu que son enfant aille à l’école des Blancs. »

« Elle me tape le bras pour me signifier que je suis trop grand pour les cadeaux du marché. « C’est pour les enfants ! », me dit-elle, comme si j’étais tout d’un coup devenu vieux comme Lionel Jospin. »

« Ici personne ne comprend ce qui se passe dans la tête. Je suis sûr qu’ils sont en train de se demander si je ne suis pas malade, à parler tout seul en bambara. Ils ne comprennent pas, ils ne savent pas ce que ça fait de n’avoir personne à qui parler dans la langue qui nous amuse, qui nous distrait, qui est la langue de nos meilleures amitiés et la langue de nos meilleurs souvenirs. Ils pensent que le soninké suffit comme langue pour tout faire et tout dire, puis se sentir bien en disant cela. Mais je ne peux pas parler de mon intérieur en soninké et me sentir bien après. Le bambara est la langue de mon cœur. »

« Son cœur se serra. Elle, fille de régnants, née et bercée dans l’or et l’argent, devenue cette chercheuse de travail à cause du ciel bleu triste. Elle partit se réfugier au bord du fleuve pour se lamenter : « Mon matin est arrivé dans une noix de cola, qui est allée à la dent de mes parents, et dont le jus a arrosé le vieux bois. Vous l’avez vu ! Me voilà, esclave de mon mariage, femme esclave de son mariage. Mon matin est arrivé clair comme le lait, grand comme le ciel, et serein comme un pèlerin. Maudissez ce matin, qui m’a faite esclave du mariage. Toi, l’imprudent, sache le destin. Pourquoi ? Pourquoi jeter les cauris au fou ? Ce ne sont que des cailloux ! Son destin ne se trouve pas entre vos mains. » »

« Saziké, j’ai assez parlé pour aujourd’hui. Mon sac à paroles est vide. Je suis fatigué ! Je me tais ! »

Le plus beau lundi de ma vie tomba un mardi / Camille Andrea

J’avais adoré le précédent roman de Camille Andrea, « Le sourire contagieux des croissants au beurre », je me réjouissais donc de lire ce nouveau roman feelgood.

Nous sommes toujours aux États-Unis mais c’est la rencontre inattendue de deux personnes qui est au centre de ce roman. Celle de Noah, 10 ans, garçon métis, à la recherche de signatures pour sa future candidature à la présidence du pays, et Jacob, un vieux Juif, perdant la mémoire et cherchant de la compagnie pour combler ses longues journées de solitude.

L’histoire est racontée avec espièglerie et bonne humeur. Les personnages sont attachants et on sourit souvent. Puis le roman prend une tournure plus sérieuse. On se rend compte que Jacob n’est pas celui qu’il prétend être. Il a d’ailleurs consigné sa vie dans des cahiers pour ne pas oublier ce qu’il a fait par le passé lors de la Seconde Guerre mondiale. Mais je ne vous en dis pas plus pour ne pas divulgâcher.

En tout cas ils partagent quelques après-midis autour d’un donut au chocolat. Leurs conversations abordent des thèmes sociétaux comme le racisme. Tout n’est pas noir ou blanc, mais bien plus compliqué qu’on ne le pense. A la manière d’un conte philosophique, ce roman nous fait réfléchir et nous encourage à davantage de tolérance.

Un roman très humain, plutôt émouvant, que j’ai cependant trouvé moins bien construit et fouillé que le précédent mais très agréable à lire. On ne sait toujours pas qui se cache derrière le pseudonyme de Camille Andrea mais c’est un plaisir de retrouver sa plume ! Une lecture tout à fait adaptée et conseillée pour la période estivale à venir !

Merci à Babelio et Plon pour cette lecture

Note : 4 sur 5.

Incipit :

« Je n’ai jamais bien compris pourquoi les gens n’aiment pas les lundis. Je n’ai jamais aimé les jugements gratuits non plus, faits à l’emporte-pièce. Les préjugés. On dit qu’il y a des jours qui valent moins que les autres, puis on dit qu’il y a des sous-hommes, des sous-races. On vilipende le lundi, et puis on finit par vilipender les gens. Qu’ont de moins les lundis, je vous le demande ? Molière disait, dans la bouche de son Dom Juan, que les débuts ont des charmes inexprimables. Or, le lundi est le début de la semaine. C’est le moment où tout est encore possible, où tout reste à faire. La jeunesse de la semaine, dirais-je si j’étais poète. Et la jeunesse, Dieu ce qu’on la regrette quand on arrive à l’hiver de notre vie, vous verrez ça, et bien plus tôt que vous ne le pensez. Lorsqu’il n’y a plus rien à regarder devant, qu’il ne nous reste plus qu’à regarder au-dessus de notre épaule, tous ces souvenirs, ces regrets laissés derrière. Quand on est au lundi de notre vie, tout est à venir. Au lundi de notre vie, tiens, voilà que je continue à faire de la poésie. »

« – Eh bien, c’est un peu la même chose. Catholique, juif. On croit en quelque chose. Et ça nous rend meilleur, enfin, je pense. Si tu veux être président de tous les Américains, tu devrais t’intéresser à toutes les communautés qui forment notre pays. Les musulmans, les bouddhistes, et tout ça.

– Je m’informerai auprès de mon conseiller.

– Tu as un conseiller ?

– Oui, un conseiller en douze volumes, cela s’appelle une encyclopédie.

Ils éclatèrent de rire et Noah mordit dans le donut avec vigueur. Si son père l’avait vu, assis là, dans cette salle à manger, à bavarder avec un vieux, un juif, il lui aurait passé un savon. Dans sa famille, il y avait quelques règles auxquelles personne (c’est-à-dire lui) ne pouvait déroger sous peine d’être privé de Nintendo pour une semaine. Depuis longtemps, Noah faisait croire à son père qu’il adorait les jeux vidéo afin que celui-ci continue de le menacer de l’en priver. Tant qu’il le privait de Nintendo en croyant que cela l’affectait, il ne le privait pas d’autres choses plus vitales pour lui, à savoir les livres, les journaux, les sorties, et la glace au chocolat et aux noisettes. Et être assis là, dans cette salle à manger, à bavarder avec un vieux, bafouait au moins deux règles les plus importantes que son père avait toujours pris soin de lui inculquer : ne jamais parler aux inconnus et ne rien accepter d’eux. »

« Il était arrivé comme un petit homme, il repartait comme un enfant. »

« Le lendemain, Jacob se surprit à dessiner des poissons multicolores sur sa bouteille d’oxygène. La fantaisie, cette chose qui débordait des conventions comme un poulpe hors d’une bassine, venait d’entrer par effraction dans sa vie. Noah avait la joie de vivre contagieuse. »

« Chaque mercredi, le vieux reprenait vie. »

« L’enfant ne tarda pas à revenir. Comme il l’avait promis. Un homme politique qui tenait ses promesses. En voilà une nouveauté ! »

« – J’étais même en train de me dire que le jour où tu as sonné à ma porte, c’est peut-être le plus beau jour de ma vie.

– C’est gentil, dit Noah, mais je ne pense pas. Vous avez dû en avoir plein, des plus beaux jours de votre vie. J’imagine que le plus beau, c’est quand vous avez rencontré Hannah.

Jacob leva les yeux au ciel, réfléchit un instant.

– C’est vrai, tu as raison. Alors proclamons que c’était le plus beau lundi de ma vie. Ce lundi-là sera toujours à toi, mon garçon.

L’enfant eu l’air embarrassé.

– Jacob, nous nous sommes rencontrés un mardi.

Le vieux ouvrit les yeux en grand, sourit, se tapa le front du plat de la main.

– Mardi ? Alors disons que le plus beau lundi de ma vie tomba un mardi !

Il éclata de rire. Noah l’accompagna mais, au fond de lui, il trouvait cela bien triste. Parce que le vieux l’oublierait bientôt comme il oubliait aujourd’hui les jours. »

Lettres perdues / Jim Bishop

Iode, un garçon attend une lettre de sa mère avec impatience. Aviatrice, elle est partie il y a longtemps et lui a promis de lui envoyer l’adresse où la rejoindre. Depuis il désespère et interroge le facteur tous les jours.

Il faut préciser que dans ce monde les humains et les poissons vivent ensemble. Certains poissons usant d’une technologie pour se mouvoir comme les humains sur terre.

Iode vit au bord de l’eau dans une petite cabane sur pilotis. Il est toujours accompagné d’un oiseau, un pélican, qui répond « oui » à toutes ses questions.

Un jour Iode n’en peut plus d’attendre et décide de partir au bureau de poste en ville. Il part à bord de sa petite voiture verte et sur la route il rencontre une jeune femme, Frangine. Il s’arrête pour faire monter l’autostoppeuse et son étrange mallette. Et puis rien ne va se passer comme prévu… surtout quand l’incompétence d’un policier s’y mêle. Plongez dans une aventure pleine de rebondissements, avec des mafieux et des agents secrets !

Jim Bishop nous offre un bel univers coloré et loufoque. Quelle inventivité ! J’ai adoré le passage avec les poisson-clowns, très drôle. Les dessins et les couleurs sont magnifiques. Cette BD est pleine d’onirisme. Elle rappelle celles de Miyazaki. Et sans vouloir trop en dévoiler sur le thème, j’ai été très émue par l’histoire.

Bref, un Prix BD Lecteurs.com amplement mérité ! Bravo à Jim Bishop.

Note : 5 sur 5.

Faire corps / Charlotte Pons

Sandra, 40 ans, vit à Paris. Elle travaille en freelance pour un magazine. Elle vit sans trop se poser de questions sur l’avenir. Elle va d’homme en homme selon son désir. Une chose est sûre, elle ne veut pas d’enfant. Elle garde une terrible douleur en elle de la mort de son petit frère quand elle avait 10 ans et de la dépression dans laquelle sa mère est tombée par la suite.

Son meilleur ami s’appelle Romain. Il est marié à Marc. Cela fait des années qu’ils essaient d’avoir un enfant par le biais d’une GPA (gestion pour autrui) aux États-Unis. Leur parcours est difficile et très incertain. Romain se décourage. Il aimerait tellement devenir père. Alors un jour il demande à Sandra si elle voudrait être la mère porteuse de son enfant. Elle finit par accepter, un contrat est signé entre eux et elle touchera une rémunération chaque mois.

Je crois n’avoir pas encore lu de livre sur ce sujet fort intéressant, en plus traité du point de vue de la mère porteuse. Elle nous livre le flux de ses pensées. Elle fait face à des sentiments contradictoires. Elle pense qu’elle ne s’attachera pas à cet enfant qu’elle porte. Elle n’est qu’un « réceptacle », une femme enceinte mais surtout pas une mère. Tout cela évoluera au fil de la grossesse et elle finira par se poser les questions qu’elle avait évacuées au départ : Qui sera-t-elle pour cet enfant ? Faudra-t-elle qu’elle déménage et cesse de voir son ami ? Faudra-t-il rendre des comptes plus tard à l’enfant ? Est-elle en train de s’attacher ?

Peu à peu son corps change, les hormones s’activent, elle cogite et ce courrier administratif lui indiquant qu’elle va bientôt être mère la chamboule. On vit toute l’évolution psychologique du personnage, comme si elle se confessait. L’autrice sème des indices sur le dénouement de l’histoire mais la fin est inattendue. Un roman très fort découvert grâce aux 68 premières fois.

Note : 4 sur 5.

Incipit :

« Neuf mois et puis s’en vont. C’est ce que je m’étais dit : neuf mois et puis s’en vont. Sans conséquence aucune, si ce n’est le ventre qui fronce et la poitrine un peu plus affaissée – enfin, c’était inéluctable, de toute façon j’y étais déjà, au moins aurais-je connu un bonnet E. 

Neuf mois et puis s’en vont. J’avais fini par y croire et la missive me cueille à la manière d’un uppercut. 

« Dans cinq mois, vous allez être maman. » 

Je titube, cherche une chaise à tâtons. 

Je suis enceinte, je ne vais pas devenir mère. Je fais un enfant, je ne vais pas en avoir un ni ne l’attends ou alors seulement pour en être délivrée. Dans cinq mois, je vais accoucher, pas devenir maman. »

« Jusque-là les quelques relations sérieuses que j’avais pu avoir s’étaient toutes heurtées à l’écueil de l’enfant. Je ne voulais pas d’enfant. A partir d’un certain âge, plus vite que je ne l’aurais cru, les hommes qui auraient pu compter avaient pris la fuite à cause de ça. Non pas qu’il en ait alors été question ni même qu’ils en aient désiré vraiment – « Pas forcément, pas maintenant en tout cas » –, mais le fait que moi je n’en désire pas paraissait suspect, voire monstrueux. Contre nature. Une insulte à leur ego et à leur appréhension du monde. Alors les mêmes qui auraient pris leurs jambes à leur cou si j’avais été demandeuse fuyaient justement parce que je ne l’étais pas et assurais que je ne le serais jamais. »

« J’avais grandi avec la conscience que les enfants peuvent mourir, les mères leur survivre et en devenir dingues et j’en avais tiré la seule conclusion qui s’imposait : je ne serais pas mère. »

« Romain ne savait pas plus que moi comment s’y prendre pour vivre, mais au moins s’y employait-il de toutes ses forces. »

« Ce jour-là, quelque chose change. Les pulsations – si vives, si confiantes (c’est absurde, voyons) – me donnent une tout autre idée de l’ampleur de ce que nous avons enclenché. Quelque chose s’est mis en branle, et j’ai beau ne pas en être la dépositaire, seulement un viatique, je n’en suis pas moins partie prenante. Et peut-être un jour me faudra-t-il rendre des comptes. »

« – ça aussi, oui. Non, mais j’ai surtout peur qu’il ne nous arrive un malheur et de laisser un orphelin.

Je tique. L’impression d’entendre ma mère Avant l’accident, avant de tomber en dépression, elle était une femme joyeuse mais d’une joie teintée de mélancolie, de l’intuition particulièrement aigüe de la fragilité de toute chose. C’est la maternité, répétait-elle à qui voulait l’entendre – et qu’importait que ses enfants soient dans les parages –, c’est la maternité qui m’a fichu le bourdon et rendue craintive. […]

Oui, toute aimante et joyeuse qu’elle avait été avant l’accident, déjà ma mère me transmettait l’idée que la maternité était synonyme de peur et de repli sur soi plutôt que de dépassement. Ça avait été de pire en pire, jusqu’à ce que son cœur cesse de battre. »

« Je rapporte le tout chez moi et tasse l’ensemble dans un placard. Que je ferme à clef. Si seulement je pouvais faire de même avec mes pensées. »

« Mais quand la mère, elle, ne peut pas prétendre occuper sa place, que fait-on ? Hein ? Il faudrait peut-être songer à réécrire tous les manuels à l’aune des nouveaux modèles familiaux. J’ai bien fait de mettre ces livres à la poubelle, bullshit. Qu’aurais-je pu y trouver de toute façon ? Qu’aurais-je pu y trouver qui me concerne ? Note pour plus tard : regarder sur le Net s’il existe des manuels rédigés par des mères porteuses »

La lauréate du Prix Orange du Livre 2022 est…

ma chouchou ! D’où ma joie de voir le roman de Laurine Roux et les éditions du Sonneur mis en avant.

En tant que jurée, j’ai pu assister à la remise du prix Orange pour le roman ainsi que la BD. Cette soirée à Paris restera gravée dans ma mémoire. J’en ai profité pour y aller en famille et prolonger le séjour. Donc me voici de retour de Paris avec plein de souvenirs et en plus de la dédicace de Laurine Roux, j’ai reçu la BD de Jim Bishop que j’ai déjà lue et adorée. Je vous en parle très bientôt.

Retour sur la soirée de remise du prix

Jeudi soir, direction la Maison des polytechniciens ou l’hôtel de Poulpry dans le 7ème arrondissement, pour retrouver les membres des 2 jurys, les lauréats, des auteurs, des éditeurs, des blogueurs, des journalistes, etc. Le cadre est magnifique, l’ambiance est joyeuse et festive. Quel plaisir de retrouver mes collègues jurés-lecteurs mais aussi les anciens jurés. Nous avons d’ailleurs pu faire des photos avec un photographe présent et repartir avec les photos.

Après le discours d’Elizabeth Tchoungui et de Jean-Christophe Rufin, quelques jurés prennent la parole pour présenter le roman de chacun des finalistes. J’avais dit oui pour présenter celui de Laurine Roux, me voilà donc sur l’estrade, devant beaucoup de monde mais surtout j’avais en face de moi l’autrice et toute l’équipe des éditions du Sonneur. J’espère que mes mots ont bien reflété son roman. J’espère n’avoir pas oublié de mentionner un élément important du roman, une intention de l’autrice.

Et puis vient le tour de Catel et des jurés BD de présenter les 6 BD finalistes. J’ai d’ailleurs très envie de toutes les lire ! On ressent l’enthousiasme du jury BD et une très bonne ambiance de groupe, comme dans notre jury du roman.

L’annonce des résultats arrive enfin. La joie et l’émotion sont palpables. Laurine Roux a remercié beaucoup de personnes notamment sa famille qui lui permet de trouver du temps pour écrire, ses éditeurs, etc. Jim Bishop très ému n’avait pas préparé de discours. Nous avons vu deux auteurs, avec énormément d’humilité, monter sur l’estrade pour recevoir leur prix.

Le reste de la soirée, entre petits fours et champagne, m’a permis de discuter avec les uns et les autres. De mettre des visages sur des noms de blogueurs ou l’inverse ! D’échanger bien sûr avec Laurine Roux, qui est charmante.

Toute l’équipe de la Fondation Orange a été aux petits soins pour nous. Ce fut un plaisir de discuter avec le président du jury, les auteurs et les libraires. Cette aventure a été un vrai bonheur. J’ai gagné de nombreux amis passionnés littéraires que j’espère revoir. Je me réjouis d’intégrer la famille des anciens jurés. Et je vous recommande fortement de tenter votre chance l’année prochaine, n’hésitez pas à vous inscrire pour devenir juré(e) du Prix Orange du Livre 2023 !

Le 15 juin sera dévoilé le prix Orange du livre Afrique. A cette occasion je vous ferai gagner les livres des 3 lauréats 2022 grâce à la Fondation Orange et Lecteurs.com. Encore un grand merci à eux.

Pour en savoir plus

https://www.lecteurs.com/article/laurine-roux-laureate-du-14e-prix-orange-du-livre-pour-son-roman-lautre-moitie-du-monde/2444303

Pour lire ma chronique et savoir tout le bien que je pense de ce roman, cliquez sur le titre :
L’autre moitié du monde / Laurine Roux (Les éditions du Sonneur)

Les éditions du Sonneur : https://www.editionsdusonneur.com/

Le prix BD est attribué à Jim Bishop pour « Lettres perdues » (Glénat). Chronique à venir très prochainement.
https://www.lecteurs.com/article/jim-bishop-remporte-la-3e-edition-du-prix-bd-lecteurscom-pour-lettres-perdues/2444302

https://www.lecteurs.com/prix-bd-cnl

https://www.lecteurs.com/article/prix-orange-du-livre-2022-qui-sont-les-auteurs-et-libraires-membres-du-jury/2444236

https://www.lecteurs.com/article/prix-orange-du-livre-2022-les-lecteurs-membres-du-jury/2444230

https://www.lecteurs.com/article/les-20-romans-en-lice-pour-le-prix-orange-du-livre-2022/2444260

Retrouvez toutes mes chroniques depuis le début du jury avec le tag « Jury Prix Orange du Livre 2022 » :
https://joellebooks.fr/tag/jury-prix-orange-du-livre-2022/

La nuit recomposée / Jocelyn Lagarrigue

Ce roman est l’histoire d’un homme, Antoine. Il est comédien, il a 41 ans et se réveille à l’hôpital après un coma.

Il essaye de revenir à la vie, de reprendre le dessus mais quand Jack, le metteur en scène, lui annonce que le premier rôle ne sera pas pour lui, il chancelle.

Il rencontre une jeune comédienne, Alexia, dont il tombe amoureux. Il part alors de son foyer pour vivre une passion destructrice pour l’un comme pour l’autre.

On dit qu’il faut parfois toucher le fond pour ensuite remonter. On assiste à la chute de cet homme et à sa lente plongée dans la folie.

Je ne connais pas le monde du théâtre. Ce roman m’a permis d’assister aux répétitions telle une petite souris et d’entrevoir cet univers artistique.

J’ai lu ce livre dans le cadre de la sélection du Prix Orange du Livre et il ne m’a pas touchée. Je l’ai trouvé plutôt confus, mais le personnage l’est lui-même. Habituellement je mets des petits post-it pour relever les passages que j’ai aimés et les partager sur le blog. Pour celui-ci je n’en ai mis aucun. Bref je suis passée à côté de ce livre.

Note : 2.5 sur 5.

Prologue

« Je suis allongé sur un banc de sable par trente mètres de fond. Mon corps subit une pression hydrostatique importante, un massage puissant de tous les muscles ; mes poumons ont la taille de deux oranges sanguines, mon squelette est sous le joug du courant, un mouvement incessant, un rouleau à pâtisserie. Le sel qui devient concret. Avant je disais la mer est salée sans savoir de quoi il retournait. Ce matin, c’est différent, le sel existe – Dieu aussi, et il exerce sa pression sur tous les pores de ma peau. »

Et à la fin, ils meurent / Lou Lubie

La sale vérité sur les contes de fées

Impressionnante BD qui vulgarise l’histoire des contes avec beaucoup d’humour. Vous saurez la vérité sur le contes, car ils n’étaient pas destinés aux enfants au départ. Certaines histoires sont sanglantes, cruelles voire gores ! Les versions d’origines peuvent donc être violentes mais aussi sexistes ou racistes. Oubliez la version édulcorée de Walt Disney et de ses princesses héroïnes stéréotypées !

Les planches sont colorées avec le même camaïeu d’orange, de brun et de gris. C’est doux à regarder et du coup le côté sanglant ne ressort pas ! La tranche est joliment dorée. Ça pourrait faire un cadeau sympa, enfin si vous connaissez bien la personne à qui vous l’offrez !

Bref cette BD vous en apprendra beaucoup tout en vous faisant rire.

Note : 4.5 sur 5.

Prix Orange du Livre 2022 : votez !

En ce #MardiConseil ce n’est pas 1 mais 5 livres que je vous recommande de lire !

Lecteurs.com et Un endroit où aller proposent une rencontre ce soir avec les 5 finalistes du Prix Orange du Livre. Rendez-vous à 19h sur la page Facebook Un endroit où aller avec Karine Papillaud et Nathalie Couderc aux manettes.

L’occasion de découvrir les 5 finalistes et leur roman en 1 heure ! Si vous n’avez pas encore voté pour votre livre favori, peut-être que cette rencontre vous permettra de vous décider !

En tout cas moi je serai connectée pour suivre cette rencontre littéraire ! Je me réjouis d’entendre les autrices et auteurs parler de leur roman. Ma préférence et donc mon vote va à « L’autre moitié du monde » de Laurine Roux.

Rappel des 5 romans finalistes

(par ordre alphabétique d’auteur)

A vous de voter jusqu’au 02 juin 2022 (date avancée) !
https://www.lecteurs.com/article/les-cinq-romans-finalistes-du-prix-orange-du-livre-2022-sont-reveles/2444290

Retrouvez toutes mes chroniques depuis le début du jury avec le tag « Jury Prix Orange du Livre 2022 » :
https://joellebooks.fr/tag/jury-prix-orange-du-livre-2022/

Pour en savoir plus

https://www.lecteurs.com/article/prix-orange-du-livre-2022-qui-sont-les-auteurs-et-libraires-membres-du-jury/2444236

https://www.lecteurs.com/article/prix-orange-du-livre-2022-les-lecteurs-membres-du-jury/2444230

https://www.lecteurs.com/article/les-20-romans-en-lice-pour-le-prix-orange-du-livre-2022/2444260