Je ne suis pas une grande liseuse de SF mais il m’arrive d’en lire de temps en temps. Celui-ci est très prenant ! Il alterne les lettres entre deux agents de camps ennemis : Bleu et Rouge.
Peu à peu un lien interdit se tisse entre elles. Bravant le danger, elles redoublent d’imagination pour faire parvenir une « lettre ». Celle-ci peut prendre différentes formes et être cachée dans des endroits insolites (dans un phoque par exemple) afin que leurs supérieurs ne découvrent pas leur secret. Elles échangent aussi sur les livres et la littérature. Leur correspondance est truffée d’humour, chacune cherchant à gagner la confiance de l’autre. Une belle histoire d’amour !
J’ai aimé être propulsée dans un autre monde, tentant d’y trouver des repères, de comprendre comment celui-ci fonctionne. Il est question de brins et d’une tresse. Bleu et Rouge agissent dans le passé pour changer le futur. Retarder une éruption volcanique par exemple pour permettre à un chercheur d’être sauvé et d’inventer un concept qui changera le monde. Voilà ce que font ces soldats aux technologies avancées, faire gagner leur camp en modifiant parfois d’infimes choses dans le temps.
Un roman écrit à quatre mains qui diffusera de la poésie, de l’amour, de l’humanité à ses lecteurs. L’écriture est belle. Le propos est intelligent, bref un roman à lire assurément !
Et cette couverture est juste magnifique ! Elle est signée Kévin Deneufchatel. Ce roman a reçu le Prix Hugo, Locus et Nebula 2020. Il est traduit de l’anglais par Julien Bétan
Merci à Mu pour l’envoi de ce livre.
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 4.5 sur 5.
Je voulais te dire : » Les mots blessent, mais les métaphores les relient, comme des ponts, et les mots sont comme des pierres qui servent à construire des ponts, douloureusement arrachés à la terre, mais créant quelque chose de neuf, une chose partagée, une chose qui est davantage qu’un unique Changement. »
Incipit :
« Quand Rouge gagne, il ne reste qu’elle. Le sang nappe ses cheveux. Elle exhale de la vapeur dans la dernière nuit de ce monde mourant.
C’était amusant, songe-t-elle, mais cette pensée la gêne aux entournures. C’était propre, au moins. Remonter les fils du temps vers le passé pour s’assurer que personne ne survivrait à cette bataille et ne contrarierait les futurs prévus par son Agence – des futurs dans lesquels l’Agence règne, dans lesquels Rouge elle-même est possible. Elle est venue nouer ce brin d’histoire et le brûler jusqu’à ce qu’il fonde. »
Yvonne, 80 ans, se résigne à abandonner sa maison pour aller en maison de retraite. Une nouvelle vie, totalement différente où elle a du mal à s’adapter.
Elle attend les visites de sa famille avec impatience, surtout celle de son petit-fils, mais quand on lui pose un lapin, c’est le coup fatal, elle déprime.
Parfois elle s’évade dans sa tête et on part avec elle dans ses rêves, délires, cauchemars.
Mais qu’est-ce qu’on a envie de serrer Yvonne dans nos bras et de s’installer pour discuter avec elle.
Un peu rebelle, elle va entraîner ses camarades d’EHPAD consentants dans des interdits : fête alcoolisée dans sa chambre, fugue…Un peu de joie et de rires retrouvés le temps d’une escapade, loin de la mort qui rôde autour d’eux. Car Yvonne sent bien que sa mémoire commence à lui faire défaut et ça lui fait peur. Pas facile de vieillir et de se voir vieillir, sans parler de la façon dont sont traités les personnes âgées par la société.
Comment se sentir encore libre et tenter de rester encore « jeune » ? Peut-être trouvera-t-elle la solution dans les bras de P.F… Un autre sujet tabou, l’amour chez les vieux et plus particulièrement en maison de retraite. La BD n’élude pas la question du corps et montre celui d’Yvonne, 80 ans, avec ses rides, ses formes, tel qu’il est.
Une BD intéressante et émouvante, des sujets tabous traités avec humour, bref je vous recommande sa lecture !
Dans ce roman on suit Katmé, d’abord enfant enterrant sa mère, puis devenue femme. Elle a épousé Tashun, préfet de Yaoundé avec qui elle a eu deux filles, des jumelles. Elle vit dans une maison avec du personnel, distribue de l’argent à tous ceux qui viennent frapper à sa porte. Son meilleur ami, Samy, est comme un frère. Ils se connaissent depuis le lycée. Il est artiste et Katmé finance son atelier afin qu’il puisse vivre de sa passion.
Un jour Katmé reçoit un courrier lui indiquant qu’elle doit déplacer la tombe de sa mère qui se trouve sur le tracé de la nouvelle autoroute en construction. Son mari prend les choses en main et prépare le nouvel enterrement avec faste. Il y voit le moyen de gagner de nouveaux électeurs et une nouvelle province pour son parti. Tout est magouille et pot de vins. Les ambitions de son mari passeront en premier, laissant Samy en prison accusé d’être homosexuel. Katmé ouvre les yeux sur sa vie et ne veut plus vivre comme son mari le décide. Elle va devoir faire des choix importants. Je vous laisse découvrir la suite de ce roman passionnant qui permet de s’immerger dans une culture et un pays. Il pose beaucoup de questions. C’est aussi un magnifique portrait de femme. Bref j’ai beaucoup aimé ce roman et j’aurais voulu rester encore un peu avec Katmé, découvrir davantage de sa vie après son choix. Un premier roman dont je suivrai avec plaisir les prochains ouvrages de cette autrice franco-camerounaise. « Les aquatiques » sortira le 19 août 2021.
Merci à Netgalley et aux Escales pour cette lecture.
⭐⭐⭐⭐
Note : 4 sur 5.
« On a enterré Madeleine, la première fois, il y a 20 ans. Quelque part, au milieu de nulle part. Un enterrement bâclé, à la hâte, un peu à l’image de ce que fut sa vie. Elle avait vécu avec faste et était morte à 39 ans, pauvre comme Job. »
« Ce samedi matin-là, avant midi, dès que sa mère fut ensevelie, Katmé décida d’ensevelir le souvenir de sa mère. Elle avait 13 ans. »
Mais quel bonheur de voir Susie Morgenstern ! Que ce soit en vrai ou en visio, elle apporte toujours avec elle sa bonne humeur, son humour et son merveilleux accent américain.
J’ai eu la chance de la rencontrer il y a quelques années au salon du livre de Colmar lors d’une dédicace.
Si vous ne la connaissez pas, c’est une grande autrice de littérature jeunesse. J’ai notamment lu : « La sixième », « Joker », « Lettres d’amour de 0 à 10 ».
Elle est née en 1945 aux Etats-Unis. Et aujourd’hui elle publie une autobiographie aux éditions de L’Iconoclaste. Il s’agit d’une commande de la maison d’édition. Au départ elle avait une liste de 28 exils. Trop d’exils au goût de son éditeur qui lui a demandé de réduire pour une meilleure lisibilité. Elle nous offre donc 18 exils. Un exil pouvant être quelque chose de positif.
Elle a d’abord écrit une phrase, puis un paragraphe puis une page et finalement plusieurs pages pour chaque exil.
Elle y parle de sa famille, son enfance, son mari, de l’école, de la maternité, du cancer, de sa vie de femme, du désir, de l’amour, de la mort. Le changement demande de la souplesse. Vous trouverez également quelques photos en noir et blanc au début du livre. On avance au fur et à mesure dans sa vie, qu’elle autoanalyse avec le recul et la sagesse des ans.
Ses enfants disaient d’elle qu’elle était une mère bizarre. Un peu paumée, elle n’avait pas les codes pour s’intégrer. Elle est une immigrée, une exilée. Elle vit en France et est Française depuis de nombreuses années mais elle a toujours son accent. Or avoir un accent en France est synonyme d’étranger. Alors qu’aux Etats-Unis les accents sont acceptés.
Susie Morgenstern est une « boulimique de l’écriture ». Elle écrit ses romans en français mais son journal intime en anglais.
Avec sa malice et son humour, on a l’impression de lire un roman. Il faut dire que tous ses romans ont une part autobiographique. D’ailleurs sa fille lui a reproché d’utiliser sa vie pour écrire ses romans, notamment pour « La sixième ». Mais Susie Morgenstern ne sait pas faire autrement, elle est toujours honnête. Elle aime la transparence, « pourquoi écrire si c’est pour mentir ? » Il faut qu’elle croit à ce qu’elle dit. Elle n’a pas de secret.
Chaque livre de l’autrice est différent et chacun à son anecdote.
Elle nous a annoncé lors du VLEEL (Varions les Editions En Live), la suite de « Joker » pour septembre ! En voilà une bonne nouvelle, avec ma fille nous allons pouvoir poursuivre les aventures de cet instituteur pas comme les autres. Et toujours accompagné des illustrations de Serge Bloch. La couverture de « Mes 18 exils » est d’ailleurs signée Bloch. Elle est pétillante, à l’image de la femme qu’est Susie.
Elle nous a également donné un conseil de lecture que je vous partage en cette période propice à la lecture : « 226 bébés » de Flore Vesco.
Elle regrette le manque de visibilité et de reconnaissance pour les auteurs jeunesse et je suis bien d’accord avec elle. Il y a de merveilleuse pépites à lire qu’on soit adulte ou enfant dans la littérature jeunesse. N’hésitez pas !
J’ai adoré lire les 18 exils de Susie Morgenstern, c’est plein de vie et de joie de vivre, comme elle !
Exil 1 : Naître Exil 2 : Être une fille Exil 3 : Entrer à l’école Exil 4 : Être loin de ses sœurs Exil 5 : Être juive Exil 6 : Infiltrée chez les garçons Exil 7 : Être intello Exil 8 : Être sioniste Exil 9 : Être amoureuse Exil 10 : Être mère Exil 11 : Être immigrée Exil 12 : Être veuve Exil 13 : Errer Exil 14 : De souris grise à femme fatale Exil 15 : Être malade Exil 16 : Le nid vide Exil 17 : Faire le deuil Exil 18 : Mourir
« Ça bouillonnait, chez nous. Voilà la raison pour laquelle je fus obligée d’écrire : j’ai grandi dans une maison tellement bruyante, où tout le monde parlait en même temps, que le seul moyen de placer un mot était de l’écrire. À partir du moment où j’ai su le faire, j’ai écrit tous les jours dans mon journal intime. Je me cachais dans un placard pour lire les gros pavés car c’était mal vu, une perte de temps, et je m’asseyais à la table de la salle à manger pour écrire. Nous n’avions pas de bureau dans nos chambres. Pour mes sœurs, cela n’aurait servi à rien mais moi, j’en rêvais. À tel point que maintenant j’en ai deux. Le bureau est ma maison. Lire et écrire, les deux techniques que j’ai apprises à l’école, sont devenues mon exil permanent et constant à partir de mes sept ans. »
« En France, il n’y avait pas de bagels, pas de chocolate chip cookies, et pire, il fallait attendre six mois pour avoir le téléphone. Ma mère, qui s’angoissait à l’idée que je vive dans un pays du tiers monde, avait raison. On n’avait dons pas de voiture, pas de téléphone, mais ce qui la gênait le plus, c’est qu’on n’ait pas la télévision. (Ni à l’époque, ni jamais par la suite.) Tout me manquait, et surtout ma famille. Tout ça pour Jacques ! Je lui en voulais. Mais je ne regrettais rien. J’écrivais trois fois par semaine à ma famille américaine, sur des aérogrammes qui se pliaient comme des avions en papier. »
« Toute ma vie trop grosse, pas assez belle, trop ceci et pas assez cela, des complexes en pagaille et puis, par la magie d’une rencontre une nuit à Paris, j’ai quitté ces obsessions de laideronne pour devenir une femme fatale, m’exiler de ma vieille peau et faire peau neuve. Certains exils sont réjouissants. »
Cet infirmier raconte son quotidien dans un service de soins palliatifs, avec humour et tendresse. Sa particularité ? Des tatouages, des piercings, des cheveux longs, de grande taille, avec une allure de viking, une passion pour le suédois et son métier. Sur son compte, il se définit comme un « marshmallow dans une armoire à glace ».
Il alterne entre les histoires touchantes et les histoires drôles, ce qui permet au lecteur de se remettre de ses émotions entre deux patients. Avec empathie, Xavier tente d’apporter du réconfort et de la joie dans les derniers jours de ces hommes et femmes qu’il croise. La musique joue un rôle important, il leur propose d’écouter leur chanteur ou groupe préféré. Pour certains ce sera du rock, du hard rock, pour d’autres Brel.
Le trait de crayon est épuré, une touche de bleu vient de temps en temps illuminer la page. C’est sobre et lumineux à la fois.
Encore une fois, une BD où en apprend beaucoup sur un métier et un aspect dont on parle peu, la fin de vie.
J’ai adoré cette BD, son humour, sa sensibilité, son humanité et son regard bienveillant. J’ai versé quelques larmes au dernier souffle de certains des personnages. Un bel hommage.
J’ai hâte de lire sa nouvelle BD « Je serai là », où il raconte comment il est devenu « L’homme étoilé ».
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 5 sur 5.
– C’est quoi pour toi les soins palliatifs ?
– Eh bien je dirais que c’est tout ce qu’il reste à faire lorsqu’il n’y a plus rien à faire.
– Et que reste-t-il à faire lorsqu’il n’y a plus rien à faire ?
– Il reste à soulager la douleur, la souffrance, optimiser le confort, accompagner, soutenir… et puis… ajouter de la vie aux jours à défaut d’ajouter des jours à la vie…
Voici une incroyable histoire basée sur des faits réels : en 1936, de jeunes Innus sont envoyés par le gouvernement canadien dans des pensionnats loin de leur famille, afin de les « civiliser ». C’est ainsi que Virginie, Marie et Charles se retrouvent au Fort George. A leur arrivée, on leur attribue un numéro, une tenue, on leur coupe les cheveux et ont leur interdit de parler innu. Ils n’auront aucun contact avec leur famille avant 10 mois. Imaginez un village sans enfant !
Le pensionnat est tenu par des missionnaires catholiques. L’ambiance est froide, la rigueur règne, on leur donne peu à manger et surtout les sévices sont monnaie courante.
Virginie et Marie sont amies depuis toujours, elles vont se soutenir durant ces longs mois enfermés, loin de chez eux et de la nature (notamment le lac St-Jean ou Pekuakami).
Les chapitres alternent entre le passé (pensionnat) et le présent (les recherches de l’avocate).
Audrey Duval est avocate et cherche des survivants du pensionnat de Fort George. Ils ont droit à une indemnité versée par l’Etat en compensation et elle compte bien les retrouver jusqu’au dernier. Il reste 3 noms sur sa liste, celui de Marie, Virginie et Charles. Elle commence à désespérer. Elle se tourne alors vers un homme, un vieux Nakota appelé Jimmy qui distribue des repas aux autochtones sans-abris. Jimmy se méfie des « indian lovers », ces « Blancs qui prétendent aider les autochtones ».
L’avocate va découvrir la trace de Marie dans une réserve à l’autre bout du pays. Rien n’arrêtera Audrey pour aller au bout de sa mission. Elle embarque le lecteur avec elle dans sa quête et notre regard change en même temps que le sien au fur et à mesure du voyage. Le lecteur a envie de savoir ce qui est arrivé à ces 3 adolescents, impossible de lâcher le roman.
Il y a quelques mots innus dans le roman mais ils sont compréhensibles pour un lecteur francophone et ne perturbent en rien la lecture, bien au contraire ils permettent de se plonger dans un territoire, une culture. Au fait, « Maikan » signifie « loup », car ce roman est peuplé de loups, sombres.
Maikan c’est aussi une belle histoire d’amour et d’amitié, car c’est l’amour et l’amitié qui vont permettre aux personnage de survivre après de tels événements. Malgré les propos violents, ce roman reste d’une grande douceur grâce à l’écriture de Michel Jean. Bref j’ai adoré.
Michel Jean est journaliste. Il est autochtone. Ses œuvres se répondent les unes aux autres. Il a notamment eu le prix VLEEL 2020 (Varions les Editions en Live) pour « Kukum », un roman sur sa grand-mère. Il tient l’histoire de « Maikan » de sa cousine. Elle lui a raconté la scène de l’enlèvement des enfants à leur communauté et il l’a écrite telle quelle. Les lieux sont vrais mais les personnages sont fictifs.
Ces pensionnats ont fait beaucoup de dommages et ont engendré de nombreux problèmes sociaux (alcoolisme, toxicomanie, suicide), sans parler des traumatismes qui se sont répercutés sur plusieurs générations. Cette partie de l’histoire est occultée des programmes scolaires. On en parle peu, un peu plus depuis la découverte des charniers autour des pensionnats et la mort de Joyce Echaquan qui a mis en exergue le racisme vécu par les autochtones.
Les éditions Dépaysage avec Amaury Levillayer font un travail remarquable autour de la littérature autochtone du Québec, j’ai chroniqué il y a peu « Kamik » de Markoosie Patsauq, dont je vous recommande également la lecture.
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 5 sur 5.
– Charles Vollant, Virginie Paul et Marie Nepton n’apparaissent pas au plumitif. Nada ! Les deux premiers ne figurent même pas au Registre des Indiens alors que le nom de Marie Nepton, lui, y est. Si je résume, nous avons trois adolescents qui entrent en 1936 au pensionnat à son ouverture puis, pfuitt, en disparaissent tous à peu près en même temps. Et aujourd’hui, on ne retrouve la trace que d’une seule de ces trois personnes qui curieusement, vit maintenant au bout du monde.
– Où ça ? demande le Nakota.
– Pakuashipu ou quelque chose comme ça. C’est dans l’extrême est du Québec. Si loin qu’il n’existe même pas de route pour s’y rendre. Si Marie Nepton avait voulu se faire oublier, elle n’aurait pas pu mieux choisir.
Virginie en veut à la planète entière, mais surtout à ses parents. Elle ne comprend pas ce qui arrive ni pourquoi elle doit partir, quitter sa famille et sa communauté. Elle ignore que, comme les autres parents obligés de laisser aller leurs petits à l’autre bout du monde, les siens sont plus désemparés qu’elle encore. Les représentants du gouvernement, accompagnés de policiers, se sont montrés intraitables et ont ordonné à tous de préparer les enfants pour un long voyage.
– Vous n’avez pas d’argent pour les éduquer et bien le nourrir, avait expliqué le fonctionnaire. Ils ne savent ni lire ni écrire. Ils sont maigres. Ils ont l’air de vrais sauvages. Au pensionnat, ils seront logés et mangeront à leur faim. Des religieux leur apprendront à lire et à écrire et s’occuperont d’eux comme il se doit. Vous devriez remercier le gouvernement canadien pour sa générosité.
Marie regarde la céramique blanche se couvrir peu à peu de noir, une mèche à la fois, dans un silence chirurgical que seul brise le claquement régulier des ciseaux. Elle n’avait jamais coupé ses cheveux. Ils lui arrivaient à la taille et elle avait l’habitude de les attacher de mille façons. Ses cheveux ondoyants que sa mère aimait brosser longtemps le soir ne sont plus que des débris jetés sur le parquet. Virginie n’a jamais pensé qu’un jour elle devrait couper ses cheveux. Sa mère ne l’a jamais fait. Elle sent le regard tourmenté de Marie sur elle. Dans un instant, ce sera son tour. Tout le monde y passe, fille comme garçon. Virginie ferme les yeux, retient des larmes qui coulent malgré tout et tombent au milieu des touffes de crinière.
Découvrez les 40 textes sélectionnés par le Prix Hors Concours. Ce prix littéraire met en avant des romans francophones contemporains publiés par des éditeurs indépendants. Bref, des romans qui ne figurent pas dans le top des ventes mais qui méritent le détour !
Emilienne Malfatto a reçu le prix Hors Concours des lycéens pour « Que sur toi se lamente le tigre » aux éditions Elyzad. Un roman que j’avais adoré et qui a également été couronné du prix Goncourt du premier roman 2021.
Une loge en mer / Magali Desclozeaux (Le Faubourg)
Arthur, son ange / Laure Beaudonnet (L’échappée belle)
Le fiancé du feu / Eva Dézulier (Le Jasmin)
Cannonball : l’adolescence n’est pas une chanson douce / Sylvia Hansel (Intervalles)
La princesse au visage de nuit / David Bry (HSN)
L’obscur / Philippe Testa (Hélice Hélas)
Le palais des deux collines / Karim Kattan (Elyzad)
Salade, tomate, oignons : portrait d’Amakoé de Souza / Jean-Christophe Folly (L’ire des marges)
La naissance des anges / Christian Viguié (Les Monédières)
Merdeille / Frédéric Arnoux (Jou)
Les années vertes / Philippe Lutz (Médiapop)
A contre-jour, la nuit / Christophe Bagonneau (L’œil ébloui)
Encabanée / Gabrielle Filteau-Chiba (Le mot et le reste)
Entre les jambes / Huriya (Le Nouvel Attila)
Ultramarins / Mariette Navarro (Quidam)
Mycélium : petit conte post-apocalyptique / Youri Johnson (Le murmure)
Sœur(s) / Philippe Aigrain (Publie.net)
Malou dit vrai / Gwen Guilyn (Le Panseur)
La belle lumière / Angélique Villeneuve (Le Passage)
Via Ferrata : poèmes ou journal épars / Fred Pougeard (Thierry Marchaisse)
Le vin de Vénus / Olga Voscannelli (Sans escale)
Jardin(s) / Francis Denis (La route de la soie)
Le lustre / Caroline Ladhuie-Castel (Z4)
Trois jours / Denis Brillet (La Rémanence)
Sursum corda / Veronika Boutinova (Le ver à soie)
Les règles du jeu / Lucie Ronfaut-Hazard (La ville brûle)
Les enfants d’Ulysse / Carole Declercq (La Trace)
Vous trouverez des ouvrages parus en 2020, 2021 et d’autres à paraître lors de la rentrée littéraire 2021. Personnellement j’ai déjà acheté ou lu certains de ces livres avant de connaître la sélection :
La belle lumière / Angélique Villeneuve (Le Passage)
Je me suis inscrite en tant que professionnelle du livre pour participer au vote. J’ai ainsi reçu un ouvrage de 200 pages contenant un extrait de 3 pages de chaque roman pour me faire une idée des textes. Je voterai d’ici fin septembre pour mes 5 finalistes préférés. Ensuite les 5 textes finalistes retenus seront lus par un jury de 5 journalistes, par les lecteurs et les professionnels du livre pour désigner le lauréat en décembre.
Ayant adoré « De pierre et d’os » j’ai voulu lire d’autres romans de Bérengère Cournut. J’ai réservé celui-ci à la bibliothèque et je m’aperçois qu’il répond à un autre livre de Pierre Cendors, « Minuit en mon silence », également paru aux éditions du Tripode (que j’adore). J’ai tout de même commencé par celui de Bérengère Cournut n’ayant pas l’autre sous la main.
C’est dans un registre totalement différent que ce court livre m’a emportée. Il s’agit d’une lettre d’une femme française adressée à un homme allemand en 1939. Elle répond à sa lettre de 1914 qui se trouve être « Minuit en mon silence ».
Else et Werner ont été amants avant que la guerre éclate et les sépare. Dans sa longue lettre, elle lui raconte sa vie depuis, notamment la mort de son mari à la guerre, son errance sur le front et en Europe avant de retrouver l’amour et de devenir mère.
On ressent une mélancolie et les horreurs que la guerre a fait subir aux familles. Mais on sent aussi une femme passionnée, amoureuse, une ode à la vie. Un beau portrait de femme en somme, complété par une lettre de ses enfants à la fin du roman.
Je n’ai pas été gênée par le fait de ne pas avoir lu la lettre posthume de Werner en premier. Au contraire j’ai pu aisément imaginer leur histoire, évoquée avec talent par l’écrivaine.
L’écriture est magnifique, sensible et poétique. Cela me confirme que Bérengère Cournut fait partie de mes autrices chouchous. Maintenant je suis impatiente de lire la lettre de Werner écrite par Pierre Cendors et de prolonger cette merveilleuse lecture.
Une nuit d’hiver, accablée, révoltée par ces rêves violents, j’ai demandé à la terre pourquoi elle m’infligeait ces images, et si les femmes devraient mourir, elles aussi, pour payer le crime de quelques hommes d’armée, d’État et de banques.
Vous me l’avez dit à votre façon : l’amour est un récif planté en pleine mer. Aussi inaccessible qu’inattaquable. D’une certaine manière, même si ce n’est pas la plus éclatante, nous avons réussi, vous et moi, à nous rencontrer, à nous aimer par-delà nos corps, la guerre et la mort. Vous êtes une goutte d’eau dans ma vie, et c’est cette goutte-là qui, au fil du temps, a étanché ma soif, ma fièvre et mon tourment. J’ai trouvé en vous une ombre, bienfaisante, où le fracas et le silence coexistent en une même région retirée.
Je sais à présent que le visage après lequel je courais était celui de mes enfants. Et qu’ils portent en eux l’avenir du monde. Puissent-ils avoir des fils et des filles qui, cent ans après eux, soient faits du même bois ancien, toujours renouvelé.
La vie n’est rien de plus qu’une onde qui résonne d’un cœur à l’autre. Je suis heureuse que les deux nôtres, un jour, aient vibré à l’unisson.
Des illustrations magnifiques, des aplats doux, une palette de couleurs bien choisie, c’est époustouflant de beauté. Et l’histoire… est terrible et cruelle, basée sur des faits réels vous vous en doutez. Cette BD nous plonge dans l’histoire des Etats-Unis, 30 ans avant l’abolition de l’esclavage, en 1832. Mademoiselle Crandall ouvre une école pour jeunes filles. Elle est appréciée et son école ne désemplit pas jusqu’au jour où une fille noire, Sarah, demande si elle peut suivre ses cours. Prudence Crandall accepte Sarah et la présente aux autres élèves, toutes blanches. C’est un scandale, les parents ne veulent pas qu’une fille noire intègre l’école, ils menacent de retirer leurs enfants. Alors Prudence prend les devants et fait publier une annonce dans le journal, elle accueillera désormais toutes les « jeunes filles de couleur, de 9 à 17 ans ». Ce qui ne fait qu’envenimer la situation. Elle perd toutes ses élèves blanches mais progressivement son école se remplit à nouveau… avec des filles noires. Son voisin ainsi que toute la ville ne voient pas d’un bon œil l’arrivée de toutes ces filles, ni leur éducation. C’est le début d’une montée en puissance de la violence et du racisme. Mlle Crandall est courageuse, mais fera-t-elle le poids face à toute une société apeurée ? Je vous laisse découvrir la suite par vous-même.
Un roman graphique passionnant, bouleversant et éclairant à faire découvrir à un large public (notamment aux ados 😉).
J’adore cette conteuse. J’ai eu la chance de la voir en spectacle et en-dehors de la scène, elle est tout aussi généreuse en histoires et anecdotes. Elle est fabuleuse. Dans son parcours, elle a également recueilli des histoires vraies auprès de personnes âgées qui a abouti à un spectacle de contes.
En tant que bibliothécaire, je suis sensible à la transmission du goût de la lecture. Cela passe aussi par l’oralité. Raconter des histoires aux enfants fait partie intégrante de ce processus d’apprentissage de la lecture. Souvent, on oublie les contes en grandissant. Alors qu’il en existe pour les tous les âges. Personnellement j’aime toujours qu’on me raconte des histoires.
D’une voix douce et chaleureuse, pleine de malice et de sourires, Anne Kovalevsky vous emporte dans des contes parfois cruels. Elle s’inspire de contes du Maghreb entre autres qu’elle s’approprie et adapte. Vous trouverez même une histoire qui raconte le passé de sa famille, celle d’Héléna.
Chaque conte est introduit par une musique d’Eric Houdart qui met d’emblée l’auditeur dans l’ambiance de l’histoire. C’est beau, poétique, touchant.
La conteuse nous offre cinq histoires mettant en scène des femmes qui prennent leur destin en main. Venez à la rencontre de Marie, Zahra, Rose, la princesse Emel et Héléna. Des contes pour ados et adultes, mettant en avant l’amour, la tendresse, la sagesse, etc. Vous ferez le plein d’émotions en les écoutant !
Oui’Dire éditions est un label de conteurs. Vous trouverez sur leur site des podcasts, des livres audio, des albums magnifiquement illustrés accompagnés de CD, etc. De quoi enchanter les oreilles de toute la famille. Vous pouvez également écouter des extraits sur leur site. Je vous ai mis le lien direct vers le livre audio en question au bas de la chronique.
Merci à Babelio et Oui’Dire éditions pour cet envoi qui a ravi mes oreilles et m’a rappelé d’excellents souvenirs en compagnie d’Anne Kovalevsky.