Le dernier testament de Maurice Finkelstein / Sophie Delassein

Quand j’ai vu passer ce titre proposé dans le cadre d’une masse critique privilégiée de Babelio, je n’ai pas résisté longtemps. Présenté comme un roman drôle, c’est exactement ce que j’avais envie de lire à ce moment-là. J’ai donc tenté ma chance et je me suis inscrite. J’ai été sélectionnée avec d’autres lecteurs pour recevoir ce livre et assister à la rencontre avec Sophie Delassein, animée par Pierre Krause.

La rencontre a répondu a beaucoup de mes questions, notamment sur l’humour de l’autrice. Je me demandais si elle était la même dans la vie que dans son livre. Et apparemment oui ! La narratrice est donc le double de Sophie Delassein. Cinquantenaire, elle est journaliste au service culturel du Nouvel Obs, plus particulièrement dans le domaine de la musique. Elle nous raconte sa famille en inversant les sexes et changeant quelques détails pour les protéger. Mais tout est là ! Elle a bien eu un oncle et une tante, vieillissants, avec un Alzheimer pour lui, dont il a fallu qu’elle s’occupe. Toute la famille se disputant autour du potentiel héritage à venir puisqu’ils n’ont pas eu d’enfants. Il faut préciser que la famille de Sophie est juive et que les réunions de famille sont généralement très animées.

Maurice et Gisèle ne pouvant plus vivre seuls, elle les fait rapatrier à Paris. Etant leur nièce préférée, elle demande la tutelle. Avec beaucoup d’autodérision elle raconte la difficulté de voir vieillir ses proches et de devoir prendre des décisions pour eux. Malgré l’humour, on sent que le sujet est sérieux et que le ton sert de « bouclier ». Elle aborde le coût des maisons de retraite, la situation des EHPAD pendant la covid. L’écriture est très directe, un peu comme si elle nous parlait. Le langage est donc très actuel, truffé de gros mots qui ont pu choquer quelques lecteurs. Elle a écrit ce livre de manière très fluide sur un an. Au début il s’agissait d’une nouvelle écrite pour faire rire ses copines. Elle le présente comme une « autofiction foireuse ». Bref elle ne se prend pas au sérieux et n’attend pas que son livre plaise à tout le monde. Voici un premier roman quelque peu déjanté avec des personnages attachants, parsemé de références musicales, écrit par une autrice « qui part en sucette tout le temps » et publié par une éditrice « un peu allumée » !

Si vous aimez l’humour noir et décapant, ce roman devrait vous plaire ! En tout cas j’ai passé un bon moment avec ce roman qui m’a bien fait rire et c’est tout ce que j’en attendais !

Merci à Babelio et aux éditions du Seuil pour cette lecture.

Le ridicule jalonne mon existence.
Je suis tombée de la chaise dans le bureau de la DRH à la signature de mon premier CDI.
A l’enterrement de la mère de mon meilleur ami, me trouvant séparée de lui à cause de trop de monde dans l’allée, j’ai sauté de tombe en tombe pour le rejoindre.
Lors d’une interview, j’ai posé sur la table ma boîte de Tampax mini à la place de mon enregistreur.

Dès la première rencontre dans un café du boulevard du Montparnasse, j’ai eu un gros crush pour maître Pompon, cette jouisseuse de la vie égarée dans l’austérité de sa profession suite à une tragique erreur d’aiguillage. Maître Pompon est faite pour le topless, les jéroboams de champagne, les fun partys curatives de Martin Solveig. Son corps tout entier appelle la plage.
Impression confirmée quand elle arrive au pôle de la protection des majeurs en s’éclatant le front contre la porte vitrée de la salle d’attente.

Note : 3.5 sur 5.

Lettres non-écrites / David Geselson

Ce livre est avant tout un projet artistique. David Geselson est un comédien et metteur en scène qui devient pour l’occasion écrivain public. Il propose aux spectateurs de rédiger pour eux une lettre qu’ils aimeraient écrire et qu’ils n’ont jamais osé écrire. Si la lettre leur convient, il leur demande ensuite s’il peut la lire sur scène le soir même avec d’autres lettres faisant partie de son spectacle. Les personnes disposent de leur lettre et peuvent décider de l’envoyer ou non. En 4 ans, il a écrit 200 lettres. Tous les noms ont été changés pour garder l’anonymat. Vous trouverez dans ce recueil un choix de 48 lettres, réparties en plusieurs thèmes : enfances, amours, pour finir.

Beaucoup de lettres sont adressées à un père ou une mère à qui on n’a pas osé dire qu’on les aime. Elles touchent à l’intime et en cela sont universelles. Elles forment une sorte de radiographie de notre société. Chacun pourra identifier une lettre qui corresponde à sa propre histoire et le touchera en plein cœur. Les lettres préférées de David Geselson sont :

  • la première du livre, Raquel à son enfant à venir (p.15)
  • une femme à son mari, Bao (p.55)
  • Corinne à Marc, son ancien amour (p.161)
  • Alexandre à sa compagne, Magali (p. 169).

La mienne est celle de Denise à son oncle disparu (p.27). Celle de « Vincent à Caroline, à qui il écrit sur Tinder depuis 2 mois » vous fera assurément sourire. Celle d’ « une femme au délégué du procureur de la République » vous glacera malgré son ton ironique.

David Geselson venait de lire la magnifique Lettre à D. d’André Gorz lorsque ce projet s’est imposé à lui. Il dit que lire des lettres peut ouvrir un imaginaire puissant. Il n’est pas psychanalyste. Dans les paroles des gens il trouve une résonance et offre de la compassion qui amène une certaine confiance. Les lettre sont écrites dans une certaine urgence.

Dans la rencontre proposée par Varions les éditions en live (VLEEL pour les intimes), il a eu cette phrase magnifique : « ouvrir en soi la possibilité de rencontrer l’autre ». La force de David Geselson est de mettre dans les lettres des mots qui ne sont pas ceux des personnes, mais dont la poétique et la langue leurs correspondent. On ressent ainsi le caractère et le ressenti des personnes.

Pour achever de vous convaincre, ce livre a une magnifique couverture, au titre légèrement embossé. Il s’agit d’une illustration de l’artiste Bridg’, Le Fil noir, faite de lignes dont l’une est interrompue par ce fil. Excellent choix des éditions du Tripode.

David Geselson repartira en tournée cette année, peut-être viendra-t-il dans le théâtre près de chez vous. Et vous, avez-vous une lettre non-écrite que vous aimeriez écrire ?

Tout cela nous rappelle que le théâtre et le monde des arts en général nous manquent ❤
Merci à la Maison de la poésie pour ses retransmissions sur Facebook et nous permet notamment de voir ces lettres mises en scène : https://fb.watch/4gpsxMNNNl/

« J’ai la conviction que le théâtre peut combattre l’obscurité, et si on arrive à faire du théâtre une forme de lumière, alors, on peut, peut-être réussir à mieux vivre les uns avec les autres. » 

David Geselson dans son entretien avec France Culture au mois de janvier dernier : https://www.franceculture.fr/emissions/par-les-temps-qui-courent/par-les-temps-qui-courent-emission-du-vendredi-08-janvier-2021

Note : 4.5 sur 5.

Batailles / Alexia Stresi

J’avais adoré son précédent roman, « Looping », paru en 2017. Un magnifique portrait de femme avec une belle plume au souffle romanesque.

Mais quelle déception pour ce roman ! Peut-être ai-je eu trop d’attentes sur ce livre ?

Le roman mêle un fait divers à l’histoire de Rose dont la mère disparaît du jour au lendemain en lui laissant une lettre dans laquelle elle lui demande de ne surtout pas la chercher.

En parallèle, un vieil homme découvre le corps d’une fillette métisse de 15 mois sur la plage de Berck, s’ensuit une enquête et de nombreuses questions pour comprendre cet infanticide.

Rose raconte son enfance avec une mère imprévisible, Brigitte, que certains prenaient pour une folle. Rose est d’une beauté qui fait se retourner tous les regards sur son passage, personne ne remarque qu’elle est métisse alors que sa mère est noire. Cette dernière lui interdit de fréquenter des enfants noirs.

Dix ans après cette disparition, Rose va finalement partir à sa recherche, en quête de son identité, désobéissant pour la première fois de sa vie à sa mère.

Le roman raconte par bribes l’arrivée de Brigitte, adoptée à l’âge de 4 ans par un couple de la Creuse. Elle fait partie de ces enfants « déportés » de La Réunion pour repeupler une région rurale, parfois arrachés à leur famille « pour leur bien » alors qu’ils ne sont pas orphelins. Un programme mis en place par Michel Debré, député de l’île à ce moment-là.

Il y a une multitude de personnages dont les récits s’entremêlent ainsi que les périodes.

Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages que je n’ai pas trouvé crédibles. Il y a un côté naïf, parfois maladroit sur les thèmes traités.

L’écriture change selon les personnages, comme si l’auteure essayait de traduire l’accent, le caractère des personnages. Parfois les pronoms sont absents : « En est encore malade. » Les phrases sont alors courtes et sèches. Il m’a manqué le côté romanesque que j’avais tant aimé dans « Looping ».

Avez-vous lu ce roman ou le précédent ? Vous ont-ils plu ? Je suis preneuse de vos avis.

Merci à Netgalley et aux éditions Stock de m’avoir permis de lire ce roman que j’attendais avec impatience.

Note : 2 sur 5.

Une farouche liberté / Gisèle Halimi

Le livre est paru l’année dernière, en 2020. Des images d’archives du procès de Bobigny ont été largement diffusées. Même sans avoir lu son livre, vous avez forcément entendu parler de cette femme franco-tunisienne. Elle est morte en juillet 2020, à l’âge de de 93 ans. A l’écoute de ce livre audio, je découvre une femme incroyable aux mille vies et combats. Un exemple à suivre pour les générations à venir. D’ailleurs Audiolib autorise l’écoute de ce livre audio en classe 😉

Dans cet entretien avec Annick Cojean, Gisèle Halimi raconte son enfance, ses premiers combats féministes à la maison, refusant de servir ses frères et entamant une grève de la faim. Elle remarque et pointe les différences de traitement entre les filles et les garçons. Elle ne supporte pas l’injustice et toute sa vie elle s’y opposera.

Dès son plus jeune âge elle se débrouillera pour obtenir une bourse et continuer d’aller à l’école. Une fois son bac en poche, en août 1945, elle partira à Paris faire des études de droit et de philosophie qu’elle réussira. Elle deviendra donc avocate, témoin engagée. Déjà consciente que pour « se sauver » et ne pas être humiliée, il fallait qu’elle soit « indépendante économiquement », qu’elle ne soit pas une « quémandeuse » comme sa mère et toutes les femmes de son entourage.

Une femme de conviction qui aura le même message que Simone de Beauvoir ou Simone Weil : « se battre est un devoir, tendre la main aux autre femmes une responsabilité, convaincre les hommes de la cause une nécessité ».

Cette héroïne sera sur tous les fronts, aux côtés des femmes violées accusées de délits pour avoir avorté, auprès du FNL lors de la guerre d’indépendance de l’Algérie et de la Tunisie. Elle se présentera en politique car pour changer les lois (égalité professionnelle, lutte contre le viol, avortement), il faut que les femmes participent à l’écriture de ces lois.

Elle a toujours beaucoup lu : « les livres me donnaient confiance (en mon avenir) et force (pour résister au poids accablant d’être née femme, un être humain de seconde zone) ».

Elle partage quelques moments d’intimité avec ses trois enfants (que des garçons, elle regrettera de ne pas avoir eu de fille), son mari et quelques anecdotes avec Sartre, Beauvoir, Françoise Sagan, Aragon, Elsa Triolet, Guy Bedos.

A la fin du CD, on peut écouter sa plaidoirie lors du procès de Bobigny en 1972, où elle avouera avoir elle-même avorté à l’âge de 19 ans. Un procès où « les hommes jugent et ne savent rien de la vie des femmes ».

Une femme insoumise, rebelle et courageuse qui voulait tout simplement « changer le monde que je trouvais si mal fait ». Les derniers mots du livre sont : « On ne né pas féministe, on le devient. »

Merci à Babelio pour cette lecture/écoute passionnante, ainsi qu’à Audiolib.

Ce texte est lu et incarné par Françoise Gillard.

Morceaux choisis :

« Soyez libre, la maternité n’est ni un devoir ni l’unique moyen d’accomplissement d’une femme, elle mérite réflexion, considération sans aucune autocensure. Pourquoi faire un enfant ? Ce doit être une décision prise en liberté et en responsabilité. Un engagement réfléchi et lucide. N’ayez pas peur de vous dire féministe ! »

« Misez sur la sororité. Désunies, les femmes sont vulnérables. Ensemble, elles possèdent une force à soulever des montagnes et convertir les hommes à ce mouvement profond. Le plus fascinant de toute l’histoire de l’humanité. »

Note : 5 sur 5.

Le parfum des fleurs la nuit / Leïla Slimani

Ce n’est pas le premier livre de la collection « Ma nuit au musée » que je lis, mais j’ai été totalement happée par celui-ci. Je crois que Leïla Slimani est en train de devenir l’une de mes auteures chouchous.

Leïla a rendez-vous avec son éditrice. Mais elle veut se concentrer sur son manuscrit en cours et elle a d’ores-et-déjà décidé qu’elle refuserait toute proposition. Alina Gurdiel lui propose de passer une nuit dans un musée : « dormir au sein de la Punta della Dogana, monument mythique de Venise, transformé en musée d’art contemporain ». Elle se surprend à accepter. Elle a envie d’être enfermée, de faire l’expérience de se retrouver emprisonnée, comme l’a été son père, suite à un scandale politico-financier au Maroc.

L’écrivaine nous invite dans son intimité : « A Paris, la pièce qui me sert de bureau est petite et sombre, étroite comme un nid. J’aime écrire la porte fermée, les rideaux tirés. »

Elle nous raconte son enfance et surtout son père. Il reste un mystère pour elle mais cette nuit lui permettra peut-être de se rapprocher de lui. Il est mort en 2004, peu après sa libération.

« Il y avait en lui un mystère et dans notre relation quelque chose d’inachevé. Des mots qui n’ont pas été dits, des expériences qui n’ont pas été vécues. Il était ma famille mais il ne m’était pas familier. »

Dans ce texte, elle croise littérature et art contemporain, cite de nombreux auteurs : Emily Dickinson, Roberto Bolaño, Paul Morand, Virginia Woolf, Roland Barthes, Etel Adnan, Pasolini, Louise Michel, Ahmet Altan, Marguerite Duras, Paul Auster, Montherlant, Aragon, Hemingway, Tolstoï, James Baldwin, Salman Rushdie, Camus.

Elle parle de la condition féminine au Maroc quand elle était enfant. De la façon dont ses parents l’ont élevée, ainsi que ses sœurs.

« Cela fait vingt ans que j’ai quitté mon pays. Parfois on me demande ce que je pense de cet exil mais je refuse ce mot. Je ne suis pas exilée. On ne m’a pas forcée, je n’ai pas été poussée par les circonstances. J’ai trouvé à Paris ce que j’étais venue chercher : la liberté de vivre comme je l’entendais, de m’asseoir pendant des heures à une terrasse de café pour y boire du vin, lire et fumer. »

Elle écrit que c’est la mort de son père qui l’a poussée à devenir écrivain, « à écrire avec rage ». Elle inventait « des mondes dans lesquels les injustices étaient réparées, où les personnages étaient vus pour ce qu’ils étaient et n’étaient pas prisonniers de l’image que la foule s’en faisait. »

C’est beau, nostalgique, généreux, plein de poésie et d’amour. Quant au titre, je vous laisse découvrir sa signification dans les pages du livre.

Merci Leïla Slimani d’avoir partagé avec nous un peu de vous, vos souvenirs, votre réflexion sur l’écriture, l’identité. C’est passionnant !

Merci à Netgalley et aux éditions Stock pour ce magnifique moment de lecture. Un véritable coup de cœur qui va rejoindre ma bibliothèque.

Note : 5 sur 5.

Sept gingembres / Christophe Perruchas

Ce premier roman raconte la chute d’un quadragénaire, Antoine, directeur général d’une agence de publicité parisienne. Les chapitres alternent entre « Dedans » (dans l’hôpital psychiatrique de Ste-Anne où il rend visite au frère d’un ami d’enfance), « Dehors » (sa vie à l’agence, avec sa famille et ses amis) et les « gingembres ». Christophe Perruchas explique en préambule que le gingembre dans la cuisine japonaise traditionnelle sépare les plats et « permet au palais de retrouver une certaine virginité entre deux saveurs. […] Ici, les gingembres voudraient faire la même chose, mais, bien sûr, n’y parviennent pas. »

Nous sommes en pleine vague MeToo. Antoine reçoit la visite d’un inspecteur du travail. Il mène une enquête pour harcèlement moral suite à une tentative de suicide de la directrice commerciale, Léa, 32 ans. Pendant cet entretien, Antoine va fixer l’inspecteur du travail, le déshabiller du regard. Chaque femme qu’il croise dans la rue ou en réunion, il la détaille physiquement, décrit au lecteur ses fantasmes. C’est un homme de pouvoir, obsédé et totalement dans le déni de son attitude perverse.

« Il n’y a pas de harcèlement ici et il n’y en aura pas. On règle les choses entre gens civilisés, on trouve des solutions humaines. »

Au début, son patron le soutient :

« Je te connais Antoine, je sais comme tu peux être lourd en fin de soirée, comme tu aimes les femmes, comme tu te sens bien dans l’ambiguïté. Mais de là à t’accuser de harcèlement, au pire, une vanne toute naze, qui tombe à plat, on n’est plus en 95, parfois ça passe mal. Mais harcèlement, non. »

Il a une femme et deux enfants, une vie très instagrammable. Mais peu à peu il sent qu’il se déconnecte du monde qui l’entoure et n’écoute que la voix dans sa tête. De l’extérieur, personne ne remarque ses absences. Il sait donner le change lors des réunions. Il y a beaucoup d’anglicismes et de jargon liés au métier d’Antoine, surtout lorsqu’il se rend à un salon professionnel ou un séminaire. Le monde de l’entreprise et le milieu de la publicité en prennent pour leur grade. Christophe Perruchas est d’ailleurs issu de ce milieu.

Antoine entretient une relation avec sa secrétaire qui n’arrive pas à croire les choses horribles qu’on raconte sur lui. Il lui répond que tout est faux et disproportionné.

« L’époque est pourrie, on ne peut plus rien dire, même les écrivains sont emmerdés, scrutés, jaugés, tu sais qu’il existe des sensitive readers, des lecteurs des minorités qui lisent à la chaîne et qui font des rapports »

Les chapitres s’enchaînent et on se laisse happer par l’histoire de ce prédateur sexuel. Après avoir refermé le livre, je ne saurais vous dire si j’ai aimé ce livre ou pas. J’ai certainement été perturbée de me retrouver dans le flot continu des pensées obsessionnelles de sexe de ce personnage antipathique. Un roman intéressant, dérangeant, bien écrit, mais pas un coup de cœur pour moi. En tout cas il sonne juste et ça n’en est que plus troublant.

Merci aux 68 premières fois pour cette lecture.

Note : 3 sur 5.

L’homme qui plantait des arbres / Jean Giono

Jean Giono a écrit cette nouvelle en 1953. Puis en 1957, il a donné ses droits gratuitement pour toutes les reproductions de ce texte. Il était déjà bien en avance sur les Creative Commons !

Il s’agit d’une sorte de manuel pratique montrant que des « petits gestes, répétés jour après jour avec patience, peuvent changer un coin du monde ».

Un homme effectue une randonnée et ne trouve pas d’eau. Il traverse un village en ruine et rencontre un berger. Ce dernier lui tend sa gourde pour boire puis l’invite dans sa ferme. Après avoir partagé sa soupe, il lui offre un endroit pour dormir car le prochain village est à plus d’une journée de marche.

Le berger s’appelle Elzéard Bouffier. L’homme le voit trier avec minutie des glands et les compter. Il est intrigué et lui demande ce qu’il fait. Elzéard va planter les 100 glands le lendemain sur une terre qui ne lui appartient pas. « Depuis 3 ans il plantait des arbres dans cette solitude. Il en avait planté 100 000. » Et 100 000 chênes vont pousser ! Il va aussi planter des hêtres et des bouleaux.

L’année suivante, la guerre de 14-18 éclate. L’homme part à la guerre et 5 ans plus tard revient voir Elzéard. Il est toujours là mais a changé de métier. Il n’a plus que 4 brebis. Il a désormais une centaine de ruches. En effet, les brebis s’attaquaient aux plantations d’arbres.

L’homme observe les changements du paysage. Les arbres ont ramené à nouveau l’eau, puis d’autres plantes. « Mais la transformation s’opérait si lentement qu’elle entrait dans l’habitude sans provoquer d’étonnement. »

Dans les années 1930, c’est la visite d’un garde forestier qui révèle l’ampleur de ce travail. Tous viennent voir de plus près cette « forêt naturelle » incroyable et qui deviendra un exemple.

Le lecteur reçoit régulièrement des nouvelles d’Elzéard grâce aux visites de l’homme. On peut ainsi le voir évoluer, tout comme le paysage. Et on ne peut qu’être d’accord avec le narrateur : « je suis pris d’un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qu’a su mener à bien cette œuvre digne de Dieu. »

Un texte magnifique avec un personnage généreux, attachant et porteur d’espoir, que je vous engage à lire si ce n’est déjà fait. Si vous êtes soucieux de l’écologie, que les textes de Pierre Rabhi vous parlent, alors n’hésitez pas une seconde à lire ce court texte, disponible gratuitement au format numérique ! Le but de Jean Giono était de « faire aimer à planter des arbres ». Après cette lecture, peut-être serez-vous pris d’une irrésistible envie de planter des arbres, des plantes, etc.  😉

Note : 5 sur 5.

Le fabuleux voyage du carnet des silences / Clare Pooley

Nous sommes en 2018 à Londres. L’histoire commence par un vieil homme, Julian, qui oublie un cahier sur la table d’un café. La propriétaire du café, Monica, essaie de le rattraper en vain. Le soir, elle l’ouvre et commence à le lire. Il comporte un titre, « Le carnet des silences », et un sous-titre, « le plaisir et le danger d’être sincère ». Julian interpelle le lecteur et lui demande s’il connaît vraiment ses proches, ses voisins. Et se connaît-on soi-même ? Il affirme que chacun ment.

« Que se passerait-il si nous cessions de mentir ?
Si nous risquions à ouvrir notre cœur,
à confier ce qui nous définit vraiment et fait de nous ce que nous sommes ? »

Alors il se lance et raconte sa vie, surtout sa solitude. Il espère qu’avec ce carnet, une personne au moins saura la vérité sur lui. Il encourage le lecteur à faire de même et à ensuite abandonner le carnet quelque part. Monica se prendra-t-elle au jeu ? Elle écrira à son tour dans le cahier, révélant son désir le plus cher. Et ainsi de suite, le cahier va voyager de personne en personne. Ce carnet va changer la vie de chaque personne qui va croiser son chemin. Monica va décider d’aider Julian, etc.

Ce roman brosse une galerie de personnages tous très différents. On s’attache facilement à eux. J’ai beaucoup aimé cette bulle de douceur dans laquelle Clare Pooley met le lecteur. Il s’agit davantage que d’un roman « feelgood ». Chaque personnage a une personnalité, une histoire intéressante et développée. Le roman alterne entre des moments drôles et tristes, transmettant au lecteur beaucoup d’émotions. L’auteure aborde beaucoup de thèmes actuels : la solitude, le féminisme, la relation homme-femme, les réseaux sociaux, la famille, la maternité, l’homosexualité, les projets de vie. Le tout avec une belle histoire d’amour, mais je ne vous en dis pas plus ! Bref un premier roman qui fait du bien entre deux romans plus noirs, avec une magnifique couverture qui attire l’œil !

Je l’imagine très bien en film avec le côté « british ». Ce serait l’occasion de retrouver les personnages et de passer un bon moment avec eux.

Merci à Netgalley et à Fleuve éditions pour cette belle lecture.
Traduit de l’anglais par Karine Reignier-Guerre.

Note : 3.5 sur 5.

Les grandes occasions / Alexandra Matine

Un livre touchant sur la famille, riche en émotions, qui ne vous laissera pas indifférent. Les mots sonnent justes. Tout un chacun pourra y reconnaitre un membre de sa famille. Mais attention ce premier roman est terrible, si vous êtes plutôt dépressif en ce moment, vous n’y trouverez pas de réconfort ou de luminosité.

Je vous livre l’incipit pour vous donner le ton :

« Aujourd’hui, Esther va mourir. Ou demain. Ou dans quelques jours. On ne sait pas. »

Le roman s’ouvre sur une famille réunit autour d’un lit d’hôpital. C’est le moment de prendre une décision. Esther est dans un état de mort cérébrale. Elle est âgée. Ses quatre enfants versent des larmes.

« Longtemps, Esther avait rêvé de revoir sa famille réunie. Devant elle, à présent sans qu’elle puisse le voir, prend forme le tableau rêvé ; la tapisserie secrète devant laquelle elle avait agenouillé sa vie, et dont, du matin au soir, année après année, elle avait tissé les fils de soie colorés. Sa famille était son œuvre inachevable. »

Le motif de la tapisserie, des liens tissés, reviendra souvent dans le roman. Elle nous emmène alors dans son passé et égrène ses souvenirs. Elle nous parle de son mari Reza, d’origine iranienne. Il est venu faire ses études de médecine en France. Il a vécu une enfance difficile. Elle décrit ses enfants : Carole, Alexandre, Bruno et Vanessa. Mais surtout la dure réalité de se retrouver seule, une fois les enfants partis. Elle pensait pouvoir garder la petite dernière auprès d’elle, Vanessa.

« Il lui avait fallu trois enfants, trois départs, et la menace d’un quatrième pour comprendre ce que c’était qu’être mère. Le destin d’une mère, c’est de laisser partir ses enfants. De son ventre, de sa maison, de ses bras. Les douleurs de l’enfantement ne sont rien comparées à la douleur éternelle de la séparation. Mettre au monde ce n’est pas accoucher, c’est se laisser abandonner. »

Ce qui est intéressant dans ce roman, c’est qu’ensuite nous avons aussi le point de vue de chaque enfant sur son enfance, ses parents, les relations entre frères et sœurs. On ressent toute la pression et le poids de l’héritage familial. Je ne vous en dis pas plus pour vous laisser découvrir cette famille, ses secrets, ses fêlures. En tout cas, il ne restera plus que les grandes occasions à Esther pour essayer de réunir toute sa famille.

La nouvelle maison d’édition Les Avrils commence fort. La rencontre #vleel d’hier soir, nous a montré l’enthousiasme de Sandrine Thévenet, Lola Nicolle et de toute l’équipe pour défendre leurs auteurs et leurs textes. Tous les romans et récits à paraître ont l’air bien tentant. J’aimerais beaucoup lire le deuxième roman de Martin Dumont, « Tant qu’il reste des îles ». Et la charte graphique, simple et colorée, donne effectivement envie de commencer une collection !

Merci aux 68 premières fois pour cette lecture.

Note : 3.5 sur 5.

Super bêtes / Halfbob

Ce petit album carré, bourré d’humour, vous permettra de connaître « les exploits les plus dingos des animaux ». Vous pourrez enfin briller dans les cours de récréation !

Halfbob a illustré pas moins de 85 exploits de ces super bêtes ! Il y a bien évidemment des références « pipi-caca » adorés de nos enfants mais aussi un peu plus « beurk ». Chaque phrase est déclinée en dessin et expliquée par un paragraphe de 2 à 3 phrases, donc très court.

Une lecture idéale pour débuter les vacances !

Note : 5 sur 5.