Le parfum des cendres / Marie Mangez

Voici un premier roman qui se démarque dans cette rentrée littéraire. Il se situe quelque part entre le roman de Süskind, « Le Parfum », et la série TV « Six feet under ». Bienvenue dans le monde de Sylvain Bragonard, thanatopracteur ou embaumeur si vous préférez. Bienvenue… enfin il faut le dire vite, car il n’est pas très bavard. Alice en fait les frais tous les jours. Étudiante en anthropologie, elle écrit une thèse sur les thanatopracteurs et le suit depuis quelques semaines. Avec lui, on plonge dans les odeurs, ceux des morts, mais je vous rassure ce n’est pas du tout morbide. Sylvain possède un nez extraordinaire.

Alice est l’inverse de Sylvain. Elle est extravertie, spontanée, gaffeuse, parle beaucoup, tout le temps. Elle va essayer de le faire sortir de son silence. Elle utilisera pour cela la musique, choisissant avec soin des morceaux de tous genres et observera ses réactions. Et puis elle ira voir la famille de Sylvain à son insu pour tenter d’en savoir davantage.

J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman. Je l’ai d’ailleurs dévoré très vite, voulant connaître le secret de Sylvain. Finalement l’un comme l’autre ont leur part de mystère et cachent quelque chose. Deux êtres fait pour se rencontrer et se bousculer. Les personnages, bien que caricaturaux, sont attachants. Il y a un côté comédie dans cette histoire qui pourtant dissimule un drame.

Le style ne m’a pas particulièrement marquée. Il y a de nombreuses phrases imagées ou faites d’expressions. En tout cas c’est très fluide, ça se lit tout seul ! A noter tout de même la belle performance littéraire pour traduire les odeurs en mots.

Note : 3.5 sur 5.

Incipit :

« Bernadette était allongée, paupières fermées, les bras sagement étendus le long du corps. Au cœur de ses joues sillonnées de rides, légèrement affaissées, on distinguait le creux des fossettes, centres névralgiques d’un visage encore animé par des années de sourire. Visage arborant désormais une expression sereine – Bernadette attendait que l’on s’occupe d’elle, remettant placidement son enveloppe charnelle aux soins d’autres mains que les siennes.

Sylvain la contempla avec tendresse. D’un mouvement délicat, le pinceau alla caresser les lèvres de la vieille femme minutieuse et colorante. Rouge grenat. Teinte identique à celle du tailleur que la famille avait préparé pour elle. »

« L’ouverture de la housse, c’était toujours un moment spécial. On ne savait jamais exactement à quoi s’attendre. Instant Kinder Surprise. »

« Il faisait parfois des bad trips de Ju’, quand les choses allaient trop loin, quand il se laissait embarquer, en un rire, dans ses plans foireux.

Et là, c’était un putain de bad trip qui durait depuis quinze ans… »

« Du vieux journal, répéta-t-il, avec une pointe d’impatience. Quand le papier jaunit et commence à s’émietter, vous savez… ça dégage un genre d’odeur suave et humide, très légèrement plus sucrée que les vieux bouquins mais c’est la même famille, la cellulose en décomposition, c’est très fin et délicat, cette odeur, léger comme la poussière et dense à la fois… Vous voyez ses mains (il tendit le bras vers le cadavre), vous voyez son visage : du parchemin desséché, c’est un corps d’intellectuel, du papier il en a bouffé toute sa vie et ça ressort par tous ses pores, vous sentez ? 

[…]

– La bergamote…» Il sourit. « Ça pétille, la bergamote, c’est frais et acidulé, raffiné aussi, sociable et un peu espiègle… »

« Giselle, parfum chaleureux et végétal, la lourde et capiteuse puissance du patchouli sur ces bras massifs, plutôt flasques, bardés d’hématomes, des bras faits pour serrer –  éventuellement pour étouffer – et pour s’agiter avec expressivité… Une drama queen à l’orientale, le patchouli, fragrance liquoreuse, séductrice et entière, qu’on aime ou qu’on déteste, une note de fond, facilement entêtante, avec tendance notoire à s’incruster. Et puis aussi, en humant bien, quelque chose d’autre… quelque chose de plus tendre et léger, une note de tête, aérienne, fragile : le lilas. »

D’oncle / Rebecca Gisler

Voici un premier roman très original dans cette rentrée littéraire, une nouvelle voix venue de Suisse. Rebecca Gisler est diplômée de l’Institut littéraire suisse et du master de création littéraire de l’université Paris-8. Elle est également traductrice.

En 122 pages elle dresse le portrait de « l’oncle ». C’est ainsi qu’il sera nommé tout le long du roman. La narratrice et son frère ont la vingtaine, ils sont traducteurs de notices d’aliments pour animaux pour un site de vente en ligne. L’oncle a la cinquantaine et il semble effectivement être resté « coincé quelque part en enfance », comme le dit la quatrième de couverture. Ils vivent tous les trois dans une maison au bord de la mer en Bretagne. La mère de la narratrice, qui est aussi la sœur de l’oncle, vit en Suisse.

Le style est particulier mais on s’y fait assez vite. Une phrase peut avoir la longueur d’un paragraphe. Elle est sans cesse rallongée par un « et » pour poursuivre l’idée développée. Le ton est vif, parfois enjoué. On sourit, parfois on prend un air dégoûté. On se dit qu’un tel oncle ne peut exister et puis finalement si. Quand on y réfléchit, on trouve quelqu’un dans son entourage qui n’est pas à cheval sur l’hygiène, à la diététique très discutable, avec des manies bizarres, etc.

Entrez dans cette famille « biscornue », découvrez cet oncle marginal, vous ne regretterez pas cette expérience de lecture !

J’ai aimé les références parsemées par l’autrice. J’ai été hypnotisée par cette écriture singulière, unique. Un court roman qui dépote ! Je suis curieuse de lire un second livre de cette autrice.

Note : 4.5 sur 5.

Incipit :

« Une nuit, je me suis réveillée avec la certitude que l’oncle s’était enfui par le trou des toilettes, et alors, poussant la porte des cabinets, j’ai constaté que l’oncle, en effet, s’était échappé par le trou des toilettes, et sur le carrelage il y avait un tas de confettis de papier hygiénique et des plumes blanches par centaines, comme si quelqu’un y avait une bataille de polochons, et la cuvette des toilettes ainsi que les murs étaient badigeonnés de poils et de toutes sortent de fientes, et regardant le petit trou de faïence, je me suis dit que ça n’avait pas dû être facile pour l’oncle, et je me suis demandé ce que j’allais pouvoir faire pour le sortir de là, sachant que l’oncle doit peser un bon quintal, […]. »

« Assis, l’oncle a le ventre comprimé contre la table, et le ventre de l’oncle est tellement gros qu’il a l’air séparé du reste de son corps, comme un fardeau, ou comme un animal de compagnie, mais il faut dire que malgré son ventre qui est sûrement très lourd, l’oncle se tient toujours bien droit, son dos s’adapte gentiment au dossier de la chaise et non l’inverse, et son ventre de compagnie déborde toujours un peu sur la table, et il ondule et il gargouille tout à fait comme un animal qui serait posé sur ses genoux, et l’oncle regarde l’écran noir de la télévision et il dit, dommage qu’elle ne marche par la télé quand même. »

« Il est peut-être important de préciser que nous ne nous asseyons jamais en face de l’oncle, la place en face de l’oncle étant réservée aux invités que l’on veut mettre à l’épreuve, aux nouvelles amoureuses de mon frère, par exemple, à toutes sortes de jeunes gens trop polis pour se révolter, car dîner en face de l’oncle c’est accepter de partager sa nourriture, je veux dire que c’est accepter les trombes de postillons qu’il vous partage à la figure, en effet l’oncle est très bavard, et ce surtout avec les nouveaux venus, ceux qu’il s’agit de mettre à l’aise. »

« Il y a une marche à l’entrée de la chambre de l’oncle, et ma mère a failli tomber car il y avait près de vingt ans qu’elle n’avait passé cette porte, et ma mère en relevant la tête s’est exclamée : quelle horreur ! et mon frère lui n’a rien dit, il avait les yeux qui brillaient, et ma mère a répété quelle horreur, et moi j’avais envie de faire demi-tour, et ma mère a encore dit quelle horreur, et je suis restée sur la marche dans le nuage de poussière qu’avait soulevé ma mère en trébuchant, et j’ai bien regardé les yeux de mon frère et la chambre de l’oncle. »

La carte postale / Anne Berest

Ce roman est tiré d’une histoire vraie, celle d’Anne Berest et de sa famille. Sa mère reçoit en 2003 une mystérieuse carte postale comportant uniquement quatre prénoms : Ephraïm, Emma, Noémie, Jacques. Qui a bien pu envoyer cette carte ? Elle crée un malaise. Personne ne sait quoi en faire et finalement Lélia, la mère d’Anne, la range dans un tiroir, l’oublie. Jusqu’au jour où la fille d’Anne reçoit une remarque antisémite dans la cour de récréation. Cet événement fait remonter des souvenirs à Lélia qui insiste auprès d’Anne afin qu’elle s’occupe de cette histoire. Quant à Anne, elle repense à cette carte anonyme et ressent le besoin de trouver l’expéditeur bien des années plus tard. C’est comme un pacte conclu entre elles. Anne pose de nombreuses questions à sa mère qui n’a pas toujours envie d’y répondre. Lélia lui ouvre ses archives, car elle a déjà fait des recherches sur sa famille, sur sa mère, Myriam, qui n’a pas voulu répondre à ses questions de son vivant. C’est ce qu’on appelle le silence des survivants, qui traumatise les générations suivantes.

Elles déroulent alors l’histoire de la famille Rabinovitch, des Juifs fuyant la Russie en 1919 et désirant s’installer en France. Ce sont les grands-parents, la tante et l’oncle de la mère de Lélia, ainsi que Myriam, qui sont pris dans la tourmente de l’Histoire : arrestation, déportation, humiliation, etc.

Dans une seconde partie, une fois l’histoire familiale racontée. Anne poursuit ses recherches. Elle échange des lettres avec sa mère et sa sœur, Claire, pour essayer de comprendre, d’éclaircir son raisonnement. Elle n’a pas eu d’éducation religieuse et se demande ce que signifie la judéité. C’est aussi sa recherche identitaire qu’on lit dans ces pages. Un roman sur les choix de vie, sur les hasards et le destin. Elle parle très bien de cette 3ème génération qui voit encore surgir le poids de ce passé douloureux au sein de leur famille. Il y a un côté psycho-généalogie, où l’autrice fait le parallèle entre ses aïeux et elle. Anne et Claire Berest sont toutes les deux devenues écrivaines, réalisant le désir leur grand-tante Noémie, écrire.

Ce roman représente un travail de 4 ans pour Anne Berest. Il est très documenté. On en apprend beaucoup sur cette période, notamment sur le retour des déportés. Il nous oblige à regarder en face cette tragédie. Il se lit comme un roman, le lecteur est pris dans les recherches d’Anne, dans ses questionnements. Anne Berest a une très belle plume, sensible et humaine. Elle nous tient en haleine tout le long des 500 pages. On s’attache à la famille Rabinovitch.

J’ai eu un gros coup de cœur pour ce roman passionnant et bouleversant, à faire lire à tout le monde, aux jeunes aussi, pour ne pas oublier. Anne Berest rencontre actuellement de nombreux lycéens dans le cadre du prix Goncourt des lycéens entre autres. Et comme les jeunes ont toujours un très bon goût, ils lui ont décerné le Prix Renaudot des lycéens. Bravo !

Le bandeau comporte la fameuse carte postale, j’espère que votre exemplaire a bien son bandeau, ce serait dommage de vous priver de ce document.

Un VLEEL sera bientôt disponible sur Youtube, où vous pourrez apprécier la générosité et le talent de cette autrice.

Note : 5 sur 5.

« L’indifférence concerne tout le monde. Envers qui aujourd’hui, es-tu indifférente ? Pose-toi la question. Quelles victimes, qui vivent sous des tentes, sous des ponts d’autoroute, ou parquées loin des villes, sont tes invisibles ? Le régime de Vichy cherche à extraire les Juifs de la société française, et y parvient… »

« J’allais avoir 40 ans.

Cette question du chemin parcouru à moitié explique aussi mon obstination à résoudre cette enquête, qui m’a occupée toute entière, jour et nuit, pendant des mois. J’avais atteint cet âge où une force vous pousse à regarder en arrière, parce que l’horizon de votre passé est désormais plus vaste et mystérieux que celui qui vous attend devant. »

« Ma grand-mère, seule survivante après la guerre, n’est plus jamais entrée dans une synagogue. Dieu était mort dans les camps de la mort. »

« Comment savoir que l’on est en vie, si personne n’est le témoin de votre existence ? »

« Il ne faut pas que je les oublie, sinon il n’y aura plus personne pour se souvenir qu’ils ont existé. »

Bel abîme / Yamen Manai

Yamen Manai à travers un jeune homme de 15 ans, nous montre un visage de Tunis peu enviable, une bien triste réalité. Il faut dire que le père, docteur en civilisation arabo-musulmane, se soucie peu de ses enfants. C’est la mère qui pourvoit aux besoins de la famille. Entre les brimades à l’école et les coups du père sous les yeux de la mère qui ne dit rien, il se réfugie alors dans les livres. Jusqu’au jour où il trouve un chiot et décide de s’en occuper. Malgré le désaccord de ses parents, à qui il tiendra tête, il vivra trois merveilleuses années avec Bella. Cette chienne lui apportera tout l’amour et la confiance qui lui avaient manqués jusque-là pour se construire et grandir. Et puis un jour son père lui donne de l’argent pour aller au cinéma. Il ne lui a jamais rien offert. Il se méfie et finit par accepter et réalise un de ses rêves. Mais à son retour il déchante vite et comprend que son père lui a joué un mauvais tour. Bella n’est plus là. Il part à sa recherche mais c’est déjà trop tard. La colère et la folie s’empare de lui.

Le roman est constitué des conversations avec son avocat commis d’office et le psychiatre chargé d’évaluer son état mental. Il n’a pas sa langue dans sa poche. Avec une sacrée répartie et intelligence, il répond à leurs questions et leur raconte comment il en est venu à tirer sur son père puis sur d’autres personnes, tous coupables. Il parle de la violence qui régit son pays, du manque d’avenir pour les jeunes, de la place des femmes dans la société.

En 110 pages, il raconte son amour pour sa chienne Bella et sa haine pour les hommes politiques notamment. Les agents municipaux sont chargés de tuer à coups de fusils, dans les rues, la nuit, les chiens errants « pour que la rage ne se propage pas dans le peuple ».

Un court roman percutant, qui n’est pas sans rappeler le livre d’Émilienne Malfatto, « Que sur toi se lamente le Tigre », également paru chez Elyzad. Chaque phrase claque. Chaque mot est essentiel. J’ai eu un gros coup de cœur pour ce roman puissant qui m’a totalement chavirée.

Dans ma PAL se trouve « L’Amas ardent », le précédent roman de Yamen Manai, qui a reçu de nombreux prix en 2017. L’avez-vous lu ?

[Edit du 15/06/2022] Ce roman a reçu le Prix Orange du Livre Afrique 2022 !

Note : 5 sur 5.

Incipit :

« Maître Bakouche ? Vous plaisantez ? Vous pouvez me cogner, comme l’ont fait tous les autres, mais je ne vous appellerai pas maître. Vous pouvez vous brosser, je ne le dirai pas, je ne suis pas votre chien. Monsieur, c’est tout ce que je vous dois, et encore, c’est parce que je ne vous connais pas. Peut-être en vous connaissant mieux, je finirai par vous appeler l’enculé.

Que je me calme ? Détrompez-vous. Calme, je le suis. Ne croyez pas, à cause de ma gueule retournée, que je suis échaudé pour autant. Vous êtes là pour m’aider ? Permettez-moi d’en douter. Vous ne me connaissez ni d’Eve ni d’Adam, et vous voulez m’aider ? Les êtres les plus proches m’ont toujours enfoncé, alors comprenez bien que j’ai du mal à croire à la main tendue d’un inconnu. »

« Mon avenir était déjà condamné bien avant tout ça. Pourquoi ? Parce que je suis né ici, dans ce pays, parmi ces gens, parmi vous. Comment expliquer alors que trente jeunes du quartier se sont jetés dans la mer s’ils avaient un avenir ici ? »

« Je n’ai pas tiré ces balles au nom d’Allah mais au nom de Bella. Les islamistes, je ne peux pas les encadrer, ce sont des enculés comme les autres. Ils disent que les chiens sont impurs et que les femmes doivent rester à la maison à s’occuper des mioches. Mais moi je sais que les chiens sont purs et que sans le travail de ma mère, on aurait crevé la dalle. Ce n’est pas mon père qui allait nous mettre quoi que ce soit dans le bec. Non, je ne suis pas islamiste. Je suis juste musulman. Enfin je crois. Des fois je prie, et d’autres pas. L’envie de parler au bon Dieu, c’est comme l’envie de parler aux gens, ça va, ça vient. »

« Quel âge j’ai ? Quinze ans. Cela vous étonne ? à me voir et à m’entendre parler, je fais plus ? ça, c’est indépendant de ma volonté, je ne l’ai pas choisi, pas plus que dans son arbre, un fruit choisit d’être ou non irrigué par le soleil. C’est la vie qui a décidé pour moi et je peux vous dire qu’à l’intérieur, je me sens vieux de mille ans.

Oui, je suis de la banlieue sud de Tunis. La banlieue populaire ? Vous êtes gentil, populaire c’est pas vraiment le mot, pourrie conviendrait mieux. »

« Ok, lire ne rend pas immortel, je vous l’accorde, mais ça rend moins con, et ça, c’est déjà beaucoup. »

« Dans le quartier, je n’étais pas le seul gamin à prendre des baffes. Sous mes yeux, les profs en ont humilié et tapé des centaines. Gifles, coups de bâton, coups de pied, mots qui cognent, phrases qui blessent. Tous, du primaire au lycée, et les exceptions, je vous le jure, je les compte sur les doigts d’une main. Vous savez, les profs ne tombent pas du ciel, ils ne sont pas déposés à nos portes par des cigognes, c’est une production locale, marquée comme tout le monde par le sceau de la violence. »

« La vérité c’est qu’on ne mérite pas d’avoir des animaux dans ce pays, même pas des chiens, même pas des mouches. On devrait rester entre nous, entre monstres. »

« La vérité, c’est qu’on ne mérite pas une si belle nature. La vérité, c’est qu’on ne mérite pas un si beau pays. »

« Tu l’aimes ce chien ? Plus que les gens. Prends-en soin alors, Allah aime ceux qui prennent soin de Ses créatures. Passez donc voir mes darons, et les autres darons du quartier, et même les profs. Dites-leur ça. Rappelez-leur que les enfants aussi sont des créatures d’Allah. »

« Je n’ai jamais reproché à mon père d’être un pauvre fils de pauvre, mais je lui en veux d’être un pauvre de cœur, de ne pas avoir compris où était la vraie richesse. Être bon pour sa famille est plus important que la façade qu’on construit pour les autres et pour laquelle son propre sang subit la négligence, le désamour et la rancune. »

« Avez-vous déjà vu des hommes courir pour leur vie, docteur Latrache ? Ben les chiens, c’est pareil, sauf que ça se passe à quatre pattes. Dans leurs yeux se lit la même peur, le même effroi. Ils ont le regard de celui qui ne comprend pas pourquoi il n’y a plus dans cette putain d’immensité un minuscule bout de terre pour exister. Au nom de quoi doit-on lui ôter la vie ? »

« Ma peine, celle au fond de mon cœur, ne sera jamais allégée. Mais tant qu’il y a des souvenirs et tant qu’il y aura des livres, je ferai mieux que survivre. Vous savez, la tête, c’est une cheminée, la vie un long hiver et les souvenirs et les livres, des morceaux de bois. En trois ans avec Bella, j’ai glané de quoi faire du feu. Mais par Dieu, dites-leur de m’enfermer avec des livres. Promettez-moi des livres, du bois sacré pour les nuits de solstice. Dites-leur de ne pas s’en faire, que cette requête ne ruinera personne. Dans ce monde de façades, ce qu’il y a de plus précieux est ce qui coûte le moins. Un livre, une étreinte, et l’amour, l’amour, ne serait-ce que celui d’un chien. »

Élise sur les chemins / Bérengère Cournut

Voici un roman atypique. Il est écrit en vers libres, comme un long poème, sans point, qui n’est pas sans rappeler le livre de Marie Testu également publié aux éditions du Tripode (mon éditeur chouchou).

Bérengère Cournut est une écrivaine dont j’apprécie beaucoup la plume. Elle s’inspire ici de Jacques Elisée Reclus, géographe et écrivain du 19ème siècle et de son livre « Histoire d’un ruisseau ».

La narratrice est une jeune fille, Elise. Elle vit au sein d’une famille nombreuse, dans la forêt, à l’écart. Les enfants appellent leur mère Zéline ou Féline et leur père Jacques ou le Lion. La mère leur fait l’école dans la forêt.

Elisée et Onésime, les deux grands frères partent étudier l’horticulture. La famille attend avec impatience leurs lettres pour avoir de leurs nouvelles.

Entre peur et désir de liberté, Elise va partir à la rencontre de ses frères. Ce sera le début d’un voyage et d’une aventure, sorte de conte initiatique. Elle rencontre d’abord la Vouivre qui lui parle de ses cousines dont il faut se méfier et lui donne quelques conseils pour les neutraliser. Il y a Mélusine, Ondine, Ophélie, les anguilles et les vipères. On ne sait pas à quelle époque se déroule ce roman mais peu importe, il suffit de se laisser porter par les mots de l’autrice.

J’ai adoré ce roman onirique, faisant la part belle à l’imaginaire, parsemé de légendes et de créatures fantastiques mythologiques. Tout en poésie, Bérengère Cournut fait une ode à la nature. Le lecteur est invité à réfléchir à son rapport à la nature, à son environnement, ses choix de vie.

La couverture est sublime ; les rabats se déplient et forment un tableau. L’illustration a été réalisée par Corinne Pauvert.

Bérengère Cournut et son éditeur Frédéric Martin étaient les invités d’un VLEEL à l’Hôtel littéraire Gustave Flaubert à Rouen. La captation vidéo sera bientôt disponible sur la chaîne Youtube !

Note : 4.5 sur 5.

Incipit :

« Je suis une fille, je m’appelle élise
Je suis née il y a onze ans
Au flanc d’une colline boisée
Les pieds dans un ruisseau
La tête dans les bouleaux
Enfant des arbres, fille de l’eau

Bien entendu j’ai aussi de vrais parents
Ma mère s’appelle Zéline
Mon père Jacques
Mais on dit plus volontiers
Féline et le Lion
quand ils sortent les griffes
Ou font les yeux ronds

Ensemble ils ont déjà huit enfants
Dont certains déjà grands
Elisée et Onésime ont dix-sept ans et dix-neuf ans
Louise seize – c’est la plus belle d’entre nous –
Marie vient juste après, elle a quatorze ans
Moi, onze je l’ai déjà dit, Anna neuf et Elise six
La plus jeune s’appelle bébé Suzanne
Et nous avons aussi un âne »

« Depuis que nos frères sont partis
Le Lion travaille dur
A ses cultures, à son jardin
Zéline n’a plus que six petits
A laver-nourrir-instruire
Alors elle a décidé que non
Elle ne ferait plus l’école à la maison

Nous partons le matin dans les bois
Notre mère marche en tête sur le sentier étroit
Une chanson aux lèvres, un bâton à la main

Nous traversons des taillis, des clairières
Nous empruntons plusieurs chemins
Jusqu’à le Sommière – petit mont chauve
entouré de charmes, de trembles
De frênes et de noisetiers

Zéline aime cet endroit
Les oiseaux l’aiment aussi
L’air y est parfumé
Le sol moelleux
L’herbe et les mousses
Grasses et généreuses

Tout autour, les arbres forment
Une couronne de dentelle
D’où coule une lumière douce
C’est ici, dans ce lieu qui l’apaise
Que Zéline nous apprend à déchiffrer
Les plantes autant que les livres
Les pierres autant que la poésie »

« Je le sais maintenant :
Pour s’orienter, les rêves sont grands. »

Mille nuits, plus une / Victor Pouchet

A Jaipur, le mahârâja Sheyhavan décide qu’il est temps pour son fils de se marier. Le prince Vivek n’a pas envie de choisir parmi toutes les princesses qu’on lui présente. Il préfère jouer au polo et acheter de nouveaux chevaux. Pour que son père le lâche, il donne le nom de la fille du jardinier. Et voilà Shakti propulsée de son tracteur au palais. Une toute autre vie l’attend, faite de protocoles et de contraintes. Au début c’est plutôt agréable. Peu à peu son rôle devient pesant. Elle s’échappe en écrivant. Elle raconte alors ses journées de princesse sur un blog. Le vizir la surveille de près et dénonce tous ses faits et gestes au mahârâja qui trouve que tout cela n’est pas convenable. Elle se voit retirer tout moyen d’écrire. Elle tente alors de s’échapper et se retrouve enfermée. Chaque soir un nouveau bourreau est envoyé pour la tuer. Et chaque soir elle réchappe à la mort en racontant une histoire à son bourreau.

Victor Pouchet revisite les contes des mille et nuits, notamment le personnage de Shéhérazade, en version moderne, et c’est très réussi. J’ai adoré les histoires insérées, comme celle de Harry Potter, tous les clins d’œil aux histoires du 20ème – 21ème siècles et à son éditrice Hélène Millot. Le vieux et le nouveau monde s’affrontent à Jaipur…

Le livre est merveilleusement illustré par Kilhoffer. Une magnifique ode à la lecture, à l’écriture, au pouvoir des récits racontés, à la littérature qui redonne de l’espoir ou libère. Finalement, on aime tous qu’on nous raconte des histoires, peu importe notre âge.

Ce roman compte 91 pages. Il est publié dans la collection Médium, donc destiné aux jeunes à partir de 12 ans. Je pense qu’il peut être lu par des enfants plus jeunes, déjà bons lecteurs, comme ma fille qui va avoir 10 ans. Elle est d’ailleurs en train de le dévorer !

Victor Pouchet écrit également pour les adultes. J’avais notamment lu et aimé « Autoportrait en chevreuil » paru chez Finitude en 2020 et dans ma PAL se trouve « La grande aventure : roman-poème » (Grasset, 2021).

Merci à l’école des loisirs pour le service de presse dans le cadre du VLEEL.

Note : 5 sur 5.

« Chakti passe la journée dans cette cellule humide, seule, sans rien boire ni manger. Quand enfin elle voit le soleil se coucher par l’embrasure, elle entend un cliquetis de serrure. Il fait sombre mais ses yeux se sont habitués. Un homme entre, il a les cheveux ras, des petits yeux enfoncés dans leurs orbites et sa chemise est ouverte sur un corps musculeux. C’est le bourreau envoyé par le vizir. Il avance lentement vers elle et pose un pistolet sur sa tempe. Le métal glacial de l’arme la fait frissonner, elle sent sa mort toute proche et tombe à genoux.

– Je vous en supplie ! crie-t-elle. Accordez-moi une faveur !

– Dis toujours, répond le bourreau.

– Laissez-moi… laissez-moi raconter une histoire. Je en demande rien d’autre. Après, je vous laisserai faire ce que vous avez à faire.

L’homme, étonné, hésite. Il s’éloigne à l’autre bout de la pièce. Puis, le pistolet toujours pointé sur elle, il lui fait signe :

– Parle !

– C’est l’histoire d’un petit garçon, commence Shakti. Il est orphelin, il porte des lunettes rondes et vit en Angleterre, chez son oncle et sa tante, avec son cousin, des gens bêtes et méchants. On le fait vivre dans un placard à balais sous l’escalier. Mais un jour, il apprend qu’il va entrer dans la prestigieuse Ecole des sorciers.

Shakti s’interrompt un instant à peine.

– Et après ? lui demande le bourreau.

– S’il est orphelin, c’est que le plus puissant, le plus cruel et le plus redoutable de tous les sorciers a tué ses parents, continue-t-elle. Dans le monde des sorciers, on l’appelle « Celui-dont-on-ne-doit-pas-dire-le-nom ». Mais juste avant de mourir, ils ont lancé un sort pour protéger leur fils. Grâce à cela, lorsque le sorcier maléfique a voulu le tuer, son sort a ricoché et il a été lui-même anéanti. Ça a laissé au jeune garçon une cicatrice en forme d’éclair en haut du front et l’a rendu très célèbre dans le mondes des sorciers, même s’il ne le sait pas encore. Mais la disparition de Celui-dont-on-ne-doit-pas-dire-le-nom n’était que provisoire. Déjà, il rassemble ses forces et s’apprête à revenir. Sa vengeance sera terrible.

– Et ensuite ?

Shakti raconte encore. Le bourreau la relance sans cesse, son arme n’est plus pointée sur elle. »

La plus secrète mémoire des hommes / Mohamed Mbougar Sarr

Voici LE roman incontournable ces jours-ci puisqu’il vient d’obtenir le Prix Goncourt 2021. J’avais commencé à le lire avant l’annonce du prix. J’avoue avoir eu quelques difficultés à entrer dans le roman. C’est un roman choral, de multiples voix s’emmêlent pour raconter l’histoire de cet écrivain TC Elimane et de son livre paru en 1938, le « Labyrinthe de l’inhumain ». Il m’a fallu un peu de concentration pour rassembler les morceaux du puzzle et comprendre quel personnage prenait la parole au fil des chapitres. En effet, le narrateur n’est pas toujours identifiable, en tout cas pas dès la première phrase et cela peut perturber la lecture. Je me suis laissée prendre par le roman dans la deuxième partie quand Siga D. raconte l’histoire de sa famille au Sénégal, celle de son père plus précisément, Ousseynou Koumakh. C’est la partie la plus romancée, sorte de conte où plane un soupçon de magie noire.

Plusieurs personnes enquêtent sur cet écrivain, Elimane, accusé de plagiat. Cette affaire va être retentissante à l’époque et produire de nombreux articles dans la presse. Elle va même pousser la maison d’édition à retirer tous les livres de la vente, avant de fermer. L’auteur disparaît, ne fait aucun commentaire ou démenti. Un mystère plane autour de lui. Puis la guerre arrive et bouleverse tout.

Le roman s’ouvre en 2018 avec un jeune auteur sénégalais, Diégane Latyr Faye qui est obsédé par ce livre et veut savoir ce qui est arrivé à Elimane. Il partage ce livre introuvable avec un cercle de jeunes auteurs africains. Ensuite se succèdent les témoignages de Marème Siga D., l’Araignée-mère, de Brigitte Bollème, journaliste qui a publié une enquête sur ce livre, de Thérèse Jacob, l’éditrice, et de la poétesse Haïtienne, sorte de bienfaitrice de Siga D. qui a connu Elimane.

Elimane est insaisissable. Toute la vie de Diégane tourne autour de cette quête. Il se pose de nombreuses questions sur le sens de la littérature et de l’écriture, sur la relation des pays colonisés avec les pays colonisateurs, la culture blanche et sa suprématie sur la culture africaine. Il cherche à savoir dans ces nombreux témoignages ce qui relève de la légende et la part de vérité.

Je comprends le choix du Goncourt. Ce roman est intelligent, drôle, dense. L’écriture est belle. Un roman original et atypique mais qui ne conviendra pas à tous les lecteurs. Le risque étant d’en perdre quelques-uns dans la première partie.

Note : 4 sur 5.

« Je vais te donner un conseil : n’essaie jamais de dire de quoi parle un grand livre. Ou, si tu le fais, voici la seule réponse possible : rien. Un grand livre ne parle jamais que de rien, et pourtant, tout y est. Ne retombe plus jamais dans le piège de vouloir dire de quoi parle un livre dont tu sens qu’il est grand. Ce piège est celui que l’opinion te tend. Les gens veulent qu’un livre parle nécessairement de quelque chose. La vérité Diégane, c’est que seul un livre médiocre ou mauvais ou banal parle de quelque chose. Un grand livre n’a pas de sujet et ne parle de rien, il cherche seulement à dire ou découvrir quelque chose, mais ce seulement est déjà tout, et ce quelque chose aussi est déjà tout. »

« un hasard n’est jamais qu’un destin qu’on ignore. »

« Est-ce que les choses ont changé aujourd’hui ? Est-ce qu’on parle de littérature, de valeur esthétique, ou est-ce qu’on parle des gens, de leur bronzage, de leur voix, de leur âge, de leurs cheveux, de leur chien, des poils de leur chatte, de la décoration de leur maison, de la couleur de leur veste ? Est-ce qu’on parle de l’écriture ou de l’identité, du style ou des écrans médiatiques qui dispensent d’en avoir un, de la création littéraire ou du sensationnalisme de la personnalité ?

W. est le premier romancier noir à recevoir tel prix ou à entrer dans telle académie : lisez son livre, forcément fabuleux. »

Mise à feu / Clara Ysé

J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire et comprendre dans quel monde évoluaient les personnages. Et puis je me suis laissée prendre par l’écriture de Clara Ysé, chanteuse qui publie son premier roman. J’ai accepté de ne pas tout comprendre et de me laisser porter par les mots.

Ce roman a un côté fantastique. Il s’ouvre avec une mère appelée l’Amazone et ses deux enfants, Nine et Gaspard. Ils ont un animal avec lequel ils communiquent et qui fait partie intégrante de la famille, une pie nommée Nouchka. Un soir de fête, leur maison brûle. Les enfants sont ensuite confiés à leur oncle, le Lord. Un homme violent, porté sur l’alcool. Gaspard n’a pas confiance en lui et le voit comme une menace surtout pour sa petite sœur. Ils l’évitent au maximum et s’enferment dans leur chambre. De temps en temps ils reçoivent une lettre de leur mère. Elle leur dit qu’elle prépare la maison pour leur retour. Quand les travaux seront terminés, ils pourront revenir habiter avec elle. Pendant 8 ans, ils reçoivent régulièrement ces lettres et les lisent ensemble selon un rituel.

On les voit grandir sans repère, évoluer, tenir tête à leur oncle. Un groupe de jeune gens gravite autour d’eux.

Je ne vous en dirais pas plus sur ce roman initiatique pour ne pas divulgâcher. On a l’impression de se trouver parfois dans un conte avec cette pie qui communique avec eux et les protège. C’est tout sauf un roman classique, et il peut dérouter certains lecteurs par son univers singulier.

Ce n’est pas un coup de cœur pour moi, mais j’ai trouvé l’écriture vraiment très intéressante, poétique et onirique. Une nouvelle voix en littérature française est née. A suivre.
Clara Ysé a reçu le prix littéraire de la vocation 2021.

Note : 3 sur 5.

Incipit :

« Avant mes six ans, c’est le soleil.
Quelque chose de pur, de frais, de vivant.
Gaspard, l’Amazone, Nouchka et moi. Unis.
Jusqu’à l’incendie.
Gaspard, mon frère, mon aîné de deux ans.
Il portait des lunettes rondes et vivait dans un univers parallèle, dont l’Amazone, Nouchka et moi avions la clé. »

Ultramarins / Mariette Navarro

Ce roman d’atmosphère avec un brin de fantastique a déjà conquis plus d’un lecteur. Je me suis laissée prendre à mon tour par cette histoire de marins et de renaissance.

Contre toute attente, la commandante d’un cargo accepte la requête de son équipage : une baignade en plein océan, comme un moment suspendu. Elle stoppe le bateau, les appareils anti-collisions et attend les hommes partis nager. Sauf qu’à leur retour ils ne sont pas 20 mais 21 ! Elle, d’habitude si rigoureuse et maîtrisant tout, laisse le doute s’immiscer dans leur quotidien. Puis une brume épaisse s’installe, le bateau ralentit. Personne ne trouve d’où vient la panne. L’angoisse commence à monter au sein de l’équipage. Chacun racontant une légende sur des bateaux disparus…

Entre voyage intérieur et récit initiatique, le navire prend corps. Il respire, prend le contrôle. Ou n’était-ce que leur imagination ?

Voici un premier roman envoûtant et original qui sort du lot de cette rentrée littéraire.
Un certain mystère plane dans ces quelques 145 pages, mais je retiens surtout l’écriture poétique de Mariette Navarro : une parenthèse de douceur bien appréciée !

La couverture réalisée par Hugues Vollant est magnifique et très bien choisie.

« Ultramarins » figure parmi les 5 finalistes du prix Hors Concours 2021.

Note : 4.5 sur 5.

« Ils tracent un cercle à la surface, on dirait qu’ils prennent la mer pour du papier, leurs bras pour les compas de leur enfance. »

« Il y a les vivants, les morts, et les marins.
On peut respirer encore et être déjà mort. On peut être discret, terriblement vivant. On peut porter la mer en soi, en n’ayant jamais senti l’odeur du sel, en n’ayant même jamais quitté la campagne ou la ville.
On sait quand on est mort ou quand on est marin, même rivé au sol. On sait quand on dérive, quand on passa à côté. Quand le sol n’est pas ferme sous les pieds. On sait quand on est d’ici sans en être, et toujours appelé au départ. »

« Voilà ce qu’était ce grondement. Voilà ce qui depuis des jours ronronnait sous ses pieds, sous son lit. C’est un cœur qui bat au-dessous du sien. Elle l’entend maintenant si nettement que ça l’émeut un peu. Quand le cargo prend de la vitesse, ça bat de plus en plus fort. C’est parcouru de joies et de rages, pour un peu ça hurlerait. Ça fulmine. Ça n’arrête pas de souffler.
Elle écoute ce corps. Elle qui n’a jamais écouté le sien. »

« Tranquillement, le bateau continue à fendre les vagues et les bancs de poissons, ronronnant toujours son chant mécanique, pris d’une autonomie, seulement, qui rend les humains vains, et qui le leur fait comprendre. »

« Il écrit qu’aujourd’hui il a frôlé les abysses, qu’il a caressé le vertige en plongeant en pleine mer, en nageant comme un enfant. »

Les vieux fourneaux / Wilfrid Lupano et Paul Cauuet

Quelle joie de retrouver cette bande de vieillards délurés ! J’adore l’humour de cette série.
Cette fois-ci c’est Mimile qui demande à Antoine et Pierrot de le rejoindre en Guyane tous frais payés, où quelques surprises les attendent.

Il sera aussi question de la succession de Francine. L’association est sur la sellette, va-t-elle pouvoir continuer à occuper ses locaux ?

Dans ce tome on parle protection de la nature, de capitalisme et toujours de petits vieux anarchiques.

Pierrot retrouve une camarade qui était amoureuse de lui mais ne se souvient pas d’elle. En tout cas Blandine a l’air d’être un sacré personnage, peut-être la reverrons-nous dans le prochain tome. Car oui, la série n’est pas finie, il y a une suite !

En attendant, j’ai vu l’adaptation cinématographique avec Pierre Richard (Pierrot), Eddy Mitchell (Emile) et Roland Giraud (Antoine). J’ai passé un bon moment, dans le prolongement de la BD.

Note : 5 sur 5.