La carte postale / Anne Berest

Ce roman est tiré d’une histoire vraie, celle d’Anne Berest et de sa famille. Sa mère reçoit en 2003 une mystérieuse carte postale comportant uniquement quatre prénoms : Ephraïm, Emma, Noémie, Jacques. Qui a bien pu envoyer cette carte ? Elle crée un malaise. Personne ne sait quoi en faire et finalement Lélia, la mère d’Anne, la range dans un tiroir, l’oublie. Jusqu’au jour où la fille d’Anne reçoit une remarque antisémite dans la cour de récréation. Cet événement fait remonter des souvenirs à Lélia qui insiste auprès d’Anne afin qu’elle s’occupe de cette histoire. Quant à Anne, elle repense à cette carte anonyme et ressent le besoin de trouver l’expéditeur bien des années plus tard. C’est comme un pacte conclu entre elles. Anne pose de nombreuses questions à sa mère qui n’a pas toujours envie d’y répondre. Lélia lui ouvre ses archives, car elle a déjà fait des recherches sur sa famille, sur sa mère, Myriam, qui n’a pas voulu répondre à ses questions de son vivant. C’est ce qu’on appelle le silence des survivants, qui traumatise les générations suivantes.

Elles déroulent alors l’histoire de la famille Rabinovitch, des Juifs fuyant la Russie en 1919 et désirant s’installer en France. Ce sont les grands-parents, la tante et l’oncle de la mère de Lélia, ainsi que Myriam, qui sont pris dans la tourmente de l’Histoire : arrestation, déportation, humiliation, etc.

Dans une seconde partie, une fois l’histoire familiale racontée. Anne poursuit ses recherches. Elle échange des lettres avec sa mère et sa sœur, Claire, pour essayer de comprendre, d’éclaircir son raisonnement. Elle n’a pas eu d’éducation religieuse et se demande ce que signifie la judéité. C’est aussi sa recherche identitaire qu’on lit dans ces pages. Un roman sur les choix de vie, sur les hasards et le destin. Elle parle très bien de cette 3ème génération qui voit encore surgir le poids de ce passé douloureux au sein de leur famille. Il y a un côté psycho-généalogie, où l’autrice fait le parallèle entre ses aïeux et elle. Anne et Claire Berest sont toutes les deux devenues écrivaines, réalisant le désir leur grand-tante Noémie, écrire.

Ce roman représente un travail de 4 ans pour Anne Berest. Il est très documenté. On en apprend beaucoup sur cette période, notamment sur le retour des déportés. Il nous oblige à regarder en face cette tragédie. Il se lit comme un roman, le lecteur est pris dans les recherches d’Anne, dans ses questionnements. Anne Berest a une très belle plume, sensible et humaine. Elle nous tient en haleine tout le long des 500 pages. On s’attache à la famille Rabinovitch.

J’ai eu un gros coup de cœur pour ce roman passionnant et bouleversant, à faire lire à tout le monde, aux jeunes aussi, pour ne pas oublier. Anne Berest rencontre actuellement de nombreux lycéens dans le cadre du prix Goncourt des lycéens entre autres. Et comme les jeunes ont toujours un très bon goût, ils lui ont décerné le Prix Renaudot des lycéens. Bravo !

Le bandeau comporte la fameuse carte postale, j’espère que votre exemplaire a bien son bandeau, ce serait dommage de vous priver de ce document.

Un VLEEL sera bientôt disponible sur Youtube, où vous pourrez apprécier la générosité et le talent de cette autrice.

Note : 5 sur 5.

« L’indifférence concerne tout le monde. Envers qui aujourd’hui, es-tu indifférente ? Pose-toi la question. Quelles victimes, qui vivent sous des tentes, sous des ponts d’autoroute, ou parquées loin des villes, sont tes invisibles ? Le régime de Vichy cherche à extraire les Juifs de la société française, et y parvient… »

« J’allais avoir 40 ans.

Cette question du chemin parcouru à moitié explique aussi mon obstination à résoudre cette enquête, qui m’a occupée toute entière, jour et nuit, pendant des mois. J’avais atteint cet âge où une force vous pousse à regarder en arrière, parce que l’horizon de votre passé est désormais plus vaste et mystérieux que celui qui vous attend devant. »

« Ma grand-mère, seule survivante après la guerre, n’est plus jamais entrée dans une synagogue. Dieu était mort dans les camps de la mort. »

« Comment savoir que l’on est en vie, si personne n’est le témoin de votre existence ? »

« Il ne faut pas que je les oublie, sinon il n’y aura plus personne pour se souvenir qu’ils ont existé. »

3 commentaires sur « La carte postale / Anne Berest »

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