Le parfum des cendres / Marie Mangez

Voici un premier roman qui se démarque dans cette rentrée littéraire. Il se situe quelque part entre le roman de Süskind, « Le Parfum », et la série TV « Six feet under ». Bienvenue dans le monde de Sylvain Bragonard, thanatopracteur ou embaumeur si vous préférez. Bienvenue… enfin il faut le dire vite, car il n’est pas très bavard. Alice en fait les frais tous les jours. Étudiante en anthropologie, elle écrit une thèse sur les thanatopracteurs et le suit depuis quelques semaines. Avec lui, on plonge dans les odeurs, ceux des morts, mais je vous rassure ce n’est pas du tout morbide. Sylvain possède un nez extraordinaire.

Alice est l’inverse de Sylvain. Elle est extravertie, spontanée, gaffeuse, parle beaucoup, tout le temps. Elle va essayer de le faire sortir de son silence. Elle utilisera pour cela la musique, choisissant avec soin des morceaux de tous genres et observera ses réactions. Et puis elle ira voir la famille de Sylvain à son insu pour tenter d’en savoir davantage.

J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman. Je l’ai d’ailleurs dévoré très vite, voulant connaître le secret de Sylvain. Finalement l’un comme l’autre ont leur part de mystère et cachent quelque chose. Deux êtres fait pour se rencontrer et se bousculer. Les personnages, bien que caricaturaux, sont attachants. Il y a un côté comédie dans cette histoire qui pourtant dissimule un drame.

Le style ne m’a pas particulièrement marquée. Il y a de nombreuses phrases imagées ou faites d’expressions. En tout cas c’est très fluide, ça se lit tout seul ! A noter tout de même la belle performance littéraire pour traduire les odeurs en mots.

Note : 3.5 sur 5.

Incipit :

« Bernadette était allongée, paupières fermées, les bras sagement étendus le long du corps. Au cœur de ses joues sillonnées de rides, légèrement affaissées, on distinguait le creux des fossettes, centres névralgiques d’un visage encore animé par des années de sourire. Visage arborant désormais une expression sereine – Bernadette attendait que l’on s’occupe d’elle, remettant placidement son enveloppe charnelle aux soins d’autres mains que les siennes.

Sylvain la contempla avec tendresse. D’un mouvement délicat, le pinceau alla caresser les lèvres de la vieille femme minutieuse et colorante. Rouge grenat. Teinte identique à celle du tailleur que la famille avait préparé pour elle. »

« L’ouverture de la housse, c’était toujours un moment spécial. On ne savait jamais exactement à quoi s’attendre. Instant Kinder Surprise. »

« Il faisait parfois des bad trips de Ju’, quand les choses allaient trop loin, quand il se laissait embarquer, en un rire, dans ses plans foireux.

Et là, c’était un putain de bad trip qui durait depuis quinze ans… »

« Du vieux journal, répéta-t-il, avec une pointe d’impatience. Quand le papier jaunit et commence à s’émietter, vous savez… ça dégage un genre d’odeur suave et humide, très légèrement plus sucrée que les vieux bouquins mais c’est la même famille, la cellulose en décomposition, c’est très fin et délicat, cette odeur, léger comme la poussière et dense à la fois… Vous voyez ses mains (il tendit le bras vers le cadavre), vous voyez son visage : du parchemin desséché, c’est un corps d’intellectuel, du papier il en a bouffé toute sa vie et ça ressort par tous ses pores, vous sentez ? 

[…]

– La bergamote…» Il sourit. « Ça pétille, la bergamote, c’est frais et acidulé, raffiné aussi, sociable et un peu espiègle… »

« Giselle, parfum chaleureux et végétal, la lourde et capiteuse puissance du patchouli sur ces bras massifs, plutôt flasques, bardés d’hématomes, des bras faits pour serrer –  éventuellement pour étouffer – et pour s’agiter avec expressivité… Une drama queen à l’orientale, le patchouli, fragrance liquoreuse, séductrice et entière, qu’on aime ou qu’on déteste, une note de fond, facilement entêtante, avec tendance notoire à s’incruster. Et puis aussi, en humant bien, quelque chose d’autre… quelque chose de plus tendre et léger, une note de tête, aérienne, fragile : le lilas. »

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