Mille nuits, plus une / Victor Pouchet

A Jaipur, le mahârâja Sheyhavan décide qu’il est temps pour son fils de se marier. Le prince Vivek n’a pas envie de choisir parmi toutes les princesses qu’on lui présente. Il préfère jouer au polo et acheter de nouveaux chevaux. Pour que son père le lâche, il donne le nom de la fille du jardinier. Et voilà Shakti propulsée de son tracteur au palais. Une toute autre vie l’attend, faite de protocoles et de contraintes. Au début c’est plutôt agréable. Peu à peu son rôle devient pesant. Elle s’échappe en écrivant. Elle raconte alors ses journées de princesse sur un blog. Le vizir la surveille de près et dénonce tous ses faits et gestes au mahârâja qui trouve que tout cela n’est pas convenable. Elle se voit retirer tout moyen d’écrire. Elle tente alors de s’échapper et se retrouve enfermée. Chaque soir un nouveau bourreau est envoyé pour la tuer. Et chaque soir elle réchappe à la mort en racontant une histoire à son bourreau.

Victor Pouchet revisite les contes des mille et nuits, notamment le personnage de Shéhérazade, en version moderne, et c’est très réussi. J’ai adoré les histoires insérées, comme celle de Harry Potter, tous les clins d’œil aux histoires du 20ème – 21ème siècles et à son éditrice Hélène Millot. Le vieux et le nouveau monde s’affrontent à Jaipur…

Le livre est merveilleusement illustré par Kilhoffer. Une magnifique ode à la lecture, à l’écriture, au pouvoir des récits racontés, à la littérature qui redonne de l’espoir ou libère. Finalement, on aime tous qu’on nous raconte des histoires, peu importe notre âge.

Ce roman compte 91 pages. Il est publié dans la collection Médium, donc destiné aux jeunes à partir de 12 ans. Je pense qu’il peut être lu par des enfants plus jeunes, déjà bons lecteurs, comme ma fille qui va avoir 10 ans. Elle est d’ailleurs en train de le dévorer !

Victor Pouchet écrit également pour les adultes. J’avais notamment lu et aimé « Autoportrait en chevreuil » paru chez Finitude en 2020 et dans ma PAL se trouve « La grande aventure : roman-poème » (Grasset, 2021).

Merci à l’école des loisirs pour le service de presse dans le cadre du VLEEL.

Note : 5 sur 5.

« Chakti passe la journée dans cette cellule humide, seule, sans rien boire ni manger. Quand enfin elle voit le soleil se coucher par l’embrasure, elle entend un cliquetis de serrure. Il fait sombre mais ses yeux se sont habitués. Un homme entre, il a les cheveux ras, des petits yeux enfoncés dans leurs orbites et sa chemise est ouverte sur un corps musculeux. C’est le bourreau envoyé par le vizir. Il avance lentement vers elle et pose un pistolet sur sa tempe. Le métal glacial de l’arme la fait frissonner, elle sent sa mort toute proche et tombe à genoux.

– Je vous en supplie ! crie-t-elle. Accordez-moi une faveur !

– Dis toujours, répond le bourreau.

– Laissez-moi… laissez-moi raconter une histoire. Je en demande rien d’autre. Après, je vous laisserai faire ce que vous avez à faire.

L’homme, étonné, hésite. Il s’éloigne à l’autre bout de la pièce. Puis, le pistolet toujours pointé sur elle, il lui fait signe :

– Parle !

– C’est l’histoire d’un petit garçon, commence Shakti. Il est orphelin, il porte des lunettes rondes et vit en Angleterre, chez son oncle et sa tante, avec son cousin, des gens bêtes et méchants. On le fait vivre dans un placard à balais sous l’escalier. Mais un jour, il apprend qu’il va entrer dans la prestigieuse Ecole des sorciers.

Shakti s’interrompt un instant à peine.

– Et après ? lui demande le bourreau.

– S’il est orphelin, c’est que le plus puissant, le plus cruel et le plus redoutable de tous les sorciers a tué ses parents, continue-t-elle. Dans le monde des sorciers, on l’appelle « Celui-dont-on-ne-doit-pas-dire-le-nom ». Mais juste avant de mourir, ils ont lancé un sort pour protéger leur fils. Grâce à cela, lorsque le sorcier maléfique a voulu le tuer, son sort a ricoché et il a été lui-même anéanti. Ça a laissé au jeune garçon une cicatrice en forme d’éclair en haut du front et l’a rendu très célèbre dans le mondes des sorciers, même s’il ne le sait pas encore. Mais la disparition de Celui-dont-on-ne-doit-pas-dire-le-nom n’était que provisoire. Déjà, il rassemble ses forces et s’apprête à revenir. Sa vengeance sera terrible.

– Et ensuite ?

Shakti raconte encore. Le bourreau la relance sans cesse, son arme n’est plus pointée sur elle. »

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