Aujourd’hui c’est l’anniversaire de mon blog ! Déjà un an que j’ai démarré ce projet : partager avec vous mes lectures et surtout mes coups de cœur. Quand je regarde les publications, je ne vois que de beaux souvenirs autour de romans et de BD. Je vois également de belles rencontres que ce soit ici ou sur les réseaux sociaux. Je ne regrette pas d’avoir ouvert ce blog. Vous êtes de plus en plus nombreux à me suivre. Merci à tous pour vos commentaires et vos « j’aime ». N’hésitez pas à me dire ce que vous aimez ou ce que vous n’aimez pas dans mes publications, ce que je pourrais faire pour l’améliorer, etc.
Pour fêter ce premier anniversaire et vous remercier, j’ai décidé d’organiser un concours et de vous faire gagner des pochettes pour vos livres, cousues par mes petites mains et dont vous pourrez choisir le tissu et la taille. Si ce concours vous tente, rendez-vous sur mon compte Instagram ou ma page Facebook !
Au plaisir de continuer nos échanges ici ou ailleurs !
Sous ce magnifique titre poétique se trouve une histoire qui vous emportera à travers le 20ème siècle et plusieurs pays. Ce roman commence comme un conte. Nous faisons la connaissance d’Anton Torvath, le personnage principal, et de sa famille. Il est tzigane et fait partie d’un cirque où il est dresseur de chevaux. Malheureusement ce « fils du vent » va traverser de terribles épreuves, notamment les ghettos en Pologne et les camps. Malgré la dureté et la réalité des faits racontés, impossible de lâcher ce roman et d’abandonner Anton. C’est un personnage tellement attachant, toujours optimiste, une belle âme. Il y a aussi le vieux Jag et son violon, des jeunes femmes très courageuses, etc.
La plume d’Alain Mascaro avance dans l’Histoire avec un souffle romanesque que j’ai beaucoup aimé. Un roman plein d’humanité qui rend hommage aux Tziganes, aux Juifs. L’auteur a parsemé les phrases de mots en langues étrangères qui permettent de se plonger davantage dans l’histoire. Un roman intéressant pour les adolescents, en tout cas qui plaira à un large public.
Le personnage de Chaim Rumkowski, doyen du ghetto de Lodz, a réellement existé. Certaines parties du livre sont véridiques et d’autres imaginées par l’auteur.
J’ai eu l’occasion de suivre une rencontre très intéressante (VLEEL) avec Alain Mascaro et son éditeur Alexandre Civico. Elle sera bientôt disponible sur Youtube et en podcast. Ce premier roman est un véritable coup de cœur. Il augure d’autres magnifiques romans à venir et je m’en réjouis.
« Avant que le monde ne se ferme » a reçu le Prix Première Plume 2021 décerné par le Furet du Nord.
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 5 sur 5.
Incipit :
« Tout commença dans la steppe, dans le cercle des regards qui crépitaient avec le feu de camp. La voix du violon de Jag planait par-dessus l’hiver immobile qui parfois arrêtait le cœur des hommes. »
« Ainsi l’enfance ne fut qu’errance et mouvement, à la lenteur d’une paire de chevaux tirant une roulotte, la parfaite vitesse pour prendre la mesure du monde. »
« Oui, Anton eut le temps de s’imprégner de la beauté. Il la recueillait en lui au fil des chemins, il s’en nourrissait, il l’espérait sans cesse et sans cesse elle venait. Pourtant il savait qu’un jour elle lui serait retirée. Johann l’avait dit, son père le disait, Jag et les livres aussi. C’était dit, c’était écrit. L’histoire des hommes était ainsi faite qu’on ne pouvait pas faire un pas sans s’embourber dans un charnier. »
« On s’était habitué à la mort à une vitesse effrayante. On s’était habitué à laisser les proches sur une charrette, sans cérémonie, presque sans pleurs. On était comme anesthésié, hébété. La mort était devenue banale. »
« L’idée de la mort de ses parents – et encore moins la sienne – ne lui faisait pas peur, non, c’était la souffrance de l’autre qui était abominable. La mort était abstraite, inimaginable, on ne savait pas de quoi elle était faite ; peut-être de néant, d’un incommensurable vide ; en tout cas, c’est ce qu’elle laissait chez les vivants. La souffrance, elle, avait une épaisseur, un visage, et en luttant de toutes ses forces peut-être pouvait-on la chasser, ou simplement la soulager. »
Un premier roman drôle, multi-sélectionné par des prix littéraires, publié par les éditions L’Iconoclaste, avec un bandeau d’Amélie Nothomb qui dit que c’est « un délice irrésistible », bref je n’ai pas tergiversé très longtemps avant de le commander.
Mais je dois dire que le personnage principal m’a un peu agacée à ne parler que de son mari. « Mon mari » par-ci, « mon mari » par-là ! Heureusement le roman prend une autre tournure à partir du jeudi ! Mais je ne divulgacherai rien !
En incipit, elle nous le dit clairement :
« Je suis amoureuse de mon mari. Mais je devrais plutôt dire : je suis toujours amoureuse de mon mari. J’aime mon mari comme au premier jour, d’un amour adolescent et anachronique. Je l’aime comme si nous venions de nous rencontrer, comme si nous n’avions aucune attache, ni maison, ni enfants. »
Elle a un amour maladif pour son mari qui la pousse à le surveiller, à interpréter tous ses gestes et ses paroles pour déceler quoi ? peut-être qu’il l’aime plus qu’elle ne l’aime ou l’inverse ! Tout le monde lui dit qu’elle a un mari parfait. Elle lui tend des pièges, imagine des scénarios sur d’hypothétiques fautes, bref elle est « follement amoureuse de son mari » depuis 15 ans. Elle aime surtout l’idée d’être mariée et pense ne pouvoir exister sans ce statut. L’autrice pose quelques questions féministes l’air de rien et nous embarque dans l’histoire de cette femme qui pense tout contrôler dans sa vie.
Quand on regarde la couverture du roman, je trouve qu’elle a un côté « Desperate Housewives ». Sa vie est effectivement comme celle des héroïnes de la série TV : parfaite. Elle est professeure d’anglais en lycée et traductrice.
« Excepté mes démangeaisons inexpliquées et ma passion dévorante pour mon mari, ma vie est parfaitement normale. Rien en déborde. Aucune incohérence. Aucune manie. »
Le roman est rythmé par les jours de la semaine. Le lundi n’est pas son jour préféré. Chaque jour est associé à une couleur. Son état d’âme varie également en fonction du jour de la semaine, si bien qu’on se demande comment elle sera le dimanche ! La tension monte doucement mais sûrement. On se demande comment va finir cette histoire !
En tout cas le roman se conclut de façon totalement inattendue. C’est original, déroutant mais je n’ai pas hurlé de rire. Je dis souvent que tout le monde n’a pas le même sens de l’humour. Et vous, avez-vous ri à gorge déployée ou simplement souri comme moi ?
Un très bon premier roman de cette rentrée littéraire.
[Edit du 19/10/2021] Ce roman a reçu le Prix du Premier Roman 2021.
« J’aime nos enfants, c’est une évidence. Je les aime, mais il est également très clair que j’aurais préféré ne pas les avoir. Je les aime, mais j’aurais préféré vivre seule avec mon mari. Aujourd’hui, je crois pouvoir dire avec certitude que je survivrais à la mort de l’un de nos enfants mais pas à celle de mon mari. »
⭐⭐⭐⭐
Note : 4 sur 5.
« Mais quand j’ai eu des enfants, je ne suis jamais passée à l’étape suivante. Je n’ai jamais changé de catégorie pour devenir mère.
Alors je fais de mon mieux, mais la plupart du temps je suis trop occupée à être amoureuse pour être une bonne mère. »
Ce roman était dans ma PAL (pile à lire) depuis quelques semaines, relégué au plus bas de la pile avec la rentrée littéraire, c’est un VLEEL (Varions les éditions en live) qui l’a fait remonter en première position !
Cette rencontre du 12 septembre était dédiée aux éditions Gorge bleue, petite maison d’édition indépendante strasbourgeoise. La lecture d’un extrait du roman par l’autrice a achevé de me convaincre de le lire et comme il est court, 131 pages entrecoupées de silences (pages blanches), je l’ai dévoré !
J’ai fait la rencontre d’Anna, le personnage principal de cette histoire. Elle est météorologue et vit sur un bateau, près de Brest, où elle effectue sa mission. Soudainement son employeur l’envoie à Strasbourg où ses compétences sont requises. Une tempête ne faiblit pas sur le Grand Est, éprouvant ses habitants. Anna n’a pas très envie d’y aller. Elle est originaire de cette région. Elle a pour ainsi dire fui sa famille, notamment sa grand-mère Albane qui lui a légué sa maison. Un secret émerge autour d’Albane et de son passé marqué par la guerre.
Le roman alterne entre des passages avec narrateur et d’autres à la première personne, où Anna se livre. Un roman intime qui fait le portrait d’une jeune femme apeurée mais qui aimerait s’épanouir. Vous y trouverez des métaphores, des correspondances entre les éléments naturels et les émotions d’Anna.
J’ai adoré l’écriture poétique de Marie Sélène. Je me suis laissée bercer par ses mots. Je me suis attachée à Anna. Elle évolue et fini par mettre des mots sur sa douleur. J’ai trouvé tous les personnages secondaires intéressants et la rencontre avec le libraire est magnifique, mais chut, je ne vous en dis pas davantage. Le vent est un personnage à part entière. L’autrice a su créer une atmosphère particulière. Un peu de fantastique plane sur ce roman, mais n’ayez crainte, il est là pour sublimer l’histoire. Une belle découverte !
« Portée par le vent, Anna traverse machinalement Strasbourg, sans l’observer du tout. Elle ne remarque pas que le mois de mars n’a pas vu l’ombre d’un bourgeon, que les murs de la ville sont devenus aussi gris que le ciel à force de poussière, que la pluie s’infiltre dans les sols, comme une promesse de faire dériver les habitations, à la manière d’un bateau en pleine mer qui se serait laissé surprendre par le temps. Anna ferme les yeux encore un peu sur le monde, non pas pour éviter de prendre la mesure des dégâts, mais simplement pour repousser encore le moment où elle réalisera que l’océan est loin. »
« Cet homme paraissait être la première personne à me saisir, et j’aurais pu être vexée qu’il y arrive avant moi. S’il avait une carrure imposante et un certain âge, une finesse folle se glissait dans les plis de sa silhouette. On aurait dit Alain Bashung qui aurait mangé Paul Eluard. Aussi curieux que cela puisse paraître, je n’avais pas ressenti le besoin de faire sa connaissance, c’était comme si c’était déjà fait. Cet homme en noir, si j’avais eu une ombre, j’aurais voulu que ce soit lui. »
« Le soir, je m’assieds en tailleur sur mon lit, et j’imagine la lumière du couchant disparu qui arrive entre mes yeux. Une bonne excuse pour les fermer et ressentir ce qu’il y a là dans ma bulle, dans cet espace en moi sous moi autour de moi au dessus de moi et au-delà. C’est toujours quand je ne bouge plus que je ressens le mouvement. Il n’y a pas que la terre qui tourne, il y a toutes mes pensées qui volent. Je me focalise sur toi, je sens une chaleur et ensuite un grand bruit. Tout devient sourd, et quand j’ouvre les yeux, c’est toujours la tempête. Il fait toujours nuit. Nuit noire la nuit, nuit grise le jour. »
Un nouveau roman de Valérie Tong Cuong est toujours une bonne nouvelle. Avant sa parution, je me réjouissais déjà de retrouver sa plume, certaine de lire une histoire qui me toucherait en plein cœur, comme ses autres romans. Bref, une autrice chouchou !
Je n’ai pas été déçue. Une fois commencé, impossible de lâcher ce roman. Valérie Tong Cuong alterne le passé et le présent du personnage principal, Anne. Une femme qui a l’air d’avoir une vie parfaite et de nager dans le bonheur. Elle est pharmacienne, mariée à Hugues, fils de bonne famille . Ils vivent dans une villa avec piscine et vue imprenable. Leur fils, Léo va passer son bac dans quelques semaines. Son avenir s’annonce bien. Enfin ça c’est le tout début du roman, avant que Léo ne soit arrêté par la police. Pour Anna, c’est le début d’une descente aux enfers. Elle pensait pouvoir tout contrôler. C’est certainement une erreur. Son fils est le plus gentil des garçons. Elle est prête à tout pour le sortir de cette situation, pour que tout redevienne comme avant, sous contrôle.
On sent dès le départ qu’Anne a été traumatisée par quelque chose dans son passé. Elle a fui son passé, ses parents. Elle s’est construit une autre vie. Valérie Tong Cuong parsème des éléments au fur et à mesure qu’on avance dans le roman. C’est prenant et surtout on se pose des questions ; comment est-ce que je réagirais si mon enfant était arrêté ? Chaque personne a ses secrets, parfois bien cachés, quels sont-ils ? Est-ce que je connais vraiment cette personne ? On ressent parfaitement toutes les émotions d’Anna et c’est vertigineux !
Un roman que je vais chaudement recommander aux lecteurs et largement prêter à mes collègues !
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 5 sur 5.
« Si Anna Gauthier avait dû, pour une quelconque raison, résumer son existence jusqu’à ce jour, elle aurait probablement dessiné une ligne brisée composée de trois segments. Le premier aurait figuré son enfance et son adolescence – lorsqu’elle y pensait, elle avait cette image dégoûtante d’un colon entortillé et son ventre entrait en torsion, lui rappelant la lutte féroce et sans merci qu’elle avait menée pour y survivre et la manière dont elle avait appris à défier la terreur, à cautériser ses blessures, à fabriquer ses premiers masques. Elle avait réussi. Elle s’était extraite, exfiltrée, à force de sacrifices, de ténacité, portée par l’évidence qu’elle n’avait rien à perdre.
La deuxième aurait représenté sa vie de jeune adulte, ses années d’université, sa rencontre avec Hugues, leur mariage suivi de la naissance de Léo, son emploi à la pharmacie, l’aménagement de leur maison. Autrement dit son œuvre, construite patiemment, guidée par la volonté farouche de s’élever – et par conséquent d’élever entre cette nouvelle vie et l’ancienne de solides remparts. A cette époque, elle avait accédé à une première expérience de liberté, exaltante mais voilée, polluée par la conscience que cette liberté demeurait conditionnelle, puisque tous les liens n’étaient pas rompus.
Voilà pourquoi le troisième segment aurait débuté au décès de sa mère, survenu à l’automne 2007, deux ans après celui de son père. Lors des obsèques, dans le cimetière déserté, Anna avait ressenti un immense soulagement en même temps qu’un profond chagrin. Ce n’était pas seulement sa mère que l’on enterrait, mais l’enfant et l’adolescente qu’elle avait été. Ce n’était pas une tombe qui était scellée sous ses yeux, mais l’ultime porte d’accès aux fantômes ricanants. »
« L’accomplissement d’Anna Gauthier s’est fondé sur la combinaison de deux principes : éliminer autant que possible l’incertitude et donner à voir ce qui est attendu. »
Ce court roman raconte l’histoire de Marie, une jeune femme qui vient d’apprendre que son mari, Paul, a eu un accident et se trouve dans le coma. On ne sait pas quand il sortira de ce coma ni les séquelles. Le monde de Marie s’effondre. Elle ne veut plus voir personne, fait le vide autour d’elle. Elle réalise que toute sa vie tourne autour de son couple. Paul est publicitaire. Il rêve de devenir écrivain mais n’a jamais écrit un livre. Elle a toujours perçu une ombre en lui. Quand elle tombe sur ses écrits, son journal intime, elle ne peut s’empêcher de les lire. Elle comprend qu’un secret familial le ronge. Elle part alors en quête de ce secret qui va la mener en Italie. Ce voyage va finalement l’éloigner de Paul et sera synonyme de renaissance pour elle. Marie va prendre une décision radicale en rapport avec le titre.
La quatrième et dernière partie du roman donne la parole à Paul. Sorti du coma, il se reconstruit et n’accepte pas la décision de Marie. Dans une sorte de mise en abîme, le narrateur, Paul, écrit pour tenter de combler les blancs des mois qu’il a passés dans le coma et reconstituer le parcours de Marie.
C’est un roman doux, à l’écriture délicate. Lu rapidement, j’ai enchaîné les pages afin de connaître la suite. Je me suis attachée à Marie et j’aurais voulu passer encore un peu de temps avec elle, savoir ce qu’elle est devenue après son évanouissement. J’ai aimé accompagner Marie dans son cheminement intérieur. Un bon premier roman dont j’espère retrouver la plume de l’autrice lors d’une autre rentrée littéraire.
Merci Babelio et Buchet Chastel pour cette lecture
⭐⭐⭐⭐
Note : 4 sur 5.
« Il en allait probablement souvent ainsi de ces récits qui traversent les familles et les générations sans que personne, par pudeur, indifférence, crainte ou peur, ne cherche à questionner derrière les quelques mots invariablement énoncés la véritable nature de l’histoire ni les destins abîmés des protagonistes. »
« Marie se demanderait bientôt si l’existence n’était pas plus intéressante lorsqu’à la durée des choses on lui oppose la densité qu’accompagne la brièveté. »
« Au cours de ce voyage, elle se faisait face, peut-être pour la première fois, prenait le temps de regarder, d’écouter, de sentir. Avant que l’accident n’impose un arrêt, elle s’était ces dernières années noyée avec Paul dans un flux devenu bientôt indistinct de sociabilité où un ami valait un autre ; un matériau interchangeable. Entre le travail et la vie sociale, Il fallait remplir l’agenda, combler le temps. C’était une manière facile, certainement paresseuse, de vivre ; celle partagée par beaucoup. »
Ce roman nous plonge dans la vie d’Antonin Artaud, notamment ses années d’internement en psychiatrie. C’est sa mère, Euphrasie Nalpas (1870-1952), qui raconte les souffrances de son fils sous la forme d’un journal.
Justine Lévy donne à entendre une voix singulière, celle d’une mère possessive, ravagée et démunie face aux douleurs de son « Nanaqui ». Elle dit le connaître mieux que n’importe qui et n’hésite pas à l’interner de force et à accepter le traitement par électrochocs.
Selon les phases il reconnaîtra sa mère ou pas, l’insultera. Elle ne baissera jamais les bras et continuera ses visites régulières. Malgré la faim et le rationnement, elle lui apportera un panier à chaque fois. Il faut dire que sur ses 9 enfants, elle en a perdu 6. A la mort de son mari, elle n’hésitera pas à monter à Paris pour s’occuper de son « Nanaqui ». Elle le retrouvera parfois dans des situations insoutenables pour une mère, tel un clochard mendiant dans la rue en haillons.
Le roman s’ouvre en 1920 et s’achève en 1948 à la mort du poète. On sent que Justine Levy s’est documenté. Elle dépeint la vie des artistes pendant la guerre, les amis d’Artaud partis en exil, au combat ou déportés comme Desnos. Ce sont d’ailleurs les amis d’Antonin Artaud, les « Antonistes », qui vont mettre fin à son internement. Justine Lévy a piqué ma curiosité. Je suis ensuite aller faire quelques recherches sur Antonin Artaud.
Un roman touchant sur un amour maternel dément.
Merci Netgalley et stock pour cette lecture qui m’a permis d’en savoir plus sur cet artiste.
⭐⭐⭐⭐
Note : 4 sur 5.
1930
Une grue, une cocotte qui se prend pour une poétesse, voilà ce qu’elle est, voilà ce qu’elles sont toutes ! Je ne supporterais pas qu’il l’épouse, ni qu’il en épouse une autre d’ailleurs. Personne ne le comprend comme moi, personne ne l’aime par cœur comme moi. J’ai toujours été là pour lui. Celle qui n’a pas compris sa douleur ne peut pas prétendre l’aimer. C’est mon Antonin, le mien, à moi, et s’il n’est pas à moi alors il n’est à personne, ah voilà que moi aussi je deviens folle de douleur, pourquoi un fils doit-il partir, quitter sa mère, personne ne sait le soigner comme elle, comme moi, comme une mère, personne n’a besoin de lui comme moi, ni de moi comme lui, personne ne me volera mon Antonin.
Aujourd’hui, il ne m’a pas reconnue. « Allez-vous-en, madame, partez. » Alors je suis partie – qu’est-ce que je pouvais faire d’autre ? Le bus, le ticket, la marche, jetée dehors comme une imposture, propulsée hors de cet asile de Ville-Evrard par un coup de pied dans le derrière administré par mon propre fils, je courais, je fuyais, plus du tout de crampes dans les jambes, zéro arthrose, zéro douleurs dans le dos ou dans la nuque, rien, plus de mère, plus d’enfant, juste du brouillard partout.
Je ne peux plus venir que deux fois par semaine, le jeudi et le dimanche, entre 13 et 15 heures. Ça me permet de faire la queue plus longtemps le mercredi pour le ravitaillement, et de grappiller deux ou trois choses en plus pour Nanaqui au marché noir. Mais bon ce n’est pas commode, cette guerre, avec mon arthrose. Et mon âge. Dans le bus je prie un peu. Je vérifie que j’ai bien tout mis dans mon cabas (les pommes de terre cuites, les citrons, le pain), que je n’ai pas oublié mon autorisation de visite à faire oblitérer par le surveillant général qui n’est pas très aimable non plus et qui ne me reconnaît, comme mon Antonin, qu’une fois sur deux, quand ça lui chante ou quand le chocolat le tente.
Je sais qu’on m’incrimine. Ça m’est égal. Je sais bien, moi, qu’il ne faut pas qu’il sorte. Qu’il n’est pas guéri. Qu’il fait semblant. Qu’il ne guérira pas. Qu’il n’a pas sa place dans la société des hommes indépendants, libres, qui travaillent. Je sais bien qu’il ne sera jamais indépendant ou autonome et que la liberté est bien trop dangereuse pour lui. J’en ai discuté avec les docteurs Ferdière et Latrémolière. Eux aussi estiment que faire sortir Antonin maintenant serait tout bonnement catastrophique.
Décidément j’aime tout ce qu’écrit et publie Cécile Coulon. Bref, une auteure chouchou que ce soit en poésie ou en roman.
En cette rentrée littéraire, elle nous offre un nouveau roman paru le 19 août et un recueil de poésie à paraître fin octobre. J’avais apprécié « Une bête au paradis », je me réjouissais donc de lire celui-ci qui se passe dans le Jura, fin du 19ème siècle. J’ai aimé retrouver la plume puissante et poétique de Cécile Coulon qui joue avec différents genres littéraires.
On découvre d’abord le personnage de Candre Marchère. Il a 5 ans et vient de perdre sa mère. Il sera ensuite élevé par leur bonne, Henria. C’est un riche propriétaire. Il possède des forêts dont il vend le bois. Il a épousé une première jeune femme, Aleth, qui est morte peu de temps après leur mariage. C’est un homme bon, pieux, attentionné et sensible, qui fera un très beau parti pour Aimée d’après son père.
Aimée, 18 ans, rencontre donc Candre en vue d’un mariage arrangé. Elle tombe sous son charme au fur et à mesure, contrairement à Claude, son cousin avec lequel elle a grandi.
Le roman se place du point de vue d’Aimée. Elle décrit son arrivée au domaine Marchère avec l’odeur caractéristique de résine des forêts. Tout l’oppresse. Elle a peur de cette première nuit avec Candre. Elle nous fait part de ses tourments et de ses doutes. Leur quotidien se révèle truffé de silences et de non-dits. Aimée sent que son mari lui ment. Et puis il y a aussi le fils de Henria, Angélin, un jeune homme muet qui l’intrigue.
Le roman monte en tension doucement mais sûrement. On assiste à un huis clos qu’on ne peut pas lâcher. C’est sûr, le domaine Marchère a des secrets et on a envie de les découvrir tout comme Aimée.
Il sera aussi question de musique, avec la venue d’une professeure de flûte traversière, Emeline. Un personnage qui aura également un rôle important dans le dénouement de l’intrigue. Mais je ne vous en dis pas plus.
Ce roman m’a fait penser au roman de Franck Bouysse, « Né d’aucune femme », que j’avais beaucoup aimé. Un signe supplémentaire qui me fait dire que c’est un roman qui devrait plaire à beaucoup de lecteurs et de lectrices.
Admirez la couverture, réalisée par Vincent Roché, avec en filigrane le visage d’une femme qui se découpe dans les branches des arbres.
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 4.5 sur 5.
« Aimée s’était habituée aux effluves de bois, elle s’en trouvait désormais rassurée ; comme on s’habitue au parfum d’une mère ou d’une nourrice, elle s’était remplis de ce fleuve invisible. L’air semblait avoir toujours reposé dans ce macérat d’herbe et d’écorces. Les jours d’orage l’odeur donnait le tournis, fatiguait les muscles, brouillait les idées. Les nuits passèrent vite et Aimée eut la sensation de n’avoir jamais connu d’autre parfum que celui des sapins, tout son corps tremblait de contenir ce que les bois laissaient derrière eux. Elle était pleine de la forêt. »
Un nouveau roman de Colombe Schneck, je ne pouvais pas passer à côté ! J’adore son écriture.
Esther et Héloïse sont devenues amies au collèges, elles se ressemblent. Elles fréquentent l’école alsacienne, une école privée parisienne. La narratrice, s’improvisant enquêtrice en sociologie, raconte leur enfance, puis adolescence dans un milieu aisé et les suit tout au long de leur vie. Elle compare leur environnement familial et nous explique que ce sont deux bourgeoises mais avec des nuances.
« Grâce à une plus fine observation, l’enquêtrice décèlera que, d’un strict point de vue sociologique, il existe entre ces deux petites bourgeoises de l’après 1968 des différences importantes. à Héloïse, on apprend, au petit-déjeuner, à utiliser un couteau à beurre pour se servir un morceau de beurre, qu’il faut poser non directement sur le pain, mais d’abord sur une petite assiette, à utiliser son propre couteau ensuite pour étaler le beurre sur le pain. Esther ne voit aucun inconvénient à utiliser son couteau, à le plonger dans le joli ramequin en argent ramené du Silver Vaults de Londres, pour ensuite l’étaler sur sa tartine, elle fait de même avec la confiture. Bref, elle est mignonne mais n’a aucune éducation. »
« Les parents d’Héloïse appartiennent à la grande bourgeoisie, à l’aristocratie par sa mère, quand l’origine sociale d’Esther est incertaine (immigrants juifs d’Europe de l’Est dont les enfants ont bénéficié d’une éducation publique de qualité). »
« Elles pensent que leur vie est normale, moyenne, équivalente à celle de nombreux Français, ni plus ni moins. Plus petite, Esther s’est même demandé si elle n’appartenait pas à la catégorie « plouc », invitée à déjeuner chez la petite X, la mère de son amie lui avait demandé son nom de famille, puis celui de sa mère, et avait hoché la tête de gauche à droite, elle n’avait jamais entendu parler de cette famille, elle était allée vérifier dans le Bottin mondain, puis dans le Who’s Who, rien. »
Si parfois elles se perdent de vue, séparées par leur vie (études, vie professionnelle, mariage, enfants, …), elles finissent toujours par se retrouver. Jusqu’au jour où Héloïse annonce à Esther qu’elle a un cancer. Esther se rend compte que ce n’est pas si facile, évident d’être amie avec quelqu’un de malade, en sursis. Alors qu’Héloïse paraît insouciante, a un nouvel amoureux, profite de la vie et voyage, Esther n’arrive pas à prendre de recul, sa vie amoureuse est un désastre.
« Héloïse et Esther se connaissent depuis qu’elles ont onze ans. Ensemble, c’est ce sujet, l’amour, plus que les élections, plus que le réchauffement climatique, plus que l’avenir du monde, qui leur importait. Elles n’étaient pas des filles cool, engagées, militantes, elles étaient des filles qui recherchaient l’amour des garçons. »
Il y a quelques passages plus féministes, sur les différences de salaires, sur les femmes travaillant et élevant les enfants, gérant tout le quotidien, fatiguées, alors que les maris rentrent tard et ont des exigences.
« L’enquêtrice, qui n’a pas pris sa retraite, passe une tête. Elle est déçue, elle espérait qu’Héloïse et Esther, vu leur éducation, vu leurs diplômes, vu leur milieu, vu leurs relations, échapperaient à leur condition de femmes, d’épouses, de mères. Elles ont trente, trente-cinq, quarante ans, la tête baissée, les épaules ramenées devant elles, elles sont silencieuses et écrasées. Elle en était persuadée, grâce à leur statut social, l’argent, elles seraient plus libres, moins aveugles, leurs maris plus modernes, le système moins étouffant pour elles, et elles seraient capables de se révolter, de trouver une autre place. L’argent et la classe n’y font rien, elles sont essorées par leur genre. »
Un roman court (147 pages) qui laisse plutôt le goût d’un livre dédié à une amie partie top tôt, d’ailleurs il est dédicacé « à la mémoire de mon amie Emmanuelle (1966-2018) ». Vous l’aurez compris, Esther est le double de Colombe Schneck.
Merci Netgalley et Stock pour cette lecture
⭐⭐⭐⭐
Note : 4 sur 5.
« On croit que le bourgeois, c’est l’autre, être bourgeois, c’est tellement mal vu, on connaît toujours plus bourgeois que soi. »
« Comment fait-on face à la mort quand elle est là, brute, sans artifice et qu’il n’y a rien pour lui échapper ? »
« La mort revient dans sa vie, mais les médecins n’emploient pas l’expression ̎ maladie mortelle ̎, ils utilisent ce langage étranger qu’il faut constamment traduire, ils évoquent ̎ le pronostic vital ̎, ̎ l’impasse thérapeutique ̎, ̎la létalité ̎ et nient que tout cela soit ̎engagé ̎. »
Après « à la vie ! », que j’avais adoré, je me suis précipité sur ce second tome de l’homme étoilé. Cette fois-ci il ne raconte pas des anecdotes sur les patients mais sa vocation de soignant en soins palliatifs. Un roman graphique plus intime, où il parle de sa famille et de ses sentiments. Toujours aussi humain et touchant, il se livre sur le monde de l’hôpital, sur son sentiment d’impuissance en service psychiatrique et nous révèle son secret : « écouter » !
Le trait est toujours le même, simple et efficace, tout en douceur. L’humour est toujours présent, et par-dessus tout cette sincérité qui le caractérise et qui fait qu’on l’aime.