Le silence qui cache la forêt / Marie Sélène

Ce roman était dans ma PAL (pile à lire) depuis quelques semaines, relégué au plus bas de la pile avec la rentrée littéraire, c’est un VLEEL (Varions les éditions en live) qui l’a fait remonter en première position !

Cette rencontre du 12 septembre était dédiée aux éditions Gorge bleue, petite maison d’édition indépendante strasbourgeoise. La lecture d’un extrait du roman par l’autrice a achevé de me convaincre de le lire et comme il est court, 131 pages entrecoupées de silences (pages blanches), je l’ai dévoré !

J’ai fait la rencontre d’Anna, le personnage principal de cette histoire. Elle est météorologue et vit sur un bateau, près de Brest, où elle effectue sa mission. Soudainement son employeur l’envoie à Strasbourg où ses compétences sont requises. Une tempête ne faiblit pas sur le Grand Est, éprouvant ses habitants. Anna n’a pas très envie d’y aller. Elle est originaire de cette région. Elle a pour ainsi dire fui sa famille, notamment sa grand-mère Albane qui lui a légué sa maison. Un secret émerge autour d’Albane et de son passé marqué par la guerre.

Le roman alterne entre des passages avec narrateur et d’autres à la première personne, où Anna se livre. Un roman intime qui fait le portrait d’une jeune femme apeurée mais qui aimerait s’épanouir. Vous y trouverez des métaphores, des correspondances entre les éléments naturels et les émotions d’Anna.

J’ai adoré l’écriture poétique de Marie Sélène. Je me suis laissée bercer par ses mots. Je me suis attachée à Anna. Elle évolue et fini par mettre des mots sur sa douleur. J’ai trouvé tous les personnages secondaires intéressants et la rencontre avec le libraire est magnifique, mais chut, je ne vous en dis pas davantage. Le vent est un personnage à part entière. L’autrice a su créer une atmosphère particulière. Un peu de fantastique plane sur ce roman, mais n’ayez crainte, il est là pour sublimer l’histoire. Une belle découverte !

La couverture est magnifique. Elle est signée Caroline Pageaud.

Note : 4 sur 5.

« Portée par le vent, Anna traverse machinalement Strasbourg, sans l’observer du tout. Elle ne remarque pas que le mois de mars n’a pas vu l’ombre d’un bourgeon, que les murs de la ville sont devenus aussi gris que le ciel à force de poussière, que la pluie s’infiltre dans les sols, comme une promesse de faire dériver les habitations, à la manière d’un bateau en pleine mer qui se serait laissé surprendre par le temps. Anna ferme les yeux encore un peu sur le monde, non pas pour éviter de prendre la mesure des dégâts, mais simplement pour repousser encore le moment où elle réalisera que l’océan est loin. »

« Cet homme paraissait être la première personne à me saisir, et j’aurais pu être vexée qu’il y arrive avant moi. S’il avait une carrure imposante et un certain âge, une finesse folle se glissait dans les plis de sa silhouette. On aurait dit Alain Bashung qui aurait mangé Paul Eluard. Aussi curieux que cela puisse paraître, je n’avais pas ressenti le besoin de faire sa connaissance, c’était comme si c’était déjà fait. Cet homme en noir, si j’avais eu une ombre, j’aurais voulu que ce soit lui. »

« Le soir, je m’assieds en tailleur sur mon lit, et j’imagine la lumière du couchant disparu qui arrive entre mes yeux. Une bonne excuse pour les fermer et ressentir ce qu’il y a là dans ma bulle, dans cet espace en moi sous moi autour de moi au dessus de moi et au-delà. C’est toujours quand je ne bouge plus que je ressens le mouvement. Il n’y a pas que la terre qui tourne, il y a toutes mes pensées qui volent. Je me focalise sur toi, je sens une chaleur et ensuite un grand bruit. Tout devient sourd, et quand j’ouvre les yeux, c’est toujours la tempête. Il fait toujours nuit. Nuit noire la nuit, nuit grise le jour. »

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