Deux petites bourgeoises / Colombe Schneck

Un nouveau roman de Colombe Schneck, je ne pouvais pas passer à côté ! J’adore son écriture.

Esther et Héloïse sont devenues amies au collèges, elles se ressemblent. Elles fréquentent l’école alsacienne, une école privée parisienne. La narratrice, s’improvisant enquêtrice en sociologie, raconte leur enfance, puis adolescence dans un milieu aisé et les suit tout au long de leur vie. Elle compare leur environnement familial et nous explique que ce sont deux bourgeoises mais avec des nuances.

« Grâce à une plus fine observation, l’enquêtrice décèlera que, d’un strict point de vue sociologique, il existe entre ces deux petites bourgeoises de l’après 1968 des différences importantes.
à Héloïse, on apprend, au petit-déjeuner, à utiliser un couteau à beurre pour se servir un morceau de beurre, qu’il faut poser non directement sur le pain, mais d’abord sur une petite assiette, à utiliser son propre couteau ensuite pour étaler le beurre sur le pain. Esther ne voit aucun inconvénient à utiliser son couteau, à le plonger dans le joli ramequin en argent ramené du Silver Vaults de Londres, pour ensuite l’étaler sur sa tartine, elle fait de même avec la confiture. Bref, elle est mignonne mais n’a aucune éducation. »

« Les parents d’Héloïse appartiennent à la grande bourgeoisie, à l’aristocratie par sa mère, quand l’origine sociale d’Esther est incertaine (immigrants juifs d’Europe de l’Est dont les enfants ont bénéficié d’une éducation publique de qualité). »

« Elles pensent que leur vie est normale, moyenne, équivalente à celle de nombreux Français, ni plus ni moins.
Plus petite, Esther s’est même demandé si elle n’appartenait pas à la catégorie « plouc », invitée à déjeuner chez la petite X, la mère de son amie lui avait demandé son nom de famille, puis celui de sa mère, et avait hoché la tête de gauche à droite, elle n’avait jamais entendu parler de cette famille, elle était allée vérifier dans le Bottin mondain, puis dans le Who’s Who, rien. »

Si parfois elles se perdent de vue, séparées par leur vie (études, vie professionnelle, mariage, enfants, …), elles finissent toujours par se retrouver. Jusqu’au jour où Héloïse annonce à Esther qu’elle a un cancer. Esther se rend compte que ce n’est pas si facile, évident d’être amie avec quelqu’un de malade, en sursis. Alors qu’Héloïse paraît insouciante, a un nouvel amoureux, profite de la vie et voyage, Esther n’arrive pas à prendre de recul, sa vie amoureuse est un désastre.

« Héloïse et Esther se connaissent depuis qu’elles ont onze ans. Ensemble, c’est ce sujet, l’amour, plus que les élections, plus que le réchauffement climatique, plus que l’avenir du monde, qui leur importait. Elles n’étaient pas des filles cool, engagées, militantes, elles étaient des filles qui recherchaient l’amour des garçons. »

Il y a quelques passages plus féministes, sur les différences de salaires, sur les femmes travaillant et élevant les enfants, gérant tout le quotidien, fatiguées, alors que les maris rentrent tard et ont des exigences.

« L’enquêtrice, qui n’a pas pris sa retraite, passe une tête. Elle est déçue, elle espérait qu’Héloïse et Esther, vu leur éducation, vu leurs diplômes, vu leur milieu, vu leurs relations, échapperaient à leur condition de femmes, d’épouses, de mères. Elles ont trente, trente-cinq, quarante ans, la tête baissée, les épaules ramenées devant elles, elles sont silencieuses et écrasées. Elle en était persuadée, grâce à leur statut social, l’argent, elles seraient plus libres, moins aveugles, leurs maris plus modernes, le système moins étouffant pour elles, et elles seraient capables de se révolter, de trouver une autre place. L’argent et la classe n’y font rien, elles sont essorées par leur genre. »

Un roman court (147 pages) qui laisse plutôt le goût d’un livre dédié à une amie partie top tôt, d’ailleurs il est dédicacé « à la mémoire de mon amie Emmanuelle (1966-2018) ». Vous l’aurez compris, Esther est le double de Colombe Schneck.

Merci Netgalley et Stock pour cette lecture

Note : 4 sur 5.

« On croit que le bourgeois, c’est l’autre, être bourgeois, c’est tellement mal vu, on connaît toujours plus bourgeois que soi. »

« Comment fait-on face à la mort quand elle est là, brute, sans artifice et qu’il n’y a rien pour lui échapper ? »

« La mort revient dans sa vie, mais les médecins n’emploient pas l’expression ̎ maladie mortelle ̎, ils utilisent ce langage étranger qu’il faut constamment traduire, ils évoquent ̎ le pronostic vital ̎, ̎ l’impasse thérapeutique ̎, ̎la létalité ̎ et nient que tout cela soit  ̎engagé ̎. »

 

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