Cette BD documentaire est inspirée de la vie de l’auteure, curieuse et gourmande.
Emma a un don pour le goût depuis toute petite. Elle est passionnée par la cuisine mais choisit des études de droit, relations publiques puis journalisme. Ensuite elle voyage beaucoup.
Son rêve est de devenir inspectrice du guide Michelin. Lorsqu’elle partait en vacances avec ses parents, ils emmenaient toujours leur guide Michelin pour choisir un restaurant. Aujourd’hui elle postule, passe un entretien et contre toute attente est embauchée. C’est la première femme à occuper ce poste.
Elle découvre des aspects inattendus de ce métier pas si facile :
9 repas / semaine au restaurant et chaque nuit dans un hôtel différent
pas de vie de famille
beaucoup de kilomètres, bref toujours sur les routes
30 minutes maximum par visite d’établissement (hôtels et restaurants), soit des visites à la chaîne
et le soir il faut encore rédiger les rapports des visites.
Quand elle est confrontée au quotidien difficile des restaurateurs, elle essaye de rester professionnelle.
Le roman graphique est divisé en 9 parties dont une au Japon. Elle y part en voyage et découvre la cuisine japonaise. Elle décrit avec émotion les plats. Toute la BD est une aventure sensorielle et humaine.
J’ai aimé la fraîcheur et la candeur d’Emma, ses réflexions sur sa vie (son petit ami) et son métier (entouré d’hommes, d’un certain âge). Face à ces hommes, elle est impressionnée mais ne se laisse pas démontée. Avec courage, persévérance, audace, inventivité, elle affronte les préjugés. Sa personnalité et son goût feront la différence.
De temps en temps un souvenir d’enfance refait surface à l’occasion d’un plat, et ce n’est qu’amour et tendresse qui surgissent. Cette BD est sortie sous forme de feuilleton au Japon, avec la dessinatrice Kan Takahama. Le scénario est co-écrit avec Julia Pavlowitch.
Laissez-vous tenter par cette invitation dans le monde de la gastronomie !
C’est l’histoire « d’un gang de filles décidant un jour de reprendre comme elles peuvent le contrôle de leur vie. » Elles se surnomment « les sorcières », elles s’appellent Lila, Nina, Inès, Leo, Louise et Mia. Leur point commun, malheureusement, est d’avoir été violées. Un premier roman dont la sororité est au cœur. Sa force est de donner à entendre la voix de ces jeunes femmes, la douleur de leur corps, leurs crises d’angoisse mais surtout leur rage et leurs peurs.
« Elle a juste une voix qui la hante et qui surgit régulièrement pour lui susurrer qu’elle est pourrie, mauvaise, et qu’elle ne peut faire confiance à personne. »
Ensemble elles vont imaginer une sorte de vengeance, leur remède pour aller mieux. Elle se mettent d’accord sur ce qui est « acceptable moralement ». « est-ce qu’on lui pète la gueule ou bien on détruit son appartement, ça vaut quoi un viol comme punition ? »
Ces « sœurs de galère » renoncent à la justice traditionnelle et préméditent donc des expéditions chez leur violeur. Elles dévastent un appartement en présence du mec et puis s’adressent à lui :
« Tu vois, pour Inès, y’a eu un avant et un après. Y’a des questions auxquelles elle peut que répondre en expliquant qu’elle a été violée, c’est comme ça, ça la suivra, tu vas dégager d’ici, et y’aura des questions auxquelles tu pourras rien répondre d’autre que je suis un sale pointeur. »
Elles taguent sur les murs de l’appartement « NON C’EST NON » et inscrivent sur sa boîte-aux-lettres « un de moins » en référence à « une de plus ». Je vous laisse imaginer la tête du type après leur passage !
En tout cas ces expéditions leur redonnent confiance, leur permettent de se sentir vivantes et de dormir enfin. Ce sera peut-être une solution pour commencer à se reconstruire.
Ce roman aborde également les dysfonctionnements de l’administration, de la police. « pourquoi on ne riposterait pas ? Pourquoi on garderait toute cette violence en nous, pourquoi est-ce qu’on dépenserait tant d’argent chez le psy, pour « canaliser la colère » sans jamais obtenir justice ni réparation ? »
Mia se rend au palais de justice pour écouter des audiences. Elle note dans un carnet les chiffres de chaque condamnation. Elle a besoin de comprendre. « pour voir ce qui valait plus qu’un viol : le vol d’un paquet de riz, d’un parfum, la revente de 20 grammes d’herbe, l’outrage à un agent, les violences volontaires avec moins de 7 jours d’ITT… »
Un livre dur, mais surtout nécessaire. Bravo Marcia Burnier pour votre courage et votre façon d’avancer. La couverture, réalisée par Marianne Acqua, est magnifique.
Merci aux 68 premières fois pour m’avoir fait découvrir ce premier roman que j’aurais certainement manqué.
« On vous retrouvera. Chacun d’entre vous. On sonnera à vos portes, on viendra à votre travail, chez vos parents, même des années après, même lorsque vous nous aurez oubliées, on sera là et on vous détruira. »
Un gros coup de cœur pour ce roman qui m’a replongée dans de lointaines vacances sur l’île de Ré !
Incipit :
« Je suis encore passé devant le monstre. C’est comme ça qu’on l’appelle chez nous. Il est chaque jour plus gros, il avance en bouffant la mer. Marcel répète qu’il ne faut pas baisser les yeux, qu’il faut regarder en face. Que rien ne peut plus l’arrêter mais qu’on doit rester digne. Sa voix tremble quand il parle du monstre. »
Quel est ce monstre ? Un pont ! Ce roman aborde la construction d’un pont pour relier le continent à une île. Synonyme de progrès, il amène aussi une nostalgie et un repli de la part de certains insulaires. Ce n’est pas rien d’être né et d’avoir vécu toute sa vie sur une île.
Martin Dumont nous embarque dans un chantier naval, celui de Marcel où travaillent Léni, Karim et Yann.
Le narrateur est Léni, jeune homme de 30 ans séparé de sa compagne Maëlys avec qui il a eu une fille, Agathe. Elles vivent sur le continent. Il voit sa fille tous les 15 jours et c’est à chaque fois un déchirement de la quitter à la fin du weekend. Il a peur qu’elle l’oublie.
Il rend visite toutes les semaines à sa mère placée en maison de soin depuis 2 ans. « Je ne suis pas capable de plus. » Elle ne parle plus, a peu de réactions, parfois il se demande si elle le reconnaît. Sa mère l’a élevé seul sur l’île.
Avec la crise, le chantier tourne moins bien, il y a moins de bateaux à réparer. Marcel ne les a pas payés depuis 3 mois. Un expert passe évaluer le prix du chantier. « Je savais que les temps étaient difficiles […] Pourtant, j’avais du mal à croire qu’il décide de jeter l’éponge. Ce chantier c’était sa vie. » Marcel est comme un père pour Léni, il lui a tout appris du métier, il l’a emmené sur la mer dès son plus jeune âge. Mais entre eux il y a toujours des non-dits, une certaine pudeur.
Et puis il y a le bar de Christine où les habitués se retrouvent pour boire un coup et jouer une partie de coinche. De temps en temps Christine décroche son accordéon du mur et se met à jouer et chanter Brel, Brassens, Ferré.
Les pêcheurs sont contre la construction de ce pont et au fil des discussions vont décider différentes actions, notamment un blocus. La tension monte. Le « meneur » des pêcheurs s’appelle Stéphane. Léni et Stéphane ont grandi ensemble.
« On rit, on s’embrouille même un peu, mais c’est jamais vraiment sérieux. Faut comprendre, c’est pas très grand chez nous. Quand tu prends une raclée, t’en entends parler pendant quelques jours. »
Et puis il y a l’arrivée de Chloé sur l’île pour un mois. Elle est photographe et vient faire un reportage sur la construction du pont, les derniers jours d’une île. Léni a bien envie de lui montrer les endroits à voir mais c’est comme toujours, il ne trouve pas les mots, doute, n’ose pas, trop timide. Léni est lui aussi une île ! « cette foutue incapacité d’aligner la moindre phrase dans les moments qui comptent. »
Ce roman sent bon les embruns ! « La marée était basse, je l’ai senti avant même d’arriver. Il n’y avait pas le moindre souffle de vent, la houle venait mourir sur les amas de goémon en formant des arcs d’écume. »
Cinq parties composent l’histoire. Chaque partie comporte un titre et une note technique liée à la construction du pont : fondations, piles, tablier, équipements, inauguration.
Je me suis attachée aux personnages. Un roman empli d’humanité, très émouvant, sur l’amour et l’amitié, la peur du changement. J’ai aimé l’ambiance de ce roman, l’écriture de Martin Dumont. D’ailleurs je m’en vais de ce pas lire son premier roman, « Le chien de Schrödinger ».
Il s’agit du deuxième roman des Avrils que je lis et que j’ai aimé, ça promet pour les prochaines sorties !
Merci aux 68 premières fois pour m’avoir fait découvrir cet auteur, qui va certainement devenir un de mes auteurs chouchous.
« Le soleil s’élevait sur l’horizon, illuminant les coques d’acier. J’apercevais la mer par-dessus le bras de terre qui protégeait le fleuve. J’ai cherché l’île et j’ai fini par deviner sa silhouette sur l’horizon. Belle et grave, tristement solitaire. En face, la côte s’étirait à l’infini. Le monde entier dansait dans la lumière naissante, une étendue immense qui répondait à l’île. Entre les deux une ombre filait au-dessus de la baie inondée de reflets orangés. Une ligne, à peine l’esquisse d’un lien entre les berges. Un trait d’union. »
Célia Samba est une jeune autrice de 22 ans. Écrivaine en herbe, elle a gagné un concours d’écriture organisé par Hachette Romans. Il s’agit d’un roman engagé pour « faire naître une réflexion et amener un changement positif ».
Les deux personnages principaux sont Noémia et Tristan.
Noémia, dite Mia, est une jeune femme fragile ayant subi un traumatisme dans son adolescence. Elle a 19 ans et étudie le droit à Paris. Elle partage une colocation avec son cousin, Valentin, et sa cousine, Joana, qui sont frère et sœur. La vie est « normale » pour eux, ils ont un logement, ils mangent à leur faim et font des études. Alors que Tristan, 23 ans, est SDF. C’est la période de noël, il fait très froid. Sa préoccupation quotidienne est de savoir où dormir.
Mia et Tristan se croisent tous les jours devant la gare ou le supermarché où il fait la manche. Elle tergiverse beaucoup, n’ose pas lui parler ou lui offrir à manger. Un soir, elle prend son courage à deux mains et va lui offrir une crêpe. Ainsi commence le début de leur amitié. Chacun s’enquérant de l’autre mais le fuyant aussi par honte ou en pensant le/la protéger.
L’histoire alterne entre les points de vue des différents personnages, on a les sentiments de chacun et on se rend compte que l’autre ne pense pas forcément la même chose. Tout est sujet à interprétation ou sert de carapace pour se protéger. Car chaque personnage a ses fêlures qui apparaissent au lecteur au fur et à mesure qu’il avance dans le roman.
L’histoire est touchante, les personnages attachants, même si je les ai trouvés stéréotypés. Présentée aussi comme une romance, une des questions de ce roman est « Peut-on tomber amoureuse d’un SDF ? »
L’autrice nous donne des bribes sur leur passé. On aimerait parfois avancer plus vite dans l’histoire. J’ai trouvé qu’il y avait quelques longueurs et notamment la scène dans le bar n’apporte pas grand-chose à l’histoire. Il y a parfois trop de personnages à mon goût, j’aurais préféré que le roman se recentre sur les 2 personnages principaux.
Ce qui m’a le plus intéressé, c’est la réflexion sur les sans-abris : les difficultés de la vie dans la rue, les dangers, la solitude, les barrières mentales qui naissent de cette situation, la perte de confiance en soi, l’image renvoyée aux autres.
Plus jeune, Célia Samba dit qu’elle n’était pas à l’aise avec les sans-abris et baissait la tête pour ne pas croiser leur regard. Puis cette phrase de l’abbé Pierre l’a touchée : « un sourire coûte moins cher que l’électricité, mais donne autant de lumière. » « Un soir, j’ai donné une crêpe à un monsieur SDF qui portait un bonnet Pikachu. De ce bref échange est né le désir d’écrire une histoire dont le personnage principal serait un sans-abri. »
Tout à la fin du livre, elle donne la parole à l’association La Cloche (« résonnons solidaire ») : www.lacloche.org. Quelques explications sont données sur cette association inclusive, les commerces solidaires et une sensibilisation au comportement à avoir quand on croise des personnes sans-abris afin de casser les clichés : « parce qu’on existe tous à travers le regard de l’autre ».
L’écrivaine propose deux fins aux lecteurs. J’aurais préféré qu’il n’y en ait qu’une seule mais je comprends sa démarche. Elle pousse le lecteur à se poser la question : Et vous, que feriez-vous ?
J’ai trouvé ce roman intéressant, une lecture agréable pour moi. Je suivrai avec plaisir cette jeune autrice.
Merci Netgalley et Hachette Romans pour cette lecture !
7 nouvelles écrites par des adolescents ont été sélectionnées et publiées dans le cadre du Prix Clara. J’ai eu la chance de gagner un exemplaire via un concours organisé par Lecteurs.com. Ce fut une lecture commune avec Geneviève (blog Mémo émoi), qui a également gagné un livre. Nous avons eu le même sentiment à la lecture de ces jeunes écrivains en herbe : quel talent !
J’ai été subjuguée par la qualité des nouvelles et le choix des sujets : guerre, violence, maltraitance, secret de famille, liberté, vérité, etc. Avec une impression de montée en puissance dans les nouvelles au fur et à mesure de l’avancée. Les genres littéraires sont multiples, il y en a pour tous les goûts !
Certains textes sont très touchants, d’autres amènent une réflexion. J’ai été impressionnée par la cinquième nouvelle, « les couleurs de la douleur » de Maéline Crépin Calanmou (17 ans). Les descriptions paraissent tellement réelles que j’en ressentais la peur et la douleur du personnage, insoutenable !
Bref, je suis agréablement surprise par cette jeunesse, comme souvent. D’ailleurs je me fie toujours aux excellents choix des lycéens pour les prix Goncourt et Femina.
Le prix Clara 2021 est actuellement ouvert. Les jeunes de 13 à 18 ans peuvent envoyer leur texte (40 000 signes maximum, espaces compris). Chaque année, Fleurus reçoit entre 300 et 400 nouvelles. Une cinquantaine est retenue pour ensuite être soumis à un jury de 10 personnes, dont le président est Erik Orsenna.
Merci à Lecteurs.com pour cette belle découverte !
Voici le premier roman de l’actrice et écrivaine Sarah Biasini, fille de Romy Schneider et Daniel Biasini. Si comme moi vous aimez les récits intimes, ce livre devrait vous plaire.
Sarah Biasini, 40 ans et jeune maman, écrit ce roman à l’intention de sa fille, Anna. Une grossesse voulue et désirée mais qui a été difficile à mettre en route.
« Pourquoi je t’écris ? Pourquoi cela devient-il un travail, un besoin, une nécessité absolue ? Je ne vais pas mourir. Pas tout de suite, pas dans un an, pas à 44 ans comme ma mère. Mais si jamais, je dois te laisser quelque chose de moi. J’ai si peu de ma mère, j’aurais voulu qu’elle aussi m’écrive, mais comment pouvait-elle imaginer ce qui allait suivre ? »
Sa mère meurt alors qu’elle a 4 ans. Sarah grandit avec sa grand-mère paternelle qu’elle appelle sa mère-grand-mère et sa nourrice Nadou. Dans ce livre elle leur rend un bel hommage. On sent tout l’amour et la bienveillance de sa famille paternelle, très unie.
On ressent également tout l’amour qu’elle a pour sa mère, disparu trop tôt, dont elle a peu de souvenirs et qu’elle ne nomme jamais dans le roman. Un manque terrible dans sa vie, tout comme l’absence de son frère, David, décédé peu de temps avant sa mère.
Elle évoque quelques rencontres avec des monstres du cinéma (Michel Piccoli, Alain Delon, Claude Sautet) qui lui permettent d’en savoir plus sur sa mère. Elle parle de son métier de comédienne. Et telles de petites souris, on savoure ses moments offerts. Elle a aussi de la colère en elle, notamment contre les journalistes qui écrivent n’importe quoi sur sa mère, ou à propos des films documentaires qui ne montrent qu’une face biaisée d’elle. Il faut dire que Romy Schneider est une légende du cinéma. La notoriété de sa mère l’atteint dans sa vie, encore aujourd’hui.
Elle parle de son père aussi qui lui a transmis son amour pour l’art. Le titre d’ailleurs a un rapport avec le surnom que son père lui donnait : « ma beauté des îles ».
« Quoiqu’il en soit, c’est avec le plus grand naturel que je me suis mise à t’appeler toi, Anna, ma Beauté du ciel, puisque c’est de là que tu viens, de ta grand-mère au ciel, qui nous regarde. J’arrête les violons. »
C’est un livre sur la famille et le deuil, où elle partage ses réflexions sur la maternité. On entre ainsi dans son intimité. C’est touchant et juste, on a envie de la serrer dans nos bras et de la rassurer. C’est beau aussi, sa plume est délicate, sensible. Quand elle confie ses angoisses sur la possibilité que sa fille meurt, une femme qu’elle connaît lui répond : « Tu ne dois pas avoir peur, la vie t’a déjà appris tout ça. Tu es vaccinée. »
Alors elle choisit la vie et dit à sa fille qui fait ses premiers pas : « Allez va, fais ta vie maintenant ! Va, ma Beauté du ciel, je t’aime tant. Maman. »
Une belle déclaration d’amour à sa mère et à sa fille.
Merci à Netgalley pour cette très belle lecture.
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 4.5 sur 5.
Morceaux choisis :
« Je prends conscience de l’importance de l’impression sur papier, de la fixation du souvenir, garder une trace, voir nos têtes vieillir. Capturer la joie, la beauté, l’encadrer, l’exposer, chez nous. Je vois l’amour de ma mère sur ces photos. »
« Quand la mort empêche de connaître quelqu’un, on ne cherche pas pour autant ce qu’on ignore. On le laisse en blanc. »
« La mère ne m’a jamais manqué, petite. C’est la femme qui m’a manqué, une fois adulte »
« J’entends dire qu’on ne doit pas, qu’il n’est pas utile, de tout savoir sur la vie de ses parents. Cela m’arrange bien, ce n’est donc pas un handicap, je peux continuer dans ma vie. Je me rassure comme je peux. Sauf que l’on finit toujours par avoir besoin de savoir. Ou par souffrir de na pas savoir. Le manque de connaissance deviendrait un problème. Dans mon cas, le monde extérieur m’abreuve de détails, de théories, d’hypothèses, au point de me pousser à la fuite. Des informations m’arrivent de toutes parts. Je ne veux plus rien entendre. Puis il y a toutes les choses indicibles. »
« Je veux le meilleur pour toi. Devenir mère c’est devenir folle. D’inquiétude. » « Il n’y a pas trente-six manières de voir les choses. Soit tu suis les morts, soit tu restes en vie. J’ai bien fait d’attendre, tu es arrivée. Ne crois pas que je veuille coller une charge supplémentaire sur tes frêles épaules. Tu ne me dois rien et je te dois tout. A qui je parle ? A vous deux en même temps. »
Un premier roman sur le passage de l’adolescence à l’âge adulte, écrit à la manière d’un poème. Il est question d’amitié, d’amour, de désir. Je l’ai dévoré en moins d’une heure ! Il va falloir que je le relise plus lentement pour en apprécier davantage chaque mot et aussi à voix haute pour sa musicalité et son rythme. Le livre débute et se termine par : « Tout commence et Tout finit par Marie-Lou » La narratrice est amoureuse de Marie-Lou. Marie-Lou est solaire, le contraire d’elle. Elle la suit. Alors que l’une quitte les chemins de l’enfance pour commencer sa vie d’adulte, l’autre prolonge encore cet entre-deux.
La couverture est magnifique. Il s’agit d’une illustration de Maïté Grandjouan, qui se prolonge également sur les rabats du livre. Bref un bel objet plein de poésie.
Dans le cadre du printemps des poètes, Varions les éditions en live (Vleel pour les intimes) a organisé une rencontre autour de la poésie avec notamment Marie Testu et les éditions du Tripode. Une belle soirée placée sous le signe de la poésie et du désir, thème de cette 23ème édition.
Marie Testu est agrégée de philosophie. Elle fait une belle entrée sur la scène littéraire. Son jeune âge promet de beaux textes encore et je m’en réjouis.
A la question, quels sont vos poètes contemporains préférés ? Elle répond Ada Limon et Kate Tempest, deux poétesses de langue anglaise. La première n’est pas encore traduite en France, mais pour la seconde, vous pouvez trouver plusieurs écrits (poésie, théâtre, roman).
Laissez-vous porter par les mots de Marie Testu et mettez un peu de poésie dans votre vie, ça fait tellement de bien.
« Marie-Lou à mis des paillettes sous ses pommettes Plus hautes que les tours de Marseille Et ses lèvres vanille qu’elle claque Puisent dans les sources ocre Des dunes de sable du Maroc Elle a mis à ses oreilles Des anneaux plus grands que ceux de Saturne Plus vifs que des cerceaux de gym, qui tombent Sur ses épaules d’athlète, sans effort
C’est le visage du monde c’est le monde en son Visage «
Quand j’ai vu passer ce titre proposé dans le cadre d’une masse critique privilégiée de Babelio, je n’ai pas résisté longtemps. Présenté comme un roman drôle, c’est exactement ce que j’avais envie de lire à ce moment-là. J’ai donc tenté ma chance et je me suis inscrite. J’ai été sélectionnée avec d’autres lecteurs pour recevoir ce livre et assister à la rencontre avec Sophie Delassein, animée par Pierre Krause.
La rencontre a répondu a beaucoup de mes questions, notamment sur l’humour de l’autrice. Je me demandais si elle était la même dans la vie que dans son livre. Et apparemment oui ! La narratrice est donc le double de Sophie Delassein. Cinquantenaire, elle est journaliste au service culturel du Nouvel Obs, plus particulièrement dans le domaine de la musique. Elle nous raconte sa famille en inversant les sexes et changeant quelques détails pour les protéger. Mais tout est là ! Elle a bien eu un oncle et une tante, vieillissants, avec un Alzheimer pour lui, dont il a fallu qu’elle s’occupe. Toute la famille se disputant autour du potentiel héritage à venir puisqu’ils n’ont pas eu d’enfants. Il faut préciser que la famille de Sophie est juive et que les réunions de famille sont généralement très animées.
Maurice et Gisèle ne pouvant plus vivre seuls, elle les fait rapatrier à Paris. Etant leur nièce préférée, elle demande la tutelle. Avec beaucoup d’autodérision elle raconte la difficulté de voir vieillir ses proches et de devoir prendre des décisions pour eux. Malgré l’humour, on sent que le sujet est sérieux et que le ton sert de « bouclier ». Elle aborde le coût des maisons de retraite, la situation des EHPAD pendant la covid. L’écriture est très directe, un peu comme si elle nous parlait. Le langage est donc très actuel, truffé de gros mots qui ont pu choquer quelques lecteurs. Elle a écrit ce livre de manière très fluide sur un an. Au début il s’agissait d’une nouvelle écrite pour faire rire ses copines. Elle le présente comme une « autofiction foireuse ». Bref elle ne se prend pas au sérieux et n’attend pas que son livre plaise à tout le monde. Voici un premier roman quelque peu déjanté avec des personnages attachants, parsemé de références musicales, écrit par une autrice « qui part en sucette tout le temps » et publié par une éditrice « un peu allumée » !
Si vous aimez l’humour noir et décapant, ce roman devrait vous plaire ! En tout cas j’ai passé un bon moment avec ce roman qui m’a bien fait rire et c’est tout ce que j’en attendais !
Merci à Babelio et aux éditions du Seuil pour cette lecture.
Le ridicule jalonne mon existence. Je suis tombée de la chaise dans le bureau de la DRH à la signature de mon premier CDI. A l’enterrement de la mère de mon meilleur ami, me trouvant séparée de lui à cause de trop de monde dans l’allée, j’ai sauté de tombe en tombe pour le rejoindre. Lors d’une interview, j’ai posé sur la table ma boîte de Tampax mini à la place de mon enregistreur.
Dès la première rencontre dans un café du boulevard du Montparnasse, j’ai eu un gros crush pour maître Pompon, cette jouisseuse de la vie égarée dans l’austérité de sa profession suite à une tragique erreur d’aiguillage. Maître Pompon est faite pour le topless, les jéroboams de champagne, les fun partys curatives de Martin Solveig. Son corps tout entier appelle la plage. Impression confirmée quand elle arrive au pôle de la protection des majeurs en s’éclatant le front contre la porte vitrée de la salle d’attente.
Ce livre est avant tout un projet artistique. David Geselson est un comédien et metteur en scène qui devient pour l’occasion écrivain public. Il propose aux spectateurs de rédiger pour eux une lettre qu’ils aimeraient écrire et qu’ils n’ont jamais osé écrire. Si la lettre leur convient, il leur demande ensuite s’il peut la lire sur scène le soir même avec d’autres lettres faisant partie de son spectacle. Les personnes disposent de leur lettre et peuvent décider de l’envoyer ou non. En 4 ans, il a écrit 200 lettres. Tous les noms ont été changés pour garder l’anonymat. Vous trouverez dans ce recueil un choix de 48 lettres, réparties en plusieurs thèmes : enfances, amours, pour finir.
Beaucoup de lettres sont adressées à un père ou une mère à qui on n’a pas osé dire qu’on les aime. Elles touchent à l’intime et en cela sont universelles. Elles forment une sorte de radiographie de notre société. Chacun pourra identifier une lettre qui corresponde à sa propre histoire et le touchera en plein cœur. Les lettres préférées de David Geselson sont :
la première du livre, Raquel à son enfant à venir (p.15)
une femme à son mari, Bao (p.55)
Corinne à Marc, son ancien amour (p.161)
Alexandre à sa compagne, Magali (p. 169).
La mienne est celle de Denise à son oncle disparu (p.27). Celle de « Vincent à Caroline, à qui il écrit sur Tinder depuis 2 mois » vous fera assurément sourire. Celle d’ « une femme au délégué du procureur de la République » vous glacera malgré son ton ironique.
David Geselson venait de lire la magnifique Lettre à D. d’André Gorz lorsque ce projet s’est imposé à lui. Il dit que lire des lettres peut ouvrir un imaginaire puissant. Il n’est pas psychanalyste. Dans les paroles des gens il trouve une résonance et offre de la compassion qui amène une certaine confiance. Les lettre sont écrites dans une certaine urgence.
Dans la rencontre proposée par Varions les éditions en live (VLEEL pour les intimes), il a eu cette phrase magnifique : « ouvrir en soi la possibilité de rencontrer l’autre ». La force de David Geselson est de mettre dans les lettres des mots qui ne sont pas ceux des personnes, mais dont la poétique et la langue leurs correspondent. On ressent ainsi le caractère et le ressenti des personnes.
Pour achever de vous convaincre, ce livre a une magnifique couverture, au titre légèrement embossé. Il s’agit d’une illustration de l’artiste Bridg’, Le Fil noir, faite de lignes dont l’une est interrompue par ce fil. Excellent choix des éditions du Tripode.
David Geselson repartira en tournée cette année, peut-être viendra-t-il dans le théâtre près de chez vous. Et vous, avez-vous une lettre non-écrite que vous aimeriez écrire ?
Tout cela nous rappelle que le théâtre et le monde des arts en général nous manquent ❤ Merci à la Maison de la poésie pour ses retransmissions sur Facebook et nous permet notamment de voir ces lettres mises en scène : https://fb.watch/4gpsxMNNNl/
« J’ai la conviction que le théâtre peut combattre l’obscurité, et si on arrive à faire du théâtre une forme de lumière, alors, on peut, peut-être réussir à mieux vivre les uns avec les autres. »
J’avais adoré son précédent roman, « Looping », paru en 2017. Un magnifique portrait de femme avec une belle plume au souffle romanesque.
Mais quelle déception pour ce roman ! Peut-être ai-je eu trop d’attentes sur ce livre ?
Le roman mêle un fait divers à l’histoire de Rose dont la mère disparaît du jour au lendemain en lui laissant une lettre dans laquelle elle lui demande de ne surtout pas la chercher.
En parallèle, un vieil homme découvre le corps d’une fillette métisse de 15 mois sur la plage de Berck, s’ensuit une enquête et de nombreuses questions pour comprendre cet infanticide.
Rose raconte son enfance avec une mère imprévisible, Brigitte, que certains prenaient pour une folle. Rose est d’une beauté qui fait se retourner tous les regards sur son passage, personne ne remarque qu’elle est métisse alors que sa mère est noire. Cette dernière lui interdit de fréquenter des enfants noirs.
Dix ans après cette disparition, Rose va finalement partir à sa recherche, en quête de son identité, désobéissant pour la première fois de sa vie à sa mère.
Le roman raconte par bribes l’arrivée de Brigitte, adoptée à l’âge de 4 ans par un couple de la Creuse. Elle fait partie de ces enfants « déportés » de La Réunion pour repeupler une région rurale, parfois arrachés à leur famille « pour leur bien » alors qu’ils ne sont pas orphelins. Un programme mis en place par Michel Debré, député de l’île à ce moment-là.
Il y a une multitude de personnages dont les récits s’entremêlent ainsi que les périodes.
Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages que je n’ai pas trouvé crédibles. Il y a un côté naïf, parfois maladroit sur les thèmes traités.
L’écriture change selon les personnages, comme si l’auteure essayait de traduire l’accent, le caractère des personnages. Parfois les pronoms sont absents : « En est encore malade. » Les phrases sont alors courtes et sèches. Il m’a manqué le côté romanesque que j’avais tant aimé dans « Looping ».
Avez-vous lu ce roman ou le précédent ? Vous ont-ils plu ? Je suis preneuse de vos avis.
Merci à Netgalley et aux éditions Stock de m’avoir permis de lire ce roman que j’attendais avec impatience.