Ce livre figure depuis un moment dans ma PAL. Il fait partie d’une trilogie, commencée avec « Le démon de la colline aux loups », un roman fort paru en 2021 et qui m’avait marquée, gros coup de cœur/poing. Dimitri Rouchon-Borie publie un nouveau roman en cette rentrée littéraire, toujours aux excellentes éditions du Tripode, l’occasion pour moi de faire remonter « Ritournelle » et « Fariboles » sur le dessus de ma pile à lire !
Ce second roman est inspiré d’un fait divers parmi ceux que Dimitri Rouchon-Borie couvre au quotidien en tant que journaliste et chroniqueur judiciaire. Il s’agit encore d’une histoire sordide faite de violences. Monsieur Ka, monsieur Ron et monsieur Petit sont jugés pour meurtre avec torture et actes de barbarie. Comment en sont-ils arrivés là ? Et comment ont-ils pu basculer dans une telle violence en torturant un homme qui n’avait rien demandé ? C’est ce que raconte ce livre, en passant d’un personnage à l’autre, avec des éléments du procès et les questions de la présidente pour recentrer l’histoire.
Oui ce livre ne plaira pas à tout le monde. Il est dérangeant. Il est plein de sang et de violences que beaucoup fuient dans leurs lectures. Ce n’est clairement pas une lecture de plage ! Mais Dimitri Rouchon-Borie sait très bien retranscrire l’atmosphère d’un procès et faire ressortir l’humanité de ses personnages. Dans « Le démon de la colline aux loups » il y avait cette voix singulière et rare de Duke. Dans « Ritournelle », il n’y a pas cette voix et en cela je trouve le premier roman plus réussi, mais la folie de cette histoire maintient l’attention et l’envie de comprendre aussi. Je l’ai quasiment lu d’une traite, la gorge serrée et c’est pour moi le signe que Dimitri Rouchon-Borie a réussi ce second roman et qu’il est un écrivain à suivre assurément.
Je commence ma lecture du troisième volet constitué d’histoires de procès « ordinaires » comme il y en a tous les jours dans les tribunaux. Et je me réjouis de lire « Le chien des étoiles », à paraître le 17 août 2023.
A noter la magnifique couverture de Delphine Rivals.
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 4.5 sur 5.
Incipit : « Le corps est parfaitement allongé dans un recoin de la ruelle. La tête tournée vers le ciel. Le menton dans une posture volontaire. Au sommet du crâne, sous l’effet d’une brise légère, une mèche de cheveux, dressée à l’oblique, vient caresser la vitrine d’une boutique. A la manière d’un feu follet signalant une âme dans la nuit. »
« Un monsieur, âgé d’une cinquantaine d’années, visage grêle et yeux fuyants, s’accroche à son gobelet de café. Il le tient devant lui. Les bras presque levés. Les gobelets empêchent peut-être les chutes intérieures. »
« Il y a dans la salle. De ces silences qui n’appartiennent qu’aux cours d’assises. On ne sait pas bien s’ils soulagent. S’ils pèsent trop. On ne sait pas bien s’ils sont une fin. Ou s’ils sont un seuil. Mais leur densité nous oblige. Personne ne murmure. Personne ne renifle ni ne tousse. Les escortes sont figées. Les jurés statufiés. L’accusé, debout, tête basse, n’ose pas lever la tête. La voix de la présidente sonne comme un retour à la réalité. – Vous ne sentez pas que c’est là que tout bascule ? »
Une femme écrit des lettres à l’épouse de son amant. Il vient de mourir, subitement, alors qu’ils passaient un week-end à la montagne. Elle veut le garder encore près d’elle. Elle ne veut pas le rendre tout de suite à sa famille. Dans une sorte de confession, elle tente d’expliquer son geste et ses sentiments.
Je n’ai pas été convaincue par ce roman. Je l’ai lu jusqu’au bout mais je pense qu’il n’était pas vraisemblable pour moi de garder ainsi un corps près de soi, de le porter, de le trimballer. Et puis il y a aussi ce côté chamanique avec la rencontre de la « sorcière ».
Bref, une lecture d’été qui ne restera pas dans ma mémoire.
Et vous, l’avez lu ? Aimé ?
⭐⭐⭐
Note : 3 sur 5.
« Le monde d’Hugo ne m’intéressait pas parce qu’il me rendait triste. Il m’a fallu plusieurs mois après notre séparation pour identifier exactement l’origine de cette tristesse. C’était son vocabulaire. Management, CEO, implémenter, data, digitalisation, customer, gestion des flux, expérience client, ressources humaines, target. Un vocabulaire de nazi. Hugo et moi ne parlions pas la même langue. Pourtant c’était un homme intelligent. Peut-être que c’est ça aussi qui me rendait triste. Toute cette intelligence gâchée. »
Été 2018, le narrateur, qui n’est autre que l’auteur, décide de descendre la Seine en bateau, à la rame, de Paris à la mer. Deux de ses camarades, Samuel Adrian et François Waquet, veulent embarquer avec lui dans cette aventure.
L’éditeur prévient le lecteur dans une note au début : ce périple a réellement été entrepris par ces trois jeunes gens et il « ne saurait être tenu responsable des mauvaises idées que ce livre ne manquera d’instiller dans le cerveau vicié des nouvelles générations gavées d’écran et pourries à la moelle. »
On suit ce trio loufoque dans ses péripéties, depuis l’achat du bateau sur Le Bon Coin, qui aurait appartenu à Véronique Sanson, jusqu’à l’arrivée. Ils sont totalement inconscients du danger et ignorants en matière de navigation fluviale. Les diverses rencontres avec les autochtones au fil du fleuve sont racontées et divertissent assurément les lecteurs. Quelques gravures d’Arthur Capmas accompagnent le récit et permettent au lecteur de visualiser quelques objets importants de cette aventure.
Ce premier roman est original, bourré d’humour et d’auto-dérision. Avec son ton décalé et sa langue désuète, il s’agit d’une parodie de roman d’aventures. Il faut aussi relever les titres de chapitres qui résument le contenu du chapitre à venir et qui sont très bien trouvés. Le roman est écrit au passé simple et à l’imparfait, avec beaucoup d’adverbes et de références.
J’avoue avoir été lassée au bout d’un moment. Pile au moment d’ailleurs où l’auteur interpelle le lecteur en lui disant : « Je veux observer ici un aparté. J’entends le désarroi du lecteur. Nous atteignons les deux tiers du livre et vous vous ennuyez. J’admets que ce n’est pas le meilleur passage. On vous a habitué à mieux. » Philibert Humm joue avec le lecteur !
Ce roman conviendra parfaitement à ceux qui veulent lire autre chose que des romans noirs et plombants. Il peut être une excellente alternative aux lectures de plage car il sera tout aussi divertissant ! Voici un jeune écrivain qui ne se prend pas au sérieux mais fait les choses sérieusement comme on dit. Il a d’ailleurs obtenu le Prix Interallié 2022 et il est sélectionné pour le Prix Premières Paroles 2023 dont VLEEL proposera des rencontres avec les auteurs à la rentrée.
⭐⭐⭐⭐
Note : 4 sur 5.
Incipit : I Typologie du genre humain. L’aventurier contre tout chacal. Il existe deux catégories d’individus. Ceux qui prennent des risques et ceux qui n’en prennent pas. Les aventuriers et les autres. Me concernant, j’appartiens à la première catégorie. Les aventuriers vivent une vie trépidante et portent des gilets à poches. Ils courent le monde, gravissent des sommets, tombent dans des crevasses, s’écorchent les genoux. Quand ils rentrent à la maison, ils racontent leur aventure en enjolivant à peine, parce que c’est bien joli de ficher le camp aux cinq cents diables, si on ne peut en parler au retour, ça ne sert à rien. Quand l’entourage a suffisamment soupé du récit des aventures, il est temps de repartir. Telle est la destinée des aventuriers.
« A cet instant mon téléphone exécuta les premières mesures des Quatre Saisons de Vivaldi. C’était ma mère, celle par qui j’étais venu au monde et dont j’étais le fruit des entrailles et la chair de la chair. Ma mère donc. – Que puis-je pour toi ? M’enquis-je en décrochant. – Ne pas couler, répondit-elle froidement. La mère Adrian m’a détaillé votre projet. C’est intelligent, bravo. Je te préviens, conosaure, si tu te noies tu vas m’entendre. Et sa chair de ma chair mit fin à la communication. Les aventuriers ne font généralement pas grand cas du souci de leurs parents. La désobéissance est le premier jalon de l’aventure et l’aventurier ne va pas plus loin que la haie du jardin s’il obéit à sa maman. D’ailleurs aucun aventurier ne parle jamais de sa maman. On dirait qu’ils sont tous orphelins. Mon œil ! Les aventuriers ont des mamans, eux aussi, et qui se font du mouron. »
« Ce type d’intermède, j’en conviens, n’apporte rien en tant que tel au développement du récit mais il constitue de ces respirations qui rendent supportables la lecture des romans d’aventures. On trouvera dans le commerce des romans d’aventures à couper le souffle. Dès les premières pages, le lecteur est pris à la gorge. C’est haletant, d’accord, mais asphyxiant à la longue. A mon sens, l’aventurier doit garder ceci à l’esprit : les gens qui lisent mènent le plus souvent une existence morne et routinière en comparaison de la sienne. Ils se lèvent à heures fixes, écoutent les prévisions de Laurent Cabrol, se rendent au travail, essuient les remontrances d’un chef de service, déjeunent à la cantine et couchent tous les soirs dans le même lit, quel ennui. Leur cœur n’a pas l’habitude de battre la chamade. Il convient de ménager ce lecteur, de lui réserver des temps calmes qu’on appelle entre nous ventilations narratives. Sans quoi celui-ci s’essouffle, perd haleine, suffoque et meurt parfois. Par conséquent je serai dans les pages qui suivent économe en rebondissements. »
« Comme on l’a vu déjà, comme on le verra encore, l’enboissonement constitue l’un des principes fondamentaux de ma technique de management. L’expérience le démontre : il est avantageux de boire l’apéritif pour affermir les liens qui unissent divers individus engagés dans une même entreprise. Répétée à intervalles réguliers, l’absorption d’apéritifs détend l’atmosphère et maintient un certain esprit de corps. Les tensions sont pour ainsi dire purgées. On voit depuis quelques temps se développer, sur le modèle américain, des stages de team building en entreprise et autres séminaires d’intégration. Je ne dis pas qu’ils sont inutiles, je dis que rien ne vaut le Cinzano. En effet le Cinzano, comme le Martini dry, la liqueur de gentiane et dans une moindre mesure le punch coco, vous soudent une équipe en cinq sec. J’ai connu des gens excessivement ennuyeux à jeun devenir les meilleurs compagnons après quatre ou cinq verres de porto. Au sixième verre ils dansaient sur la table et au septième ils m’appelaient Maman. »
« Personne n’avalerait ça. C’était pourtant la vérité nue. La réalité dépasse la fiction pour une raison simple : la fiction doit rester vraisemblable. La réalité, elle, n’y est pas tenue. »
« Sur cette berge où nous déjeunions, un drôle de type vient à passer, juché sur son quad à moteur thermique. Il ralentit l’engin à notre hauteur et dit : « Pascal, enchanté. » Les voyages sont l’occasion d’établir un lien avec les populations indigènes. Il ne faut jamais rechigner à pratiquer le commerce des relations humaines. Ces rencontres fortuites et enrichissantes constituent le sel de l’aventure. Si vous avez de la chance, l’autochtone vous régalera du récit de légendes locales. Personnellement c’est ce que je préfère. Vous pourrez en contrepartie lui apprendre quelque chose qu’il ne sait pas, comme le fonctionnement des institutions de notre république. Rien ne sert de faire trop long. Un rapide exposé des caractères généraux du bicamérisme français et de son incidence sur l’affermissement du pouvoir législatif suffira amplement. C’est l’intention qui compte. Et le symbole. A défaut vous pourrez offrir une tasse de café ou une barre chocolatée. Pascal aimait la nature, comme il nous l’expliqua en laissant tourner le moteur. Vraiment, il se désolait de la montée des eaux et du réchauffement climatique. « Une fois, il y a longtemps, dit Pascal, j’ai descendu la Seine en bateau de croisière. Un peu comme vous sauf qu’il y avait ma femme. On est allé jusqu’à Rouen. » Nous répondîmes que c’était une belle histoire et qu’il avait eu raison de la raconter. Pascal dit encore : « Sur l’eau, on voit des choses qu’on ne voit pas depuis la terre. C’est une question de point de vue. Tout est une question de point de vue. » Pascal dit deux ou trois autres choses dont je ne me souviens pas et il disparut en pétaradant. En voyage il n’est pas rare de rencontrer des Pascal. Ce sont des gens qui surgissent des coulisses, vous récitent leur tirade et s’évaporent. Ils sont les figurants de nos vies, des hommes-foules solitaires, deuxième ou troisième rôle sans incidence sur l’intrigue. On oublie souvent de les créditer au générique. Peut-être Pascal était-il allé dire son histoire ailleurs. Ou bien il était retourné se cacher derrière le monticule, guettant les prochains canoteurs qui voudraient bien entendre que, lui aussi, un peu comme eux sauf qu’il y avait sa femme, a vu sur l’eau des choses qu’on ne voit pas depuis la terre. Car c’est une question de point de vue. »
« Quand j’y repense aujourd’hui, j’ai un chat dans la gorge pour ne pas dire une boule coincée dans le flipper. Et je parie que les deux autres aussi. Bertrand était resté planté là sur la berge. Il avait ce curieux visage sombre d’enfant adulte à vous briser le cœur, dont parle Hemingway. A mesure que nous ramions, je voyais rapetisser sa silhouette et sentais grandir en moi la honte. « C’est dégueulasse », dis-je. « Dégueulasse, répéta le major. C’est quoi dégueulasse ? » Cinq minutes passèrent avant que Bobby ne réponde : « C’est comme les endives cuites. » »
« Je veux observer ici un aparté. J’entends le désarroi du lecteur. Nous atteignons les deux tiers du livre et vous vous ennuyez. J’admets que ce n’est pas le meilleur passage. On vous a habitué à mieux. Alors quoi ? Nous ramions, c’est la vérité. Le temps s’étirait, on ne pensait qu’à le tuer. Devrais-je prétendre le contraire et faire accroire qu’à bord c’était l’Épiphanie et les feux de la Saint-Jean ? Non, non et non. Il y avait six jours que nous voguions sur un canot plastique dans un fleuve excessivement sale. Les localités se succédaient dont nous ne voyions rien que le nom sur la carte. Quand il nous aurait plu d’y accoster, c’était souvent impossible. Nous étions les oiseaux de passage, condamnés au mouvement. Au fond de nos cœurs impatients nous n’avions qu’une hâte : arriver à la mer et en finir. Cette confession vous surprend. Vous n’en trouverez pas de pareilles sur le marché du roman d’aventures. Les écrivains-voyageurs ont l’habitude d’escamoter l’ennui. Ils n’en parlent pas plus que de leur maman. Moi j’ai pris le parti de tout dire, et notamment qu’on s’emmerdaient à mille balles de l’heure. Le meilleur moment dans l’amour, dit Georges Clemenceau, c’est quand on monte l’escalier. De même le meilleur moment dans une descente de Seine, ce n’est pas quand on descend la Seine mais bien plutôt l’instant qui le précède : celui où l’on fait sa valise. Je me demande même si le meilleur moment n’est pas celui qui précède le moment de la valise : quand du voyage on a seulement le vague projet ; à moins qu’il ne s’agisse de cet autre moment qui les précède tous deux, quand on n’a pas encore eu l’idée du projet et qu’on est tranquillement installé chez soi, une pizza au micro-ondes et le DVD de Brokeback Mountain dans le lecteur. »
« Un panneau d’information m’apprit qu’un certain Philibert, « pieux cénobite et fin abbé », avait fondé l’abbaye de Jumièges. J’en conçus une certaine fierté. C’est vrai, les Philibert célèbres ne courent pas les rues de nos jours. On peut penser que ça n’ira pas en s’arrangeant. En France, où ils vivent pour la plupart, l’âge moyen des Philibert est de 69 ans. Ainsi deux Philibert sur trois souffrent de la prostate. Si cette dynamique ne s’inverse pas rapidement, il se pourrait que nous disparaissions de la surface du globe d’ici à trente ou quarante ans, avant même la calotte polaire ou le panda toux. Évidemment, personne n’en parle. »
Août 1893, le ton monte dans les marais salants près d’Aigues-Mortes. Les travailleurs locaux ne supportent plus les saisonniers Italiens et le leur font savoir. La colère s’amplifie. Chacun apporte son relent de haine et de racisme à cette histoire sordide. La folie s’empare de presque tous les habitants. Quelques-uns tentent d’aider les Italiens, en les cachant. La veuve Adélaïde Roussel les protège dans sa boulangerie. C’est elle qui raconte cet épisode de violence qu’elle n’arrive toujours pas à comprendre.Le Maire fait appel au préfet, aux gendarmes, mais ils sont peu nombreux face à la population déchaînée. On sent la violence monter et exploser. Le lecteur est impuissant et démuni face au sang qui gicle dans les pages de cet album. Cet événement historique est une histoire vraie, révoltante, qui donna lieu à un procès. Il y a eu 10 morts et des dizaines de blessés marqués à vie.
Le massacre d’Aigues-Mortes est une tragédie mise en images par Fred Paronuzzi et Vincent Djinda, chez Les Arènes. Des tons ocres qui rendent très bien l’atmosphère étouffante et la violence de cette histoire marquante. Quelques explications et références bibliographiques se trouvent en fin d’ouvrage.
Prix Goncourt de la nouvelle 2023, David Thomas avait déjà reçu le prix de la Nouvelle de l’Académie française en 2021 pour son recueil « Seul entouré de chiens qui mordent », également publié à L’Olivier. J’ai dévoré ces nouvelles qui font une demie-page à 9 pages pour certaines. Le ton est souvent drôle voire cinglant. Ce sont des histoires très différentes où des êtres humains sont en proie à la folie, aux doutes ou malmenés par l’amour. Il y a souvent des rendez-vous ratés. Les personnages font de petits arrangements par amour ou par surprise. Les chutes sont particulièrement réussies. Des situations de la vie qui peuvent parler à tout un chacun.
Ci-dessous, vous pouvez lire la nouvelle « Nouveau genre littéraire » qui je trouve représente bien le style de l’auteur qui se met en scène avec autodérision. Les nouvelles servent de mesure de temps d’attente lors des rendez-vous médicaux. Deux ou trois textes d’attente ça passe, mais davantage, c’est un motif pour changer de médecin !
Un recueil à placer dans toutes les salles d’attente bien évidemment ! Et si vous n’aimez pas les nouvelles, c’est peut-être l’occasion de vous réconcilier avec elles ! En tout cas ce serait dommage de passer à côté de cet excellent moment de lecture. Pour ma part, je lirai assurément d’autres recueils de David Thomas. Si vous avez des conseils, je suis preneuse.
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 4.5 sur 5.
« Nouveau genre littéraire Je ne suis peut-être pas le meilleur écrivain de ma génération mais ce qui est sûr c’est que j’ai inventé un genre. Depuis vingt ans que je publie, mes livres se sont installés pour se faire une place unique dans le paysage littéraire français. Et ce, grâce au travail acharné du directeur commercial de ma maison d’édition qui, quand j’y suis arrivé il y a dix ans, a flairé le bon coup. C’est pas chez les libraires qu’il a envoyé les représentants, c’est chez les coiffeurs, les dentistes et les généralistes. Pratiquement tous ces professionnels possèdent maintenant, dans leurs salles d’attente, au moins un exemplaire d’un de mes livres. Du coup, aujourd’hui, tout le monde a constaté une modification de l’évaluation du temps passé à patienter dans ces antichambres. – J’ai un dentiste il est très bien, Abkazian, il s’appelle, tu le connais ? Chez lui on n’attend jamais plus de deux ou trois textes. – T’as du bol, chez mon nouveau généraliste j’ai dû poireauter dix-sept textes. – Dix-sept ; c’est abuser. D’autant que ça dépend du recueil. Au début les textes dépassaient rarement une demi-page, maintenant je sais pas il doit se prendre pour Proust, ça peut aller jusqu’à trois pages. Dix-sept textes de trois pages, il se fout de la gueule du monde ton médecin, tu devrais changer de généraliste. »
Vous connaissez ma passion pour les éditions Dépaysage qui ont notamment publié les romans de Michel Jean, des coups de cœur absolus. Je n’ai donc pas hésité une seconde à tenter ma chance auprès de Babelio et j’ai remporté ce livre lors d’une masse critique. Ce n’est pas un roman mais un essai d’un anthropologue sur la vie d’un chasseur innu. Serge Bouchard a recueilli le témoignage et les anecdotes de Mathieu Mestokosho dans les années 1970, il avait alors plus de 80 ans. Il nous parle donc d’une autre époque, où les innus vivaient dans la nature, avec la nature et chassaient pour se nourrir. J’ai trouvé ce livre passionnant. Je crois que je dois avoir un penchant pour les sciences humaines, la sociologie, l’anthropologie. J’aime découvrir comment vivent d’autres cultures. Je ne suis pas du tout portée sur la chasse mais on apprend effectivement les techniques de chasse et de conservation de la viande, le traitement des fourrures. J’ai appris beaucoup de choses sur les animaux chassés : le caribou, le porc-épic, la loutre, le castor, le lièvre, etc.
Il nous explique aussi les déplacements, les saisons, le campement, le rôle de chacun et surtout la solidarité entre innus. Ils partageaient leur nourriture avec ceux qui n’avaient rien ou avaient été malchanceux à la chasse. On parcourt à pied ou en canoë les paysages du Canada.
Le livre débute par un avant-propos très éclairant puis il est divisé en 7 chapitres : les souvenirs de jeunesse, les grandes chasses au caribou, un hiver dans la région de Uinukupau, réflexions sur la présumée paresse des Indiens, la vie quotidienne dans le bois, etc.
Les paroles de Mathieu Mestokosho sont retranscrites d’après les enregistrements sonores, si bien qu’au fur et à mesure, en lisant les sortes d’aventures de ce chasseur innu, on entend presque sa voix. Une voix qui nous parvient comme un miracle, puisqu’il n’y avait pas ou peu d’écrits sur cette époque, celle de « la dernière génération d’innus à avoir passé leur vie entière dans le Nitassinan, confrontés, de campement en campement, du lac Brûlé à la rivière Saint-Jean, aux incommensurables forces de la nature. » Une mémoire, un témoignage d’une grande valeur que je suis heureuse d’avoir lu. Merci aux éditions Dépaysage pour ce travail éditorial.
Je vous invite d’ailleurs à soutenir cette petite maison d’édition avec la souscription en cours pour leur prochaine publication. Il s’agit d’une biographie sur Laura Ingalls Wilder. Oui l’héroïne de la série TV que nous avons tous regardée il y a quelques années (et qui ne doit pas parler aux plus jeunes) ! Comme souvent la série est adaptée d’un livre.
⭐⭐⭐⭐
Note : 4 sur 5.
Avant-propos : « Le souvenir que j’en garde est celui d’une voix. Mathieu disait la chanson de sa vie, en retrait, dans la pénombre d’un recoin de la pièce principale de la maison, près du poêle, dans sa berçante. Il disait, récitait, racontait, tel un bruit de fond auquel personne ne prêtait vraiment attention mais que chacun entendait en sachant de quoi il s’agissait, la musique sourde et profonde d’une voix qui voyage. Mathieu était déjà très vieux en 1970, il avait plus de quatre-vingts ans, disait-on, sans trop savoir précisément. C’est parce que le missionnaire l’avait baptisé plusieurs années après sa naissance. Son âge alors fut établi dans l’à-peu-près d’un autre monde où chiffrer n’était pas le premier sujet des hommes. Il est né vers 1885, dans l’arrière-pays de Piastie-Baie ; Mathieu n’en dit pas plus. »
Avant-propos : « La force de la société innue à cette époque et en ces espaces, au temps révolu de Mathieu, tenait à sa souplesse, à sa flexibilité, ainsi qu’à l’autonomie de tous et chacun de ses membres. Les observateurs n’ont jamais su saisir ni rapporter correctement ce haut niveau d’intelligence collective qui permettait à la collectivité de réussir solidairement en s’appuyant sur la force d’adaptation de chacun. Cette question est très moderne. Car la force de l’individu qui s’accorde à la force du groupe résume tout le problème des sociétés actuelles qui valorisent les droits de la personne sans pour autant réussir à maintenir le sens de la communauté. »
« Dans cette histoire que je vais raconter, il est encore question de la chasse et de la vie dans le bois. Nous prenions toujours le même chemin pour monter dans le bois : la rivière Saint-Jean. Cette histoire parle de l’année où nous avons chassé dans la région du lac Atikunakᵘ. »
« Il s’est trouvé des gens pour dire que les Indiens ne chassaient pas assez dans le bois et qu’ils passaient tout leur temps à dormir dans les tentes. Les marchands et les missionnaires disaient cela, je les ai entendus maintes fois. Je crois qu’ils se trompaient et qu’ils ne disaient pas la vérité. »
« Les femmes aussi travaillaient beaucoup. Elles tendaient des collets pour attraper des lièvres, elles pêchaient le poisson, chassaient les porcs-épics, s’occupaient des enfants et des vieux, faisaient la nourriture, prenaient grand soin du feu et de la réserve de bois de chauffage. Elles faisaient bien d’autres choses encore. Comme nous, elles n’arrêtaient jamais de travailler. »
« Quelques jours plus tard, nous quittions North West River pour revenir dans le bois. Là, c’étaient les caribous qui nous intéressaient le plus. La chasse au caribou nous éloignait du campement familial, nous, les hommes, pendant quatre semaines. En notre absence, les femmes ne souffraient pas de la faim. Elles chassaient, comme je l’ai déjà dit. Elles abattaient des bouleaux. Vous savez que cela attire les lièvres. Alors, là où elles avaient coupé les bouleaux, elles faisaient plusieurs collets. Elles vérifiaient les filets sur le lac. »
« C’était important d’avoir de la viande. Les Anciens se nourrissaient avec de la viande. Nous aussi, nous mangions seulement de la viande et de la graisse. On était habitué. La farine, le sel, le sucre et la graisse du magasin, le chasseur essayait toujours de s’en passer. Nous en gardions le moins possible. On calculait toujours ce qu’on prenait en essayant d’en consommer très peu. Les seules choses dont le chasseur ne pouvait pas se passer pour lui-même, c’étaient le thé et le tabac. Nous aimions boire du thé et fumer. »
« Je pense qu’il fallait du courage pour faire ce que nous faisions. J’ai connu des familles qui revenaient à Mingan complètement découragées parce qu’elles ne trouvaient pas de caribou. Sans caribou, il faut manger son pain et ensuite il faut retourner chercher des provisions au village. Mais pour avoir des provisions, il fallait tuer des animaux à fourrure. Pour tuer des animaux à fourrure, il fallait d’abord tuer des caribous. C’était le caribou le plus important. Sans le caribou, personne n’aurait eu la force de travailler comme on le faisait. Le caribou donne de la force, du courage. Il est difficile à trouver. Mais il faut le trouver. Les familles se décourageaient faute de trouver le caribou. »
Pour Tommy : 22 janvier 1944 / dessins Bedrich Fritta, texte Hélios Azoulay
C’est à l’occasion d’une rencontre VLEEL que j’ai découvert Hélios Azoulay. Que je qualifierais d’artiste incroyable. Il est écrivain, poète, musicien, compositeur, peintre et propose un univers riche et singulier. Si, comme moi, vous ne connaissez pas la musique incidentale, je vous invite à en faire la recherche sur Youtube. Étant clarinettiste moi-même, j’ai été forcément intéressée par ce qu’il propose. Quant à ses ouvrages, ils abordent des thèmes graves et pourtant on y trouve de l’humour.
Il a publié aux éditions du Rocher un roman et en parallèle un recueil où il raconte l’histoire de Tommy, dont le père, caricaturiste, a caché 52 dessins pour lui lorsqu’il était enfermé dans le camps de Terezin en 1944. Ces aquarelles sont conservées au musée juif de Berlin et enfin publiées en France. Une œuvre unique !
Ces deux ouvrages se répondent. Dans le roman, le personnage principal est un compositeur déporté dans un camp. A son arrivée, ses partitions disparaissent de sa valise, comme la plupart de ses effets personnels. Sa musique est tout pour lui. Il a tout perdu. Alors il note sur des petits papiers tout ce qu’il voit. C’est le journal de ses yeux. Par la force des choses il renonce à la musique et se rapproche de la littérature. L’art est une forme de résistance. C’est un roman très poétique. J’ai relevé nombre de petites phrases qui « infusent ».
La deuxième partie du roman peut difficilement être résumée. Il s’agit davantage d’une atmosphère que l’auteur réussit à créer. C’est un texte puissant et fort. On retrouve des références à des poèmes, notamment celui du Dormeur du Val de Rimbaud.
Les dessins de Bedrich Fritta réalisés pour les 3 ans de son fils, Tommy, sont de jolies aquarelles, qui fourmillent de détails. Ils avaient été enterrés dans une caisse métallique. Il meurt à Auschwitz et son fils survit. C’est l’héritage de Tommy. A sa mort en 2015, ces dessins ont été partagés avec d’autres enfants. Hélios Azoulay nous raconte l’histoire incroyable de ce cadeau pour Tommy. C’est bouleversant.
Encore de belles découvertes grâce à Anthony et VLEEL. Allez voir le replay, Hélios Azoulay vaut le détour :
⭐⭐⭐⭐
Note : 4 sur 5.
Incipit : « Il ne pleut pas, il dégouline. Ce n’est pas un ciel. C’est une flaque d’encre noire. »
« Un des toubibs s’est agacé, Montrez ça !
Je pensais que ce con avait vu ce qu’il voulait voir, mais il a ordonné Soulevez la queue ! Montrez les couilles ! Là, je me suis dit que si les Allemands, en plus de vérifier nos bites, étaient scrupuleux au point de se mettre à compter nos couilles, on avait peut-être une chance de gagner la guerre. Je n’ai pas osé regarder mais je priais pour qu’un de mes camarades n’en ait qu’une. Parce que tatillons comme sont les nazis, il suffirait d’une couille en moins dans leur addition pour faire vaciller leur conception du monde, et toute leur philosophie ancestralement binaire, qui n’a jamais su compter que jusqu’à deux. »
15h, c’est l’heure des femmes, quand elles ont fini leurs tâches ménagères, que les enfants sont à l’école ou font la sieste, le moment où elles repassent tout en écoutant la radio. 15h, c’est l’heure de l’émission de Menie Grégoire sur RTL. Et elles ne manqueraient pour rien au monde ce rendez-vous quotidien. On est en 1967, mai 68 n’est pas encore passé par là. La condition des femmes est loin de ce que l’on connaît aujourd’hui, même s’il y a encore et toujours des combats à mener.
Mireille a enchaîné les grossesses. Elle a 6 enfants, de 11 ans au nouveau-né. Elle n’en peut plus. Elle aimerait que cela s’arrête. Mais tous les soirs son mari se soulage sans son avis. A ce rythme, elle va mourir. La contraception n’est pas au goût du jour, ni la question du plaisir féminin ou de l’éducation sexuelle. Des sujets que Menie aborde dans ses émissions et qui font parfois bondir certains esprits. Mais le succès de Menie prouve bien que ce qu’elle fait est utile. Elle a du caractère et ne se laisse pas faire par cette société patriarcale.
En parallèle de l’histoire de Menie et de ses émissions de radio salvatrices pour les femmes, il y a plusieurs histoires de femmes « ordinaires » qui illustrent son propos. 50 ans plus tard, Esther écrit un livre sur Menie Grégoire et se plonge dans ses archives. Son regard éclaire les avancés et les régressions de la condition féminine. A noter que Menie est la grand-mère d’Adèle Bréau.
C’est un livre très romanesque, avec de beaux portraits de femmes et qui apporte une réflexion intéressante. Si je n’ai pas accroché à l’écriture au début, je me suis attachée par la suite aux personnages et je n’ai pu lâcher le roman avant la fin. Une lecture parfaite pour cet été !
Il est lauréat du Prix Maison de la Presse 2023.
⭐⭐⭐⭐
Note : 3.5 sur 5.
Incipit : Cholet, 1932 – Marie, qu’est-ce que tu fais dehors ? Viens ! Nous allons bientôt partir.
– Menie, maman ! Je vous l’ai déjà répété cent fois. Moi, c’est Menie.
– Quelle idée. On ne change pas son nom de baptême. Surtout quand on porte celui de la Sainte Vierge. Et celui de sa mère. – Justement… – Pardon ? – Rien, maman. Mais vous le savez, Menie veut dire Marie en vendéen. Et nous sommes des Chouans, n’est-ce pas ? – Nous sommes surtout des enfants de Dieu. Il faudrait que ton père et tes frères cessent de te mettre ces idées dans la tête. Certes, les Chouans étaient de valeureux combattants, mais ils étaient avant tout des hommes, Marie. Des hommes qui ont pris les armes. Rien qui mérite que tu prennes exemple sur eux. – Détrompez-vous, maman. J’ai justement lu récemment que beaucoup de femmes avaient également combattu. Et notamment Mlle du Rocher du Quengo, qu’on appelait « Capitaine Victor ». C’est incroyable, non ? »
« – Le standard. – Quoi, le standard ? – Il a explosé. Depuis votre intervention, ça n’arrête pas. Autant vous dire que les filles de l’accueil sont débordées. Mais c’est quelque chose. – Les gens se plaignent ? – Certains. Mais pas tous. C’est même une très faible partie des appels. Non, plein d’auditeurs, et surtout d’auditrices, tiennent à vous remercier d’avoir répondu à cette dame – celle dont vous avez lu la lettre. Sans parler des autres, qui souhaitent raconter leur propre histoire, vous demander conseil, savoir ce qu’elles doivent faire. Vous êtes visiblement la seule à pouvoir leur répondre. Sans compter le courrier. Regardez ! Philippe lui indique un sac de courrier bien remplie. Menie a l’habitude. Au journal, c’était pareil. Les gens s’ouvrent à elle, lui racontent leurs grands drames et leurs petits soucis. Tout le monde a besoin de ça. D’une oreille, sans jugement. De quelqu’un qui puisse tout entendre, qui puisse leur répondre qu’aucun vice, aucune douleur, aucune tragédie n’est solitaire. Quelqu’un qui explique aux femmes leurs corps, aux jeunes filles les réalités du couple, aux hommes les besoins de leurs épouses. On ne parle pas de ces choses-là, non. Ni chez les riches ni chez les pauvres. On se tait depuis si longtemps parce que c’est ainsi qu’on faisait autrefois, parce qu’on n’avait pas le choix et qu’il fallait bien vivre plutôt que de s’appesantir sur le chagrin de la disparition d’un frère, d’un père ou d’un fils. Parce qu’il fallait rester fort, forte, et ne pas se regarder le nombril. Mais il n’y aura plus de guerre. Aujourd’hui, on a le droit de s’écouter et d’écouter les autres. Philippe frétille d’enthousiasme. Il a allumé un de ses gros cigares. L’air satisfait, il froisse quelques enveloppes. Il semble avoir pour Menie de grandes ambitions. – Je pense sérieusement à une émission pour vous toute seule, Menie. L’équivalent de voter courrier des lecteurs mais à la radio, en direct. Vous imaginez ? Les auditeurs pourraient appeler, pour donner leur avis sur les lettres que vous auriez sélectionnées. Ça ressemblerait à une conversation. Ce serait très ludique, non ? Et surtout totalement inédit. Il faut trouver un titre, quelque chose de percutant. On a le temps d’y penser. Non, le plus important, c’est l’horaire. Que diriez-vous du matin ? Ou du soir, lorsqu’on peut s’adonner aux confidences ? C’est bien, ça. Le soir. On n’a pas grand-chose sur ce créneau-là. – Non, pas le soir. Elle pense déjà qu’une émission pour elle toute seule, qui n’y connaît rien, et que personne ne connaît, c’est une folie. Mais cette histoire d’horaire, non. Ça ne va pas. – Et pourquoi donc ? s’étonne-t-il, guère convaincu. – Parce que le soir, les maris et les enfants sont là. L’après-midi, c’est mieux. Les femmes sont seules chez elles. Elles en ont fini avec les tâches matinales, le déjeuner de leur époux. Les petits dorment. C’est leur seule pause. Et puis, elles seront sûres de ne pas être écoutées ou reconnues par leurs bonshommes qui seront au travail. Philippe sourit, admiratif. – On peut dire que vous connaissez votre sujet, Menie. Va pour l’après-midi, l’heure des femmes ! J’imagine que c’est un oui ? – Pas du t… – Parfait ! On va faire les affiches, une promotion de tous les diables. Personne ne vous connaît. Il faut vous construire un personnage. Pas trop dame patronnesse, ni trop bourgeoise. Une dame de confiance. – Mais, je veux rester moi-même ! »
Tous les chapitres commencent par « c’est une fille qui monte une chaîne Youtube/un blog de… » Comme si vous étiez en train de regardes des vidéos qui s’enchaînent. En boucle.
Différentes histoires mais toujours la même finalement. Des gens qui se cherchent, qui s’ennuient, qui veulent être regardés, admirés. Des influenceurs et influenceuses qui vous font rêver et parfois, souvent, acheter des choses dont vous n’aviez pas besoin ni envie. Un livre de non fiction qui interroge nos pratiques de consommateurs sur les réseaux sociaux et nous conseille de les fuir !
⭐⭐⭐⭐
Note : 4 sur 5.
« Quelque part à mi-chemin
entre le documentaire de création et la télé-réalité entre l’art vidéo et la publicité le confessionnal et le one woman show la thérapie brève et l’autofiction la phase maniaque et la phase dépressive la success story et le cinéma social
Youtube est un labyrinthe aux chemins parés de miroirs.
Soit il y a trop de soleil, surtout s’il se couche soit il n’y en a jamais, comme chez les frères Dardenne, où toujours le mal se joue sous un ciel gris parce que vide »
« C’est une fille qui monte sa chaîne Youtube. Au début c’est une fille ordinaire, elle est seule comme beaucoup de monde juste après le lycée, elle est jeune et elle ne sait pas trop quoi faire. Elle n’est pas dans l’urgence matérielle, le problème n’est pas encore économique, mais elle a besoin de s’inscrire quelque part, alors elle erre sur le net. Elle cherche du sens, regardes des milliers de vidéos sur Youtube, et elle est touchée par cette manière de se mettre en scène, de dire je suis cette femme nouvelle qui utilise la mode et la sexualité pour se forger une identité. »
« l’influence c’est quand tu ne t’intéresses pas du tout aux crèmes qui floutent les pores mais que tu finis par dépenser cinquante-trois euros pour en acquérir une l’influence c’est quand tu ouvres plusieurs onglets pour te renseigner sur ce que tu écoutes l’influence c’est ce qui relie le récit de l’influenceuse à un site de commande en ligne où tu valides ton panier l’influence c’est le chaînon manquant entre tes rêves et ton compte en banque l’influence c’est quand tu t’adresses à quelqu’un pour répondre à tes problèmes l’influence c’est la curiosité d’emprunter le regard d’un autre l’influence c’est passer de l’envie de rien à l’envie de quelque chose l’influence c’est quand tu aimerais être cette femme qui aimerait que tu désires ce qu’elle désire l’influence c’est ce qui s’insinue dans toutes tes failles »
Découvrez les 40 textes sélectionnés par le Prix Hors Concours. Ce prix littéraire met en avant des romans francophones contemporains publiés par des éditeurs indépendants. Bref, des romans qui ne figurent pas dans le top des ventes mais qui méritent le détour ! De belles découvertes en perspectives !
Connaissez-vous les lauréats 2022 ?
Il n’y a pas d’arc-en-ciel au paradis / Nétonon Noël Ddjékéry (Hélice Hélas éditeur) pour le Prix Hors Concours
Vous trouverez des ouvrages parus en 2022, 2023 et d’autres à paraître lors de la rentrée littéraire 2023. Personnellement j’ai déjà acheté ou lu certains de ces livres avant de connaître la sélection :
La femme paradis / Pierre Chavagné (Le Mot et le reste)
Les nuits prodigieuses / Eva Dézulier (Elyzad)
Et certains me font de l’œil depuis un moment et devraient bientôt faire leur apparition dans ma PAL :
La vallée des Lazhars / Soufiane Khaloua (Agullo)
Cinq jours de bonté / Michel Lambert (Le beau jardin)
Les Watères du château / Guillaume Marie (Bouclard)
Il faut y aller, maintenant / Emmanuelle Heidsieck (Le Faubourg)
Terra Fria / Ana Maria Torres (La grande batelière)
L’indélicatesse / Erik Martiny (Le Passage)
Le portrait d’Humphrey Back / Bénédicte Rousset (La Trace)
La transparence / Arien Lafille (Vanloo)
Je n’ai pas hésité une seconde à me réinscrire cette année en tant que professionnelle du livre pour participer au vote. D’ailleurs je suis citée parmi les premiers acteurs inscrits ! J’ai à ce titre reçu un ouvrage de 200 pages contenant un extrait de 3 pages de chaque roman pour me faire une idée des textes. Je voterai à la fin de l’été pour mes 5 finalistes préférés. Ensuite les 5 textes finalistes retenus seront lus par un jury de 5 journalistes, par les lecteurs et les professionnels du livre pour désigner le lauréat en novembre.