Ce livre figure depuis un moment dans ma PAL. Il fait partie d’une trilogie, commencée avec « Le démon de la colline aux loups », un roman fort paru en 2021 et qui m’avait marquée, gros coup de cœur/poing. Dimitri Rouchon-Borie publie un nouveau roman en cette rentrée littéraire, toujours aux excellentes éditions du Tripode, l’occasion pour moi de faire remonter « Ritournelle » et « Fariboles » sur le dessus de ma pile à lire !
Ce second roman est inspiré d’un fait divers parmi ceux que Dimitri Rouchon-Borie couvre au quotidien en tant que journaliste et chroniqueur judiciaire. Il s’agit encore d’une histoire sordide faite de violences. Monsieur Ka, monsieur Ron et monsieur Petit sont jugés pour meurtre avec torture et actes de barbarie. Comment en sont-ils arrivés là ? Et comment ont-ils pu basculer dans une telle violence en torturant un homme qui n’avait rien demandé ? C’est ce que raconte ce livre, en passant d’un personnage à l’autre, avec des éléments du procès et les questions de la présidente pour recentrer l’histoire.
Oui ce livre ne plaira pas à tout le monde. Il est dérangeant. Il est plein de sang et de violences que beaucoup fuient dans leurs lectures. Ce n’est clairement pas une lecture de plage ! Mais Dimitri Rouchon-Borie sait très bien retranscrire l’atmosphère d’un procès et faire ressortir l’humanité de ses personnages. Dans « Le démon de la colline aux loups » il y avait cette voix singulière et rare de Duke. Dans « Ritournelle », il n’y a pas cette voix et en cela je trouve le premier roman plus réussi, mais la folie de cette histoire maintient l’attention et l’envie de comprendre aussi. Je l’ai quasiment lu d’une traite, la gorge serrée et c’est pour moi le signe que Dimitri Rouchon-Borie a réussi ce second roman et qu’il est un écrivain à suivre assurément.
Je commence ma lecture du troisième volet constitué d’histoires de procès « ordinaires » comme il y en a tous les jours dans les tribunaux. Et je me réjouis de lire « Le chien des étoiles », à paraître le 17 août 2023.
A noter la magnifique couverture de Delphine Rivals.
Incipit :
« Le corps est parfaitement allongé dans un recoin de la ruelle. La tête tournée vers le ciel. Le menton dans une posture volontaire. Au sommet du crâne, sous l’effet d’une brise légère, une mèche de cheveux, dressée à l’oblique, vient caresser la vitrine d’une boutique. A la manière d’un feu follet signalant une âme dans la nuit. »
« Un monsieur, âgé d’une cinquantaine d’années, visage grêle et yeux fuyants, s’accroche à son gobelet de café. Il le tient devant lui. Les bras presque levés. Les gobelets empêchent peut-être les chutes intérieures. »
« Il y a dans la salle. De ces silences qui n’appartiennent qu’aux cours d’assises. On ne sait pas bien s’ils soulagent. S’ils pèsent trop. On ne sait pas bien s’ils sont une fin. Ou s’ils sont un seuil. Mais leur densité nous oblige. Personne ne murmure. Personne ne renifle ni ne tousse. Les escortes sont figées. Les jurés statufiés. L’accusé, debout, tête basse, n’ose pas lever la tête.
La voix de la présidente sonne comme un retour à la réalité.
– Vous ne sentez pas que c’est là que tout bascule ? »
