Cette BD a été publiée en 1980. Elle nous projette dans Paris en 2023. Le fascisme est au pouvoir en la personne du gouverneur Jean-Ferdinand Choublanc. Paris est divisé en deux arrondissements, au centre les plus favorisés, autour les exclus de la société. Au-dessus de Paris, un vaisseau en forme de pyramide stationne. Les dieux égyptiens négocient une grande quantité de carburant avec le gouverneur. Les jeux de pouvoirs sont au cœur de cette BD. Les femmes sont totalement absentes, reléguées au rôle de « reproductrices ». Des articles de journaux alternent avec les planches.
Arrive un personnage imprévu, Alcide Nikopol. Il avait été envoyé dans l’espace en 1993 en état d’hibernation, jugé pour désertion. Horus décide de prendre son corps pour amorcer sa vengeance.
Un univers sombre et violent, avec des bulles denses et un dessin incroyable qui en font un classique. Il s’agit du premier volet d’une trilogie dont je poursuis la lecture.
Et je coche la case « un livre publié l’année de ta naissance » du challenge de l’été VLEEL !
J’avais beaucoup aimé le roman du « Liseur du 6h27 », je n’ai pas hésité à lire ce recueil de nouvelles de cet auteur disparu trop tôt.
Ce sont 5 nouvelles issues du recueil « Macadam ». Elles ont toutes été primées lors de concours de nouvelles et ont révélé le talent de Jean-Paul Didierlaurent.
Les histoires sont bien menées avec des dénouements ou chutes souvent inattendues. C’est drôle ou satirique. L’écriture est vivante et imagée. L’auteur a assurément le sens de la formule.
Voici un résumé en une phrase de chacune des nouvelles. Un soldat allemand blessé en Pologne enlaçant un arbre. Un enfant qui attend le retour de son père. Un vieux, obsédé par la graphologie, collectionne les listes de courses égarées sur la place du marché. La vie pas banale d’une maison de retraite. Une querelle de clocher, les églises catholiques et protestantes n’indiquent pas la même heure et perturbent tout un village.
Une sympathique lecture à petit prix à glisser dans son sac cet été !
Ce livre de 77 pages me permet de cocher la case « un poche de 200 pages max » du challenge de l’été VLEEL !
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 4.5 sur 5.
Extrait de « Le vieux » : Sur le tableau noir accroché au mur, était inscrit le menu du jour. Andouillette sauce moutarde, pommes vapeur, tarte de saison. Le vieux ne put s’empêcher de sourire. La main qui avait tracé ces mots était nouvelle. Un stagiaire, sûrement. Bien que d’apparence anodine, l’écriture laissait apparaître par endroits des failles, des anfractuosités par lesquelles il glissa son esprit pour analyser la personnalité de son auteur. Les points sur les lettres i des mots andouillette et saison étaient décalés sur la droite. Les boucles des s et des e étaient entrouvertes. La plongée des traits finaux des trois m contenus dans le texte témoignait des difficultés que devait surmonter la personne pour rester à la hauteur de son travail. Mais c’est sur le p que le vieux porta principalement son attention. Il aimait le p, le vieux. On pouvait lire énormément de choses dans la seizième lettres de l’alphabet. Selon son inclinaison, sa forme, liée, en V, en bâtonnée, sa taille, il était souvent bavard, le p. Ici, celui du mot pomme voyait son arcade, en retrait et dissociée de la hampe, couper le jambage au derniers tiers, contrairement au p de vapeur dont l’arcade, elle, se trouvait légèrement dissociée du corps de la lettre. Pressé d’en finir, le marmiton, songea-t-il. L’écriture, que l’on devinait appliquée au début, était plus spontanée sur la fin. Plus lâche aussi. Le type qui avait écrit ça manquait d’assurance et de constance, à n’en pas douter. Au final, une graphie fadasse d’un être sans intérêt à ses yeux.
Extrait de « Brume » : Ma voisine de droite geint. Le pain est trop dur, le beurre trop mou. La confiture trop sucrée. J’ai envie de lui dire qu’elle est trop geignarde mais j’avale ma phrase avec le verre d’eau posé devant moi et les trois petits cachets qu’il me faut prendre tous les matins de peur de ne pas pouvoir assister au prochain lever du soleil, s’il daigne bien faire l’effort de pointer son nez. Une pilule rose pour la tension, une blanche pour la thyroïde et une bleu clair pour je ne sais plus quelle autre malédiction que la vieillesse a inventée pour nous égayer l’existence. Certains ici ont droit à toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et passent plus de temps à ingurgiter la ribambelle de cachetons posés devant eux que la tranche de pain tartinée avec l’ersatz pâlot à zéro pour cent de matières grasses qui tente de se faire passer pour du beurre ! Ici, tout est à zéro pour cent. Ils veulent que l’on meure en bonne santé. Cette nuit, il y a eu un nouveau départ. Aux Glycines, le mot « décès » est soigneusement proscrit. Toujours cette fichue persistance à ne pas oser affronter la mort en face, même ici, où elle a ses quartiers et où l’on peut la croiser à tout instant ! Alors on tourne autour, on fait des ronds de jambe et on l’habille de beaux mots comme « départ ». J’aurais aimé pouvoir vous dire que l’atmosphère qui régnait ce matin dans le réfectoire était au recueillement mais il n’en était rien. Les bruits de succion et de mastication humide de mes congénères semblaient juste un peu plus discrets qu’à l’accoutumée. Les bouches peut-être moins avides. Les coups d’œil plus furtifs, les tintements de couverts un soupçon plus feutrés. Le seul signe extérieur de l’absence était cette place libre qui attirait tous les regards : la chaise vide de Marcel Garnier qui faisait comme une béance intolérable au milieu du réfectoire !
Ce court roman de 89 pages nous plonge dans le quotidien d’une adolescente, Hazel. Elle vit en caserne de gendarmerie avec son père, Jean-Code, qui ne la comprend pas du tout. Il vient d’être muté à Ici, un village de montagne difficile à trouver sur une carte et tout aussi difficile à intégrer. Les mœurs y sont quelque peu particulières.
Un meurtre vient d’être commis à Ici. Le père d’Hazel est sur sa première affaire. On peut dire qu’il patine dans la semoule. Hazel mène son enquête de son côté et se fait de nouveaux amis, des humains mais aussi des animaux. La nature est très présente dans ce livre.
Ce conte éco-féministe est toujours dans le mouvement. Il dénonce avec dérision le patriarcat et les inégalités. Une lecture qui fait du bien et célèbre l’imaginaire. J’ai pensé à Matilda de Roald Dahl par moment.
J’entame ma première grille du challenge de l’été, puisque le Bookclub VLEEL du mois de juin est dédié aux éditions du Sonneur !
⭐⭐⭐⭐
Note : 4 sur 5.
Incipit : « Hazel s’entendait avec les bêtes. C’était de son âge, paraît-il. »
Le chien de Cousin-Berger qui se désaltérait au ruisseau donna l’alerte. Son maître rendit compte de la découverte au maire, « j’ai trouvé la mort, deux fois ». Les hommes échangèrent un regard d’effroi. Deux des leurs avaient peut-être pris du plomb dans la tête. Cousin-Maire convoqua ses administrés. Il les compta. Il n’en manquait qu’un. « Ça n’a pas de sens » jaugea Cousin-Vigile. La vieille Ursula demanda la parole, l’élu la lui refusa. Il recompta. Ça ne tombait jamais pile, « bougre de science ». Il fit apporter de la peinture blanche. Chaque cousin compté trempa sa tête dans le bidon. Cousin-Maire y voyait enfin clair. Il atteint 182. Il ne restait plus qu’Ursula et lui. Il la pointa, « 183 », puis désigna l’acrylique. Elle refusa, « tête de lard, c’est toi que tu oublies de compter depuis le début ». L’assemblée de têtes blanches s’esclaffa. Cousin-Maire plongea sa bobine dans la peinture, « histoire d’être bien sûr ».
Les histoires s’entremêlent, les personnages se croisent. La narratrice raconte avec malice ses souvenirs de personnes qu’elle a croisées, qui l’ont marquée, qui sont devenus des amis. On découvre des portraits pleins de douceur, d’amitié, qui font du bien.
Certains personnages sont plus extravagants que d’autres, plus surprenants. Il y a notamment un homme de petite taille qui travaille dans les cirques, un poète ou encore un ami de Pérec et Spinoza. En tout cas, après avoir lu ce roman j’ai eu l’impression de les connaître aussi.
Michèle Cohen a une très belle écriture. C’est un roman très agréable à lire, emplit d’humanité. Une belle lecture pour cet été qui vous donnera certainement envie de prendre des nouvelles de vos amis et d’en rencontrer de nouveaux !
Je remercie les éditions du Panseur pour l’envoi de ce livre
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 4.5 sur 5.
Incipit : « Un jour je me suis acheté une paire de tongs pour la piscine, afin d’éviter de glisser sur le sol mouillé, de le salir ou de me salir les pieds. »
« Du plus loin que je me souvienne, je la revois, Gitane à la main, experte, concentrée, silencieuse, plongée dans les petites annonces du Figaro, du Monde ou de Libé, sélectionnant, cochant, puis descendant au bar ou à la poste (c’était, je l’ai dit, un temps où avoir le téléphone à Paris était un privilège rare). Elle s’enfermait alors dans une cabine téléphonique qu’elle enfumait scandaleusement avec sa Gitane sans filtre, et passait des coups de fil (c’était aussi un temps où il fallait appeler dès qu’on avait lu l’annonce, sous peine de s’entendre dire « désolé, l’appartement est vendu depuis depuis cinq minutes »). Elle savait tout de suite si elle avait affaire à une agence (à éviter, à cause des « frais d’agence ») ou à un particulier. Elle connaissait les pièges, les questions à poser. Soupçonnait que, si l’on vous proposait un appartement avec jardin, c’est qu’il était au rez-de-chaussée et très sombre, que s’il n’était pas fait mention de la salle de bains, c’est qu’il n’y en avait pas, qu’une « possibilité ascenseur » resterait de l’ordre de la possibilité, et qu’un « proche canal Saint-Martin » en était très loin, à moins d’être synonyme de « terriblement humide ». Elle était suffisamment lucide et chevronnée pour s’éviter les déceptions qui ne manquent pas de s’abattre sur tout pratiquant novice des petites annonces. Elle flairait l’escroquerie, le taudis enjolivé, mais aussi bien la bonne gangue de terre, la princesse sous les habits de Cendrillon. Car il y avait forcément, dans ce grand jeu de l’échange d’habitations, de la dissimulation et de la ruse, du flair, des occasions à saisir – et puis des concurrents, à battre de vitesse et de perspicacité. »
« Un jour vous m’avez dit : « quand le petit sentiment que vous avez pour moi sera passé, pensez-vous que nous pourrons rester amis ? » Vous aviez l’air d’y tenir beaucoup. »
« Ainsi, notre amitié est-elle rythmée de débats farouches à propos de la taille des grains de couscous, de la disposition des boulettes dans la casserole – sur une ou plusieurs couches ? – sur l’ajout de courgettes dans marmouma (d’après moi, un scandale), sur la façon de tailler les carottes en rondelles ou en bâtonnets, ou la question des matzots que l’on casse au dernier moment dans le msoki de Pâques, ou pas (elle estime que cela fait un pâté infâme, moi j’aime bien que les galettes s’imprègnent de la sauce, d’ailleurs ça ne se discute même pas : c’est ce que faisait ma grand-mère). »
« Dans quelques mois peut-être – c’est le cadeau posthume de mon amie Claudie Cachard – mes broderies seront exposées à Venise. Celles-là mêmes qui ont passé plus de vingt ans entre mes yeux et mes doigts ou dans le secret de ma boîte à ouvrage, les voilà maintenant qui voyagent de Marseille à Beyrouth, et m’entraînent avec elles. Les voilà, regardées par des gens que je ne connais pas et qui semblent les aimer, en être touchés. »
« Si j’en juge par les dédicaces qu’Emmanuel écrivait pour moi lorsqu’il m’offrait l’un de ses livres, nous avons été amis. D’une amitié tendre, légère et douce, et drôle. Drôle, il l’était, et charmant – d’un charme qui habitait tout ce qu’il écrivait. Bien élevé, courtois, délicat, attentif, il était encore tout imprégné d’enfance et de souvenirs d’école, n’en finissait pas d’évoquer son apprentissage de l’écriture et de la lecture, du latin et du grec, de la grammaire. »
Max Durant, avocat trentenaire, décide de ne pas mourir. Il cherche toutes les solutions d’immortalité. Son psychiatre se montre sceptique et agacé face à son obsession.
Avec humour, on traverse la vie de Max et sa quête. Après Marianne qui le quitte à cause de ses idées loufoques, comme dormir à la verticale pour réduire le risque de mort, il rencontre Cathy. La jeune femme accepte son idée folle de cryogénisation d’un embryon pour assurer la pérennité de Max. Seulement il n’avait pas prévu de tomber amoureux de Cathy, en phase terminale d’un cancer du sein.
Voici un roman loufoque qui permet de rire de la mort. Les rebondissements font qu’on ne s’ennuie jamais. L’écriture est fluide et les dialogues sont drôles. Bref j’ai passé un très bon moment de lecture.
Replay et podcast de la rencontre VLEEL à venir !
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 4.5 sur 5.
Incipit : « C’est décidé, je ne mourrai pas ! Trop contraignant… Trop d’incertitudes. »
« – Si j’étais vous dans une vie future, au moins cela aurait le mérite de vous perpétuer. Ce n’est pas si mal pour vous, ça, non ? Sa réflexion me fit bondir. Qu’est-ce qu’il imaginait ? Qu’il allait me convertir au bouddhisme ? – Parce que vous pensez que je me satisferais d’être prolongé par quelqu’un d’autre que moi-même ? Ça vous rassurerait de savoir que je vous incarnerais dans une prochaine vie? Imaginez qu’on aille jusqu’à vous délivrer un certificat d’authenticité avec garantie pièces et main-d’œuvre, vous prenez ? Il adopta l’air fermé auquel il avait recours pour me signifier qu’il n’entendait pas poursuivre la discussion. – Monsieur Durant, vous savez bien que vous allez droit à l’impasse tant que vous aborderez la mort comme s’il s’agissait d’une option. Il ne s’agit pas d’être pour ou contre la mort, de la craindre ou de la rejeter… la mort EST, un point c’est tout. – C’est en tout cas ce que vous voulez bien admettre, docteur. Et, à votre décharge, il faut reconnaître qu’elle a toujours été, jusqu’à présent en tout cas, comme tout ce qui n’a été jamais remis en cause… J’espère vous démontrer qu’il y a une fin à tout, même à la mort ! »
« Article 2 : OBJET DE LA CESSION Le Cédant cède, par la présente, irrévocablement, son âme au Cessionnaire, ainsi que tous les accessoires subséquents – volonté, liberté, dignité –, auxquels s’ajoutent tous les attributs généralement admis à cet égard par la littérature, étant précisé que la liste ci-dessus est indicative et non exhaustive. Pour toute interprétation du présent article, les parties se référeront en priorité à l’ouvrage intitulé Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde. »
« Lorsque le fou soulève une question cruciale pour l’humanité, il serait aberrant de ne pas la traiter au prétexte de la folie prétendue de son auteur. D’ailleurs, la quête de la vérité était le rôle assigné au fou par la littérature, il ne citerait que Shakespeare, excusez du peu. »
« J’appelle les nations du monde entier à se mobiliser contre ce fléau. L’éradication de la mort est affaire de volonté politique. »
Ce roman d’aventure dresse le portrait d’une jeune Anglaise, exilée dans une colonie pénitentiaire en Australie à la fin du 18ème siècle.
Elizabeth s’évade et tente de survivre dans la nature. La soif et la faim se vont vite sentir. Puis elle rencontre des aborigènes. Elle découvre une autre culture, un autre rapport à la nature. Elle garde toujours en tête son projet de retourner en Angleterre. De multiples rebondissements mènent les lecteurs vers une fin inattendue.
J’ai aimé être plongée dans la vie de cette tribu, à son rythme. Il y a de très belles descriptions de la nature. L’écriture est belle et poétique. Elle s’appuie beaucoup sur les sens. Le vocabulaire est riche. J’ai rencontré plusieurs mots que je ne connaissais pas.
Comme toujours, une sympathique lecture faite grâce au Bookclub VLEEL du mois de juin. Et comme j’aime beaucoup les éditions du Sonneur, j’enchaîne avec la lecture du « Mont des Ourses » d’Émilie Devèze.
⭐⭐⭐⭐
Note : 4 sur 5.
Incipit : « J’ai attendu la nuit. Attendu que s’apaisent les clameurs et les plaintes. Que s’épuise dans les confins du jour le fracas des rixes et des disputes. J’ai guetté le sommeil des prisonniers, des marins et des soldats. Retenu ma respiration pour ne manquer aucun signe, aucune alerte. J’ai compté les pas des sentinelles. Les rondes. Les heures. Attendu encore. Jusqu’à cet instant. Le camp gît, animal monstrueux, sous un édredon de silence qui laisse venir à moi le chuchotement de la forêt. Son appel se faufile à travers les râles et les soupirs, le souffle des corps endormis, les mots brefs échappés des cauchemars. J’écoute son murmure, que fend tout à coup le signal perçant de l’effraie ombrée. Le moment venu. Ce jour qui débute sera le premier jour de ma liberté. »
« J’écoute les voix de la tribu et, peu à peu, mon âme, elle aussi, essaime ses rêves dans les pierres, les grains de sable, les épines de spinifex, l’écorce de l’arbre à pain, les fleurs de l’eucalyptus, dans la mousse de la mare aux poules noires et dans l’ourlet des nuages, glisse sur les écailles du barramundi, palpite dans le cœur des vallées, vole avec les étourneaux dans la rosée du ciel nocturne, épouse ce pays qui m’accueille avec indifférence et générosité. Et le cri du kookaburra, qu’à la colonie nous percevions comme un horrible ricanement défiant notre malheur, n’est ici rien de plus que le rire d’un oiseau. Un écho à celui des femmes et aux clameurs joyeuses des enfants. »
Étienne, interne en pédiatrie, a choisi le service de réanimation pour son dernier stage. Mais il est contraint de se rabattre sur un autre stage, en onco-hématologie. Il est d’humeur massacrante. Six mois qui commencent mal…
Nous faisons la connaissance de Gabrielle, sa co-interne, l’opposée d’Étienne. Puis de son maître de stage, du personnel du service et des patients. Tous les personnages sont attachants, chacun a ses secrets et ses blessures. Pour Étienne, il digère difficilement le décès de son père suite à un cancer il y a peine quelques mois.
Un roman empli d’émotions et de larmes. J’ai trouvé intéressant le fait de se trouver du côté des soignants, et aussi du côté des familles de patients. Mais le style ne m’a plu. Tout est trop détaillé et expliqué à mon goût ; ce que font et pensent les personnages. Le narrateur omniscient ne laisse pas assez de place à mon imagination. Je l’ai lu presque comme un témoignage mais il s’agit bien d’un roman. L’autrice s’est inspiré de son métier dont on ressent bien les difficultés.
Ce premier roman fait partie de la sélection des 68 premières fois.
⭐⭐⭐
Note : 3 sur 5.
Incipit : « Étienne jette un coup d’œil à sa montre et accélère le pas. En ce triste mois d’octobre, une bise automnale vient lui cingler le visage tandis que les portes automatiques s’ouvrent devant lui dans un chuintement désagréable. »
Jessie raconte sa vie ou plutôt comment celle de son fils de 15 ans, Marco, lui échappe. Il ne va pas en cours, n’obéit à personne, se drogue, fugue.
Un soir, Marco l’appelle et lui demande de venir le chercher à une fête. Cette nuit sera un moment de vérité. L’occasion de raconter les secrets de famille, d’essayer de comprendre les casseroles qu’on traîne, l’héritage familiale.
A l’instar de ses précédents livres, l’écriture de Mathieu Palain m’a happée avec notamment cette urgence à raconter l’histoire vraie d’une femme qu’il a vu pendant 1 an et lui a raconté sa vie. Il a changé les noms et les lieux. Cette femme devient un personnage sous la plume de l’écrivain et journaliste.
C’est un livre dur et bouleversant. Beaucoup de sujets de société sont abordés. Je préfère ne rien dévoiler pour vous laisser découvrir ce roman. Encore une lecture forte proposée par les éditions de l’Iconoclaste.
⭐⭐⭐⭐
Note : 4 sur 5.
Incipit : « C’est une nuit qui remonte à la surface. Je l’enfouis sous des couches de souvenirs, mais elle remonte, elle se fraye un chemin, elle me surprend devant les élèves, en salle des profs, à table au milieu d’une phrase avec des amis, le soir en prenant ma douche, le matin au réveil, assise au bord du lit. »
« A l’âge de 10 ans, alors qu’on se tenait au sommet des escalators de la Fnac Parinor, j’ai lancé à ma mère : « Tu te rends compte, maman, que l’homme de ma vie, il est là, quelque part ? » ça me rend triste d’y repenser. C’est elle qui me l’a mise dans le crâne, cette sale idée. Elle, Andersen, Perrault, Walt Disney, et tous les conteurs d’histoires de filles sauvées par l’homme qui allait donner un sens à leur existence. C’est absurde mais je l’ai encore, ce foutu rêve d’une moitié de moi-même qui serait là dehors, à m’attendre, et quand je regarde la catastrophe qu’a été ma vie amoureuse, je ne peux m’empêcher de penser que ça aurait été moins chaotique sans cette obsession pour le prince charmant. »
« Les histoires de famille, ça ne prend pas l’air à force d’être tues, et ça moisit. Au début, on ne voit rien. Comme un feu sous la terre, on n’interroge pas ce qui bout sous nos pieds, il est encore possible de faire comme si tout allait bien. Mais avec les années, tout le monde sera touché, les vieux chênes, les jeunes pousses, tout le monde en crèvera par les racines. Alors j’ai fini par admettre que ça n’existait pas, les familles sans problèmes, qui s’aiment et se parlent vraiment. Pas seulement de la pluie et du beau temps, du petit dernier qui fait ses dents ou de ce qu’on pense de la Palme d’Or, mais des familles dans lesquelles on ose répondre « non, ça ne va pas » quand la question vient après une longue absence. »
Découvrez les 40 textes sélectionnés par le Prix Hors Concours. Ce prix littéraire met en avant des romans francophones contemporains publiés par des éditeurs indépendants. Bref, des romans qui ne figurent pas dans le top des ventes mais qui méritent le détour ! De belles découvertes en perspectives !
Connaissez-vous les lauréats 2024 ?
Le lauréat de la 9ème édition est David Naïm pour L’ombre pâle (éditions de l’Antilope).
La mention du public a été attribuée à Bénédicte Dupré La Tour, pour Terres promises (éditions du Panseur).
Vous trouverez des ouvrages parus en 2024, 2025 et d’autres à paraître lors de la rentrée littéraire 2025. Personnellement j’ai déjà acheté ou lu certains de ces livres avant de connaître la sélection :
Les béliers / Ahmed Fouad Bouras (Emmanuelle Collas)
Fracture(s) / Lidwine Van Lancker (Livres agités)
Portrait du poète en salaud / Nicolas Elias (Les Argonautes)
Et certains me font de l’œil et devraient bientôt faire leur apparition dans ma PAL :
L’Éden à l’aube / Karim Kattan (Elyzad)
Tangentes / Mathilde Hug (Gorge bleue)
Highlands / Fanie Demeule (Québec Amérique)
Rêve d’une pomme acide / Justine Arnal (Quidam)
Je n’ai pas hésité une seconde à me réinscrire cette année en tant que professionnelle du livre pour participer au vote. Je recevrai un ouvrage de 200 pages contenant un extrait de 3 pages de chaque roman pour me faire une idée des textes. Je voterai à la fin de l’été pour mes 5 finalistes préférés. Ensuite les 5 textes finalistes retenus seront lus par un jury de 5 journalistes, par les lecteurs et les professionnels du livre pour désigner le lauréat en novembre.
Stéphanie Dupays (critique littéraire pour le journal Le Monde)
Stéphanie Khayat (journaliste à Télématin sur France 2)
David Medioni (journaliste à Franc-Tireur)
Inès de La Motte Saint Pierre (journaliste pour la Grande Librairie sur France 5)
Emmanuel Poncet (rédacteur en chef des pages Culture & Tendances de La Tribune Dimanche)
Et vous ?
C’est le moment de vous inscrire pour rejoindre le club ! Vous pouvez aussi participer et voter pour vos 5 romans préférés, retrouvez toutes les informations sur le site : https://www.hors-concours.fr/
Marie-Hélène Lafon est l’une de mes écrivaines préférées. Je dois avoir tous ses livres dans ma bibliothèque. Je ne rate aucune parution. Dans ce nouveau livre publié chez les éditions du Chemin de Fer, il y a deux nouvelles, « La confession » et « Cinquante ans » qui permettent de retrouver un des personnages de son précédent roman « Les Sources ». Ce prolongement de ce texte autobiographique, est centré sur le frère, Gilles.
On retrouve les thèmes chers à l’auteure : la vie dans les campagnes, le monde paysan, la dureté de la vie, les obligations familiales.
La première nouvelle nous plonge dans l’enfance. Les deux sœurs et le frère vont au catéchisme. Les leçons sont faites par la Nini, longuement détaillée.
La seconde nouvelle se situe plus tard. Gilles a cinquante ans. Sa sœur Claire (Marie-Hélène) vient régulièrement de Paris pour aider à la ferme. Les parents vieillissent. Elle répète les mêmes gestes : le linge à repasser, décrocher les draps et les remettre dans les lits, un coup de balai ou d’aspirateur si elle a le temps. Et puis aller voir le frère travailler, discuter un peu.
La Santoire est toute proche. Claire s’emplit de la nature et des paysages à chaque visite. Les peintures de Denis Laget rehaussent les textes. A l’instar de la couverture, Elles sont composées de bruns, couleurs de la terre.
Un petit bijou, à lire et relire bien évidemment pour la beauté de la langue de Marie-Hélène Lafon.
#lafonmania
⭐⭐⭐⭐⭐
Note : 5 sur 5.
Incipit : « La Nini n’a pas d’âge, elle est ronde et courte et trotte menu en traversant la place, de l’église à la maison et de la maison à l’église ; elle ne lève pas l’œil et on n’attrape pas son regard, même pendant les leçons de catéchisme qu’elle donne debout tandis que les petits de première année sont assis sur deux bancs, un pour les filles et un pour les garçons, de part et d’autre de l’allée centrale, au premier rang juste devant le chœur et l’autel. »
« Aujourd’hui, il faut y aller. Claire ira aujourd’hui, cet après-midi, elle a prévenu sa mère, elle a téléphoné, elle s’est annoncée, elle a dit, je viendrai vendredi, vendredi après-midi. Vendredi c’est aujourd’hui, il faut y aller. »