Irina, un opéra russe / Anouar Benmalek

Première lecture et chronique de la rentrée littéraire !

Walid, franco-algérien, comme l’auteur, fait ses études à Leningrad en 1978 et tombe amoureux d’Irina Rostova, jeune chanteuse d’opéra à l’avenir prometteur. Mais le destin décide de les séparer. 40 ans plus tard, Walid revient à Saint-Pétersbourg dans l’espoir de retrouver son premier amour.

Anouar Benmalek met en lumière dans cette fresque historique hautement romanesque une période sombre de l’histoire de l’URSS. Il s’agit de la famine du Kazakhstan dans les années 1930, abordée au travers du personnage de Vladimir, le grand-père d’Irina. Certains passages de ce livre paraissent particulièrement d’actualité.

469 pages un brin nostalgiques qui m’ont parfois perdue à force d’allers-retours dans le temps. Quelques longueurs mais qui ont vite été effacées par la force romanesque de l’histoire. Certains personnages ont la faculté de revenir dans le passé et de changer le cours de l’histoire. Le roman mélange ainsi les époques. Si vous êtes amateurs de romans linéaires, passez votre chemin.

Si vous aimez les grands romans russes, celui-ci vous fera voyager, passer par plusieurs émotions et espérer jusqu’au bout. Il est paru aujourd’hui en librairie !

Je remercie les éditions Emmanuelle Collas pour cette lecture.

Rencontre gratuite en ligne VLEEL le dimanche 7 septembre 2025 à 19h, inscriptions : https://vleel.com/rencontre/rencontre-litteraire-anouar-benmalek/

Note : 4 sur 5.

« Prologue
Leningrad, 1981
– Sais-tu à quelle condition j’accepterais d’endurer l’éternité du paradis ? Seulement si, par extraordinaire, Dieu avait la somptueuse idée d’y construire, non loin de la grande bibliothèque de l’arbre de la connaissance, un opéra tout plein de dorures avec, au programme, les artistes lyriques les plus doués depuis Ève, la première prima donna. »

« J’ai tant de choses à te dire, ou plutôt, une seule, mais vaste comme la mer. »

« En un sens, je suis morte quand j’ai compris qu’elle n’était plus de ce monde. Mais ce n’est pas tout de mourir, encore faut-il continuer à vivre après. »

La rentrée littéraire 2025

Le 13 août est le top départ cette année pour les première sorties. Voici ma sélection parmi les 484 livres à paraître en cette rentrée littéraire. En légère hausse, on reste tout de même sous la barre des 500 titres parus.

Côté français, on compte ainsi 344 titres publiés, dont 73 premiers romans. (Source : Livres Hebdo)

Les titres apparaissent par date de parution. Vous pouvez cliquer sur les titres pour accéder à la présentation de l’éditeur et en savoir plus.

Cette liste peut bien entendu évoluer en fonction des chroniques que je lirai, de vos retours et surtout des deux soirées de présentation de Varions les éditions en live (VLEEL) le 31 août et le 4 septembre.

Mes chouchous, repérés, notés, achetés ou bientôt dans ma PAL :

  • Les mandragores / Marius Degardin (1er roman, Le Panseur, 14/08/25, 21€90)
  • Trois fois la colère / Laurine Roux (Ed. du Sonneur, 14/08/25, 20€)
  • Cœur de cochon / Susie Morgenstern (essai littéraire, JC Lattès collection Bestial, 20/08/25, 18€)
  • La joie ennemie / Kaouther Adimi (essai littéraire, Stock collection Ma nuit au musée, 20/08/25, 19€90)
  • Nous sommes faits d’orage / Marie Charrel (Les Léonides, 20/08/25, 21€90)
  • Jacky / Anthony Passeron (2nd roman, Grasset, 20/08/25, 19€50)
  • Le désir dans la cage / Alissa Wenz (Les Avrils, 20/08/25, 22€)
  • L’entroubli / Thibault Daelman (1er roman, Le Tripode, 21/08/25, 20€)
  • L’homme sous l’orage / Gaëlle Nohant (L’Iconoclaste, 21/08/25, 21€90)
  • Du côté des vivants / Violaine Bérot (Buchet Chastel, 21/08/25, 19€)
  • Aimer / Sarah Chiche (Julliard, 21/08/25, 22€50)
  • Cantique du chaos / Mathieu Belezi (Robert Laffont, 21/08/25, 23€)
  • Voyage voyage / Victor Pouchet (Gallimard collection L’Arbalète, 21/08/25, 20€)
  • Le lotissement / Claire Vesin (2nd roman, La Manufacture de livres, 21/08/25, 19€90)
  • Devenir écrivain / Alexandre Lacroix (Allary, 21/08/25, 22€90)
  • Les promesses orphelines / Gilles Marchand (Aux forges de Vulcain, 22/08/25, 20€)
  • Irina, un opéra russe / Anouar Benmalek (Ed. Emmanuelle Collas, 22/08/25, 22€90)
  • Mémoires de Mayron Schwartz / Jean-François Beauchemin (Ed. Québec Amérique, 22/08/25, 22€)
  • Jouer le jeu / Fatima Daas (2nd roman, Ed. de l’Olivier, 22/08/25, 20€)
  • Une saison de colère / Sébastien Vidal (Le Mot et le reste, 22/08/25, 18€)
  • Chasseurs d’été / Soufiane Khaloua (Agullo, 28/08/25, 22€90)
  • La bibliothèque retrouvée, une enquête / Vanessa de Senarclens (1er roman, Zoé, 28/08/25, 20€)
  • Sans Eden / Maïa Thiriet (1er roman, Ed. Emmanuelle Collas, 29/08/25, 21€90)
  • Le parlement de l’eau / Wendy Delorme (Cambourakis, 03/09/25, 23€50)
  • Madame Bijou / Thomas Vinau (Gallimard collection Sygne, 09/10/25, 19€)

Ils ont l’air bien tentant, à découvrir :

  • Le bonheur / Paul Kawczak (La Peuplade, 14/08/25, 23€)
  • Une drôle de peine / Justine Lévy (essai littéraire, Stock collection Bleue, 20/08/25, 19€)
  • Yann dans la nuit / Julie Brafman (1er roman, Flammarion, 20/08/25, 21€)
  • Vingt ans / Karine Silla (Ed. de l’Observatoire, 20/08/25, 23€)
  • Nous n’avons rien à envier au reste du monde / Nicolas Gaudemet (Ed. de l’Observatoire, 20/08/25, 21€)
  • Tout ouïe / Alexandre Postel (Ed. de l’Observatoire, 20/08/25, 22€)
  • In violentia veritas / Catherine Girard (1er roman, Grasset, 20/08/25, 22€)
  • Tout ira bien / Laurent Nunez (Rivages, 20/08/25, 21€)
  • Destéria et les démineurs / Nedjma Kacimi (Cambourakis, 20/08/25, 22€)
  • Le ciel est immense / Feurat Alani (JC Lattès, 20/08/25, 20€90)
  • Ce que je vole à la nuit / Rebecca Benhamou (HarperCollins, 20/08/25, 18€)
  • La peau dure / Vanessa Schneider (Flammarion, 20/08/25, 20€)
  • Je rouille / Robin Watine (1er roman, Calmann-Lévy, 20/08/25, 18€50)
  • L’incendiaire / Constance Rivière (Stock, 20/08/25, 20€50)
  • Toutes les vies / Rebeka Warrior (1er roman, Stock, 20/08/25, 20€90)
  • La tentation artificielle / Clément Camar-Mercier (Actes Sud, 20/08/25, 23€)
  • L’application des peines / Didier Castino (Les Avrils, 20/08/25, 21€10)
  • De l’autre côté de la vie / Fabrice Humbert (Calmann-Lévy, 20/08/25, 19€90)
  • L’âme de fond / Julia Clavel (1er roman, Ed. de l’Observatoire, 20/08/25, 23€)
  • L’ami Louis / Sylvie Le Bihan (Denoël, 20/08/25, 22€50)
  • La mauvaise joueuse / Victor Jestin (Flammarion, 20/08/25, 18€)
  • Ce refrain qui te plaît / Nadège Erika (HarperCollins, 20/08/25, 19€90)
  • Rattraper l’horizon / Mani Khosraw (Actes Sud, 20/08/25, 21€)
  • Celle qui fugue / Cécile Tlili (Calmann-Lévy, 20/08/25, 18€50)
  • L’enfant à la tête baissée / Alexis Salatko (Denoël, 20/08/25, 21€)
  • Je voulais vivre / Adélaïde de Clermont-Tonnerre (Grasset, 20/08/25, 24€)
  • Les derniers jours de Harry Yuan / Arbon (1er roman, Au diable Vauvert, 21/08/25, 22€)
  • Géographie de l’oubli / Raphaël Sigal (1er roman, Robert Laffont, 21/08/25, 17€)
  • Le dernier entretien et autres conversations / Joan Didion (essai littéraire américain, Les livres de la Promenade, 21/01/25, 15€)
  • Comment torpiller l’écriture des femmes / Joanna Russ (essai littéraire américain, Zones, 21/08/25, 20€)
  • Allô la Place / Nassera Tamer (1er roman, Verdier, 21/08/25, 18€50)
  • Nourrices / Séverine Cressan (1er roman, Dalva, 21/08/25, 21€50)
  • Counani : un roi sans terre ni couronne / Jean-Paul Delfino (Istya & Cie, 21/08/25, 23€)
  • Aux nuits à venir / Joffrine Donnadieu (Gallimard, 21/08/25, 22€50)
  • Au grand jamais / Jakuta Alikavazovic (Gallimard, 21/08/25, 20€50)
  • Nous les moches / Jean Michelin (2nd roman, Héloïse d’Ormesson, 21/08/25, 20€)
  • Revenir à Marimbault / Stéphanie Chaillou (Noir sur blanc collection Notabilia, 21/08/25, 19€90)
  • Quitter la vallée / Renaud de Chaumaray (Gallimard, 21/08/25, 20€)
  • Ce que nous sommes à la fin, des enfants sauvages / Denis Infante (Tristram, 21/08/25, 19€)
  • Perpétuité / Guillaume Poix (Verticales, 21/08/25, 22€)
  • Quatre jours sans ma mère / Ramsès Kefi (1er roman, Philippe Rey, 21/08/25, 19€)
  • Le grand horizon / Lola Nicolle (Phébus, 21/08/25, 20€50)
  • L’amour moderne / Louis-Henri de La Rochefoucauld (Robert Laffont, 21/08/25, 20€)
  • La bouche dans le sable / Kévin Thiévon (1er roman, Le Bruit du monde, 21/08/25, 20€)
  • La bonne mère / Mathilda Di Matteo (1er roman, L’Iconoclaste, 21/08/25, 20€90)
  • Les forces / Laura Vazquez (Ed. du Sous-sol, 21/08/25, 22€50)
  • On m’a jeté l’œil / Anya Nousri (1er roman, Le Castor Astral, 21/08/25, 17€)
  • La hideuse / Reine Bellivier (1er roman, Bourgois, 21/08/25, 20€)
  • Les crédits / Damien Peynaud (1er roman, Noir sur blanc collection Notabilia, 21/08/25, 21€)
  • La collision / Paul Gasnier (1er roman, Gallimard, 21/08/25, 19€)
  • Née tissée / Laura Lutard (poésie, Ed. Bruno Doucey, 22/08/25, 15€)
  • Ethel Aden / Marie de Chassey (2nd roman, Alma, 22/08/25, 17€)
  • Rêve d’une pomme acide / Justine Arnal (Quidam, 22/08/25, 20€)
  • Peau d’ourse / Grégory Le Floch (Seuil, 22/08/25, 20€)
  • Louve en juillet / Gabrielle Filteau-Chiba (Dépaysage, 22/08/25, 14€)
  • Un été contraire / Pauline Vetter (1er roman, Asphalte, 22/08/25, 20€)
  • Le monde est fatigué / Joseph Incardona (Finitude, 22/08/25, 21€)
  • La folie Océan / Vincent Message (Seuil, 22/08/25, 22€)
  • Et brûlent les enfances / Virginie Noar (Les pérégrines, 22/08/25, 20€)
  • Nancy-Saïgon / Adrien Genoudet (Seuil, 22/08/25, 21€)
  • Le ministère des rêves / Momtchil Milanov (1er roman bulgare, Les Argonautes, 22/08/25, 21€)
  • Des enfants uniques / Gabrielle de Tournemire (1er roman, Flammarion, 27/08/25, 19€)
  • L’épris littéraire / Julien Leschiera (Dilettante, 27/08/25, 23€)
  • Choses qui arrivent / Touhfat Mouhtare (Bayard, 27/08/25, 16€)
  • Ça finit quand, toujours ? / Agnès Gruda (1er roman, Ed. des Équateurs, 27/08/25, 23€)
  • Avale / Sephora Pondi (1er roman, Grasset, 27/08/25, 20€)
  • Tambora / Hélène Laurain (Verdier, 28/08/25, 18€50)
  • La petite zone avec de la lumière / Sébastien Ménestrier (Zoé, 28/08/25, 16€50)
  • Les jardins perdus / Rouda (Liana Levi, 28/08/25, 20€)
  • Celle-qui-sait-les-herbes / Marc Graciano (Le Tripode, 28/08/25, 18€)
  • Le crépuscule des hommes / Alfred de Montesquiou (Robert Laffont, 28/08/25, 22€)
  • Officier radio / Marie Richeux (Sabine Wespieser, 28/08/25, 21€)
  • Doppelgänger / Gérard Guix (Aux forges de Vulcain, 29/08/25, 29€)
  • Eka ashate : ne flanche pas / Naomi Fontaine (Mémoire d’encrier, 02/09/25, 19€)
  • Que s’obscurcissent le soleil et la lumière / Frédéric Paulin (fin de la trilogie, Agullo, 11/09/25, 23€50)
  • Une écorchure / Marianne Gokalp (1er roman, Ed. du Canoë, 17/09/25, 16€)
  • La vie ressemble à ça / Titiou Lecoq (essai littéraire, L’Iconoclaste, 18/09/25, 20€90)
  • Au pays des Pnines / Sibylle Grimbert (Premier Parallèle, 18/09/25, 13€90)
  • Naufrage(s) / Michèle Lesbre (Sabine Wespieser, 02/10/25, 15€)
  • Des lances entre les phalanges / Clara Ysé (poésie, Seghers, 02/10/25, 17€)
  • Les yeux clos / Philippe Yong (Mémoire d’encrier, 03/10/25, 22€)
  • Le tas : et autres poèmes / Peretz Markish (poésie yiddish, L’Antilope, 03/10/25, 24€50)
  • Une année terrestre / Sarah Brunet Dragon (Les Avrils, 08/10/25, 20€)
  • Peaux vives / Alice Renard (Héloïse d’Ormesson, 09/10/25, 15€)
  • Cindy_16 / Louis-Daniel Godin (La Peuplade, 16/10/25, 20€)
  • Europolis / Jean Bart (littérature roumaine, Les Argonautes, 24/10/25, 21€)

Les incontournables :

  • Le livre de Kells / Sorj Chalandon (Grasset, 13/08/25, 23€)
  • Où les étoiles tombent / Cédric Sapin-Defour (Stock, 13/08/25, 22€50)
  • Où s’adosse le ciel / David Diop (Julliard, 14/08/25, 22€50)
  • Les derniers jours de l’apesanteur / Fabrice Caro (Gallimard collection Sygne, 14/08/25, 20€)
  • La forêt de flammes et d’ombres / Akira Mizubayashi (Gallimard, 14/08/25, 21€)
  • Zem / Laurent Gaudé (suite de « Chien 51 », Actes Sud, 20/08/25, 22€)
  • Un mal irréparable / Lionel Duroy (Mialet-Barrault, 20/08/25, 21€)
  • Comme en amour / Alice Ferney (Actes Sud, 20/08/25, 22€)
  • Aucune nuit ne sera noire / Fatou Diome (Albin Michel, 20/08/25, 21€90)
  • Surchauffe / Nathan Devers (Albin Michel, 20/08/25, 21€90)
  • Tressaillir / Maria Pourchet (Stock, 20/08/25, 21€90)
  • Finistère / Anne Berest (Albin Michel, 20/08/25, 23€90)
  • Entre toutes / Franck Bouysse (Albin Michel, 20/08/25, 21€90)
  • Le nom des rois / Charif Majdalani (Stock, 20/08/25, 20€)
  • Le palmier / Valentine Goby (Actes Sud, 20/08/25, 22€)
  • Tant mieux / Amélie Nothomb (Albin Michel, 20/08/25, 19€90)
  • Et toute la vie devant nous / Olivier Adam (Flammarion, 20/08/25, 22€)
  • Vertu et Rosalinde / Anne Serre (Mercure de France, 21/08/25, 18€)
  • Maman / Régis Jauffret (Récamier, 21/08/25, 21€90)
  • La marchande d’oublies / Pierre Jourde (Gallimard, 21/08/25, 25€)
  • Marcher dans tes pas / Léonor de Récondo (L’Iconoclaste, 21/08/25, 20€90)
  • Goya de père en fille / Léonor de Récondo (essai littéraire, Verdier collection Les arts de lire, 21/08/25, 7€)
  • La nuit au cœur / Nathacha Appanah (Gallimard, 21/08/25, 21€)
  • Au temps de ma colère / Camille de Toledo (Verdier, 21/08/25, 18€50)
  • L’homme qui lisait des livres / Rachid Benzine (Julliard, 21/08/25, 18€)
  • Haute-folie / Antoine Wauters (Gallimard, 21/08/25, 19€)
  • Ils appellent ça l’amour / Chloé Delaume (Seuil, 22/08/25, 19€)
  • Ramsès de Paris / Alain Mabanckou (Seuil, 22/08/25, 21€)
  • L’oreille absolue / Agnès Desarthe (Ed. de l’Olivier, 22/08/25, 19€50)
  • Adieu Kolyma / Antoine Sénanque (Grasset, 27/08/25, 23€)
  • La maison vide / Laurent Mauvignier (Minuit, 28/08/25, 25€)
  • L’obscur soleil des corps / Louis-Philippe Dalembert (poésie, Ed. Bruno Doucey, 02/09/25, 14€)
  • Simone Emonet / Catherine Millet (Flammarion, 03/09/25, 19€50)
  • Kolkhoze / Emmanuel Carrère (POL, 04/09/25, 24€)
  • Autoportrait à l’encre noire / Lydie Salvayre (essai littéraire, Robert Laffont, 04/09/25, 20€)
  • Le suicide exalté de Charles Dickens / Philippe Delerm (Seuil, 05/09/25, 15€90)
  • Savinien de Cyrano, sieur de Bergerac / Gérard de Cortanze (Albin Michel, 17/09/25, 22€90)
  • Légitime violence / Marc Dugain (Albin Michel, 01/10/25, 21€90)
  • La voix de l’arbre / Bernard Werber (Albin Michel, 01/10/25, 22€90)
  • La traversée des temps. 5. Les deux royaumes / Eric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel, 01/10/25, 22€90)
  • Dolores / Philippe Djian (Julliard, 02/10/25, 22€50)
  • 70 bis / Patrick Modiano (Gallimard, 02/10/25, 19€)
  • Échappées / Pierre Péju (Gallimard, 09/10/25, 19€)

N’hésitez pas à m’indiquer en commentaire votre sélection ou vos coups de cœur !

Retrouvez au fur et à mesure mes lectures/chroniques de la rentrée littéraire sur le blog !

24 fois la vérité / Raphaël Meltz

Les chapitres alternent entre deux personnages, Gabriel (le grand-père de l’auteur) et Adrien (le double de l’auteur), entre passé et présent.

Adrien est journaliste et écrivain. Les piges sont un boulot alimentaire comme on dit. Il écrit des articles pour des magazines spécialisés en informatique et matériel numérique pour lesquels il teste des appareils et se rend à des salons.

Son grand-père est né en 1908 et a filmé pour les actualités diffusées au cinéma à l’époque, avant les téléviseurs. Toujours une caméra devant l’œil et un cadre. On regarde le monde à travers son « 3ème œil ». Le titre fait référence aux 24 images par seconde qui correspondent à la vidéo.

J’ai aimé suivre la vie de Gabriel au travers du 20e siècle. Il est le témoin de l’Histoire et des avancées technologiques notamment des caméras. J’ai moins accroché à la partie autofictionnelle d’Adrien. Les questions existentielles que son ami Antonio se pose sur la mort du cinéma m’ont moins intéressées. Les passages sur l’écriture, les questions que se posent l’écrivain Adrien, m’ont davantage passionnée. Une belle réflexion sur la vie, la création et avec humour sur le numérique dans nos vies.

J’ai déjà lu plusieurs livres de Raphaël Meltz/Hadrien Klent. J’aime beaucoup son écriture, mais celui-ci n’est pas mon préféré. Peut-être parce que je ne suis pas cinéphile du tout. Avis donc aux amateurs du 7ème art, ce livre pourrait fortement vous captiver !

Avec cette lecture je clos mon challenge de l’été VLEEL et je coche la case de l’auteur reçu plusieurs fois en VLEEL.

Note : 4 sur 5.

Incipit :
« A
[Las Vegas]
– Mais n’oubliez pas que ça fait longtemps maintenant que nous sommes au XXIe siècle. »

« Abattu, il veut aller se coucher.
Mais moi : j’ai dormi pendant le film, j’ai regain d’énergie, j’ai envie de parler, et ça me vient comme ça, c’est rare que j’y arrive mais ce soir ça me vient, je parle de mon roman, de ce que j’essaie de faire, de ce que je comprends de ce que j’essaie de faire, raconter l’histoire d’un homme sans rien raconter d’autre que ce qu’il voit, peut-on écrire un roman uniquement par des segments de choses vues, peut-on les regarder aussi et tenter de raconter ce que vivent les personnages et ainsi construire un récit, il y a eu tant de questions sur le roman depuis des siècles, et tant de réponses, mais moi j’ai l’impression que j’ai tout oublié, que je ne sais même plus si un narrateur peut prendre la parole quand il n’est pas un personnage de son livre, je ne sais pas si je peux faire des flashforwards, me plonger dans un avenir qui est notre passé mais qui éclaire le présent que vit mon personnage, qu’est-ce que tu en dis Antonio ? – mais Antonio dort dans son fauteuil, je le réveille doucement, son grand corps mol, sa peau claire apaisée, je dois les sortir du sommeil, Antonio tu m’as écouté ou pas, oui oui j’ai tout écouté mais je ne me souviens pas trop de ce que tu disais, tu m’as parlé de quoi ?
C’est pas grave, une autre fois, allons dormir Antonio, il y aura d’autres occasions, non ? »

« Mais Gabriel sans caméra n’est pas vivant, il lui faut son troisième œil, son seul œil actif, celui qui lui sert à enregistrer le monde, par le regarder, l’enregistrer. »

« J’ai dit d’accord, que pouvais-je lui dire ? Pas d’accord, continue, sois ce que j’attends de toi, sois ce personnage qui jamais ne renonce, qui ne plie ni ne cède, sois celui qui va au bout de son idée, qui la découd comme un habit mis à plat après usage, des pans plans de tissu qui ont perdu tout volume, des structures qui mettent à jour leur organisation dans l’espace, sois tout à la fois, le Wittgenstein le Lévi-Strauss le Foucault de l’histoire du cinéma, sois le peintre de la mort du cinéma, le chorégraphe de l’épuisement du septième art, le chanteur de la disparition de la magie des images, sois, surtout, sois à la hauteur de ce que j’ai toujours espéré connaître, que j’ai passé ma vie à chercher, sois un être humain réel plus puissant, plus intense, plus original, qu’un personnage de roman, Antonio tu te rends compte que tes oreilles qui rougissent, ta peau trop rose et tes cheveux roux je m’en fous, ta carnation, ton incarnation peu importe, c’est ta légende qui compte, la réalité de ta légende, que tu sois plus, précisément plus que ce qu’un acteur pourra jamais être : une intensité réelle, pas une intensité simulée. Lorsque à Belleville tu m’as parlé de cette idée, j’ai cru que tu m’emmènerais loin, plus loin qu’un roman, beaucoup plus loin qu’un roman sur le cinéma, immensément plus loin que n’importe quel roman dans lequel n’importe quel personnage cherche à raconter la mort du cinéma, que tu m’emmènerais dans un endroit qui serait plus fort, plus complexe, plus inquiétant. Un endroit qui n’existait pas et que tu allais faire naître, par tes mots. J’y croyais, mois. J’y croyais : vraiment. »

« J’ai une forme de nausée. Pourtant d’habitude je sais contenir mes émotions dans ce genre de contexte promotionnel, je me souviens m’en être sorti la tête haute lors du lancement de la version 6 du téléphone en i- (de façon assez paradoxale, l’alcool ingéré durant ce genre de soirée me permet de garder mon estomac bien accroché, puisqu’il dilue chez moi la colère) – là ce n’est pas spécialement le numérique qui m’abat (qui a pris le contrôle de notre monde, cela fait deux décennies au moins que je documente cette victoire) mais plutôt les stratagèmes.
Je déteste les généalogies. Je déteste les familles. Je déteste la famille. Pas spécialement la mienne : la notion de famille. Ce concept vichyste comme lieu rassurant, lieu nécessaire, lieu de référence – quel écrivain aujourd’hui oserait dire famille je vous hais ? Pourquoi est-ce impossible de le dire maintenant alors que c’était permis avant ? Il y a quelque chose qui m’échappe, notre époque a assumé de regarder en face, et de tenter de corriger, tant bien que mal, la domination blanche masculine hétérosexuelle sur le monde ; mais contre la domination familiale personne ne s’est levé, aujourd’hui on va à la Gay Pride avec papa maman, on se réconcilie avec son père dont on avait dit trop de mal dans un précédent livre, on loue sa maman en huit cents pages mielleuses, et surtout, surtout, on partage sa vie, par clics infinis, avec ses parents frères sœurs cousins oncles, un grand tout dans lequel il n’est plus possible d’avoir des relations personnalisées, intimes, intenses, un simple groupe W. qui connecte tout le monde à tout le monde, on s’adore on est une famille c’est trop cool : Folcoche où es-tu passée ? Les parents dysfonctionnent on les pardonne. La fratrie déconne on la cajole. Les cousins délirent on les bichonne. Toute la famille devient lieu d’amour obligatoire, le sang vaut proximité, le patrimoine n’est plus culturel ou intellectuel, il n’est plus qu’hérédité.
Et dans l’autre sens : même les textes critiques, les documentaires haineux, les règlements de comptes numériques, même eux se font contre papa ou grand frère, comme si même des ennemis on ne pouvait pas en trouver en dehors de sa famille – drôle de retour en arrière vers une cellule qu’il n’y a pas si longtemps tout le monde acceptait de pouvoir laisser derrière soi pour s’ouvrir à un monde entier fait d’autres personnes, d’autres univers, d’autres ADN que ceux qui sont si conformes aux nôtres.
Et dans les allées de ce Salon maudit où je n’aurais jamais dû accepter de venir, brutalement (ce n’est pas un effet de style, c’est ainsi que cela s’est produit, comme un coup dans le ventre, comme une nuit brusque tombant soudain sur ma pensée) : mais toi Adrien n’es-tu pas tout simplement en train d’écrire un livre sur ton grand-père ?
Mon Dieu. »

« Quand tu passes ta vie à construire le souvenir d’un être perdu, peux-tu accepter un jour que cet être-là aurait bien dû finir quand même par mourir ; mourir à un âge « juste ». C’est quoi, un âge juste ? »

« Et puis c’est le numéro 1876 du 9 juillet 1960. Comme souvent, La Cinématographie française a vendu sa couverture à un producteur pour annoncer le tournage d’un film. Là c’est Georges de Beauregard qui a payé une double page à Jean-Luc Godard pour Le Petit Soldat, dont le tournage commence en Suisse. Et, sur la couverture, il y a ces mots, ces mots qui dans le film seront prononcés par le personnage de Bruno Forestier :

la
photographie
c’est
la
vérité
le
cinéma
c’est
24
fois
la
vérité
par seconde

et c’était ça, sans doute, que je cherchais encore : ces mots. Ces mots, pour me permettre de mettre un terme à mon livre, ce roman qui n’en est pas un, qui tente de respecter la vérité de ce qui est arrivé à Gabriel P. entre sa naissance en 1908 et sa mort en 2009. »

« […] sois à la hauteur de ce que j’ai toujours espéré connaître, que j’ai passé ma vie à chercher, sois un être humain réel plus puissant, plus intense, plus original, qu’un personnage de roman »

Contes du perroquet / Ziay-ed-Din Nakhchabi et Mohammed Qaderi

Un prince nommé Meïmoun épouse une belle jeune femme, Khodjesté. Il lui offre un perroquet, qui parle et qui est surtout très intelligent. Meïmoun part en voyage pour un moment et dit à Khodjesté de toujours demander conseil au perroquet. Une fois le prince parti, la jeune femme tombe amoureuse d’un prince étranger et désire rejoindre cet homme pendant la nuit. Elle prend conseil auprès du perroquet. La réponse ne lui convient pas alors elle décide d’aller trouver la femelle du perroquet. Mais celle-ci lui donne la même réponse, de ne pas se compromettre. Prise de colère, elle tua la femelle. Le perroquet, ne voulant pas subir le même sort que sa compagne, ruse. Chaque soir, quand Khodjesté vient lui demander la permission de rejoindre son amant, il lui raconte une histoire pour la détourner de la tentation. Les contes retiennent son attention et comme le temps passe, elle manque son rendez-vous amoureux chaque nuit. Le perroquet offre ainsi au lecteur 35 contes avant que Meïmoun ne rentre et que ce livre se termine mal… pour qui ? A vous de lire ces histoires pour le savoir !

La 4ème de couverture dit qu’il est un « pendant des Mille et une nuits et un des livres les plus lus dans l’Inde musulmane et l’Iran ».

J’apprécie la lecture des contes et ce recueil est très réussi. Je vous le recommande. Il peut se picorer au rythme d’un conte par soir, comme Khodjesté !

Cette lecture me permet de cocher l’avant-dernière case de mon challenge de l’été VLEEL, celle de la littérature du Moyen-Orient.

Contes traduits du persan par Émilie Muller

Note : 4.5 sur 5.

Conte 10
La fille du marchand et le chacal
Quand le soleil se fut couché et que la nuit arriva, Khodjesté, le cœur rempli de chagrin, vint auprès du perroquet pour lui demander la permission désirée et lui dit : « J’ai une grande confiance dans ton intelligence. C’est pourquoi je viens te trouver chaque soir. Si maintenant tu ne veux pas me donner un bon conseil, quand le donneras-tu ? Et si maintenant tu ne veux pas venir à mon secours, quand y viendras-tu ? » Le perroquet répondit « c’est à cause de toi que je me sens cette douleur au cœur et, tant que je vivrai, je n’en serai pas délivré. Chaque soir je te dis : « Va donc trouver ton ami. » Mais c’est toi qui tardes et qui écoutes mes histoires. Pour que ton secret ne soit pas connu, je veux t’enseigner un stratagème de sorte que tu sois protégée contre tous les ennuis et toutes les humiliations qui pourraient te toucher. Je ferai comme ce chacal qui a fait connaître une ruse à la fille du marchand et qui lui a donné un bon conseil. »
Khodjesté demanda : « Quelle est cette histoire de la fille du marchand et du chacal ? Raconte-la-moi sans rien oublier. »

Péquenaude / Juliette Rousseau

Entre roman et essai, j’avoue n’avoir pas tout compris à ce livre hybride. Par moment très poétique, il relève assurément de l’intime de l’autrice, de son rapport à la terre, celle de la campagne bretonne de son enfance où elle revient quelques années plus tard. Le retour à la terre.

J’avais lu son précédent livre, « La vie têtue », également publié dans la collection « sorcières » de Cambourakis. J’ai à nouveau relevé de nombreuses belles phrases, à lire ci-dessous.

Note : 3 sur 5.

Incipit :
« Il fait sombre quand je me lève. Après avoir allumé le feu, je me glisse dehors pour sentir l’air. Dans la masse obscure des arbres devant moi, une hulotte mâle rappelle que la nuit n’est pas finie. Puis l’ânesse, qui m’aura sentie, se met à braire. Mélodies du quotidien et des transitions, de la nuit vers le jour, d’une saison vers l’autre. »

« A moi qui disais régulièrement qu’en revenant habiter les lieux de mon enfance j’avais le sentiment d’être descendue dans la fosse à lisier, il me semble qu’on m’a finalement prise au mot. »

« A l’examen il y a les mots : péquenaud, plouc, beauf, cul-terreux. Campagnard. Je remarque : même dans les insultes, je n’existe pas. Mais en les féminisant, je glisse une première pierre à l’édifice du retour. Péquenaude. Un vent chaud dans les troènes, une haleine de stabule. Il faut savoir de quelle rugosité on émerge, pour en sentir le goût en bouche. »

« Se revenir, finalement, ce n’est qu’une histoire de liens : défaire ceux qui nous entravent, renouer ceux qui nous furent arrachés. Voilà, j’apprends à détricoter, retricoter. Encore une affaire de femme. »

« Enfant, ils te planteront dans le corps des gestes racinaires auxquels il te faudra ensuite survivre, jusqu’à transmettre, à ton tour, ton lot d’embourbement et de lumière. On appelle peut-être ça tenir sa lignée. »

« Derrière chaque mot que l’on couche, la mémoire de son cheminement, qui est aussi la mémoire d’un coût. Des sacrifices. La péquenaude en moi ne pardonne pas à l’écrivaine sa futilité. »

« La poésie vient en jaillissant. Elle a ce pouvoir de défaire les barrages, de révoquer les entraves. Elle sait entendre et traduire ce que disent les corps et la terre quand on les laisse parler. Je m’en saisis pour tenir l’inventaire des moments où la matière, qu’elle soit terrestre ou humaine, se raconte elle-même. Sans interruption, rendue à son règne. »

« Sur la terre brûlante la pluie jetée exhale les douceurs enfouies. Quand il pleut l’été sur la terre c’est toute la tendresse accumulée ici depuis l’enfance qui revient, vaporeuse et saisissante. »

L’homme qui n’aimait plus les chats / Isabelle Aupy

Sur une île où tout le monde se connaît, on s’aperçoit que les chats ont disparu. Après ce phénomène inexplicable, des fonctionnaires arrivent et remplacent les chats par des chiens qu’on appelle des chats, totalement absurde. Certains, comme notre narrateur, font de la résistance. Il ne veut pas prendre de chien. Mais à force de parler et d’argumenter, il se laisse embrouiller l’esprit.

Sorte de conte ou fable dystopique qui n’est pas sans rappeler Matin Brun ou 1984.

Un court roman de 122 pages qui interroge notre liberté, notre libre arbitre, nos besoins par rapport à nos désirs, l’uniformisation de la société, le choix des mots (langage) et la manipulation des populations. Ce premier roman se lit très facilement. Avec un ton très doux, une poésie et une musicalité dans les phrases, c’est une très belle lecture que je vous recommande.

Et je coche la case « un roman insulaire » du challenge de l’été VLEEL !

Note : 4 sur 5.

Incipit :
« Imagine une île avec des chats.
Des domestiqués, des pantouflards et des errants, qui se baladent un peu chez l’un, un peu chez l’autre, pas faciles à apprivoiser, mais qui aiment bien se laisser caresser de temps en temps. Et puis aussi, des qui viennent toujours quand on les appelle, des qui s’échappent la nuit pour funambuler sur les toits, d’autres qui rentrent au contraire pour se blottir contre soi.
On ne trouvait pas de chiens sur cette île, enfin si peu que ça ne comptait pas. Ils s’avèrent utiles, mais c’est vrai qu’ils sont contraignants. Faut s’en occuper, les promener, les dresser. Ils sont dociles et sympas, bien sûr, et je n’ai rien contre, mais franchement, moi je suis un homme à chat. J’aime leur indépendance, leur indifférence aussi. A l’époque, j’aimais surtout l’idée qu’ils venaient à moi quand ils le voulaient, d’égal à égal, pas par fidélité, habitude, ou parce qu’ils ne savaient pas où aller. Et sur notre île, on avait des chats, beaucoup de chats.
Puis ils ont disparu, sans qu’on le voie vraiment d’ailleurs… »

« Les chats pour nous, c’était comme la liberté, c’est quand on la perd qu’on se rend compte qu’elle manque. »

« Je suis resté là, un bel idiot, à la regarder faire. Elle ne disait rien, elle inspectait la maison comme si elle avait l’intention de l’acheter. Elle a même ouvert les placards. De temps en temps, elle me souriait. Moi, je devais avoir une tête de hareng. Le vieux du phare me comparait toujours à ça quand je tournais en rond comme un poisson qui avait perdu son banc. Ben là, tout pareil. »

Lorraine brûle / Jeanne Rivière

La narratrice vit à Metz. Elle a un fils de 12 ans, Tarzan. Elle est séparée du père. Elle travaille à Nancy et donne des concerts. Il parle aussi de ses cochons d’inde.

Elle est entourée de personnes plutôt paumées, portées sur l’alcool voire les drogues. Certaines sont adeptes des soirées BDSM. D’autres apprennent une maladie, un cancer.

Ce premier roman est un récit à la première personne. On entre dans l’intimité et les pensées de la narratrice. Elle a peur de la mort, de perdre des êtres chers. Chaque chapitre se clôt par une phrase en lien avec la natation ou la piscine. Ce lieu semble permettre à la narratrice de se ressourcer, de retrouver son calme dans le tourbillon de ses pensées angoissantes.

J’ai trouvé ce roman intéressant car au-delà des conditions sociales de Lorrains en marge, il y a une voix singulière, celle de l’autrice, à la fois poétique et crue. Elle a le sens de la formule ou des punchlines. On ne peut s’empêcher de penser à Nicolas Mathieu, qui est d’ailleurs cité dans le roman. Elle évoque la maternité, l’amour, le corps de façon directe.

Une voix et une plume à découvrir !

Note : 4.5 sur 5.

Incipit :
« Je suis née à Metz en même temps que le sida et l’arrivée de la gauche au pouvoir. Les années 90 ont laissé leur empreinte sur moi : j’aime danser des slows et rouler des pelles. Je fais de la batterie dans des groupes plutôt punk, je prends le train pour aller travailler au bureau 48 et je m’occupe de mon enfant. Je vis dans la Lorraine sinistrée et peu attrayante mais on y trouve une énergie du désespoir. Ici, on est connus pour organiser des concerts sauvages sous le pont de l’A31, on se vautre dans nos histoires consanguines et comme dirait mon copain Bruno on partage tous la même souche de chlamydia. C’est insupportable et réconfortant. »

« Emma, c’est du Baume du Tigre. Le rouge. Sa présence te répare mieux que Carglass quel que soit ton problème. Peine, moteur, rouage, angoisse ou nausée. En plus, en ce moment, elle se forme l’hypnose. »

« Évidemment que j’ai honte de ce que je dis. De presque tout.
Mais si je réfléchis à ça j’écris rien. Et je crois qu’il faut écrire ce qui nous fait honte. Faut parler des eaux usagées et des descentes d’organes. Tant pis pour la peur d’être monstrueuse et rejetée. Si personne dit rien, si tout le monde fait semblant, nos évidences seront faites de mensonges. »

« On vit tous dans des bulles parallèles et chaque existence est tragique. »

La Belle et la Bête / Jul

Je cherchais une lecture pour le challenge de l’été VLEEL, un livre censuré ou interdit, et je me suis dit que c’était l’occasion de lire le conte de la Belle et la Bête revisité par Jul. Ce livre devait être offert à tous les élèves de CM2 et au dernier moment l’Éducation nationale a fait machine arrière et annulé l’impression. Quelques mois plus tard il est édité par les éditions du Grand Palais et Réunion des musées nationaux (RMN). Il est donc disponible en librairie.

Je l’ai acheté et lu et je ne comprends pas qu’il y ait eu une telle polémique autour de ce livre. Je l’ai fait lire à des collègues bibliothécaires qui ne comprennent pas non plus.

Je vous donne le lien vers un article de France Info qui résume bien toute cette histoire. Et pour dire les choses rapidement, le ministère pense que les enfants auraient dû être accompagnés dans cette lecture par un enseignant et qu’il n’est pas adapté à une lecture en autonomie.

https://www.franceinfo.fr/societe/education/une-version-moderne-de-la-belle-et-la-bete-heurte-l-education-nationale-au-point-qu-elle-decommande-800-000-livres-de-ce-conte-illustre-par-jul_7139835.html

Pour ma part je pense qu’il y a toujours plusieurs niveaux de lecture et que chaque enfant comprend un livre différemment d’un autre enfant. Et ce n’est pas grave. La lecture reste une activité solitaire et intime, liée à l’expérience de chacun. A 10 ans, ils sont capables de lire une histoire avec un père alcoolique et ils fréquentent déjà les réseaux sociaux.

Par contre j’ai été gênée dans ma lecture par les allers-retours entre le texte du conte traditionnel et la version plus moderne. Le père conduit une voiture et la page suivante sa voiture est devenue un cheval. J’aurais préféré que le conte soit totalement moderne et ancré dans notre société actuelle tout du long.

Quelqu’un l’a lu ? Qu’en avez-vous pensé ? Je suis curieuse de vos avis.

Note : 4 sur 5.

Viande / Martin Harnicek

Attention, pour lecteurs avertis, il s’agit d’un roman d’horreur où les hommes mangent leurs semblables. Vous voilà prévenus !

On suit le narrateur, qui n’a pas de nom, dans sa quête pour survivre. Il vient de perdre sa maison ou plutôt la maison où il vivait avec d’autres personnes. Et quand on n’a pas de logement, on ne reçoit pas de tickets. Ces tickets permettent d’acheter de la viande ou du combustible pour cuire sa viande. Il n’y a plus rien d’autre à manger. Pas d’animaux ni de plantes.

Ce personnage n’est franchement pas attachant. Dans cette ville il faut respecter un certains nombre d’obligations qui engendrent une insécurité permanente. On peut être dénoncé pour abattage au noir par exemple ou arrêté pour tentative d’abattage à tout moment. La police circule de jour comme de nuit. Elle est présente également dans la halle, la boucherie officielle pour acheter de la viande. Il y a la 1e, 2e et 3e classe (celle des pauvres). La viande fraîche arrive en 1e classe puis après quelques temps va en 2e pour finir en charogne en 3e. Pour parcourir les étals de la halle, vous devez être en possession d’un ticket. Si vous êtes contrôlés sans ce précieux billet, la police vous tue de suite et vous allez directement chez les bouchers de la 1e classe. Dans la halle il y a aussi les tires-au-flanc qui peuvent dénoncer les personnes hors-la-loi.

Bref tout est prétexte à fournir de la viande humaine pour la halle. Ce court roman de 133 pages aborde la question du bien et du mal, notamment avec sa fin mais je ne vous en dis pas davantage.

La couverture est rouge, ainsi que les tranches, qui rappellent le sang. J’ai pensé à « Matin Brun » de Franck Pavloff sur le thème du régime politique extrémiste et de la dénonciation.

Ce livre est paru pour la 1e fois en 1981, inédit en France, publié en 2024 par les éditions Monts métallifères dans la collection Pb82 qui se définit comme du feel bad qui fait réfléchir et je valide totalement cette formule. « Cette collection est dédiée aux fictions sombres, glauques, violentes, plombantes, qui explorent les galeries les plus noires de l’existence humaine. »

Si vous aimez les lectures qui bousculent ou tout simplement la littérature d’horreur, ce livre est pour vous !

Il est traduit du tchèque par Benoit Meunier.

Et je coche la case « un titre commençant par V comme VLEEL » du challenge de l’été VLEEL

Note : 4 sur 5.

Incipit :
« C’est un fait : il était tout à fait déraisonnable de ma part d’entrer dans les halles. J’aurais dû m’en rendre compte dès mon arrivée, m’en rendre compte et partir. Du reste, ça m’est sans doute venu à l’esprit, mais la faim, la fatigue et le désir de me déplacer au milieu de ce déluge de viande étaient plus forts que toute considération rationnelle. »

« Les halles ne fermaient jamais. Il fallait qu’elles soient sans cesse en activité car il était nécessaire que la viande fraîche abattue se retrouve sur les étals de première classe. Même si les personnes qui venaient de nuit pour s’y procurer de la viande étaient rares, celle-ci était acheminée en permanence, les policiers abattant tout autant de nuit que de jour. »

« Je savais donc que je pourrais me reposer dans l’enceinte des halles ; cependant, par peur d’un contrôle et d’un abattage éventuel, j’avais peur d’y entrer sans avoir au moins un ticket sur moi. »

« Une douce odeur de viande en décomposition me frappa les narines, cette viande à laquelle je n’avais pas droit et pour laquelle il m’aurait fallu posséder au moins un ticket.
Fasciné, je scrutai les étals couverts de plusieurs couches de nourriture, les bouchers qui séparaient les uns des autres les morceaux d’un geste expert avant de les donner à ceux qui avaient des tickets, à ceux qui avaient le droit de manger et de se loger. La faim me torturait tant que j’aurais pu manger n’importe quelle viande crue et nauséabonde, alors qu’en temps normal, je ne l’aurais ingurgitée que cuite, et avec dégoût. »

Corps de ferme / Agnès de Clairville

L’autrice réussit à raconter la vie d’une famille d’agriculteurs à travers le regard et la voix de ses animaux : la vache pie noir, la chienne épagneule et le chat tigré. Ce procédé permet de voir ce qui se passe partout, dans la maison avec le chat, à l’extérieur avec la chienne et la pie avec de la hauteur un peu plus tard.

Le début peut être déroutant car la naissance des petits est plutôt abstraite. En tout cas l’écriture est intéressante. L’autrice a la capacité de se mettre à la place d’un animal et de décrire ses sensations.

Au fur et à mesure de la lecture, les secrets et surtout le drame qui se joue au cœur de cette ferme émergent doucement. J’aurais aimé parfois que le rythme s’accélère. Mais le roman suit le rythme de la ferme avec la traite du matin et du soir, les naissances, etc. C’est le cycle de la vie. On accompagne les animaux de leur naissance à leur mort.

Il n’y a aucun prénom : le fermier/le maître, la fermière/la maîtresse, le fils/l’enfant. Le fils aîné est l’héritier, celui qui reprendra la ferme et qui va à la chasse avec le père. Il n’a pas le choix de son avenir. Quant au cadet, il est maltraité par son frère. C’est un peu le mal aimé, le petit dernier dont on ne sait pas quoi faire. Et puis il y a les difficultés liées au métier d’agriculteur, financières, les normes sanitaires, etc. Tout paraît réaliste et décrit avec justesse.

Ce roman chorale se déroule en 10 parties sur 15 ans. Il débute par le chœur des porcelets. Ensuite, comme dans un puzzle, les témoignages des différents animaux donnent des indices sur le drame qui arrive.

J’ai pensé à Marie-Hélène Lafon à l’évocation de la campagne et de la vie à la ferme, mais aussi à Claudie Hunzinger pour la relation entre les hommes et les animaux.

Une lecture que je vous recommande si aimez les romans originaux !

Et je coche la case « un roman sous pseudonyme » du challenge de l’été VLEEL !

Note : 4 sur 5.

« La vache pie noir
On n’entend rien. Ma piscine chaude flageole. Deux pas lourds, puis ça s’arrête. Une chaleur se colle à la piscine, d’un côté. On la rejoint. On se frotte contre l’autre boule. Tiède comme moi. On se frotte à travers nos piscines. Je tète l’eau. Son goût sucré. Je m’endors. Les poches autour de moi grondent, se gonflent, se dégonflent. On est bien. »