Sale bourge / Nicolas Rodier

Le roman s’ouvre d’emblée sur le « dénouement ». Pierre, 33 ans, sort du tribunal. Il vient d’être condamné à 4 mois de prison avec sursis pour violence conjugale, assortis d’une mise à l’épreuve de 18 mois et d’une injonction de soins.

Ensuite l’auteur tente de nous expliquer comment le personnage en est arrivé là. Pierre nous raconte son enfance, ses souvenirs douloureux lorsque sa mère le gifle et lui hurle dessus. Il est né en 1983 et il est l’aîné d’une fratrie de 6 enfants. Certaines scènes familiales se reproduisent à l’identique chez ses cousins-cousines. L’héritage familial pèse lourd Il y a des non-dits, des secrets de famille.

Pierre grandit dans un milieu catholique bourgeois où les blagues racistes sont monnaie courante. Son père travaille beaucoup. C’est sa mère qui s’occupent d’eux, mais elle s’avoue fatiguée. Elle aimait beaucoup son grand-père maternel décédé trop tôt et pleure à chacune de ses évocations.

Pierre est premier de sa classe, il obtient le prix d’excellence à la fin du CM1. Ses parents ont des ambitions pour lui, qu’il n’a pas. Son adolescence sera marquée par l’alcool et la drogue. Je vous laisse découvrir la suite par vous-même. Mais les frères et sœurs de Pierre sont eux aussi très marqués par leur éducation. Olivier, le cadet de 3 ans de Pierre, sera hospitalisé en psychiatrie pour dépression sévère et anorexie mentale.

Bref une ambiance pas très joyeuse, Pierre est sujet aux angoisses. Il se résoudra à aller voir un psychiatre. Il connaîtra des moments de bonheur et d’apaisement avec Maud qu’il épousera. Avant d’être rattrapé par son agressivité.

Certaines phrases vous glacent le sang. Le père dira notamment « La famille, c’est comme une meute, c’est fait pour se serrer les coudes ». Ou encore « Les problèmes on les règles en famille, pas avec la police ! » Aucun écart ne sera toléré, tout sera relevé et critiqué. Comment grandir et se construire dans cette atmosphère familiale étouffante ? Impossible pour Pierre et sa fratrie de s’en sortir indemnes. Ils seront tous névrosés.

Une policière lui dira « Vous savez, les enfants battus reproduisent souvent de la violence dans leur vie d’adulte. » Est-ce que cela peut excuser sa violence ? C’est le juge qui répondra à cette question : « personne, en aucun cas, ne mérite d’être frappé. »

Un roman intéressant mais qui n’est pas un coup de cœur pour moi. L’écriture est simple et directe, elle sert bien le propos.

Et vous, l’avez-lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

Note : 3.5 sur 5.

L’atelier des sorciers / Kamome Shirahama

Avec ma fille, nous entamons une lecture commune d’une série de mangas.
Nous avons déjà dévorés les 3 premiers tomes, il y en a 7 pour l’instant et la série n’est pas terminée.
Fans de Harry Potter, ce manga devrait vous plaire 😉
Il est question de magie ✨
Une jeune fille, Coco, achète un livre de magie à un drôle d’homme. Elle est fascinée par la magie mais elle n’est pas une sorcière. Dans son monde, on né sorcier ou on ne l’est pas.
Un jour elle tente de reproduire un des dessins du livre et sa vie s’en trouve chamboulée. Le sorcier Kieffrey la prend alors sous son aile ou plutôt comme apprentie afin de lui apprendre à maîtriser la magie et inverser le sort interdit qu’elle a jeté.
Ici les sorts sont dessinés avec une plume sur une feuille. Chaque symbole, trait a une signification.
J’ai surpris ma fille avec son stylo à encre essayant de reproduire les dessins dans son cahier 🤣
Bref on est à fond ! 💕

Note : 5 sur 5.

L’hiver dure 90 jours / Claire Audhuy

Dans ce recueil de poésie, l’auteure raconte la perte d’un ami, Bartek, lors de l’attentat de Strasbourg le 11 décembre 2018.
En peu de mots, elle réussit à transmettre ses émotions, le chamboulement de cet événement dans sa vie mais aussi dans la vie de nombreux Strasbourgeois.
C’est beau, émouvant.
Elle retrace tous les moments qui suivent l’annonce par les médias : les visites à l’hôpital, les nombreux messages déposés sur le lieu du drame, le chat resté dans l’appartement, la douleur, l’attente, les souvenirs.

Extraits :

« Ta maman
si belle
à écrit pour Noël
sa compassion
pour tous

Ce qui restera
ce sera cette beauté
de ta maman
de toi
votre beauté

« Ne pas nous mettre au niveau de la violence
au risque de faire gagner la violence deux fois »
ce n’est pas l’Évangile
c’est mon ami le psychiatre »
…
📚
« J’ai perdu
mon ami
et aussi
un peu
ma ville »
📚

Note : 5 sur 5.

A la piscine avec Norbert / Véronique Pittolo

Merci aux éditions du Seuil pour l’envoi de ce livre dans le cadre de Masse critique. Sa parution est prévue le 7 janvier 2021.

Un roman court et drôle dont les chapitres s’enchaînent rapidement avec une certaine légèreté. Le résumé sur la quatrième de couverture résume assez bien le livre.

La narratrice est une femme de 50 ans, dépendante au sexe. Elle raconte ouvertement sa vie, sans tabou, et notamment sa rencontre avec Norbert sur Meetic.

« Ma semaine s’organise en promenades, rangement, piscine, tchats sur les sites de rencontre. En un clic, je converse avec Norbert qui aime les félins. Aujourd’hui nous prolongeons l’échange dans un jardin public, puis il accepte de m’accompagner pour quelques longueurs de piscine. Le filtre de l’écran a disparu entre nous (je n’ai plus besoin du virtuel…). »

Le roman s’ouvre sur un dialogue entre elle et Norbert où ils s’interrogent sur le calcul de leur retraite. Elle imagine alors quel complément de retraite elle pourrait trouver : « je pourrais sous-louer mon chat à temps partiel et garder ceux des voisins ».

Trois fois par semaine elle va donc à la piscine pour conserver sa ligne, éviter de vieillir. Elle nous raconte un peu l’histoire du maillot de bain et du bikini.

« Dès que j’émerge du grand bassin, je me sens charmante (les gens ne le remarquent pas, mais je sais que je suis plus avenante qu’avant la phase nautique de la journée). L’apparence compte pour une femme, son bien-être et sa réussite. Si je suis jeune, que j’utilise Narta, on me remarquera beaucoup plus que si je suis vieille et transpirante. »

Elle parle de sexe, crument, et évoque tous ses amants. C’est une des raisons pour laquelle je ne l’aurais pas choisi de moi-même. Ce livre ne parle pas que de ça, elle aborde plein de sujets, comme les gilets jaunes, l’incendie de Notre-Dame, les migrants, les retraites de patrons du CAC40, le féminisme.

J’ai bien aimé cette radiographie à un instant T (2019) de la relation homme-femme. Il y a un côté sociologique sur les sites de rencontres. Norbert lui conseille de créer un profil masculin pour « observer les femmes de l’autre côté ». Elle crée donc son profil d’homme et se trouve assez vite déçue. Elle dit que les rendez-vous remplacent désormais les séances de psychanalyse. Quand elle rencontre un nouveau partenaire potentiel, il lui déballe toute sa vie.

Ce roman se lit facilement et très vite. J’ai ri souvent. Mais ce n’est pas un livre qui va rester dans ma mémoire de lectrice.

Note : 3 sur 5.

Pacifique / Stéphanie Hochet

Le roman se passe pendant la seconde guerre mondiale, au Japon. On suit les dernières heures d’un jeune soldat japonais, Isao Kaneda, qui va effectuer son ultime vol et s’écraser sur un navire américain. Il revient sur son enfance passée auprès de sa grand-mère. Il nous aide à comprendre le sens du sacrifice de son peuple. Il s’interroge bien évidemment sur ce destin de kamikaze alors qu’il pensait devenir un grand pilote. Son esprit passera de son sens de l’honneur à son envie de vivre. Et puis la mission ne se passe pas comme prévue. Il atterrit en urgence sur une petite île, loin de la guerre, où vivent des japonais organisés en communauté.

A travers ce roman, on découvre la culture japonaise en 1945, un jeune homme sommé de grandir bien trop vite et de se montrer brave alors qu’il est terrorisé par sa fin proche.

Le livre est court. C’est un beau roman, touchant et poétique. J’ai beaucoup aimé l’écriture douce de Stéphanie Hochet. Je m’en vais de ce pas voir les autres ouvrages de cette auteure.

Découvrez cette auteure grâce aux rencontres « Un endroit où aller » :

Note : 4 sur 5.

La cuillère / Dany Héricourt

Seren, jeune femme de 18 ans, est le personnage principal de ce roman.  Son père vient de mourir et elle découvre une cuillère posée sur la table de chevet. Une cuillère qu’elle n’a jamais vue et qui l’intrigue. Elle va quitter l’hôtel familial au Pays de Galle pour se rendre en France sur les traces de cette cuillère.

Sa famille est décrite comme spéciale, plutôt décalée mais toutefois attachante. Sa mère est très amoureuse de son père, ils ont une différence d’âge. Elle a deux demi-frères dont un qui semble avoir un handicap mental. Ses grands-parents maternels, Nanou et Pompom, vivent également avec eux et participent à la tenue de l’établissement hôtelier.

Ils ont des clients LTC ou « Long Temps Clients » qui viennent chaque année Ils veulent rendre hommage au père en organisant une cérémonie funéraire et en faisant graver une plaque à son nom sur un banc surplombant la falaise à 500 mètres de l’hôtel.

Depuis la mort du père, la grand-mère est bouleversée et ne parle plus qu’en gallois. Difficile de la comprendre.

Seren ne sais pas quoi faire de sa vie. La seule chose qu’elle sait faire c’est dessiner mais elle n’a pas une très haute opinion de ses créations. Elle s’inscrit dans une école d’art pour la rentrée. En attendant, c’est l’été et nous la suivons à bord de la vieille Volvo héritée de son père sur les chemins de Bourgogne. Elle va faire des rencontres, aller de château en château pour retrouver les armoiries dessinées sur la cuillère et dessiner encore et encore cette cuillère.

Les chapitres alternent avec des extraits d’un livre, « Mémoires de collectionneur », du colonel Montgomery Philipps.

Un road-trip loufoque, où Seren va affronter ses peurs, grandir, trouver l’amour et le passé incroyable de cette cuillère !

Un premier roman plein de poésie et d’humour avec une écriture singulière.

Sa famille est décrite comme spéciale, plutôt décalée mais toutefois attachante. Sa mère est très amoureuse de son père, ils ont une différence d’âge. Elle a deux demi-frères dont un qui semble avoir un handicap mental. Ses grands-parents maternels, Nanou et Pompom, vivent également avec eux et participent à la tenue de l’établissement hôtelier.

Ils ont des clients LTC ou « Long Temps Clients » qui viennent chaque année Ils veulent rendre hommage au père en organisant une cérémonie funéraire et en faisant graver une plaque à son nom sur un banc surplombant la falaise à 500 mètres de l’hôtel.

Depuis la mort du père, la grand-mère est bouleversée et ne parle plus qu’en gallois. Difficile de la comprendre.

Seren ne sais pas quoi faire de sa vie. La seule chose qu’elle sait faire c’est dessiner mais elle n’a pas une très haute opinion de ses créations. Elle s’inscrit dans une école d’art pour la rentrée. En attendant, c’est l’été et nous la suivons à bord de la vieille Volvo héritée de son père sur les chemins de Bourgogne. Elle va faire des rencontres, aller de château en château pour retrouver les armoiries dessinées sur la cuillère et dessiner encore et encore cette cuillère.

Les chapitres alternent avec des extraits d’un livre, « Mémoires de collectionneur », du colonel Montgomery Philipps.

Un road-trip loufoque, où Seren va affronter ses peurs, grandir, trouver l’amour et le passé incroyable de cette cuillère !

Un premier roman plein de poésie et d’humour avec une écriture singulière.

Note : 4 sur 5.

Les lettres d’Esther / Cécile Pivot

Esther est libraire à Lille. Elle propose un atelier d’écriture sur le thème de la correspondance donc à distance. Une seule rencontre est prévue à Paris pour que chaque participant puisse choisir deux correspondants et donner la réponse à la question posée par Esther : « Contre quoi vous défendez-vous ? »

Il y a Jean, la cinquantaine, homme d’affaire voyageant beaucoup, vivant de défis professionnels mais dont la conscience n’est pas tranquille. Il vit seul. Il est divorcé et n’a pas su tisser de complicité avec ses enfants.

Samuel, jeune garçon, dont la famille est dévastée par tristesse suite au décès de son grand frère à cause d’un cancer. Il ne sait pas quoi faire de sa vie.

Jeanne est la plus âgée du groupe. Elle est veuve. Elle vit seule à la campagne et sa fille la fuit.

Juliette et Nicolas sont un couple en crise suite à la dépression post-partum de la jeune femme.

Chacun a des blessures intérieures : un deuil, une dépression, l’absence d’un être cher.

Bien qu’habitant dans la même ville, Esther avait l’habitude d’écrire à son père tous les jours. Mais cette correspondance a subitement cessé avec sa mort (suicide).

Ce roman nous plonge dans la lenteur, lenteur de la lettre par rapport à l’hyper-connectivité actuelle, lenteur de la réponse attendue, lenteur du cheminement…

Les personnages reprennent l’habitude d’écrire, se confient, se découvrent. Des liens vont se créer entre eux. Esther leur conseillera des lectures pour certains exercices comme l’écriture de dialogues.

Une ode à l’écriture comme vertu thérapeutique et une ode à la littérature. Un roman emplit de nostalgie, de douceur et de sensibilité. L’écriture de Cécile Pivot est simple et agréable. J’ai eu de nombreux correspondants quand j’étais enfant, adolescente. Ce roman me redonne envie d’écrire et d’envoyer des lettres.

J’aurais aimé me concentrer sur une ou deux correspondances mais pas sur autant d’échanges à la fois, même s’ils se complètent. Je ne me suis pas trop attachée aux personnages. Mais le passage de la cabine japonaise pour parler à ses défunts est très touchant. La fin est trop « happy end » à mon goût, ce qui rend l’histoire moins « plausible ». En résumé, j’ai passé un bon moment avec ce roman, mais je n’ai pas eu de gros coup de cœur.

Une collègue m’a chaudement recommandé son précédent roman. Je l’ai ajouté à ma liste d’idées de lecture. A suivre…

Merci à Netgalley et à Calmann-Lévy pour cette lecture.

Note : 4 sur 5.

Sous couverture / Emmanuelle Collas

Ce roman est raconté par Myrto, le double de l’auteure. Elle est éditrice, traductrice, professeure à l’université. Elle donne des conférences à l’étranger. Elle a été archéologue dans une autre vie et a voyagé souvent en Orient.

On entre dans la vie de Myrto par un événement inattendu. Elle vient de retrouver son premier amour, Alexandre. Elle l’avait rencontré un été alors qu’elle passait ses vacances au bord de la mer avec des amis. Jusqu’à présent, cela aura toujours été un rendez-vous manqué. Alexandre réapparaît toujours à l’improviste, de manière impromptue dans sa vie. Ce n’est jamais le bon moment. L’un part, l’autre n’est pas libre, ainsi va la vie. Mais aujourd’hui tout est différent. Ils sont libres tous les deux et peut-être enfin prêts à vivre cette histoire d’amour.

Le lecteur entre ainsi dans l’intimité de Myrto, son quotidien avec sa fille, Lou, et sa chienne, Eden.  Le tempo est lent et doux. L’écriture est simple et belle. Elle nous confie ses états d’âmes, ses doutes. On pense donc découvrir une histoire d’amour mais très vite le roman prend un autre couleur.

En effet, Alexandre est réserviste dans les forces spéciales. Il a une double-vie et peut partir en mission à tout moment, sans prévenir, pour une durée indéterminée. Myrto va-t-elle supporter cette attente et ses absences à répétition. Chaque retour est encore plus difficile.

Elle se documente et regarde de nombreux reportages sur ces soldats des forces spéciales : plus de 3300 hommes de l’armée de terre, de l’air et de la marine. Ils interviennent partout dans le monde et luttent en ce moment contre le djihadisme.

Quand elle lit les journaux, elle est toujours attirée par les titres sur le Proche-Orient. La Syrie, l’Irak, la Turquie sont des pays qui la touchent. Les attentats la meurtrissent.

Elle parle aussi de ses lectures, de ses écrivains préférés, de son métier d’éditrice. Elle écrit un texte sur Massoud, prépare des conférences et voyage pour les donner. Sa maison d’édition est en difficulté, c’est un choc terrible pour elle, un grand moment de solitude. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec Galaade, l’ancienne maison d’édition d’Emmanuelle Collas.

Il y a beaucoup de références et de citations, qu’elle liste en fin d’ouvrage. Elle cite notamment Philippe Lançon (« Le lambeau »). Elle s’identifie à Ulysse et Pénélope.

Un portrait tout en sensibilité d’une femme sur fond de géopolitique internationale. Après l’éditrice, découvrez l’écrivaine avec son premier roman.

Merci à Netgalley pour cette belle lecture.

Note : 4 sur 5.

Broadway / Fabrice Caro

Un auteur connu pour son humour aussi bien en roman (« Le discours ») qu’en BD (alias FabCaro). Il revient en cette rentrée littéraire avec un nouveau roman tout aussi loufoque. Axel, le narrateur et personnage principal, reçoit un courrier de l’Assurance maladie pour un examen de dépistage du cancer colorectal. Seulement ce courrier est habituellement envoyé aux personnes de 50 ans, et lui en a 46. C’est le début d’une longue introspection toujours avec de l’autodérision. En parallèle, il a été convoqué par le lycée de son fils. Ce dernier ayant fait un dessin obscène de sa professeure. Comment aborder le sujet avec son fils ? Il se dégonfle à chaque fois. Bref il est en proie aux doutes, au bord de la dépression et obsédé par cette enveloppe bleue.

Extrait : « Ces derniers temps, je me réveille toutes les nuits à 3h15 du matin pour aller uriner, et je suis chaque fois bluffé par la constance de cet horaire, toutes les nuits, invariablement, 3h15 pile, comme si ma prostate était pourvue d’une horloge interne, comme si j’étais affublé d’une sorte de super-pouvoir, mais un super-pouvoir qui ne servirait pas à grand-chose, on imagine assez mal les studios Marvel en faire une adaptation. La journée, il est Axel, un employé discret et sans histoires, mais dès qu’arrive la nuit, il devient… Urinor ! Le super-héros qui se lève pour faire pipi à 3h15 pile, le monde du crime n’en sortira pas indemne. Cette enveloppe précipite tout, comme un accélérateur de particules, subitement tout se mêle dans un même élan de désagrégation des chairs et des cellules… »

S’ajoute à cela, un projet auquel il n’adhère pas : des vacances à Biarritz avec un couple d’amis pour faire du paddle. Comme à son habitude, il ne dit rien, n’ose pas dire qu’il n’a aucune envie d’y aller. A chaque soirée où ils abordent joyeusement ce sujet, Axel se sent de plus en plus mal.

Extrait : « En rentrant, j’avais tapé paddle sur Google images, et mes appréhensions s’étaient vues confirmées : on me proposait d’aller ramer debout sur une planche en caleçon de bain avec des gens, et je me suis aussitôt vu, le dos courbé sur un paddle qui n’avançait pas, voire reculait, transpirant et rougeaud, le visage grimaçant de douleur et d’effort, tentant de rattraper à vingt mètres devant moi Denis et ses pectoraux fermes et tendus sous le vent océanique. Le soir, à la nuit tombée, autour d’une assiette de bulots dans un restaurant pour touristes, on commenterait avec une fausse bienveillance mes exploits sportifs, peut-être ne serais-je même pas autour de la table pour les commenter avec eux, peut-être serais-je encore sur mon paddle, immobile, voire reculant encore, au milieu de l’océan, ma silhouette découpée sous la lumière blanche de la lune. Mais au fait, où est Axel ? Anna, écoute, on ne savait pas comment te l’annoncer mais… voilà, il est retourné vivre parmi les dauphins… Ne pleure pas, c’était son destin, la mer c’était toute sa vie, son élément, tu dois l’accepter. Générique de fin, musique synthétique, un film de Luc Besson. »

En cette période de confinement, nul doute que ce livre devrait être prescrit à tout le monde pour piquer quelques bons fous rires.

Note : 4 sur 5.

Le lièvre d’Amérique / Mireille Gagné

Voici un roman singulier de cette rentrée littéraire. Le personnage principal s’appelle Diane. On fait des allers-retours dans le temps et donc dans la vie de Diane. Les chapitres sont entrecoupés de pages explicatives sur le lièvre d’Amérique : son comportement, son alimentation, ses prédateurs, sa reproduction, son territoire.

Elle a grandi sur l’Îsle-aux-Grues, un archipel d’îles au Canada. De son enfance, elle nous parle surtout de son ami Eugène, un fervent défenseur des animaux chassés. A l’âge de 15 ans, il disparait mystérieusement. Elle nous parle de la mer et de ses dangers (marées).

Aujourd’hui, elle vit seule, dans un appartement aseptisé en ville. Diane est une travailleuse acharnée, une employée modèle qui arrive tôt et part après tous ses collègues. Mais Diane est jalouse de l’une ses collègues. Son unique objectif est de la surpasser. Alors elle a pris rendez-vous pour une opération qui lui permettra de dormir moins et de travailler davantage.

Le roman s’ouvre à J+1 de l’opération et nous observons avec Diane ses effets sur son corps et son mental. Des effets surprenants, on dirait bien que ses yeux s’agrandissent, que son rythme cardiaque s’accélère, qu’elle devient rousse avec des taches de rousseur de plus en plus nombreuses…

Ce roman est très court et il m’a captivée. Je voulais découvrir en quoi allait se transformer Diane à la suite de cette opération mystérieuse. Je dois dire que la couverture a également attiré mon attention. Une très belle illustration colorée de Stéphane Poirier recouvre la totalité de la couverture. C’est un bel objet, une illustration en noir et blanc est insérée régulièrement entre les chapitres tels des intercalaires. La mise en page est soignée (design graphique et mise en page par l’Atelier Mille Mille). A la fin l’auteure a glissé un lexique de vocabulaire maritime, parler rural de l’île-aux-Grues. Vous trouverez par exemple la définition de « grignons » : « des mottes de terre ou de glaces durcies par la gelée ». J’ai adoré tous ces mots, une véritable invitation au voyage sur cette île que je ne connaissais pas. Une belle découverte ! Laissez-vous tenter !

L’éditeur décrit ce roman comme « une fable animalière néolibérale, [qui] s’adresse à celles et ceux qui se sont égarés ». Ainsi on nous dit que le roman est une adaptation libre d’une histoire algonquienne racontée par Alanis Obomsawin sur les ondes de la radio CBC en 1970, une légende indienne ! Elle relate les origines de Nanabozo, « une figure mythologique issue des traditions cosmologiques des peuples algonquiens ».

Si vous voulez en savoir plus sur Nanabozo : « Polymorphe et sans sexe défini, il ou elle apparaît le plus souvent sous la forme d’un lièvre. Envoyé sur la terre par le Grand Esprit Manitou et parfois lié à la création du Monde, Nanabozo est tantôt enseignant et bienfaiteur des humains, tantôt farceur. »

Note : 4.5 sur 5.