Monte tes vidéos pour devenir youtubeur / Rabah Attik

Voici un ouvrage pratique destiné aux ados à partir de 12 ans, issu des ateliers animés par l’auteur. Je l’ai reçu dans le cadre d’une masse critique. Quand je l’ai vu dans la liste des livres proposés, j’ai tout de suite pensé à ma fille de 10 ans et demi qui rêve de faire des vidéos comme les youtubeurs dont elle regarde souvent le contenu. C’était donc l’occasion de partager une lecture avec elle et de discuter de ce média ensemble. Je dois avouer un certain intérêt pour l’éducation aux médias et à l’information qui fait partie de mon métier de bibliothécaire.

Le vocabulaire est simple. L’auteur s’adresse aux jeunes en les tutoyant. Il y a de nombreux tutoriels illustrés pour avancer pas à pas. Le seul défaut que je lui ai trouvé, ce sont les captures d’écran parfois un peu sombres qui ne permettent pas de voir tous les détails de l’image.

Ce livre propose un accompagnement pour la création d’une vidéo avec un smartphone puis avec un ordinateur. L’auteur met à disposition des fichiers vidéos pour réaliser avec lui, pas à pas, le montage d’un projet sur un téléphone avec InShot. Il aborde le script et le scénario, les logiciels de montage. Il donne évidemment de nombreux et précieux conseils. La dernière partie est consacrée à YouTube et la mise en ligne de vidéos sur la plateforme.

Des QR codes renvoient vers davantage de contenus et des documents mis à jour par l’auteur.

Un ouvrage est très bien fait, qui peut aussi intéresser les enseignants et les animateurs.

Merci à Babelio et aux éditions Eyrolles pour ce livre.

Note : 4 sur 5.

Jours de sable / Aimée de Jongh

Cette superbe BD nous emmène dans les États-Unis des années 30-40, plus précisément dans la région du « Dust Bowl » ou « bassin de poussière ».

L’autrice nous prévient que les personnages sont fictifs mais que « le cadre et les événements liés au Dust Bowl et à la Grande Dépression sont basés sur des faits réels ».

Un jeune New-yorkais, John Clark, y est envoyé pour son premier reportage photographique. Il vient d’être embauché par la Farm Security Administration, un organisme gouvernemental chargé d’aider les fermiers victimes de la Grande Dépression. John a une liste précise de photographies à prendre et à envoyer pour témoigner de la vie des habitants du Panhandle de l’Oklahoma qui subissent les tempêtes de sable au quotidien ainsi que leurs conséquences.

John vit dans l’ombre de son défunt père dont il porte le même nom et exerce le même métier. Il n’a cependant pas sa notoriété. Il se pose beaucoup de questions sur ce qu’est une bonne photo et sur la vérité d’une photo.

A son arrivée, il essaye de tirer le portrait de familles et leur demande à pendre uniquement les enfants en photos, sans les parents, pour remplir son objectif : avoir une photos d’enfants orphelins. Les habitants lui claquent la porte au nez. Il comprend qu’il s’y prend mal et doit changer de méthode.

Les paysages sont superbes, les rencontres sont tendres et drôles malgré le contexte dramatique. Certains sont trop pauvres pour quitter la région et meurent de la pneumonie de la poussière, les enfants en premiers. Ce livre interroge aussi sur notre rapport à la nature, car ces tempêtes de sable se sont installées suite aux modifications de l’homme sur l’environnement. Le thème du changement climatique et de ses réfugiés est d’actualité.

Aimée de Jongh a bénéficié d’une bourse de la Fondation néerlandaise des Lettres pour réaliser cette BD. Elle a séjourné aux États-Unis et s’est documentée en consultant de nombreuses archives sur place. Le récit de ce voyage est disponible sur son site Internet www.aimeedejongh.com

Une BD instructive, magnifiquement illustrée, au scénario remarquable avec des personnages attachants. Bref c’est un coup de cœur !

Traduit du néerlandais par Jérôme Wicky

Note : 5 sur 5.

Celle qui criait au loup / Delphine Saada

Albane est une femme parfaite, du moins vu de l’extérieur. Elle maîtrise tout et ne supporte pas le moindre grain de sable dans son emploi du temps. Sa précision et son efficacité sont appréciées à l’hôpital où elle travaille en tant qu’infirmière. A la maison, c’est une autre histoire… Elle impose des règles et exige leur respect à ses enfants : Emma, 6 ans, et Arthur, 4 ans. Albane est dure avec sa fille. Elle n’a pas de geste tendre envers elle. Alors que pour son fils, elle n’est qu’amour. Pourquoi une telle différence de traitement entre ses deux enfants ? C’est ce que le lecteur apprendra au fur et à mesure de sa lecture.

Le jour où Albane « dérape », son mari exige qu’elle aille voir un psy. Elle y va à reculons, échafaudant des récits pour éviter de parler d’elle, de son enfance. Le psychiatre lui propose des séances d’hypnose qu’elle finit par accepter et qui vont bouleverser toute sa vie en mettant au jour des événements tragiques de son enfance qu’elle avait occultés de sa mémoire. Comment continuer à vivre une vie « normale » après la révélation de ce traumatisme ? Toutes ses stratégies et ses TOC mis en place ne fonctionnent plus. Elle aurait préféré vivre dans le déni plutôt que d’en avoir conscience.

Il s’agit d’un roman éprouvant pour le lecteur car on vit les tourments psychologiques d’Albane et on la voit sombrer. Au début on ne comprend pas cette femme, on peut même la détester. Puis petit à petit notre regard change. Un premier roman bouleversant, au suspense qui vous happe jusqu’à vous tirer des larmes. Je suivrai avec intérêt le second roman de cette nouvelle autrice.

Note : 4 sur 5.

Incipit :

« Ce n’est qu’en passant à l’heure d’été que l’on est au printemps. Alors, on se remet à espérer.

Deux fois l’an, depuis l’enfance, il a la croyance tenacement naïve de maîtriser le temps, de posséder le pouvoir de changer de saison comme on change de décor, en faisant tourner les aiguilles de sa montre. Hier encore, Sebastian aurait pris le métro, aujourd’hui, il préfère marcher. »

« C’est un fait, oui, Albane aime l’ordre, ou, plutôt, elle abomine l’imprévu et les surprises. Il en va de son équilibre mental qu’elle sache tout à l’avance. La journée s’est bien passée si elle a pu quitter l’hôpital à 14h11, si Emma et Arthur ont mangé entre 19 heures et 19h20, et s’ils sont couchés avant 20 heures. Un rien, un retard, un défaut dans le planning minuté qu’elle s’impose et qu’elle impose aux autres peuvent la faire déborder, comme ces verres que les enfants s’amusent à remplir jusqu’à ras bord, une goutte de trop et elle bascule. Elle est comme ça depuis toute petite. »

Les étoiles s’éteignent à l’aube / Vincent Turhan

Cette BD est une adaptation du roman de Richard Wagamese, un auteur que j’aime beaucoup. Je n’ai donc pas hésité longtemps pour me procurer cette BD. Elle est magnifiquement illustrée et retranscrit bien l’ambiance du roman. Les couleurs de la BD sont douces et apportent une certaine mélancolie.

C’est l’histoire de Franklin, 16 ans, envoyé auprès de son père mourant, Eldon. Son père est alcoolique. Ils n’ont jamais vécu ensemble. C’est un autre homme, Barry, qui l’a élevé et fait de lui un être bon. Barry lui a enseigné toutes les techniques pour vivre avec respect dans la nature.

Eldon a une dernière volonté à demander à Franklin. Il veut se rendre sur une montagne et y mourir dans la position du guerrier, puis y être enterré. Ce voyage est une occasion pour Franklin d’essayer d’en apprendre plus sur sa mère dont il ne sait rien.

Les traditions indiennes oubliées sciemment par Eldon refont surface lors de ce dernier périple et font désormais sens pour lui. Il essaye de se racheter avant de mourir. Il faut dire que sa vie a été pas mal mouvementée. Saura-t-il demander pardon ? Est-ce que Franklin lui pardonnera ?

Les thèmes abordés sont la famille, les origines et plus particulièrement la relation père-fils. Richard Wagamese était un écrivain ojibwé, spécialisé dans le « nature writing ». Si vous aimez les romans sur la nature, lisez ses livres. Certes les histoires sont dures mais l’écriture est magnifique.

Note : 5 sur 5.

Cœur du Sahel / Djaïli Amadou Amal

J’avais été bouleversée par le premier roman de Djaïli Amadou Amal, « Les impatientes ». Ce second roman est tout aussi fort et même davantage.

Il est toujours question de la condition des femmes africaines. Le personnage principal est une jeune fille, Faydé. Elle vit dans un village du Cameroun avec sa mère, sa petite sœur et ses deux petits frères. Son père a disparu lors d’une attaque de Boko Haram. La vie est rude. A cause de la sécheresse, ils n’ont plus rien à manger. Alors Faydé décide de partir à la ville pour trouver un emploi de domestique à l’instar de ses copines et envoyer de l’argent à sa mère. Celle-ci s’y oppose formellement. Mère et fille se tiennent tête. La mère finit par se résoudre à la laisser partir malgré ses craintes. Elle aurait voulu une autre vie pour sa fille, qu’elle aille à l’école et puisse être indépendante. Et surtout qu’elle ne subisse pas le même traitement qu’elle à son âge.

Faydé quitte son village pour la première fois et arrive dans la ville de Maroua. Srafata s’occupe de lui trouver une place et de lui apprendre les bases du métier, les codes de conduite et les astuces. Après leur journée de travail, elles se retrouvent et dorment dans une même pièce avec deux autres filles du village. Malgré leur condition, elles rêvent de trouver l’amour comme toutes les jeunes femmes. D’ailleurs il y a une très belle histoire d’amour que je vous laisse découvrir.

Ce roman est très instructif et d’actualité. On en apprend beaucoup sur la vie des domestiques considérés comme des moins que rien. La polygamie est aussi au cœur de cette histoire. Cette région située au nord du Cameroun est la cible d’attaques terroristes de Boko Haram. Les femmes sont menacées de toutes parts. Djaïli Amadou Amal dénonce le patriarcat et le pouvoir des hommes de violer en toute impunité que ce soit par le mariage forcé, l’enlèvement ou l’appartenance à une classe inférieure.

Je me suis totalement attachée à Faydé, espérant qu’elle s’en sorte et que la vie ne soit pas trop dure avec elle. La plume a gagné en puissance et souffle romanesque. J’ai dévoré ce roman, voulant savoir ce qu’il adviendrait de l’héroïne. Ce livre est un coup de cœur pour moi et je vous recommande vivement sa lecture.

Merci Djaïli Amadou Amal et Emmanuelle Collas pour ce magnifique roman, puisse-t-il toucher de nombreux lecteurs et faire avancer la situation des femmes au Sahel.

Note : 5 sur 5.

Incipit :

« La matinée est à peine entamée. Le soleil déploie déjà sa toile écarlate, laissant augurer une journée caniculaire. Peut-on s’attendre à autre chose, à cette période de l’année ? La saison des pluies n’est qu’un lointain souvenir. Le mois de janvier tire à sa fin, emportant avec lui les dernières brises fraîches, ultime répit avant les grandes chaleurs. Les champs s’étendent jusqu’au pied de la montagne et les épis secs de sorgho qui jonchent le sol accentuent la teinte dorée du paysage. »

« – Faydé grandit. Elle ne peut pas rester indéfiniment sous tes pagnes.
– Cette ville est dangereuse. Surtout pour une jeune fille si naïve.
– Pas plus que ce village. Nous étions toutes naïves quand nous y sommes allées.
– Ces gens de la ville… Tu sais comment ils sont ! Et si elle se fait violer ? Ou pire ?
– Ici aussi un homme peut l’enlever, la violer ou l’épouser de force, et tu ne peux rien y faire. Violer relève d’ailleurs de la tradition, et c’est ce qui risque de se produire si elle s’attarde plus longtemps ici ! »

« – Ta Srafata est là-bas depuis deux ans. Tu n’as pas peur, dis-moi ?

– Le cœur d’une mère peut-il avoir ne serait-ce qu’un instant de répit ? Mais même avoir peur est un luxe que nous ne pouvons pas nous permettre. Laisse partir ta fille, Kondem. De toute façon, que tu le veuilles ou non, elle s’en ira. Et ne pleure pas. Il faut souvent en sacrifier un pour que les autres survivent. »

« Kaado est un terme péjoratif et méprisant pour désigner « ceux qui ne sont pas peuls », ou plutôt qui ne s’identifient pas comme tels. Implicitement, ce terme désigne tous ceux de la classe dit « inférieure ».

Car, bien avant la colonisation occidentale et chrétienne, les Peuls, même s’ils ne s’en vantent pas, ont participé à la traite des esclaves, ont conquis toute la bande sahélienne par la force de l’épée sous le prétexte du djhad, sont devenus les plus puissants et les plus riches et, de ce fait, considèrent tous les autres peuples comme inférieurs.

Mais, si l’on traite ouvertement de kaado les domestiques, personne n’oserait librement qualifier de kaado un non-Peul instruit ou suffisamment aisé pour ne pas travailler pour autrui et ne dépendre de personne. »

Paris-Briançon / Philippe Besson

Le roman se met doucement en place. D’emblée Philippe Besson nous dit que parmi les passagers de ce train de nuit certains vont mourir, mais lesquels ? tel est le suspense !

« Bientôt, le train s’élancera, pour un voyage de plus de onze heures. Il va traverser la nuit française.
Pour le moment, les passagers montent à bord, joyeux, épuisés, préoccupés ou rien de tout cela. Parmi eux, certains seront morts au lever du jour. »

Les chapitres alternent entre les différents personnages que l’auteur présente. On a le temps de s’attacher à chacun d’eux et de se demander ce qui va leur arriver.

Dans l’Intercité de nuit n°5789, départ prévu à 20h52 à Paris et arrivée prévue à 8h18 à Briançon se trouvent 12 personnes dans les compartiments avec couchette : Serge Dufour (un représentant de commerce), Julia Prévost (elle travaille dans le milieu de la télévision) et ses deux enfants, Catherine et Jean-Louis Berthier (un couple de retraités), Manon, Dylan, Hugo et Leïla (un groupe d’étudiants amis), Alexis Belcour (un médecin), Victor Mayer (un joueur de hockey, moniteur de ski en hiver et de randonnée en été). Et en parallèle nous suivons un autre personnage, Giovanni Messina, routier.

Les passagers font connaissance, les langues se délient. Certains même se confient. On ressent une bienveillance de la part de l’auteur pour ses personnages. Ce roman est très humain. Il fait le portrait de gens ordinaires dont la vie va être chamboulée par un drame qui va les lier. Ils s’interrogent sur le destin, y croient-ils ?

Sorte de huis clos, Philippe Besson sait créer une ambiance et sait exactement où il veut mener ses lecteurs. Vous aurez forcément envie de connaître l’issue de ce voyage et de savoir qui survivra ou pas. Impossible de le lâcher une fois que vous avez embarqué avec les passagers de ce train de nuit.

Ce roman se lit tout seul ! Il est donc tout à fait adapté à votre PAL d’été !

Note : 4 sur 5.

Prologue :

« C’est un vendredi soir, au début du mois d’avril, quand les jours rallongent et que la douceur paraît devoir enfin s’imposer. Le long du boulevard, aux abords de la Seine, les arbres ont refleuri et les promeneurs sont des peupliers. Autour d’eux, des flocons virevoltent, tombés des peupliers ; on dirait de la neige au printemps. »

« Ses paroles finissent par se confondre avec le bruit si caractéristique du roulement, avec la vibration des roues, avec le rayonnement des rails, juste dérangé de temps en temps par des défauts, des rugosités à la surface. Elles finissent par se perdre dans l’obscurité qui les enveloppe tous, et dans l’absence qui habite les lieux.

Difficile de croire que c’est une nuit pour mourir. »

La bibliomule de Cordoue / Lupano et Chemineau

Coup de cœur pour cette BD de ce cher Lupano avec cette fois-ci Léonard Chemineau au dessin.

Je précise d’emblée que l’objet est très beau : tranche bleue, marque-page en cordelette cousu au livre, garde magnifiquement illustrée.

L’histoire est drôle, pleine de références et de clins d’œil. Enfin drôle pour le lecteur, pas vraiment pour les héros de cette BD ! Ils sont trois, un bibliothécaire eunuque, une scribe esclave et un ancien scribe devenu voleur.

L’action se situe dans une lointaine époque, en 976, en Espagne. Tarid est bibliothécaire dans l’une des plus grandes bibliothèques, où se trouvent des trésors nationaux rares. Lubna, en tant que scribe, recopie les ouvrages. Et Marwan a été l’élève de Tarid autrefois. Il se retrouve à mendier et essaie aujourd’hui d’entrer dans le palais. Mais la nuit où il tente son coup, Tarid et Lubna lui piquent sa mule pour sauver des livres de leur destruction. Le grand vizir est sur le point de déclencher des guerres alors que le pays est en paix depuis de nombreuses années. Pour cela, il lui faut détruire les livres pour que personne n’y ait accès et ne soit en capacité de comprendre ce qui se passe. Attention aux âmes sensibles de bibliothécaires entre autres, vous verrez des bûchers de livres en feu !

Après cette fuite, les trois héros vont se retrouver sur les chemins avec une mule très têtue, surchargée d’une montagne de livres, se cachant des soldats car recherchés. Une BD pleine d’aventures et de rebondissements avec une morale à la fin que je vous laisse découvrir et qui se raccroche à l’actualité.

Bien sûr elle plaira à tous les amoureux des livres et peut faire un très beau cadeau 😉

Bref j’ai tout aimé dans cette BD que je vous recommande très fortement de lire cet été !

Note : 5 sur 5.

Chronique des bords du Rhin / Sylvain Tesson

Ce petit livre de 37 pages n’a pas échappé à mon œil de fan de Sylvain Tesson ! Voici deux nouvelles dont le thème est le cours d’eau du Rhin en Alsace. Dans mon jargon de bibliothécaire c’est ce qu’on appelle un « alsatique », un livre sur l’Alsace. Il est publié chez le Verger éditeur, une maison d’édition régionale, dans la collection « Sentinelles ».

L’écrivain porte son regard sur les berges du Rhin et invente deux histoires qui fleurent bon la légende.

Dans « Journal d’une fée du Rhin » nous faisons la connaissance d’une Ondine qui raconte des moments de sa vie au bord du Rhin.

Dans la seconde nouvelle, un couple de touristes se promène au bord du Rhin, plus précisément à Rhinau. Il découvre la faune et la flore. Puis l’ambiance champêtre change avec le temps. Un épais brouillard s’installe et la femme disparaît. Le mystère s’épaissit davantage lorsque l’homme rentre à l’hôtel et n’y trouve pas sa compagne. Comme toujours chez Sylvain Tesson, c’est bien écrit. Dans ces quelques pages, un brin espiègle, vous pourrez vous évader sur ce fleuve le temps d’une lecture.

La couverture est illustrée par Vlou.

Note : 4 sur 5.

Locke & key / Joe Hill et Gabriel Rodriguez

Attention voici une série très sanglante !

Après le meurtre de leur père, 3 enfants partent habiter avec leur mère dans la maison d’enfance de leur père en Nouvelle-Angleterre.

Ils découvrent alors Keyhouse et ses secrets. Tyler, Bode et Kinsey trouvent dans le manoir, de mystérieuses clés. Chacune ayant une particularité, une fonction. D’étranges créatures apparaissent. Certaines sont inoffensives et d’autres maléfiques.

Les enfants Locke sont-ils à l’abri dans cette maison ? Est-ce que les clés les aideront à se protéger du danger qui les menace ? Est-ce que les clés les précipiteront vers le danger ? Suspense !

Il n’y a qu’une seule façon de le savoir : lire les 6 tomes de cette série fantastique. Je n’ai pas l’habitude de lire des comics, encore moins de l’horreur. Le début est très sanglant, notamment avec le meurtre du père. Je me suis demandée si j’allais poursuivre ma lecture. Puis j’ai été captivée par cette histoire créée par Joe Hill et le trait de Gabriel Rodriguez.

Cette BD est multi-récompensée : Eisner Award 2011 du meilleur scénario, British Fantasy Award 2009 du meilleur graphic novel.
Bref un classique de la BD américaine !

Note : 4 sur 5.

Le roman de Jim / Pierric Bailly

Dans ce roman, on fait des allers-retours entre la campagne du Jura et la ville de Lyon. Aymeric recroise la route de Florence alors qu’elle est enceinte de 6 mois et célibataire. Elle a 15 ans de plus que lui. À 25 ans, il est plutôt instable, préférant travailler en intérim que d’accepter un CDI, refusant de rentrer dans les cases dictées par la société. Contre toute attente, il reste avec Florence et est très présent lors de sa grossesse. Il assiste même à l’accouchement et aux premiers instants de la vie de Jim. Il élève Jim avec Florence, comme s’il était son père. Ils forment une famille heureuse et aimante. Et puis, le père biologique apparaît. Leur vie s’en trouve chamboulée et peu à peu un autre rôle va être attribué à Aymeric, celui de parrain. Il ne réagit pas trop. Il est d’un tempérament plutôt hésitant, restant dans l’attente et subissant ses non-choix. Ils se séparent d’un commun accord. Il voit alors beaucoup moins Jim. Florence met de la distance entre eux. Il en souffre regrette de ne plus voir autant Jim. Il lui manque. Aymeric manque aussi à Jim. La suite est faite de mensonges, d’absence, de fuite, de chagrin et même de dépression.

Une fois devenu adulte, Jim voudra connaître certaines parties de son passé. Les photos prises par Aymeric seront le point de départ de nombreuses discussions.

Voilà ce roman c’est le roman de Jim, son histoire du point de vue d’Aymeric. On ressent tout l’amour et la tendresse d’Aymeric pour Jim, mais aussi toute la détresse de ce rôle de père par intérim. Le sujet de la paternité est traité de façon très intéressante. Qu’est-ce qui fait qu’on est père ? Peut-on rester père quand le père biologique refait surface ? que reste-t-il de ces premières années ? comment trouver sa place ? Que faire quand les liens du cœur sont plus forts que ceux du sang ?

L’écriture est simple et directe. Le personnage livre ses pensées et donne accès à sa psychologie. Le ton est donc plutôt familier mais le style est clairement unique. Je retrouve la plume de Pierric Bailly avec plaisir. A la fois roman social et psychologique, l’auteur nous surprend jusqu’au bout. Le lecteur s’attachant aux personnages et voulant connaître la suite de leur histoire, impossible de lâcher le livre dans les derniers chapitres.

Note : 4.5 sur 5.

Incipit :

« Florence est partie de chez elle à dix-sept ans, sans aller au bout de son BEP optique-lunetterie au lycée Victor-Bérard de Morez, elle n’en avait rien à foutre des lunettes, elle s’ennuyait à l’internat et elle n’était proche de personne dans sa classe. Elle ne voyait presque plus ses parents, le week-end elle était toujours avec Martial et il leur arrivait de faire quelques centaines de bornes en camion pour aller voir un concert ou des potes en Ardèche ou dans les Alpes, mais la plupart du temps ils ne sortaient pas de chez lui et passaient leurs journées à fumer, à boire, à niquer – elle a toujours dit niquer, jamais baiser ni faire l’amour –, à regarder la télé aussi, à regarder des films, pas des émissions, des films en cassette sur la grande et profonde télé de Martial installée en face de son lit, dans cette grande cave isolée, sous-sol de la maison familiale, chambre sans fenêtre où les parents et le petit frère de Martial n’avaient pas le droit d’entrer. »

« J’ai sorti mon téléphone pour leur envoyer un SMS et il s’est mis à sonner avant même que j’aie commencé à écrire. C’était Florence. Et c’était Jim à l’autre bout. Alors je me suis mis à chialer comme un môme. Lui aussi chialait. J’essayais de le rassurer. Ne t’en fais pas, on va se revoir bientôt. D’accord, toi aussi ne t’en fais pas. Allez, je vais raccrocher. Mais je voulais juste te dire une chose, je voulais te dire que c’est toi mon papa. »