La sélection du Prix Hors Concours 2025

Découvrez les 40 textes sélectionnés par le Prix Hors Concours. Ce prix littéraire met en avant des romans francophones contemporains publiés par des éditeurs indépendants. Bref, des romans qui ne figurent pas dans le top des ventes mais qui méritent le détour ! De belles découvertes en perspectives !

Connaissez-vous les lauréats 2024 ?

  • Le lauréat de la 9ème édition est David Naïm pour L’ombre pâle (éditions de l’Antilope).
  • La mention du public a été attribuée à Bénédicte Dupré La Tour, pour Terres promises (éditions du Panseur).

La sélection 2025

Vous trouverez des ouvrages parus en 2024, 2025 et d’autres à paraître lors de la rentrée littéraire 2025. Personnellement j’ai déjà acheté ou lu certains de ces livres avant de connaître la sélection :

  • Villa Bergamote / Mona Messine (Bouclard)
  • Les béliers / Ahmed Fouad Bouras (Emmanuelle Collas)
  • Fracture(s) / Lidwine Van Lancker (Livres agités)
  • Portrait du poète en salaud / Nicolas Elias (Les Argonautes)

Et certains me font de l’œil et devraient bientôt faire leur apparition dans ma PAL :

  • L’Éden à l’aube / Karim Kattan (Elyzad)
  • Tangentes / Mathilde Hug (Gorge bleue)
  • Highlands / Fanie Demeule (Québec Amérique)
  • Rêve d’une pomme acide / Justine Arnal (Quidam)

Je n’ai pas hésité une seconde à me réinscrire cette année en tant que professionnelle du livre pour participer au vote. Je recevrai un ouvrage de 200 pages contenant un extrait de 3 pages de chaque roman pour me faire une idée des textes. Je voterai à la fin de l’été pour mes 5 finalistes préférés. Ensuite les 5 textes finalistes retenus seront lus par un jury de 5 journalistes, par les lecteurs et les professionnels du livre pour désigner le lauréat en novembre.

Le jury des journalistes :

  • Stéphanie Dupays (critique littéraire pour le journal Le Monde)
  • Stéphanie Khayat (journaliste à Télématin sur France 2)
  • David Medioni (journaliste à Franc-Tireur)
  • Inès de La Motte Saint Pierre (journaliste pour la Grande Librairie sur France 5)
  • Emmanuel Poncet (rédacteur en chef des pages Culture & Tendances de La Tribune Dimanche)

Et vous ?

C’est le moment de vous inscrire pour rejoindre le club ! Vous pouvez aussi participer et voter pour vos 5 romans préférés, retrouvez toutes les informations sur le site : https://www.hors-concours.fr/

Belles lectures et découvertes !

visuel © Hors Concours

Vie de Gilles / Marie-Hélène Lafon

Marie-Hélène Lafon est l’une de mes écrivaines préférées. Je dois avoir tous ses livres dans ma bibliothèque. Je ne rate aucune parution. Dans ce nouveau livre publié chez les éditions du Chemin de Fer, il y a deux nouvelles, « La confession » et « Cinquante ans » qui permettent de retrouver un des personnages de son précédent roman « Les Sources ». Ce prolongement de ce texte autobiographique, est centré sur le frère, Gilles.

On retrouve les thèmes chers à l’auteure : la vie dans les campagnes, le monde paysan, la dureté de la vie, les obligations familiales.

La première nouvelle nous plonge dans l’enfance. Les deux sœurs et le frère vont au catéchisme. Les leçons sont faites par la Nini, longuement détaillée.

La seconde nouvelle se situe plus tard. Gilles a cinquante ans. Sa sœur Claire (Marie-Hélène) vient régulièrement de Paris pour aider à la ferme. Les parents vieillissent. Elle répète les mêmes gestes : le linge à repasser, décrocher les draps et les remettre dans les lits, un coup de balai ou d’aspirateur si elle a le temps. Et puis aller voir le frère travailler, discuter un peu.

La Santoire est toute proche. Claire s’emplit de la nature et des paysages à chaque visite. Les peintures de Denis Laget rehaussent les textes. A l’instar de la couverture, Elles sont composées de bruns, couleurs de la terre.

Un petit bijou, à lire et relire bien évidemment pour la beauté de la langue de Marie-Hélène Lafon.

#lafonmania

Note : 5 sur 5.

Incipit :
« La Nini n’a pas d’âge, elle est ronde et courte et trotte menu en traversant la place, de l’église à la maison et de la maison à l’église ; elle ne lève pas l’œil et on n’attrape pas son regard, même pendant les leçons de catéchisme qu’elle donne debout tandis que les petits de première année sont assis sur deux bancs, un pour les filles et un pour les garçons, de part et d’autre de l’allée centrale, au premier rang juste devant le chœur et l’autel. »

« Aujourd’hui, il faut y aller. Claire ira aujourd’hui, cet après-midi, elle a prévenu sa mère, elle a téléphoné, elle s’est annoncée, elle a dit, je viendrai vendredi, vendredi après-midi. Vendredi c’est aujourd’hui, il faut y aller. »

Le secret de Tante Dimity / Nancy Atherton

J’ai replongé avec plaisir dans l’univers de Tante Dimity avec ce deuxième tome, toujours teinté de cosy mystery.

Des bribes du premier tome sont parsemées et permettent de comprendre le contexte. Lori a épousé Bill. Un an plus tard, elle organise une seconde lune de miel en Angleterre pour pouvoir retrouver son mari qui est tellement plongé dans le travail qu’ils ne se voient plus. Une affaire importante oblige Bill à annuler ce voyage. Elle part alors avec son beau-père au cottage et elle retrouve son amie Emma.

Mais à peine arrivés, son beau-père disparait en laissant un mot mystérieux. Tante Dimity est de retour pour aider Lori à le retrouver. Nell, la fille d’Emma, accompagne Lori. Elle est un personnage central de cette histoire.

Au menu : des personnages toujours aussi attachants, des secrets de famille, des rebondissements, une enquête, un road-trip, la découverte d’une branche familiale anglaise, des anecdotes qui relient les personnages des différents tomes.

Une lecture-détente parfaite en ces jours fériés !

Traduit de l’américain par Axelle Demoulin et Nicolas Ancion.

Note : 4 sur 5.

Incipit :
« Dans les contes de fées, les génies n’accordent jamais que trois vœux. Pour la plupart des gens, ce n’est pas assez. Mais moi à une époque, si j’avais frotté une lampe, j’aurais juste demandé un boulot que je ne détestais pas, un appartement au loyer abordable dans le quartier de Boston qui me rappelait l’Angleterre, le pays que j’adore depuis l’enfance. Sans doute à cause d’un premier mariage désastreux suivi d’un divorce encore plus calamiteux, j’aurais demandé comme troisième vœu une relation saine avec un type qui ne soit ni un salaud ni un menteur et ramasse ses chaussettes pour les mettre dans le linge sale. Personne n’aurait pu m’accuser d’avoir des attentes trop élevées : même mes rêves les plus fous étaient sans prétention. »

Ma grand-mère et le Pays de la poésie / Minh Tran Huy

D’elle j’avais lu « Les inconsolés » en 2020, un coup de cœur pour ce conte dont je ne soupçonnais pas l’influence des contes vietnamiens racontés par sa grand-mère lorsqu’elle était petite.

Dans ce récit, elle rend hommage à sa grand-mère paternelle, exilée du Vietnam en 1976 avec son fils. L’autrice naît en 1979. Sa grand-mère l’élève avec beaucoup de tendresse. La cuisine est très présente dans ses souvenirs. Malgré les années passées en France, son aïeule ne maîtrise pas la langue. Une fois scolarisée, Minh ne parle plus que le français et oublie la langue de sa famille. Les deux femmes sont dans l’incapacité de communiquer. Il n’y a que par les gestes et les sourires qu’elles peuvent se transmettre leur amour.

L’autrice se remémore son enfance, ce que sa grand-mère lui a transmis. Elle évoque les silences autour de l’histoire familiale, notamment la mort de son grand-père paternel. L’écriture lui permet de combler ces vides. Il y a de nombreux très beaux passages que j’ai relevés. Elle parle de son rapport à l’écriture, de son regret que sa grand-mère ne puisse pas lire ce qu’elle écrit. Elle fait le parallèle avec son fils, Paul, autiste.

Avec nostalgie, elle nous ouvre les pages de son histoire familiale, peuplée de contes, de non-dits, de traumatismes mais aussi de beaucoup d’amour. Un livre que je relirai assurément.

Note : 5 sur 5.

Incipit :
« L’enfance est une vieille dame aux mains blanches, aux cheveux lisses et aux yeux sombres. Le chignon fixé par une barrette de nacre, le cou ceint d’un foulard de soie, tu te tiens aux côtés de la petite fille que j’étais. Ayant vécu au rythme de la mousson, dans la lumière aveuglante et la moite chaleur du Vietnam, tu ne t’es jamais habituée au climat français, son soleil timide et son ciel gris, sa bruine et ses bourrasques. Tu as toujours peur de prendre froid et passes ton temps à t’envelopper d’étoles, de châles, d’écharpes. S’y fondent le Chanel N°5 dont tu poses une goutte derrière l’oreille et sur le poignet chaque matin, et l’odeur du lait d’amande douce que tu passes régulièrement sur ton visage. J’adore ces senteurs mêlées. Il me suffit de les respirer pour accéder à un état d’apaisement, d’absolue tranquillité, que j’aurai toutes les peines du monde à retrouver une fois adulte. »

« Tout le temps où tu étais demeurée en France, tu n’avais pas oublié qu’il te restait une tâche à accomplir. Tu gardais en mémoire les deux hommes qui s’étaient évanouis dans l’air d’un matin de printemps, quand tu n’étais encore qu’une jeune femme aux cheveux noirs et aux dents laquées, qui riait haut et travaillait dur en vue d’un meilleur avenir. […] Tu ne parlais pas d’eux, n’évoquais rien les concernant. Pourtant leur souvenir demeurait, tapi sous les couches de silence, suffisamment puissant pour qu’à quatre-vingts ans passés tu aies décidé de revenir dans un pays qui n’était plus le tien, dans l’idée d’arracher leurs dépouilles à l’anonymat et leurs existences à l’oubli. »

« Je n’ai pas eu accès à ces connaissances que l’on n’apprend pas à l’école, mais se transmettent de mère en fille, ou plutôt de grand-mère en petite-fille. Et je ne suis pas certaine que les savoirs sue j’ai acquis grâce à des cours – langues étrangères, piano, violon, danse classique – compensent ce qui me manque, cette aptitude dont je croyais que j’hériterais en temps voulu quand elle demeurera ton apanage, toi qui m’a élevée : le don de créer de la chaleur et du confort pour tous ceux auxquels je tiens. »

« Enfant, on est convaincu que les adultes ont choisi leur vie. On ne s’interroge pas sur les raisons qui les ont conduits à exercer tel métier et à bénéficier de tel statut, cela fait partie de leur identité et du cours des choses. Les ayant toujours connus ainsi, on ne les imagine pas autrement. »

« Tu ne m’as jamais demandé de t’assister dans les tâches domestiques ; tu préférais que je me dédie tout entière à des études. Peut-être espérais-tu qu’en m’épargnant les corvées de vaisselle ou d’épluchage de patates, qu’en ne me transmettant rien de ce que toi savais et sue tu tenais pour négligeable, tu m’offrais une vie aussi différente que possible de la tienne, rompue par les deuils, al guerre, l’exil. Tu ne te doutais pas que tu m’avais donné quelque chose de plus irremplaçable encore que tes soins et le bonheur paisible de ta présence ; une histoire. Voilée, flottante, trouée de non-dits, mais une histoire. »

« Le Vietnam dont je rêvais n’avait jamais existé qu’en moi, nourri de mes fantasmes d’ailleurs, des légendes que j’avais lues, de bribes d’histoire familiale affleurant à la surface d’une mémoire indécise et mouvante quand elle n’était pas niée. »

« Peut-être se met-on parfois à lire, et à écrire, parce qu’il existe un fossé entre la vie qu’on mène et la vie de ceux qui vous ont précédée. Qu’y a-t-il de commun entre toi, paysanne de cœur et d’origine, femme au foyer experte qui se vit dénier le droit d’étudier, puis subit la mort de ses proches, la violence insane de la guerre, le départ pour un pays lointain, et moi, sa petite-fille, citadine que la campagne plonge dans le désarroi, diplômée d’un établissement prestigieux mais dépourvue d’aptitudes domestiques, menant une existence si protégée qu’elle n’a jamais connu que bien tardivement le deuil ? C’est comme si nous nous tenions de part et d’autre du fleuve du temps, de notre mémoire endiguée, séparées par à peu près tout et pourtant liées par le sang, l’amour, cette histoire qui se cache et que j’ai désespéré, un temps, de mettre au jour. »

« Quand on me pose la fameuse question : « Pourquoi écrivez-vous ? », je suis parfois tentée de répondre que je ne sais pas. Qu’on écrit parce qu’on écrit, c’est tout – mais je me retiens, songeant que se réfugier derrière pareil sophisme serait trop commode. Alors je lance des pistes, amour de la fiction, désir de mettre un peu d’ordre dans un monde de désordre, fantasme de vivre plusieurs vies en une, plaisir de mettre au point une belle mécanique, écrire pour mieux lire ce et ceux qui nous entourent, amis et ennemis, parents et enfants, l’amour, la haine, la guerre, la mort… Ce sont des généralités ne venant à l’esprit qu’après coup (ce qui ne les empêche pas d’être vraies), mais elles recouvrent peut-être, inconsciemment, le désir de ne pas m’exposer davantage, de ne rien avouer de raisons plus personnelles, si personnelles que je suis la moins bien placée pour les révéler – un télescope pouvant pointer partout sauf sur lui-même. »

« Lorsque j’écrivais, j’avais moi aussi en tête une personne qui ne pouvait ni ne pourrait jamais me lire, non parce qu’elle ne savait pas lire, mais parce qu’elle ne savait pas lire le français : toi. »

« J’écrivais parce que je n’avais pas d’autre façon de réagir à la confidence que tu m’avais livrée et au silence qui s’en était ensuivi. J’écrivais parce qu’ainsi je n’avais plus besoin de me demander ce qui s’était passé, mais ce qu’il fallait qu’il se passe, ce que je devais imaginer pour que les quelques faits qui m’étaient parvenus, absurdes et terribles, prennent un sens, enfin. »

« Un texte après l’autre, je n’ai eu de cesse de rendre ta présence, la façon dont tu t’étais inscrite en filigrane de presque chacun des événements et surtout des non-événements de mon enfance, ombre douce et discrète planant sur le cours de mes journées dont il me semblait que je ne verrais jamais la fin alors qu’elles ont filé plus vite que l’eau d’un ruisseau. J’ai tâché d’incarner ce que je ressentais pour toi en confiant la plus grande peur qui me taraudait quand j’étais petite fille : que tu meures durant la nuit, l’un des seuls moments où nous n’étions pas ensemble. Je ne m’inquiétais guère de ma propre disparition – comme beaucoup d’enfants, je me croyais immortelle. Vivre sans toi, en revanche, sans tes soins et sans l’amour dont ils témoignaient, me semblait insurmontable. »

« Ce que je n’ai pas dit, en revanche, c’est que toi et moi nous sommes éloignées, et que cet éloignement a coïncidé avec une rupture linguistique. En grandissant j’ai troqué une langue pour une autre, je suis passée du vietnamien grand-maternel au français appris à l’école, pratiqué avec mes camarades de classe puis avec mes parents, qui perdirent l’habitude de s’adresser à moi et à ma sœur autrement que dans l’idiome dans lequel nous évoluions presque en permanence. Vint le jour où j’ai commencé à chercher mes mots en vietnamien ; et, bientôt, celui où j’ai cessé de les trouver. »

« Ce n’est ni mon passeport ni mon lieu de naissance qui ont fait de moi une Française ; mais la langue dans laquelle je réfléchis et réagis, dans laquelle je vois et ressens. » 

« J’ai été pétrie de vos non-dits, ils font partie de moi, j’y évolue tel un skieur qui slalome entre les portes de son parcours, et j’en connais toutes les nuances ; comme je sais distinguer le silence dans mon appartement de celui des bibliothèques où je passais tous mes mercredis et mes samedis après-midi quand j’étais enfant, celui régnant dans la maison de famille de son mari en Ardèche, seulement troublé par le murmure d’une rivière qui coule à quelques mètres de là, celui de Paris pendant le confinement, lorsque aucune voiture ne roulait plus sur les Grands Boulevards, lorsque aucun café ni restaurant n’avait la possibilité d’accueillir un client, et que les oiseaux chantaient alors que Polo traversait en trottinette la place Vendôme ou la rue Rivoli désertées, rasant les grilles des Tuileries closes pour un temps indéfini… »

« Plutôt que de cacher ma peine et d’en avoir honte, j’essaie de la transcender, de la passer à l’or, d’en tirer un peu de beauté et de lumière, d’atteindre cette vraie vie dont parle Proust, la vie enfin découverte et éclaircie, grâce à ces mots que j’écris, ces signes que j’adresse à ceux qui me sont chers et qui sont loin, même s’ils ne semblent ni me voir ni m’entendre, même s’ils ne peuvent ni me voir ni m’entendre, habitants d’une terre dont je demeurerai toujours séparée. »

« Tout s’est dissous. Écrire me permet tout juste d’en garder trace. Poser des phrases, des pensées, des idées, sur ton silence et sur celui de Paul, m’aide à me frayer un chemin dans le chaos, les aléas et la folie du monde tel qu’il va. »

Il était une femme étrange / David Lelait-Helo

J’avais découvert la plume de David Lelait-Helo avec « Je suis la maman du bourreau », roman qui m’avait impressionnée. J’ai tout naturellement emprunté à la bibliothèque son nouveau livre.

Cette fois il nous plonge dans un univers empreint de réalisme magique, tel Gabriel Garcia Marquez, avec des personnages hauts en couleur.

Il y a deux narrateurs, Eusebio, un conteur, et Maria Dolores Pinta de las Aguas Dulces dont il nous conte l’histoire. Elle ajoute des propos ou corrobore la parole d’Eusebio.

Une histoire fabuleuse, que certains auditeurs peinent à croire mais que d’autres valident et appuient par le témoignage d’aïeux.

Dans ce court roman, la figure maternelle est centrale. Tombée enceinte, Maria est éloignée de son village pour ne pas jeter la honte sur sa famille bourgeoise. Elle part en exil de Chipiona à Ampolas. Elle y donne naissance à des jumeaux, une fille et un garçon. Elle rejette son fils qui vit alors une enfance « dévastée », recherchant l’amour de sa mère. La suite de cette histoire, je vous laisse la découvrir pour ne pas divulgâcher les secrets de cette famille.

Les passages sur le pouvoir du conte ont bien sûr parlé à la bibliothécaire que je suis. De plus les livres ont un rôle important dans la vie du personnage principal. J’ai passé un très bon moment de lecture avec cette histoire foisonnante aux magnifiques descriptions.

Note : 4.5 sur 5.

Incipit :
« Les siècles des siècles semblaient l’enlacer. La morte reposait. D’une beauté ancienne et effarante. Étendue pareille à une reine et autour d’elle, en corolle, les plis soleil d’une jupe longue couleur nuit. Un soleil noir et or piqueté des perles rouge sang d’un long chapelet auquel se cramponnait les doigts noués. »

« Les âmes en sont devenues lisses et transparentes, belles mais cassantes comme le verre. Alors heureusement que palpitent les histoires, savamment tamisées sous le grand arbre. D’entre les mots et les soupirs jaillit ce chaos dont les hommes ont tant besoin. Les visages paisibles peuvent à l’envi se tordre, l’effroi s’immiscer, le souffle se raccourcir et la peau frissonner. Le réel se dilate à l’infini pour que paraissent d’autres rivages, délicieusement confus et chavirés. »

« Le vieil Eusebio excelle dans cet art suprême de sculpter la parole. Personne ne sait comme lui recréer un monde et faire se dresser des héros. L’on croit dur comme fer à sa parole et quelques rares incrédules lui reconnaissent au moins une imagination fertile. Et puis peu importe la couleur de la vérité, tant que le conteur charrie les consciences hors de la sempiternelle psalmodie d’Amapolas. »

« La promesse est belle, la nuit sera longue et noire. Dans la douceur du soir, les femmes persuadées de frissonner resserrent leurs châles tandis que les hommes, dans leur folle impatience, frappent du pied la terre battue. Une histoire est un voyage sans bagage. Eusebio souffle dans la grand-voile. L’océan de son récit est un miroir infini où chacun cherchera la trace de son propre reflet. »

« Dès les premières heures de sa vie, le fils paya à prix d’or une faute qui n’était pas la sienne. Mais plutôt celle d’un fantôme de père. Un dénommé Diego dont la mère ne prononcerait jamais le nom mais se rappellerait éternellement le regard de velours et les muscles secs. »

« L’autre éblouissement de mon enfance fut les livres. Ils étaient le sang de ma mère, son trésor de guerre et le tribut de son exil. Je saurais bien plus tard comment elle les avait soutirés à ses parents en compensation des liens rompus et des racines arrachées. Peu importait qu’on la bannît on lui souhaitât la solitude et chagrin éternels puisqu’elle emportait mille mondes et toute la connaissance. Ses livres devinrent les miens, à la nuit tombée sous le drap ou l’après-midi au fond du jardin, car elle me les interdisait tandis que ma sœur, elle, était encouragée à s’y plonger. »

« Au fil des lectures interdites, mon enfance se déroba en d’innombrables pays imaginaires, et je voyageais avec délectation par le temps, le monde et, sans le savoir, jusqu’au cœur des êtres. Je ne choisissais pas les livres pour leur titre ou leur sujet, je les accueillais dans l’ordre auquel ils se présentaient à moi sur les rayonnages de l’immense bibliothèque. Celui savamment pensé par ma mère. Ma lecture achevée, je rangeais le livre puis empruntais son voisin avec la prudence et la souplesse d’un félin. Je ferais ce même geste des centaines de fois, tout en veillant à combler plus ou moins adroitement l’espace laissé par celui que j’avais emprunté. Je tremblais toujours que ma mère découvrît la supercherie, ce fut inévitablement le cas, je surpris même à plusieurs reprises son regard inquisiteur, mais jamais elle ne l’évoqua ni ne m’accusa. Celle qui m’imputait toutes les calamités en ce bas monde avait-elle pressenti qu’on ne peut lutter contre cet envoûtement qu’est la lecture ? »

« La matière des histoires est hautement inflammable et le danger ne s’éloigne que si la vérité l’emporte, que si les preuves sont irréfutables. La pérennité d’une histoire réside dans ce qu’elle est crue et vécue. Si le doute vient à la fissurer, elle se rompt, s’écoule alors un torrent de boue. »

« Eusebio se régale de cette épouvante qui recouvre les visages de son assemblée. Les femmes baragouinent de maladroites patenôtres, se signent jusqu’au tournis, poussent de petits cris d’oiseaux blessés, convoquent le Ciel. Cette surenchère de bondieuserie lui confirme qu’il a visé dans le mille, ils sont ferrés. Il n’a pas dit son dernier mot, et la nuit n’a rien perdu de ses ténèbres. »

Abena / Pierre Chavagné

J’avais beaucoup aimé le précédent roman de cet auteur, « La femme paradis », découvert grâce à la sélection du Prix Orange du livre 2023. Je n’ai pas hésité à plonger dans celui-ci où j’ai retrouvé le thème de la nature et une tension dans le récit.

Le roman s’ouvre avec une chasse à l’homme dans la montagne enneigée. Kofi a fui son pays l’Érythrée avec sa petite sœur Abena. Ils tentent de franchir une frontière lorsqu’ils sont repérés par une sorte de milice armée. Au même moment ils rencontrent Caïn, un jeune homme qui erre dans la forêt. Puis tous les trois trouvent refuge auprès d’un vieux couple retiré dans la montagne où ils ont aménagé une grotte et construit une serre. Ils y vivent en autosuffisance, entourés de livres.

J’ai beaucoup aimé la relation qui se noue entre chaque personnage. Une belle entraide et fraternité anime la petite communauté autour d’Abena. Caïn lui apprend la langue. La vieille lui enseigne tout ce qu’elle sait. Un ancien légionnaire, Pavel, lui apprend à jouer aux échecs. Mais la milice continue de les traquer. Ils sont toujours sur le qui-vive.

Une guerre civile semble dévaster et vider les villages alentours. La violence règne dans les pages de ce roman. La violence des hommes et celle de la nature ou comment survivre en milieu extrême. La peur est l’une des émotions souvent ressentie lors de ma lecture. Sorte de huis clos, on espère jusqu’au bout qu’Abena s’en sortira. A vous de le découvrir en lisant ce texte magnifiquement écrit.

Il y a de nombreuses références littéraires. La littérature est essentielle pour les personnages car les livres sont un refuge pour eux. Dans les remerciements, Pierre Chavagné cite les auteurs qui l’ont influencé : Cormac McCarthy, Jim Harrison, Joseph Conrad, Jack London, William Faulkner, Alexandre Dumas, Paul Morand, Robert Merle, Dostoïevski, Tolstoï, Nabokov.

Si vous aimez les romans d’aventure ou d’action avec une réflexion sur la société, celui-ci devrait vous plaire.

Je remercie les éditions Le Mot et le reste pour cette lecture

Note : 4.5 sur 5.

Incipit :
« En hiver, les montagnes ont faim ; au-delà d’une certaine altitude, les rochers deviennent des dents. Le frère et la sœur louvoient la crête osseuse entre les blocs de granit ; deux petits bouts de viande reliés à une cordelette ; des proies, pas bien grasses, presque mortes. Le ciel est blanc, comme un bol de porcelaine vide renversé sur leurs têtes. »

« Naître est une loterie, on gagne ou on perd, c’est la première manche de la partie. Migrer permet de rebattre les cartes, de risquer à quitte ou double son existence sur la promesse d’une vie plus douce ou d’une vie tout court. Tout remettre en jeu et renaître ailleurs, il n’aurait pas eu le courage sans sa petite sœur. »

« – Si une situation exige une réaction et que tu souhaites rester silencieux, tu peux balancer une citation. Ça n’engage à rien et ça fait son effet.
Elle darde ses yeux dans ceux du jeune homme et reprend :
– C’est plus poli. Rapport à la vie en société. Et puis ça embellit le quotidien, tes interlocuteurs auront un truc à raconter le soir en rentrant chez eux. Le silence effraie les gens normaux.
– Il faut en connaitre beaucoup ?
– Des gens ?
– Des citations.
– Oui et les sortir à propos. Je t’apprendrai. »

« Avec patience, Caïn apprivoise la présence de l’autre ; les questions, les réponses, il apprend à converser. La Vieille a de la psychologie. Elle s’approche avec prudence, prend garde à ne pas l’effaroucher, elle utilise des tournures qui le laissent juge de son degré d’interaction. Elle ne presse pas les choses. Caïn se sent essentiel et l’instant d’après, transparent ; l’oscillation entre ces deux extrêmes crée un désir, celui d’être considéré.
L’autre soir, Jo s’est approché de Caïn tout « au but du monde » – c’est comme ça que Pavel a baptisé l’extrémité de la terrasse avant le vide -, elle a allumé sa pipe comme le font les marins en protégeant la flamme entre ses mains. Après deux bouffées, le regard haut dans les nuages, elle a dit :
– Il existe un lieu sur terre pour chaque homme, il nous attire à lui comme un aimant. C’est une histoire de magnétisme dans l’air. Il est inutile de lutter. Cette terre nous désire, nous y mourrons.
Elle a marqué une pause comme si elle réfléchissait à sa conclusion.
– Seuls seront heureux ceux qui s’en accommodent, a-t-elle fini par dire.
Et elle est partie. »

Les béliers / Ahmed Fouad Bouras

Ouahab vit avec sa mère en France. Il ne connaît pas son père, un Algérien qui s’est remarié plusieurs fois depuis. Mais il a développé le même syndrome que lui, celui de Gilles de la Tourette. Sa maladie l’empêche de vivre une vie « normale » et de travailler. Il s’isole dans l’appartement familial. Jusqu’au jour où il reçoit un appel d’Algérie de sa demi-sœur Rahma. Son père lui demande de venir. Après quelques hésitations, il se décide à partir, en quête de son identité.

Sur place, il découvre sa famille, notamment son demi-frère Abderrahmane, un berger aux affaires plutôt illicites. Ouahab se prend de passion pour un bélier de combat, Ghorbatchev. On plonge alors dans l’univers des arènes, c’est souvent drôle et toujours enlevé. Chaque partie est dédiée à l’un des personnages.

Cette histoire familiale se déroule dans les années 2000, avec des hommes et femmes de caractère. Entre méfiance et manipulation, j’ai aimé suivre les aventures d’Ouahab dans un pays où il est étranger. Il interroge sur les liens familiaux, les liens de sang, sur la condition féminine, les classes sociales, la relation entre les hommes et les animaux. Il montre un pan de la société algérienne soumis aux traditions, où chaque famille possède son mouton sur son balcon le temps de l’Aïd et se retrouve à le promener en laisse aux pieds des immeubles.

Un premier roman bien mené qui m’a totalement dépaysée et sortie de mes lectures habituelles. Et ce grâce à VLEEL qui élargit toujours mes horizons littéraires. Une plume à découvrir assurément.

Je remercie les éditions Emmanuelle Collas pour l’envoi de ce roman.

A noter qu’il fait partie de la sélection du Prix Hors Concours 2025.

Note : 4.5 sur 5.

Incipit ;
« Il n’aurait brûlé la peau cloué le cœur de personne, encore moins défiancé qui que ce soit, comme disait Jacques Brel en 1966. Lui, Abderrahmane, était pour l’instant adossé à une botte de foin posée contre le talus derrière lui, talus qui descendait jusqu’à la barrière en métal bordant la route à deux voies qui remontait de Bab El Oued. Il se nettoyait les dents avec un petit morceau de bois. C’était sa façon à lui de ruminer. »

« Tout comme les discussions sur le football ou la politique, le mouton accédait tout naturellement au rang de lubrifiant social. »

« Tel un scarabée bousier, Ouahab traînait sa boule de questions. Pour la faire grossir, il y mettait un ciment fait d’aigreur et d’impatience pour y coller toutes les nouvelles interrogations et les informations qui venaient progressivement à lui. »

Les lauréats du Prix VLEEL 2024

Voici les résultats de cette 5ème édition du Prix VLEEL – Varions les éditions en live !

Les auteurs

Les éditeurs

La mention spéciale

En savoir plus

La remise du prix aura lieu à Paris le samedi 17 mai 2025. Plus d’informations sur cette soirée sur le site internet : https://vleel.com et le compte Instagram VLEEL : https://www.instagram.com/vleel_/

Qimmik / Michel Jean

C’est toujours un plaisir de retrouver la plume de Michel Jean découverte grâce aux éditions Dépaysage et à VLEEL. On recroise des personnages et des lieux de ses précédents romans.

Dans celui-ci deux histoires sont en parallèle, à deux époques. Les chapitres alternent entre Eve, une avocate de nos jours à Montréal, qui défend un homme, Uqittuq Ainalik, accusé de meurtres sur d’anciens policiers. Mais le vieil Inuk reste muet. Et dans les années 1960, un jeune couple inuit, Saullu et Ulaajuk, qui vivent de la chasse et de la pêche dans le Grand Nord avec leurs chiens de traîneau. D’ailleurs, Eve a aussi un chien, qu’elle a appelé Qimmik, qui signifie « chien » en inuktitut.

J’ai plongé dans l’histoire du peuple inuit, dans leurs vies faites de grands paysages sauvages, du respect de la nature mais aussi du froid et de la peur de la faim. Il y a aussi une belle histoire d’amour entre Saullu et Ulaajuk.

On retrouve les thèmes chers à Michel Jean : la recherche de la vérité, la soumission d’un peuple et le racisme. Avec toujours une avocate acharnée à découvrir la vérité et à comprendre. Cette fois il ajoute un animal emblématique pour ce peuple, le chien de traîneau. La relation entre les inuit et leurs chiens est magnifique.

Une fois de plus Michel Jean nous fait découvrir un pan de l’histoire du Canada que je ne connaissais pas, les campagnes d’abattage des chiens nordiques. Mais je ne vous en dis pas plus pour vous laisser le plaisir de lire cette histoire qui vous touchera en plein cœur. Encore un roman essentiel de Michel Jean qui donne la voix aux personnes réduites au silence.

Je remercie Babelio et Le Seuil pour cette masse critique privilégiée

Note : 4.5 sur 5.

Incipit :
« Le ciel, le roc, l’océan. Sous une lumière obscène, face à l’Arctique, mer de glace. Terre nue. Pays sans arbre. Entre le ressac et le silence, le vent, le vent du nord, règne sans partage. Son souffle glacial soulève les flots, emporte dans son sillage des tourbillons de neige qui courent sur la terre comme sur l’eau. La toundra gronde. »

« Le territoire vous ramène toujours vite à sa réalité. »

« Tous les Inuit connaissent la faim un jour ou l’autre. Et tous connaissent la morsure du froid. Quand elles vous tenaillent, elles occupent tout l’espace. L’une et l’autre nous montrent les limites de nos existences. »

« Innus, Inuit. Les mots se ressemblent, et pourtant, ils désignent des peuples qui ne pourraient être pus différents. Les ancêtres des Innus sont arrivés en Amérique il y a dix mille ans. Leur langue, leur culture ressemblent à celles des Atikamekw à l’est, des Cris et des Naskapis au nord. Ils ont des parents jusqu’en Terre de Feu, dans tous ces peuples autochtones qui, les premiers, ont habité le continent.
Les ancêtres des Inuit sont arrivés en Alaska il y a environ cinq mille ans. Certains ont migré plus tard vers l’est et occupent maintenant l’Arctique jusqu’au Groenland, un territoire de plus de six mille kilomètres où règne une seule langue, l’inuktitut. Leurs frères vivent au Groenland, en Russie, et ils ont des liens avec les Samis en Suède, en Finlande et en Norvège. Ces peuples nordiques demeurent autour du cercle polaire sur un territoire à la fois riche et ingrat. Ils ont créé des outils pour chasser les baleines, les phoques et le caribou. Ils ont inventé l’igloo. Leur histoire est une leçon d’adaptation et de résilience. Les gens du Sud leur ont imposé leur propre notion du progrès et, aujourd’hui, ils en sont réduits à habiter des villages isolés, dans un désœuvrement qui fait honte à nos sociétés. »

Un éclat de rouge / Clémentine Biano

Août 1957, Jean dit Jeannot, 9 ans, écrase son petit frère de 3 ans avec la nouvelle voiture de son père, chose interdite. La mère voulant protéger Jeannot, invente une histoire de rôdeur pour les gendarmes. Son père n’est pas d’accord et garde une rancœur contre son fils aîné.

A partir de ce jour, Jean ne parle plus. Il devient muet et se mure dans son silence. Il s’exprime en écrivant sur un carnet. La mère l’envoie un temps chez la grand-mère pour l’éloigner. Puis l’école reprend, il revient à la maison où l’ambiance est lourde et même parfois électrique. La famille a peur des qu’en-dira-t-on.

Jean vit avec ses remords, sa tristesse et ses questions, seul. Heureusement Jean a sa Grand-mère pour lui remonter le moral. Et une nouvelle est arrivée dans le village, Charlotte. Elle aussi a un secret. On suit volontiers ces gamins attachants à la pêche aux écrevisses ou en ballade en forêt. Un peu d’enfance surgit malgré ce drame.

Une vie bien dure pour un petit garçon, qui vous tirera les larmes sans aucun doute. S’ensuivent des aventures très rocambolesques qui ne m’ont pas totalement convaincue mais que j’ai lu avec plaisir. Il y a un certain suspense jusqu’au bout car ce n’est qu’à la toute fin que les circonstances de la mort du petit frère seront explicitées.

Si vous aimez les romans forts en émotions, racontés à hauteur d’enfant, cette histoire devrait vous plaire.

Ce premier roman fait partie de la sélection des 68 premières fois qui me l’ont fait parvenir, à mon tour de l’envoyer vers sa lectrice suivante.

Note : 4 sur 5.

Incipit :
« La mère crie. Une fois. Le père reste sans voix. Ils me relèvent, je ne sais pas depuis combien de temps je suis recroquevillé là, je ne sens plus mes jambes. Ils me portent dans le salon, loin de cet éclat rouge sur les pavés de la cour, loin du pommier, loin de mon enfance. »

« On m’a appris à ne pas mentir, le père Damien y a d’ailleurs consacré un long sermon le jour de ma première communion, expliquant le sort peu enviable réservé à ceux qui choisissent la facilité du mensonge. Mon avenir au paradis semble très compromis, alors je hausse les épaules. Ce n’est pas mentir, puisque je n’ai rien dit. »

« Le regard mort que la mère pose sur moi en refermant la porte me brûle jusqu’à l’os. »

« A-t-on le droit de se plaindre quand on a écrasé son frère ? Pas sûr. Mamie m’embrasse quand même pour de vrai et laisse encore la lumière du couloir allumée. Mes larmes attendent qu’elle referme la porte de sa chambre pour couler, sans un bruit, car a-t-on le droit d’être triste quand on a écrasé son petit frère. Pas sûr. En tout cas, personne ne m’en a donné l’autorisation. »

« Je n’ai pas prononcé un mot depuis l’aveu fait à la mère. La parole s’est retirée au plus profond de moi, mer asséchée laissant derrière elle des crevasses désolées. »