Les finalistes du Prix Hors Concours 2024

Visuel ©Prix Hors Concours

Les votes sont désormais clos et nous connaissons les 5 finalistes du Prix Hors Concours parmi la sélection des extraits. Bravo aux finalistes ! Les autres textes n’ont pas démérité, n’hésitez pas à aller jeter un œil aux extraits et laissez-vous tenter !

Quelle joie de retrouver deux de mes titres favoris « Terres promises » et « L’Ombre pâle » dans les finalistes.

Les finalistes

  • Martha / Benoit Fourchard (éditions Feedback)
  • L’ombre pâle / David Naïm (L’Antilope)
  • La Reverdie / Louise Browaeys (La mer salée)
  • Terres promises / Bénédicte Dupré La Tour (éditions du Panseur)
  • Inhumaines / Florence Cochet (Helice Helas)

La prochaine étape, c’est la lecture des 5 romans par le jury des journalistes mais aussi par les membres, pour le vote final en novembre. La remise du prix aura lieu le 26 novembre à la Maison de la poésie à Paris. A suivre…

Pour en savoir plus

Emma Picard / Mathieu Belezi

Chaque lecture d’un livre de Mathieu Belezi me fait le même effet. C’est un véritable coup de poing littéraire ! Impossible d’oublier la voix d’Emma Picard.

Nous sommes en 1860, la France envoie des colons en Algérie pour travailler les terres. Emma Picard, veuve, décide de s’y rendre en espérant offrir une vie meilleure à ses 4 fils dans cette ferme avec 20 hectares à cultiver.

Dans un monologue, sans points, et en italique lorsqu’elle s’adresse à son plus jeune fils Léon, elle raconte son histoire dans une sorte d’urgence. Elle dit cette terre d’Algérie qui ne veut pas d’elle. Elle retrace leur descente aux enfers : la sécheresse, la famine, les sauterelles, les maladies, le labeur, la pauvreté. Est-ce de l’aveuglement ou de l’espoir ? Malgré son obstination, elle ne peut rien contre la nature.

S’il s’agit bien d’un drame, tout n’est pas sombre. Il y aussi les joies simples, la vie en famille, l’amour d’une mère pour ses enfants, son désir pour Jules son amant. Et puis il y a Mékika, « leur Arabe », qui travaille avec eux en échange d’un toit et d’un repas.

Dans l’avant-propos, Mathieu Belezi évoque le point de départ de son roman. Dans un récit de voyage de Maupassant en Algérie, « Au soleil », il y a un passage sur une femme, « une Alsacienne qu’on avait envoyée en ces pays désolés, avec ses quatre fils, après la guerre ». Il donne une voix à cette femme, il en a fait son Emma Picard.

L’auteur ménage un certain suspense jusqu’à la fin. On tourne les pages en sachant qu’un grand malheur s’abattra sur cette femme touchante. Dans ce roman sensoriel, on sent la chaleur nous écraser, on entend la terre craqueler, on tremble avec Emma.

Mathieu Belezi a été mis en lumière en 2023, récompensé par deux prix littéraires (le Prix Inter et Prix littéraire Le Monde) pour son roman « Attaquer la terre », où il écrivait déjà sur la colonisation algérienne, mais à ses débuts. « Emma Picard » est une réédition, déjà parue en 2015 aux éditions Flammarion, mais dont nous n’avions pas perçu l’importance. Frédéric Martin a entrepris de rééditer toute l’œuvre de Mathieu Belezi aux éditions du Tripode. Pour ma part, je m’en réjouis et je serai au rendez-vous pour chaque parution. L’écriture est absolument magnifique.

Merci aux éditions du Tripode pour l’envoi de ce livre et à VLEEL pour la lecture commune.

A noter, comme toujours, la magnifique couverture. Ce livre sera en librairie dès demain et vous l’avez compris, c’est un coup de cœur que je vous recommande, si vous avez le cœur bien accroché !

Note : 5 sur 5.

Incipit :
Mais avant de me taire, il faut que je dise dans quel enfer on nous a jetés, nous autres colons, abandonnés à notre sort de crève-la-fin sur des terres qui ne veulent et en voudront jamais de nous
Léon, ouvre bien tes oreilles
qui s’échinent à ronger les doigts de nos mains paysannes, à tanner la peau de notre dos, brûler les pupilles de nos yeux, couper le souffle à nos poitrines
Léon, ouvre bien tes oreilles et tiens-toi tranquille, je t’en prie
qui s’acharnent à blanchir avant l’heure les os de nos carcasses
oui, il faut que je dise
que je te dise, Léon
dans quel enfer on nous a jetés
tes frères Charles, Joseph et Eugène, et toi Léon, toi mon fils, et moi ta mère
moi qui ai eu le malheur d’écouter ce qu’un homme à cravate assis derrière son bureau de fonctionnaire me conseillait de faire pour sortir du trou dans lequel je me débattais depuis la mort de Gustave, le fermier choisi par mon marieur de père, et que j’avais épousé à seize ans, et jamais trompé, jamais quitté, et même jamais cessé d’aimer

j’ai voulu fermer les yeux et me rendormir, mais ce n’était plus possible, je le savais bien, il me fallait rejeter le drap, me lever, et m’habiller comme si la journée d’hier n’avait pas existé, je le savais bien, alors j’ai rejeté le drap, me suis plantée sur mes pieds en me tenant au mur parce que j’avais la tête qui me tournait, ai ouvert les deux battants de la fenêtre, dehors la lumière était si limpide, dans la cour et sur les champs envahis de chardons, si limpide et innocente que malgré moi j’ai senti mes yeux se noyer de larmes
mon Dieu, comme il était difficile d’accepter un monde aussi détaché du malheur des hommes
j’ai enfilé mes jupons noirs, un gilet noir tricoté durant l’hiver, et j’ai attaché dans mes cheveux un bandeau noir que je me promettais de porter jusqu’à l’été prochain, ensuite je me suis essuyé les yeux, devant le miroir ai observé mon visage dont le bandeau durcissait les traits, et en poussant un soupir j’ai traversé la chambre de mes garçons et je suis entrée dans la cuisine

En salle / Claire Baglin

L’autrice a écrit ce premier roman dans le cadre d’une master class littéraire. Elle voulait écrire sur le travail, le geste du travail avec son jargon. Elle nous emmène dans les coulisses d’une chaîne de fast food. Elle décrit les différents postes, tout est chronométré et surveillé. Elle est d’abord en salle, là où personne ne veut travailler, alors on y met les nouveaux. Puis aux frites, et enfin au pass drive, le graal. La « mana » ou « manageuse en salle », Chouchou, l’a toujours à l’œil. Elle doit assurer si elle veut espérer être sur le poste convoité.

En parallèle, elle alterne avec des fragments d’enfance du personnage principal, Claire, notamment la scène d’ouverture, au retour des vacances lorsque son père s’arrête au Mc Do pour contenter son petit frère, Nico. Quelques années plus tard, c’est elle qui y travaille et la réalité ne correspond pas à ses souvenirs. Véritable radiographie d’une époque, elle nous y plonge avec des odeurs et des sensations.

Autre figure importante du livre, le père. Il est ouvrier. Son travail à l’usine l’use, le fatigue. Elle parle alors d’aliénation du travail. Elle observe le monde du travail. Elle écrit en creux, sans pathos, ni colère, ni critique. Et pourtant, à la lecture de ce texte, on ne peut qu’être révolté par ces conditions et ces cadences qui mènent inévitablement à l’accident, ou à la faute selon le point de vue. Simple et efficace, l’écriture de Claire Baglin nous met devant le fait accompli. Édifiant.

Avec cette lecture, je termine mon second tour du challenge de l’été VLEEL !

Note : 4 sur 5.

Incipit :
« – Et pourquoi ici plutôt qu’ailleurs ? Je suppose que vous avez postulé partout, même chez nos concurrents. »

« Après trois semaines au drive, je suis désormais en salle, le royaume dont personne ne veut, constitué du lobby intérieur où mangent les clients, de la terrasse, des toilettes et du local à poubelle. Je suis en salle parce que je viens d’arriver et que les nouveaux servent à être là où personne ne veut travailler. Je comprends que je vais rester à ce poste. Lorsque je sers un des plateaux posés sur le comptoir, je sais que les équipières de l’autre côté se sont battues pour être derrière le rectangle en béton du comptoir, planquées. »

Le sorcier blanc / Mathieu Vivion

Dans ce premier roman, l’auteur dénonce un monde violent, le nôtre. Celui où des enfants portés par l’espoir de sortir de leur condition et de réaliser leur rêve de devenir footballeur en Europe, tombent sous l’emprise d’un homme, le sorcier blanc.

Ouagadougou, des enfants jouent au football avec une bouteille ou un chiffon. Un homme blanc les observe depuis la terrasse d’un café. Il les sélectionne pour intégrer son centre de formation. Il y a l’Espagnol, le Burkinabé, l’Anglais, le Français, l’Allemand, chacun se rêve dans une équipe.

La réalité du centre de formation est toute autre. La violence et le mépris du sorcier blanc les rabaissent à leur condition sociale. Il peut les remplacer n’importe quand, les rues regorgent de jeunes burkinabés pauvres.

Il y a un rythme, une sorte de scansion dans ce texte. Les deux personnages principaux, l’Espagnol et le Burkinabé, sont attachants. Leur amitié et leur fraternité est belle. On se met à rêver une vie meilleure pour eux. Mais la violence entraîne la violence et on pressent une fin tragique, la fin d’une enfance.

113 pages de poésie et d’espoir. Encore un texte fort publié par les éditions du Panseur.

Avec cette lecture, je valide l’avant-dernière case de mon 2ème tour du challenge de l’été VLEEL qui me permet de faire baisser ma PAL !

Note : 4 sur 5.

Incipit :
« Il frappait lui aussi.
Il frappait les murs des maisons qu’il ne possédait pas.
Il frappait les vitres en évitant d’y croiser son reflet.
Il frappait le sol pour le couvrir de son sang, et ceux allongés dessus pour que s’y mêle le leur, croyant qu’un peu de leur richesse volée le rendrait noble.
Il frappait pas choix, comme si c’était commun, puisque mendier n’en était pas un.
Il mendiait.
Il se rappelait tendre les doigts dans les rues de la grande ville, et ployer les genoux pour se faire plus petit. Il était persuadé qu’en relevant soudainement la tête, il marquerait les gens par sa taille et sa révolte, que c’était ce genre de surprise dont ils étaient friands. Qu’ils le récompenseraient d’avoir été tant épatés, et qu’une main, peut-être se sentant plus utile que la sienne tant crispée vers le ciel de Ouagadougou, le saisirait par la corps et l’arracherait des pavés.
Et pour cela, il était frappé.
Il était battu parce qu’il ne possédait rien.
Les autres frappaient ses yeux boursouflés, surpris qu’il puisse encore les ouvrir, et confus d’y trouver tout ce à quoi ils ne voulaient pas ressembler. Ils allongeaient simplement son corps sur le sol et de contentaient de l’assommer. Du sang inondait sa bouche à cet instant. Ce n’était pas le leur. Ils auraient été trop honteux de le mêler au sien, de lui faire goûter l’hérédité précieuse : ici, les pauvres et les riches ne prennent ô grand jamais le risque de donner naissance à un bâtard.
Puis ils l’achevaient en lui jetant une pièce sur la joue, froide sensation signant à la fois leur œuvre et la fin du massacre.
Ne restait que ses mains tremblantes. Inertes. Incapables. Que pouvait-il en faire ? On lui avait dit, répété à outrance comme une malédiction qui s’acharne de corps en corps, qu’il n’en ferait rien. Qu’il n’y avait rien à espérer. Il espérait.
Il croyait en des rêves insensés et en des façons folles de les réaliser.
Le football tissait le lien étroit qui pouvait exister entre la pauvreté qu’il vivait et les acrobaties fines qu’il lui fallait effectuer afin de s’en dépêtrer. »

« Comment qualifier un monde où les enfants ne savent plus où se mettre, où ils hésitent à fuir ou à rester sous la voix qui les fustige, un monde où les enfants deviennent des proies ?
On ne le qualifie pas.
On le méprise. »

« Comment qualifier un homme qui entend conquérir le monde en exploitant les enfants qui le peuplent ?
On en le qualifie pas.
On le méprise. »

Peau-de-sang / Audrée Wilhelmy

Voici un livre qui se vit plutôt qu’il ne se raconte. Entrez dans une ambiance, sensorielle et sensuelle. Il n’y a pas de lieu ni de temporalité, à part la saison de l’hiver. Pas de majuscules ni de point.

Il est beaucoup question de sang, d’abord dans la scène d’ouverture où Peau-de-sang est morte dans son atelier, mais aussi dans les scènes d’éviscération des oies ou d’autres animaux pendus à des crochets, pour récupérer ensuite leurs plumes ou fourrure.

Après la scène d’ouverture, on part en arrière pour savoir ce qui s’est passé. C’est la morte qui raconte. Peau-de-sang est travailleuse du sexe et vit dans une plumerie. Elle aide chacun, aussi bien les femmes que les hommes. Elle prépare les jeunes filles avant leur mariage. C’est une femme libre qui parle de désir et de sexualité sans détours. Elle montre son corps le soir venu.

D’autres voix se mêlent ensuite à la sienne, notamment un chœur de femmes du village comme dans une tragédie grecque. Les notables défilent chez elle, d’autres la regardent par sa vitrine.

Un livre qui peut décontenancer certains lecteurs, mais qui en vaut largement la peine. C’est un texte original et poétique, une voix unique, un imaginaire foisonnant. Laissez-vous bercer par cette voix sortie d’outre-trombe, comme dans une sorte de conte.

Il s’agit du sixième roman de l’autrice québécoise Audrée Wilhelmy, actuellement en tournée en France.

Je remercie Frédéric Martin et les éditions du Tripode pour cette lecture par l’intermédiaire de VLEEL.

Note : 4.5 sur 5.

Incipit :
« longtemps, j’ai enseigné ma fin
à l’heure de ma mort, je pends entre mes bêtes, cheveux et corps et mains, mon visage basculé vers le plafond, mes yeux avalés par la pénombre ; dans la rue, les hommes
– combien ?
– ils ne se comptent plus
– et les femmes, compte-les ?
– conte aussi les femmes
se demandent s’ils sont ouverts ou fermés, mes yeux ; personne ne les voit ; tout ce qu’on distingue dans la lumière du quinquet, ce sont mes côtes, mes seins élongés, ce qu’il reste d’une jupe de soie blanche ; du sang tombe en gouttes noires sur les viscères empilés, sur les carcasses des oies, sur le cou mince des jars qui s’amoncellent près de l’étal »

« un an plus tôt
– rembobine le fil
– un an
– le fuseau du temps est soudain plus rond
– un an ce n’est rien
– détisse les mois, détisse les semaines
– révèle la trame
un an plus tôt, Pierre Arquilyse s’arrête devant ma plumerie
de l’autre côté de la fenêtre, je pince une lame à deux doigts : j’en remonte le fil, vérifie l’affûtage, puis je pose le coutelas sous les carcasses suspendues ; je couvre la bassine à boudin, pleine du sang du jour, et balaie des nuées de plumes ; la lumière vacille sur les faisandages ; je retire mes tabliers
– le premier protège le second
– le second couvre le troisième
le troisième, long du col aux chevilles, dissimule l’ombre rouille de ma jupe »

4 ans du blog !

Aujourd’hui c’est l’anniversaire de mon blog ! Déjà quatre ans que j’ai démarré ce projet : partager avec vous mes lectures et surtout mes coups de cœur.

C’est toujours un plaisir pour moi d’alimenter ce blog et d’échanger avec vous. D’ailleurs vous êtes de plus en plus nombreux à me suivre. Merci à tous pour vos commentaires et vos « j’aime ».

Depuis sa création, il y a eu 35 018 vues, 21 446 visiteurs, 474 articles publiés et 353 commentaires.

Pour fêter ce quatrième anniversaire et vous remercier, j’organise un concours sur mon compte Instagram. Tentez votre chance pour gagner un livre et une pochette à livres !

A bientôt !

Ce que je sais de toi / Éric Chacour

Roman multi-primé et encensé à juste titre, je ne peux qu’abonder. Ce premier roman est magnifique, un coup de cœur également pour moi. Je l’avais gardé précieusement pour mes vacances cet été.

Ce livre est composé de 2 parties « toi » et « moi ». La première est centrée sur Tarek, adolescent au Caire dans les années 1960, qu’on voit grandir et devenir médecin comme son père. Il ouvre un dispensaire dans un quartier défavorisé. C’est là qu’il rencontre Ali, venu demander de l’aide pour sa mère. Chaque semaine il rend visite à la mère d’Ali et se prend d’affection pour elle. Il engage Ali comme assistant au dispensaire puis à son cabinet. Ce jeune homme bouleverse la vie de Tarek.

La deuxième partie raconte la vie du narrateur dont je ne peux rien vous dire sans divulgâcher l’histoire. En tout cas je n’ai rien vu venir de cette révélation.

L’écriture est belle et délicate. Eric Chacour écrit à la deuxième personne. Ce « tu » souvent malaimé par les lecteurs, est ici totalement à sa place. Les personnages sont attachants. L’histoire est à la fois pudique et émouvante. On sent le poids des traditions dans un pays qui évolue mais pas suffisamment encore pour permettre à Tarek de vivre comme il le souhaiterait. Ce roman est fait de sensations et d’odeurs. Il est très doux et sensible. Je serai bien restée encore un peu avec les personnages. Quelle maîtrise pour un premier roman. On peut dire que c’est un coup de maître ! Qu’est-ce-que c’était bien, vivement le second roman !

Si vous n’avez pas encore lu ce livre, foncez ! C’est une merveille.

Note : 5 sur 5.

Incipit :
« Le Caire, 1961
– Quelle voiture voudrais-tu, plus tard ?
Il avait posé cette simple question, mais tu ignorais alors qu’il fallait se méfier des questions simples. »

« Le Caire, 1974
Les pères sont faits pour disparaître ; le tien était mort dans la nuit. »

« Ce que je sais de toi, je l’ai appris de Fatheya. »

« Ce que je sais de toi sentait l’ail et l’anis. »

Mes 10 extraits coups de cœur de la sélection du Prix Hors Concours 2024

Au mois de septembre il n’y a pas que la rentrée littéraire, c’est aussi le moment de voter pour les 5 finalistes du Prix Hors Concours ! Ce prix littéraire met en avant des romans francophones contemporains publiés par des éditeurs indépendants. Bref, des romans qui ne figurent pas dans le top des ventes mais qui méritent le détour !

J’ai lu beaucoup de textes intéressants encore cette année. Merci à l’équipe Hors Concours pour cette belle sélection. Ce n’est pas 5 mais 10 textes sur les 40 sélectionnés que j’ai envie de partager avec vous aujourd’hui. Mes 5 finalistes se trouvent donc parmi ces 10 titres.

Ma liste des 10 extraits coups de cœur :

  • L’ombre pâle / David Naïm (L’Antilope)
  • Mon petit / Nadège Erika (Livres agités)
  • Jusqu’à la corde / Lionel Destremeau (La Manufacture de livres)
  • Ingrid Beurkman / Sophie Di Malta (Most éditions)
  • Bâtir le ciel / Sarah Serre (Le Mot et le Reste)
  • Justin Coudures / Adrien Girault (éditions de l’Ogre)
  • Terres promises / Bénédicte Dupré la Tour (éditions du Panseur)
  • C’est une belle fin, je trouve / Marc Large (Passiflore)
  • Coupez ! / Claire Demazières (Quidam)
  • Los Muertos / Eric Calatraba (La Trace)

Les votes sont ouverts jusqu’au 1er octobre pour les personnes inscrites. Rendez-vous en octobre pour connaître les 5 finalistes puis en novembre pour le texte lauréat !

Pour en savoir plus

Ces féroces soldats / Joël Egloff

Je découvre une très belle plume avec ce récit sensible. Comme l’auteur, on plonge dans la vie de ses parents en Moselle annexée, plus précisément celle de son père incorporé de force dans l’armée allemande à l’âge de 17 ans. On imagine, on se met à la place de, et c’est tout le pouvoir de la littérature.

Le sujet des Malgré-nous est connu en Alsace et Lorraine, mais moins dans les autres régions. Leurs habitants sont passés par plusieurs changements de nationalité, alternant entre français et allemand, avec un retour aux frontières de 1871 lors de l’annexion allemande.

Certains Alsaciens et Mosellans furent obligés de se battre aux côtés des Allemands contre les Français, contre leur propre camp. Certains désertaient et se cachaient. Mais le châtiment se retournait alors contre les familles. Alors ils se sacrifiaient pour que leurs parents, frères et sœurs vivent.

Joël Egloff s’est basé sur les témoignages de ses parents pour écrire ce récit, mais aussi sur des archives. Il s’est beaucoup documenté. Ce n’est donc pas un roman mais plutôt un récit littéraire. Il reste au plus juste de la vérité sachant que l’histoire de son père est très romanesque. Il utilise le tutoiement pour s’adresser à son père et tenter de comprendre ce qu’il a pu ressentir durant ces années de guerre.

Il est d’abord dans un camp de travail avant de rejoindre l’armée qui a subi de lourdes pertes humaines et a besoin d’hommes. Il ne rejoint pas n’importe quelle unité. Il est incorporé dans la Waffen S.S. Il raconte les insultes et la déshumanisation des officiers qui les surveillent.

Il est question d’identité mais aussi du quotidien pendant la guerre et sous une dictature nazie. Au début de la guerre, ses parents sont encore jeunes, 13 ans pour son père. Ils sont évacués, à l’Ouest pour son père, et au Nord pour sa mère. Quand ils reviennent en Moselle, ils sont désormais Allemands, obligés de parler cette langue. La fin de la guerre et l’après-guerre sont aussi des périodes abordées par l’auteur.

Un livre poignant et important pour mieux comprendre notre Histoire et ne pas l’oublier. Sur 130 000 Malgré-nous, 40 000 ne sont pas revenus.

Je remercie Netgalley et Buchet Chastel pour cette lecture

Note : 5 sur 5.

Incipit :
« Je voudrais retrouver cette lettre. Elle doit être quelque part dans la maison., c’est sûr. Où pourrait-elle être, sinon ?
Je l’ai eue entre les mains, pourtant, cela fait des années, et c’est moi qui l’ai rangée, je ne sais où. Elle était à la cave, auparavant, dans une vieille boîte à chaussures sans couvercle, au-dessus de l’armoire de conserves. C’est là qu’elle se trouvait depuis trop longtemps, livrée aux araignées. Je l’avais lue, puis l’avais remontée à l’étage, pour la mettre à l’abri de la poussière. »

« De toute façon, les mots et les phrases, ce n’était pas vraiment ton domaine. Tu t’en étais toujours méfié. Quand tu disais : C’est de la littérature !, pour toi, ça voulait dire du vent, de belles paroles. Tu disais ça, aussi, d’ailleurs : Ce sont de belles paroles ! ou : Tout ça, c’est des phrases ! Pourtant un jour, tu avais ressenti le besoin d’en faire, toi aussi, pour raconter ton histoire. Trois pages dans ce bloc-notes, d’un récit qui débute en septembre 43, dans un village de Moselle, pour s’interrompre en février 44, alors que pour toi la guerre ne fait que commencer, et que le pire est à venir. Trois pages, pour dire comment, d’un jour à l’autre, on t’arrache aux tiens pour te faire passer le goût de ton enfance, te jeter dans la guerre, et du mauvais côté par-dessus tout. Soixante-treize lignes, c’est peu pour raconter tout ça, mais c’était assez pour te rendre compte que la tâche était immense et que, quoi que tu puisses écrire, l’essentiel resterait à jamais perdu entre les mots, dans les abîmes de l’indicible. Alors, tu avais capitulé. »

« C’est le 1er septembre 1939. Aujourd’hui, soixante divisions allemandes sont entrées en Pologne. La vieille mécanique de la guerre s’est remise en marche. Tu as treize ans, et désormais le monde est bien plus vaste qu’il ne l’était la veille. »

« Vous êtes partis de France et vous rentrerez en Allemagne. Mais peu importe, puisque c’est « chez vous » et « chez vous » c’est plus fort qu’une histoire de frontière. « Chez vous », c’est là où sont nés vos parents et les parents de vos parents. « Chez vous », ce n’est ni l’Allemagne, ni tout à fait la France. C’est à la fois beaucoup plus simple et plus compliqué. « Chez vous », c’est là où vous serez e sécurité. Du moins vous le pensez. C’est votre maison, votre jardin et votre clocher, ce sont les voisins d’en face et ceux d’à côté, ce sont les mines où vous vous épuisez, ce sont vos champs et vos bêtes, cette vieille poutre en chêne qui vous sert de banc les soirs d’été. C’est cet arbre, au jardin, qui vous fait de l’ombre, et qui n’est ni allemand ni français. Et par-dessus tout, « chez vous », c’est votre langue, le platt, que l’on parle ici depuis des siècles. Voilà votre refuge, votre véritable identité. »

« Tes parents sont nés allemands, de parents nés français. Ils sont devenus français, ils redeviendront allemands s’il le faut et, ils ne le savent pas encore, mais ils mourront français. Chez vous, bien plus qu’ailleurs, on sait que le vent tourne souvent et qu’il faut s’en protéger, et en dépit des soldats qui vont et viennent, vous êtes restés et vous resterez les mêmes. »

« Au matin du 5 octobre 43, tu t’en vas à pied, à la gare. Tu t’en vas, dans la brume, prendre le train pour Metz. Même si le mot t’est encore inconnu à dater de ce jour et pour le restant de ta vie, comme cent trente mille autres, désormais tu es un « Malgré-nous ». »

« Vos livres d’école sentent encore la poudre et cela n’augure rien de bon. »

« La guerre est patiente, elle sait attendre et ne dort que d’un œil. Elle se tient toujours prête. Pour peu qu’on vienne l’asticoter du bout des dents d’une pelleteuse, la chatouiller de la pointe du marteau piqueur, pour peu qu’on vienne la réveiller, elle ne demande alors qu’à sauter dans ses bottes. »

« Je connais l’évolution de la situation heure par heure. Je pourrais tout raconter en mille pages. Pourtant, je ne sais rien sur toi, ou si peu de choses. Et tous les livres du monde ne répondront pas aux questions que je ne t’ai pas posées. »

« On ne savait décidément pas quoi faire de toi, ni dans quelle case te mettre. C’en était grotesque. »

Le livre sur la place Nancy 2024

De retour de la 46ème édition du Livre sur la place, à Nancy, je partage mes impressions avec vous. C’est LE salon de la rentrée littéraire. On y croise donc beaucoup d’auteurs dont les livres viennent de paraître. Plusieurs prix ont été remis durant le week-end.

Il a débuté vendredi. Pour ma part, j’y suis allée le samedi. A 10h, à l’ouverture, il y avait déjà du monde dans les allées du chapiteau. Certains auteurs avaient une longue fille d’attente pour les dédicaces, comme Mélissa Da Costa ou Gaël Faye. Au bout se trouvent : les auteurs de BD, ceux pour la jeunesse, les éditeurs locaux. J’ai fait un premier tour en saluant quelques auteurs que je connais (coucou Etienne Kern et Alexandra Koszelyk), ainsi que deux éditrices, Marion Mazauric du Diable Vauvert, Astrid Franchet des éditions du même nom. J’ai acheté et fais dédicacé 2 livres, celui de Kamel Daoud et celui d’Alexandra Koszelyk (déjà lu en numérique et que j’ai beaucoup aimé). Puis vu l’affluence, j’ai préféré partir pour une rencontre et m’assurer d’avoir une place.

Tout au long de la journée, il y a des rencontres, plusieurs en même temps, dans différents lieux autour de la place. Je suis d’abord allée au Muséum-Aquarium écouter Sandrine Collette et Marcus Malte. Corinne Royer n’a pas pu venir au salon. La rencontre était animée par Gladys Marivat. Le thème était « un monde sans promesses ». Les deux auteurs ont parlé de leur univers et de leur dernier roman. La conversation a pris un ton plus politique tout en restant très drôle, grâce à Marcus Malte.

Direction le somptueux Hôtel de ville pour la rencontre avec Muriel Barbery et Maylis de Kerangal, sur le thème « autopsie d’une vie », animée par Yann Nicol. Les deux écrivaines ont conversé, se posant des questions l’une à l’autre, rebondissant sur les propos de chacune.

J’ai ensuite assisté à la rencontre avec Gaël Faye à l’Opéra national de Lorraine, animée par Valérie Marin La Meslée. Suivie d’une très belle lecture où l’écrivain était accompagné du guitariste Samuel Kamanzi. Magnifique duo que je vous recommande si vous avez l’occasion d’aller écouter cette lecture musicale.

16h. La rencontre suivante que j’avais repérée était malheureusement complète. Je suis alors retournée au chapiteau mais impossible d’y entrer. Il y avait tellement de monde que les organisateurs ont dû mettre en place une file d’attente. Heureusement la météo était de la partie, il faisait beau et les températures étaient agréables.

Vu l’affluence, j’ai préféré aller à une autre rencontre. A la Préfecture, j’ai écouté Rebecca Lighieri et Véronique Olmi. Gabriella Zalapi n’a pas pu venir. Les échanges étaient animés par Yann Nicol. Il était question d’enfances malmenées.

18h, je retente ma chance au chapiteau. Il y a moins de monde et surtout plus aucune file d’attente. J’ai discuté avec quelques auteurs reçus lors des rencontres VLEEL, Varions les éditions en live. J’ai pu acheté et faire dédicacé quelques livres avant de reprendre mon train : « Badjens » de Delphine Minoui, « Ann d’Angleterre » de Julia Deck, « Le club des enfants perdus » de Rebecca Lighieri et « Dors de ton sommeil de brute » de Carole Martinez. Je n’ai pas pu voir Claudie Hunzinger, ni Marcus Malte, déjà partis. Tant pis, ce sera pour une prochaine fois.

18h30 une annonce micro invite les visiteurs à se diriger vers la sortie. 18h45 je sors du chapiteau et déjà l’entrée est fermée. En tout cas il y aura eu une belle affluence.

Ce salon a aussi été l’occasion de revoir d’anciens jurés du Prix Orange du Livre. J’ai donc eu le plaisir de croiser Benoit et Chantal à plusieurs reprises et d’échanger avec eux.

Si vous êtes dans le coin, le salon se déroule encore aujourd’hui, jusqu’à 18h. Toutes les infos sont sur le site internet : https://lelivresurlaplace.nancy.fr/accueil

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