Myma et sa fille vivent recluses dans une cabane dans la forêt. Elles ont une vie simple et rude mais choisie, au cœur de la forêt, loin des hommes. La mère a transmis sa peur des Pourris à sa fille. Les Pourris sont ceux qui vivent derrière la barrière qu’il ne faut pas franchir.
Tous les jours, au rythme des saisons, elles font leurs besognes : relever les pièges pour se nourrir (lapins, oiseaux), planter des pommes-de-terre, cueillir des plantes, ramasser du bois.
La fille n’a pas de prénom. Elle aura bientôt 16 ans. Sa mère l’appelle Ma Fille. Parfois elle se sent en connexion avec des éléments et s’identifie à eux. Elle devient alors Ma Fille-Boue, Ma Fille-Silex ou Ma Fille-Ecorce. Le livre regorge d’inventivité au niveau de la langue et interroge le langage. Les ténèbres correspondent à la nuit. La mère a disposé des veilleurs autour de la cabane, des sortes d’amulettes pour les protéger. Le soir elles choisissent à tour de rôle « ceci-cela », des activités pour se divertir. Puis elles se remercient et disent leurs regrets avant de se coucher.
Leur quotidien et leur univers entier se trouvent bousculés par l’arrivée de Wyn, un Pourri. Leur vie fusionnelle peu à peu s’en trouve modifiée. Les doutes s’insinuent dans l’esprit de l’adolescente qui rencontre pour la première fois de sa vie un autre humain.
Deux temporalités et deux narratrices alternent dans ce roman de nature writing. Les époques finissent par se rejoindre et révèlent des informations sur la vie d’avant la cabane. L’autrice questionne l’amour maternelle, la violence des hommes.
Un premier roman très impressionnant, une expérience intense, sensorielle, sorte de huis clos dans la nature. Il peut être difficile d’entrer dans ce texte parfois dense, à l’écriture et à la langue particulière, mais si vous accrochez vous aurez du mal à le lâcher ensuite. Un très bel exemple de la puissance de la littérature. Bref j’ai beaucoup aimé cette lecture.
Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Odile Carton
Incipit :
« Alléchée par l’odeur d’une plaie, l’ombre brun-rouge bondit, le ventre lesté par le poids du petit frémissant, les mamelles déjà douloureusement gonflées. Tapie derrière les arbres, une patte en suspens perlée de rosée, la renarde pointa son museau vers ce qui gisait là. »
« Toute chose a un bruit, même l’air qu’aucun vent ne traverse. J’entends tout le temps. Tout murmure, tout crépite. »
« Qu’est-ce que tu es maintenant, Ma Fille ? demande Myma.
Silex, lui dis-je.
Ma Fille-Silex, dit-elle. Petite-lame. Ma Fille-Etincelle. Pierre-coupante. Petit-Allume-Feu. »
« Quelque chose dans sa façon de dire ce mot, Mère, lui donne du poids, de l’ampleur. Comme un bol rempli à ras bord, ou une poignée de terre, ou le son d’un nom quand il vient dans un murmure. »
« Autrefois, il n’y avait que Myma. Puis vinrent les ténèbres, ainsi que les Pourris, alors Myma construit la barrière pour les empêcher de rôder près de la maison. Quand Ma Fille vint, Myma rassembla tout ce qu’elle trouva de solide et en fit une barrière pour les protéger toutes les deux. Elles vécurent en sécurité dans la maison. »
