Les grues volent vers le sud / Lisa Ridzén

Bo, 89 ans, vit seul dans sa maison dans la campagne suédoise. Tout au long du roman il s’adresse à sa femme Fredrika. Il lui raconte des souvenirs : leur rencontre, son travail à la scierie, l’enfance de leur fils Hans, son amitié avec Ture. Il dit aussi ses désaccords avec les décisions de Hans qui veut lui enlever son chien Sixten. Cet animal est désormais tout pour lui. C’est une façon de lutter la solitude de la vieillesse qui l’isole du monde.

Les chapitres sont ponctués de notes laissées par les aides à domicile dans le carnet de liaison (repas, douche, santé, moral). Quand sa petite-fille Ellinor lui rend visite, il est de meilleure humeur et accepte volontiers la douche pour paraître au mieux pour elle.

Sa femme, Fredrika, est dans une résidence pour personnes atteintes de démence. Elle ne les reconnaît plus, ni Bo ni Hans. Bo préférerait éviter de lui rendre visite. C’est trop douloureux pour lui.

Il y a beaucoup de silences et de non-dits entre Bo et Hans. Fredrika arrondissait les angles entre eux. Bo se confie à son ami Ture par téléphone.

Le roman se déroule du 18 mai au 13 octobre. En l’espace de quelques mois, la santé de Bo décline. On a surtout le point de vue de Bo qui en veut à son fils, qui ressent de l’injustice. Son corps répond de moins en moins et devient de plus en plus lourd. Il fatigue, dort beaucoup, perd l’appétit et la mémoire.

Les aides à domiciles se succèdent. Bo a ses préférées. Il y a celles qui savent y faire et celles qui ont moins de patience. Le lecteur est comme pris par la main et observe simplement le quotidien d’un homme qui vieillit. Les rôles s’inversent, le fils désormais décide pour le père. Malgré les difficultés de communication entre eux, on ressent beaucoup d’amour. Bo ne veut pas regretter de ne pas lui avoir dit combien il est fier de lui. Un vieil homme bourru et maladroit, mais aussi attachant.

Les propos sur la vieillesse sonnent justes et poussent à la réflexion. Ce roman est émouvant et doux. Préparez les mouchoirs ! Ce livre peut être difficile à lire si le sujet vous touche. Ce n’est pas un roman feelgood ! Pour ma part, j’ai aimé traverser la fin de vie de Bo et me mettre à sa place l’espace d’un moment de lecture, comprendre ses difficultés. La fin avec le vol des grues est très poétique.

Lecture commune lue dans le cadre du book club VLEEL dédié aux excellentes éditions de La Peuplade. Merci de toujours élargir mes horizons littéraires !

Traduit du suédois par Catherine Renaud.

Note : 5 sur 5.

Incipit :
« Jeudi 18 mai
Je rêve de le déshériter, de faire ne sorte qu’il ne reçoive pas un centime.
Il prétend que s’il veut m’enlever Sixten, c’est autant pour mon bien que pour le sien. Que les personnes âgées comme moi ne devraient pas se promener dans la forêt et que les chiens comme Sixten ont besoin de balades plus longues qu’un simple aller-retour jusqu’à la route. »

« Un son de trompette interrompt mes pensées et deux oiseaux majestueux volent juste au-dessus de moi. Les premières grues de l’année. Je m’arrête et je les suis du regard. J’observe leurs ailes puissantes qui battent régulièrement et propulsent les grands oiseaux vers l’avant. Je me promets qu’avant qu’elles ne repartent vers le sud, j’aurai quitté cet endroit. »

« Mes oreilles cherchent le cliquetis des griffes et le bruit d’un bâillement. Cherchent le bruit de tes aiguilles à tricoter qui s’entrechoquent doucement. Mais je n’entends que le ronronnement du frigo et le tic-tac de l’horloge. »

« 17h15
Bo au lit, n’a pas touché son déjeuner. Je le lui réchauffe et je fais du thé. Je sors le chocolat. Il semble sans énergie et ne veut toujours pas se doucher.
/Ingrid »

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