Chambre 152 / Isabelle Rossignol

La mère de la narratrice est gravement malade. Les médecins s’acharnent à la maintenir en vie. Elle tente de leur expliquer la volonté de sa mère de mourir. Mais elle n’est pas écoutée et au contraire ils lui disent que sa demande n’est pas recevable. Elle ressent alors de la honte puis une immense peine à ne pouvoir accéder à la demande de sa mère. Elle ne supporte pas l’air hautain et indifférent des médecins, la froideur et le manque d’humanité des blouses blanches. Jusqu’au moment où le corps médical s’avoue vaincu et lui dit qu’il ne peut plus rien faire pour elle, que le moment de mourir est venu. Ce moment attendu et demandé devient alors concret. Tout s’accélère.

En 152 courts chapitres ou paragraphes numérotés, la narratrice livre ses pensées, ses états d’âme, ses doutes, sa douleur et surtout sa peine en ce moment difficile, la fin de vie de sa mère. Son ton révolté s’adresse aux médecins. L’écriture fragmentée, parfois sans virgule, va à l’essentiel pour mieux toucher le lecteur en plein cœur. Un texte intime très fort et au cœur de l’actualité !

Ceci est le dixième texte publié par les éditions du Panseur, le premier côté adulte de cette autrice jeunesse. Il rejoint ma très belle collection du Panseur grâce à une campagne de financement participatif. L’objectif, atteint, était de passer du livre aux livres audio. Je me suis laissée tenter également par le 11ème titre sorti en cette rentrée littéraire, « Les échassiers » d’Isabelle Aupy, qui sera une de mes prochaines lectures. Bref vous l’avez compris c’est une maison d’édition chouchou ! Je vous encourage à découvrir ces romans aux voix singulières.

Note : 4 sur 5.

Incipit :
1
Oh je sais.
 
2
Je sais avant même d’arriver que vous êtes là à ne pas m’attendre pas me voir pas m’entendre.
 
Je le sais à vos airs et milles autres détails qu’à votre insu vous exhalez de vos yeux de vos bouches de vos rictus entêtés au-dessus de vos blouses éminentes et blanches.

38
Si bien qu’aujourd’hui devant vous regardez je suis là asseyez-vous écoutez-moi je vous l’ordonne.

Je vous ordonne de cesser sur-le-champ de faire taire les filles qui défendent leur mère mais au contraire de les armer les préparer ne plus jamais les repousser parce que les filles des mères qui veulent mourir et vont mourir ont le désir d’elles-mêmes mourir ne le saviez-vous pas ?

Vous, à nous nier, vous nous tuez alors voyez.


61
Savez-vous ?

Savez-vous ce qu’elle a fait à l’instant où elle a compris qu’elle allait mourir et a souhaité urgemment en finir savez-vous ce qu’elle a fait ?
Elle m’a envoyé vous le dire puis elle a fait ses mots croisés.
 
62
M’envoyant puis attendant, comptant sur moi, se passionnant une dernière fois pour ces grilles à petites cases éclatées qu’elle remplissait par sécurité au crayon gris, ceux munis d’une gomme à leur extrémité, mais elle gommait peu, se trompait rarement, rompue à cette pratique qui lui venait, je crois, de sa mère.

Je crois car nous n’avons pas eu le temps d’en parler et nous ne l’aurons plus comme je le regrette.

M’être privée de savoir d’où ma mère a tiré son goût immodéré des mots croisés.
 
63
Mais suffit.

Vous me rappelez à l’ordre je vous ennuie je vous dissipe je parle je parle et vous avez bien mieux à faire.

81

Toi tu souffres et mes sacs font un bruit de plastique.

Un bruit insolent de vie du dehors.

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