Le harem du roi / Djaïli Amadou Amal

Coup de cœur pour ce 3ème roman de Djaïli Amadou Amal publié par les éditions Emmanuelle Collas.

Encore une fois, l’écrivaine camerounaise nous propose de plonger dans les vies de femmes marquées par le patriarcat et les traditions.

Boussoura est heureuse et fière de sa famille. Son mari, Seini, est médecin et féministe. Il est contre la polygamie. Elle est professeure de littérature. Leurs enfants poursuivent des études. Tout va pour le mieux jusqu’au jour où les obligations familiales de Seini se rappellent à lui. Malgré les réticences de Boussoura, il va accepter de devenir le lamido (le roi), ou pour comprendre son statut, le chef d’un territoire.

Il rassure sa femme, lui dit qu’il ne désire pas d’autres femmes, qu’il ne changera pas. Peu à peu Boussoura voit l’homme qu’elle aime s’éloigner d’elle à cause du protocole. Le poids des traditions et le pouvoir sont plus forts que sa volonté. Jusqu’où Boussoura acceptera-t-elle que son mari renie sa promesse ? A vous de le découvrir en lisant ce très bon roman.

Il aborde la condition féminine à travers le mariage forcé mais aussi l’accès à l’éducation des filles. Djaïli Amadou Amal brosse le portrait des concubines du harem, chacune est touchante. Il y a de la jalousie entre elles. Elles espèrent presque toutes devenir la favorite du lamido.

Cette écrivaine engagée écrit avec sensibilité sur les tabous en Afrique. Une voix bouleversante et essentielle qui vous emportera dans son puissant souffle romanesque.

Je remercie les éditions Emmanuelle Collas pour cette lecture

Note : 5 sur 5.

Incipit :
« Le grand tambour royal, Toumbal, résonne. Un son lourd, monotone, presque lugubre. Boussoura a la pénible impression qu’il retentit dans son cœur. Les griots chantent les louanges du nouveau roi, la ferveur des grands jours de fête. »

« – Moi, je n’ai pas besoin de concubines.
– Quoi ? Dieu nous garde ! Ça ne se fait absolument pas. Il y va de la grandeur de la chefferie et de son prestige. Attendez-vous, dans quelques jours, à ce que les notables esclaves et mêmes d’autres personnes de condition servile vous offrent leurs filles et il est hors de question que vous, le lamido, vous refusiez sous peine de créer un incident.
– Je ne suis pas à l’aise avec cette idée de femmes esclaves. Si je veux une femme, je l’épouse, tout simplement. L’esclavage n’est plus d’actualité aujourd’hui.
Djidda poussa un cri effaré et lui coupa la parole :
– Majesté, vous savez très bien de quoi il s’agit. Avez-vous l’intention de bouleverser les fondements sur lesquels repose la chefferie ? C’est un honneur pour ces gens d’origine servile que leurs filles deviennent des concubines royales. Et, n’oubliez pas, ce sont généralement les princes nés de ces concubines qui ont le plus de chance de devenir les prochains monarques. »

Le bleu n’abîme pas / Anouk Schavelzon

Une jeune femme raconte une soirée en boîte de nuit parisienne qui la hante. Un inconnu se colle à elle et lui demande d’où elle vient en touchant ses cheveux frisés. Les métisses l’excitent.

Ses grands-parents lui ont légué plusieurs origines. Ils sont nés au Niger, en Argentine, en Algérie et en France.

Cette agression sexuelle l’empêche de dormir, de vivre. Son corps ne lui appartient plus.

Avec beaucoup de poésie et de rythme, certains passages pourraient être slamés, ce premier roman introspectif nous plonge dans les pensées d’une jeune femme après un harcèlement. 

Le titre fait référence à sa tentative de recouvrir ce souvenir rouge de bleu pour l’adoucir.

Luna nous explique qui est sa famille, sa vie, son enfance. Elle a déjà vécu quelques événements traumatisants. Aujourd’hui elle vit dans un appartement avec sa mère, prof de philosophie, et sa sœur.

J’ai aimé écouter cette voix originale. Un texte qui pourra paraître difficile pour certains lecteurs mais que j’ai beaucoup apprécié pour ma part. Si vous aimez les textes intimistes et que le côté fragmentaire ne vous fait pas peur, alors laissez-vous tenter par cette belle plume prometteuse.

Ce roman est sorti aujourd’hui en librairie !

Je remercie Babelio et le Seuil pour cette masse critique privilégiée

Note : 4 sur 5.

Incipit :
« Il faut bien raconter les histoires.
Il faut bien raconter les histoires.
Il faut bien raconter les histoires.

Les creuser jusqu’à la moelle.


Avant tout était rouge. La maison était rouge. Le souvenir de la maison était rouge. Une maison avec une cave, avec un escalier aux marches branlantes, avec ses souris, son jardin et son cerisier. Rouges, tous rouges. Dans chaque pièce une confidence, dans chaque recoin un secret chuchoté parce que les murs ont des oreilles.
La maison était rouge. Tu as tout repeint : les chaises, les tables, le canapé, la bibliothèque. Même le jardin tu l’as repeint. En bleu. Il fallait tout repeindre. L’horloge tournait. Tic-tac, tic-tac, BLEU. Bleus. Il faut que les murs soient bleus. Tu as lavé à grand bleu toute la maison que tu aimais tant et qui a disparu. Tu as peint en bleu les empreintes et les ombres des personnes qui vivaient dans cette maison. Il ne reste que ce carreau ocre au milieu de la cuisine qui ne veut pas se plier à la dictature bleutée. Tu frottes depuis des heures et la tache ne disparaît pas. Tic-tac tic-tac… Trente… vingt-neuf… Frotte frotte tu sais qu’il faut que tout redevienne bleu ! Le rouge de la maison est trop violent, le bleu c’est mieux, plus doux. Quatre-vingt-quinze pour cent de la population mondiale considère que sa couleur préférée est le bleu, tu te souviens, tu as lu ça quelque part, il y a longtemps. Le bleu est la couleur du passé, du commun et de l’acceptation. Tout doit devenir bleu. Tu dois tout accepter. Peins ta honte en bleu, peins tes amours déçues en bleu. Peins en bleu tes balbutiements et ta gêne. La tension en bleu. Peins les mauvais souvenirs en bleu au lieu de te mordre la joue, de te pincer les lèvres ou de laisser s’évader un petit bruit d’énervement quand ils ressurgissent brusquement. Peins tes yeux en bleu quand tu vois rouge. Pense bleu. Parle bleu. Ris bleu.
Le carreau ocre parle. « Tu viens d’où ? », suivie de la caresse d’un inconnu sur tes cheveux. Parle bleu. « Ah, ça explique pourquoi t’as les cheveux frisés. » Ris bleu. « C’est drôle parce que pourtant t’as les yeux bleus. » Parle bleu. Le corps se rapproche, il se colle, tu le sens qui se presse contre toi. Son souffle trop près, le filet de sa voix qui s’infiltre dans tes oreilles. Il dit quelque chose sur le métissage, sur les courbes de ton corps, sur son excitation qui grandit. Pense bleu, souris bleu et tais-toi ! »

« […] tu ne peux t’empêcher d’avoir honte. Honte parce que ces images t’obsèdent, parce qu’elles reviennent quand le souvenir des phrases qu’il a prononcées dans le fumoir, de ses gestes, remonte à la surface de ta mémoire mais aussi chaque fois que tu te rappelles les phrases, toujours les mêmes, qui te sont lancées ; les phrases de la rue, les phrases des bus, des terrasses de café, les phrases jetées à la volée et qui ont tout juste le temps d’atteindre tes tympans alors que tu traces ta route à vélo. Toujours ces mêmes voix, ces mêmes phrases qui te demandent d’où tu viens, d’où viennent tes cheveux, et ensuite te transforment en un morceau de chair exotique et baisable que l’on emmènerait bien faire un tour à l’hôtel. »

« Tu as honte parce que tu as peur. Tu as peur de ne plus jamais réussir à te voir autrement qu’à travers leurs yeux. Pour les autres, n’être plus qu’un corps. »

« Depuis cette soirée dans le fumoir, tu ne dors presque plus. Ta vie se partage entre les baby-sittings, les cafés, les bars, les soirées avec des amis et quelques rendez-vous Tinder que tu enchaînes sans jamais y croire. Depuis les mains de l’inconnu sur tout ton corps, tes nuits tu les passes en soirées, tes matins te servent à récupérer. Tout pour enfumer les souvenirs, les recouvrir de nouvelles scènes, qui toutes se ressemblent. Pour conjurer le mauvais sort, le mauvais œil. Danser, danser, danser, pour sentir le corps qui à nouveau t’appartient et s’abandonne en même temps. »

« Dans le champ de lavande
La bouche grasse d’huile d’olive du grand-père paternel goûte la chaleur de l’été.
Des souvenirs qui n’existent pas sont recouverts d’un duvet vert-de-gris
Les feuilles de l’arbre frémissent. »

La rentrée littéraire 2024

Le 14 août est le top départ cette année pour les première sorties. Voici ma sélection parmi les 459 livres à paraître en cette rentrée littéraire. A noter une légère baisse, on reste sous la barre des 500 titres parus. Je trouve que c’est une bonne nouvelle, même si je n’arriverai pas à tout lire.

Côté français, on compte ainsi 311 titres publiés, dont 68 premiers romans. (Source : Livres Hebdo)

Les titres apparaissent par date de parution. Vous pouvez cliquez sur les titres pour accéder à la présentation de l’éditeur et en savoir plus.

Cette liste peut bien entendu évoluer en fonction des chroniques que je lirai, de vos retours et surtout de la deuxième soirée de présentation de Varions les éditions en live (VLEEL pour les intimes). Seront présents le 1er septembre : Métailié, Mémoire d’encrier, Bruno Doucey, Le Panseur, les éditions du Typhon, L’Antilope, Au Diable Vauvert, Agullo, Viviane Hamy et Les Argonautes. Vous pouvez vous inscrire sur le site vleel.com.

Mes chouchous, repérés, notés, achetés ou bientôt dans ma PAL :

Ils ont l’air bien tentant, à découvrir :

Les incontournables :

N’hésitez pas à m’indiquer en commentaire votre sélection ou vos coups de cœur !

Retrouvez au fur et à mesure mes lectures/chroniques de la rentrée littéraire sur le blog !

Gioconda / Nikos Kokantzis

J’entame le second tour du challenge de l’été VLEEL avec ce livre d’un auteur grec que je ne connaissais pas du tout.

Il s’agit plutôt d’un récit. Nikos Kokantzis a écrit ce livre pour ne pas oublier son premier amour, Giaconda, juive, déportée avec sa famille pendant la Seconde guerre mondiale et morte dans le camp d’Auschwitz.

Le livre parle surtout de deux adolescents qui malgré le contexte et les couvre-feu, se retrouvent en cachette pour vivre leur amour et leur désir. Ils découvrent la sexualité sans avoir aucune notion. C’est un amour beau, pur et passionné. L’occupation allemande en Grèce les fait grandir plus vite et les pousse à profiter de chaque instant.

Cette lecture de moins de cent pages me restera longtemps en mémoire. L’auteur fait un magnifique portrait de cette jeune femme qui respirait le bonheur et qu’on aurait aimé rencontrer. Un récit lumineux et sensuel pour rendre hommage à Gioconda.

Traduction de Michel Volkovitch

Note : 4.5 sur 5.

Incipit :
« Ceci est une histoire vraie.
Hier, une fois de plus, j’ai vu en rêve mon ancien quartier. Rêve la nuit, cauchemar le jour, quand on voit ce qu’ils en ont fait. Moi, au moins, je l’ai connu du temps de sa beauté. J’ai eu la grande chance de naître et grandir là-bas, j’y ai vécu la guerre, l’Occupation, puis quelques années encore. »

« Elle était douée pour le bonheur, elle avait un sens de l’humour délicieux, ce qui l’aidait à sentir le sel de certains événements quotidiens, et l’on entendait alors son rire frais, vivifiant. Mais en même temps elle avait des moments de sérieux inexplicables, qui arrivaient soudain, comme un nuage poussé par un grand vent qui cache un moment le soleil, plongeant tout dans une ombre inquiétante avant qu’à nouveau tout s’éclaire ; son visage parfois devenait sombre, ses yeux regardaient au loin, vers un point que je ne voyais pas, le chagrin se répandait sur ses traits. J’en étais terrifié ; je l’attirais contre moi, la priais de me dire à quoi elle pensait. Elle se contentait de secouer la tête, me prenait par-dessous les bras, me serrait contre elle un instant, puis soudain, là encore, elle s’arrachait à ses pensées, m’embrassait très vite en souriant – et je retrouvais soleil, chaleur et lumière ; la guerre et la peur n’existaient plus, il n’y avait que l’amour, l’amour partout. »

 

La sélection du Prix Hors Concours 2024

Découvrez les 40 textes sélectionnés par le Prix Hors Concours. Ce prix littéraire met en avant des romans francophones contemporains publiés par des éditeurs indépendants. Bref, des romans qui ne figurent pas dans le top des ventes mais qui méritent le détour ! De belles découvertes en perspectives !

Connaissez-vous les lauréats 2023 ?

  • Le lauréat de la 8ème édition est Soufiane Khaloua, pour La Vallée des Lazhars (éditions Agullo).
  • La mention du public a été attribuée à Caroline Bouffault, pour Thelma (éditions Fugue).

La sélection 2024

  • A creux perdu / Franck Manuel (Anacharsis)
  • Moloch Academik / Fabrice Schurmans (Antidata)
  • L’ombre pâle / David Naïm (L’Antilope)
  • L’échappée / Jean-François Dupont (Asphalte)
  • Bakasable / Ugo Riou (L’Atteinte)
  • Insidieusement / Nathalie Beaudoin (C&F éditions)
  • Souvenirs d’un futur radieux / José Vieira (Chandeigne)
  • Elle s’éloigne / Raphaël Cuvier (Le chant des voyelles)
  • Nucléus : ce qui reste, quand il n’y a plus rien / Zinaïda Polimenova (Chemin de fer)
  • A tâtons / Julie Banzet (éditions des collemboles)
  • Le canevas sans visage / Patrick Varetz (Cours toujours)
  • L’eau qui reste / Marine Weber (éditions du Delf)
  • La nuit Berlin / Claire Olirencia Deville (Double ponctuation)
  • La musique vous aime, Antoine… / Isabelle Sivan (Envolémoi)
  • Cinquante-six / Carol Vanni (Esperluète)
  • Le gardien ne fait pas de quartier / Jean-Marie Paris (Et le bruit de ses talons)
  • Une bête se nourrissant d’elle-même / Olivier Benyahya (Exils éditions)
  • Trafic / Galien Sarde (Fables fertiles)
  • Martha / Benoît Fourchard (Feedback éditions)
  • La forêt désormais de l’intérieur / Irina Teodorescu (La Grange batelière)
  • Inhumaines / Florence Cochet (Hélice Hélas)
  • Un été de feu / Jean-Louis Tortora (éditions les îlettes)
  • L’exercice du skieur / Sophie Coiffier (L’Ire des marges)
  • Maestro / Laetitia Gaudefroy Colombot (éditions des lisières)
  • Mon petit / Nadège Erika (Livres agités)
  • Jusqu’à la corde / Lionel Destremeau (La Manufacture de livres)
  • La reverdie / Louise Browaeys (La mer salée)
  • Ingrid Beurkman / Sophie Di Malta (Most éditions)
  • Bâtir le ciel / Sarah Serre (Le Mot et le Reste)
  • Justin Coudures / Adrien Girault (éditions de l’Ogre)
  • Terres promises / Bénédicte Dupré la Tour (éditions du Panseur)
  • Les mains floues / Vinciane Goffin (éditions Panthère)
  • C’est une belle fin, je trouve / Marc Large (Passiflore)
  • Nés dans la cuisse gauche / Valérie Joffroy (Les Presses du Midi)
  • Coupez ! / Claire Demazières (Quidam)
  • Le Pair / Catherine Litique (Le Réalgar)
  • Après la peau / Noam Morgensztern (Riveneuve)
  • Le nain de Whitechapel / Cyril Anton (éditions du Sonneur)
  • Los Muertos / Eric Calatraba (La Trace)
  • La double nuit du lac / Julien Burri (La Veilleuse)

Vous trouverez des ouvrages parus en 2023, 2024 et d’autres à paraître lors de la rentrée littéraire 2024. Personnellement j’ai déjà acheté ou lu certains de ces livres avant de connaître la sélection :

  • Bakasable / Ugo Riou (L’Atteinte)
  • Mon petit / Nadège Erika (Livres agités)
  • Bâtir le ciel / Sarah Serre (Le Mot et le Reste)
  • Le nain de Whitechapel / Cyril Anton (éditions du Sonneur)

Et certains me font de l’œil et devraient bientôt faire leur apparition dans ma PAL :

  • Nucléus : ce qui reste, quand il n’y a plus rien / Zinaïda Polimenova (Chemin de fer)
  • Terres promises / Bénédicte Dupré la Tour (éditions du Panseur)
  • Le Pair / Catherine Litique (Le Réalgar)

Je n’ai pas hésité une seconde à me réinscrire cette année en tant que professionnelle du livre pour participer au vote. D’ailleurs je suis citée parmi les premiers acteurs inscrits ! J’ai à ce titre reçu un ouvrage de 200 pages contenant un extrait de 3 pages de chaque roman pour me faire une idée des textes. Je voterai à la fin de l’été pour mes 5 finalistes préférés. Ensuite les 5 textes finalistes retenus seront lus par un jury de 5 journalistes, par les lecteurs et les professionnels du livre pour désigner le lauréat en novembre.

Le jury des journalistes :

  • Stéphanie Dupays (critique littéraire pour le journal Le Monde)
  • Stéphanie Khayat (journaliste à Télématin sur France 2)
  • David Medioni (rédacteur en chef d’Ernest !)
  • Inès de La Motte Saint Pierre (journaliste pour la Grande Librairie sur France 5)
  • Emmanuel Poncet (rédacteur en chef des pages Culture & Tendances de La Tribune Dimanche)

Et vous ?

Vous pouvez aussi participer et voter pour vos 5 romans préférés, retrouvez toutes les informations sur le site : https://www.hors-concours.fr/

Le recueil des extraits est encore disponible en version numérique jusqu’à fin août sur inscription.

Belles lectures et découvertes !

A crier dans les ruines / Alexandra Koszelyk

Tchernobyl, 1986. Lena et Ivan, 13 ans, s’aiment mais la catastrophe nucléaire les sépare. Ivan reste. Lena part avec ses parents et sa grand-mère. Ils s’installent en France et reconstruisent une nouvelle vie en Normandie. Lena, elle, n’y arrive pas. Elle pense toujours à Ivan. Elle veut repartir dans son pays. Son père refuse et lui dit qu’Ivan est mort.

C’est un exil douloureux. Elle ne comprend pas la langue française. Elle n’arrive pas à s’intégrer au collège. Une bibliothécaire la prend sous son aile et l’aide à apprendre la langue, la nourrit de littérature. Les livres sont alors un refuge pour Lena. Elle grandit. Au lycée elle a enfin une véritable amie. Puis elle part faire ses études universitaires à Paris.

2 voix, 2 vies, 2 destins différents. Le roman alterne entre Lena en France et Ivan en Ukraine. Ils s’écrivent des lettres mais qui ne leur parviennent pas. 20 ans après la catastrophe, Lena retourne dans la ville fantôme de son enfance, Pripiat. Elle a besoin de retrouver ses racines.

Alexandra Koszelyk sait raconter les histoires. On ressent une histoire forte, avec une sorte de poésie mélancolique, et surtout beaucoup d’humanité. Les personnages sont attachants et on a envie de les suivre. On pose avec regret le livre quand la réalité se rappelle à nous. J’ai aimé la belle écriture de ce premier roman, l’ode à la littérature et les parallèles avec la mythologie. Le titre fait référence à un poème d’Aragon, d’ailleurs le roman est truffé de références littéraires. Une lecture idéale pour les amoureux de la littérature et des mots, à glisser dans votre valise, en plus il est sorti au format poche.

C’est une écrivaine que je suis avec plaisir. J’avais eu un coup de cœur pour son 2nd roman, L’Archiviste, et je me réjouis de lire celui que les Forges de Vulcain publient à la rentrée littéraire.

Note : 4.5 sur 5.

Incipit :
« Quand Léna arrive à Kiev, elle ne s’attend à rien ou plutôt à tout. Des odeurs de son enfance, la musique de sa langue natale, les dernières images avant son exil. Mais de fines particules assombrissent les lumières de la ville, la grisaille embrume ses souvenirs. »

« Les livres n’étaient pas seulement des outils pour apprendre le français ou pour s’évader : ils comblaient cette absence qui la dévorait et étaient un pont de papier entre les rives de ses deux vies. La lueur d’une bougie blèche au fond d’une caverne. »

« Le passé était un pays étranger qui ne la quittait jamais. »

« Quand Léna y entra, elle fut surprise par la bibliothèque. Il avait tellement de livres ! Deux rangées sur chaque étagère. Quel plaisir de fouiner dedans ! Léna y puisa ceux qui deviendrait ses livres de chevet. Elle découvrit surtout des classiques. Le premier roman fut L’étranger de Camus. La première phrase, « Aujourd’hui, maman est morte », la troubla. Elle s’assit. »

« En revanche, la découverte de Milan Kundera fut mémorable. Ce matin-là, elle avait pris un de ses romans au hasard. Dans les ballottements du bus, debout, elle commença le livre. Calée contre une barre, le corps en équilibre, les pieds plantés au sol pour ne pas tanguer, elle se figea à la page 19 de L’Insoutenable Légèreté de l’être :
« L’homme ne peut jamais savoir ce qu’il faut vouloir, car il n’a qu’une vie, et il ne peut ni la comparer à des vies antérieures ni la rectifier dans des vies ultérieures. »
La lecture adoucit les longs trajets vers l’université. L’étudiante ricochait d’histoire en histoire. Dans l’ombre, les livres portaient le poids des cailloux du Petit Poucet. Les autres étudiants s’amusaient de cette jeune femme un peu sauvage, le nez dans un livre à la pause. Personne n’osait l’aborder. Elle engloutissait les romans à une vitesse métronomique. Les mondes de papier la rendirent épicurienne. Partout. Tout le temps. Elle lisait comme on respire. Par soif, par nécessité. Le plaisir était là aussi. Elle refermait chaque livre, comme on quitte des amis. »

Un colosse / Pascal Dessaint

Dans les années 90, Pascal Dessaint visite un musée à Toulouse. Il est impressionné et fasciné par un sabot taille 54 et le moulage d’une main géante exposés. Beaucoup de questions surgissent en lui, notamment pourquoi cette main avait été moulée ?

Il enquête et, au fil des années, il réunit des articles sur Jean-Pierre Mazas, l’homme à qui appartenait ce sabot et cette main. Ce colosse de plus de 2 mètres 20 est né en 1847. Il était paysan dans la région de Toulouse, puis sa force extraordinaire et sa taille hors norme l’ont amené à faire de la lutte. Il décède en 1901. Entre-temps il passe de lutteur à monstre de foire, puis devient une curiosité pour la science. En arrière-plan, il y a le contexte historique, comme la construction de la Tour Eiffel pour l’exposition universelle de 1889.

Entre récit historique et roman, Pascal Dessaint comble les zones d’ombre. Il rend hommage à cet homme handicapé et singulier à son époque. Avec respect, il reste le plus fidèle possible aux éléments trouvés lors de ses recherches. A la fin du livre, il partage ses sources et références bibliographiques.

Publié en 2021, ce court roman de 126 pages est sorti en poche en 2022 avec une très belle couverture. Pascal Dessaint avait été reçu lors d’une rencontre VLEEL en juin 2021 à laquelle j’avais assistée et qui m’avait donné envie de lire ce livre. Le challenge de l’été VLEEL arrive à point pour faire baisser ma PAL !

C’est une lecture en demi-teinte pour moi. Je n’ai pas réussi à m’attacher à cet homme, peut-être le côté documentaire m’en a empêché. Il y a trop d’informations, pas assez retravaillées en matière romanesque à mon goût. J’avais l’impression de lire une biographie alors qu’il s’agit d’un roman et que ce n’est pas l’histoire exacte de cet homme même si l’auteur a respecté au maximum son sujet. L’histoire tragique de Jean-Pierre Mazas est fascinante, je comprends l’obsession de Pascal Dessaint.

Note : 3 sur 5.

Incipit :
Conversation inventée
« Un montre, dites-vous ?
– Un géant, à tout le moins. D’aucuns le qualifièrent de colosse. Lui, si grand, né dans un village…
– Dans un village ou une ville naissent des gens de toutes sortes, de toutes tailles.
– Bien sûr… Je désirais marquer le contraste, d’une certaine façon l’aberration. Mais ce n’est pas cela, somme toute un regrettable accident de la nature, qui agace mon esprit.
– Stimule votre réflexion ? Qu’est-ce donc ?
– Je ressens sa souffrance. Cet homme, c’était un homme, ne pouvait que souffrir… Et puis…
– Et puis ?
– Son destin, la direction que sa vie a prise… Sa grande taille n’a pas été, en soi, la chose la plus curieuse. Plus de sept pieds sous la toise, tout de même !
– Diable !
– L’époque connaissait d’incessants bouleversements politiques, d’inévitables progrès aussi, déroutants, stupéfiants. Les années passaient à un train d’enfer. La civilisation avançait ! Et lui, dans le même temps, se mit à rapetisser.
– Rapetisser !
– Oui, quoique ce verbe ne soit pas tout à fait juste.
– Vous aiguisez ma curiosité… Vous avez l’art de ménager vos effets.
– N’y voyez pas malice. Je réfléchis au fur et à mesure que je vous parle. Certaines questions me taraudent. Il y a de quoi s’étonner que la nature puisse commettre pareille erreur, n’est-ce pas ? On peut aussi se demander comment nous aurions réagi nous-mêmes, victimes d’un tel handicap ? Et puis, comment être monstre sans l’avoir choisi, dans une époque où, malgré les changements continuels, les mœurs n’évoluaient guère. La plupart des gens se comportaient comme ils le faisaient depuis toujours et comme ils le faisaient depuis toujours, et comme ils le feraient longtemps encore.
– Les progrès technologiques ne changeront jamais les sentiments profonds.
– Comme le chemin de fer qui arrive dans une ville ne change pas l’allure du cheval dans le champ. »

« Qu’est-ce que son histoire peut dire de notre présent ? Sa vie pose la question de la singularité d’un être dans son époque, de la chance comme un fardeau, du talent et de ses dangers. Qu’est-ce que cette histoire peut raconter de moi-même ? De chacun de nous ? Au moment où je pose le pied à Montastruc, j’ai très peu de matière ; un acte de décès et quelques articles anciens aux informations enjolivées et contradictoires. Tous ceux qui ont connu le Géant-de-Montastruc sont morts et enterrés depuis fort longtemps. Il me faudrait un hasard favorable, et il va survenir. »

« Jean-Pierre Mazas, un beau jour, a-t-il relevé un défi ? A quel moment a-t-il commencé à s’illustrer sur les foires ? Il aurait été célèbre comme lutteur pendant huit ans, jusqu’en 1885. Ainsi ses plus anciens combats dateraient de 1877… Peu avant son mariage, donc. Marie-Adèle aurait-elle été séduite par le géant à l’occasion d’une exhibition ? »

« Jean-Pierre triomphe dans tous les combats qui l’opposent aux champions de la région. Sa grande taille l’oblige parfois à combattre à genoux. Sa réputation est telle qu’elle déborde et excite l’orgueil des lutteurs de la France entière. Jean-Pierre est plus célèbre que les brosses et les bonnets de Lavaur ! »

Enfants du lichen / Maya Cousineau Mollen

Maya Cousineau Mollen est d’origine innu, adoptée par une famille québécoise, un couple d’amis de ses parents. Elle grandit avec le militantisme transmis par ses parents.

Dans ses poèmes, on entend sa colère, de la douleur aussi. Elle est l’une des voix majeures des premières nations. Singulière, elle dénonce le racisme d’hier et d’aujourd’hui que subissent les innu. Dans ce « recueil qui lutte contre l’oubli », elle espère insuffler le devoir de mémoire. Elle se définit comme une guerrière pacifique. Son combat est de défendre une communauté qu’on a voulu exterminer, et plus largement une humanité.

J’ai hâte de lire les prochains écrits de cette écrivaine engagée. Elle a reçu le Prix du Gouverneur général du Canada en poésie de langue française, une des plus grandes distinctions au Canada. A noter également, ce livre contient une préface d’Hélène Cixous.

Je vous encourage à regarder le replay de la rencontre VLEEL disponible depuis peu. Vous ne pourrez qu’être touché par cette femme et sa poésie.

Merci aux éditions Dépaysage pour cette publication et l’opportunité de lire cette autrice en France.

Note : 5 sur 5.

La poétesse innu

Les lois d’assimilation
Ont rythmé ma vie d’enfant
Dessinant un avenir de case

L’identité brûle sous un vent hostile
Les peaux de chagrin en courtepointe

Les flèches volent
La sauge fume trop vite

Je rêve d’une humanité sans papiers
Où l’eugénisme nouveau agonisera
Mais le tamis est tenace

La poétesse innu restera muette
L’appartenance n’est pas la sienne

Plume du messager
Douce et tremblante
Entre mes mains

J’offre ma peur
Aux ancêtres sereins
Gardiens des terres

J’honore l’aigle qui, mourant
Cède sa vie aux dieux des mers
Afin que je porte ce legs

Alors que ta vie fuyait
Noble enfant du ciel
Mon cœur trouvait une voie

Dans le noir de l’ombre
Terrée parfois dans ma tristesse
Je m’accroche aux lueurs
Des volutes de sauge

Murmures ou chants
Je cherche la vaillance
Car mon esprit étouffe

C’est une indienne, c’est pas grave


Paralysée par le joug colonial
Sur la civière des oublis
Au cœur d’un hôpital obscur


Héritière des fantômes tristes
De ces pensionnats lugubres


En un mot, tu résumes ma valeur
En mes terres mille fois offensées


Je suis l’Indienne
Celle que tu désires
Le temps d’une étreinte


Je suis l’Indienne
Celle que tu ne vois plus
Invisible


Je suis l’Indienne
Souvenir vibrant
D’une colonisation blessante


Je suis l’Indienne
Celle qui meurt
Cent fois par ta haine


Je suis l’Indienne
Celle que tu ne connais pas


Je suis l’indienne
La sublime
La rebelle
Femme sacrée

De mes nouvelles / Colombe Boncenne

Voici un texte singulier et original composé de nouvelles dont des personnages ou des éléments reviennent dans d’autres nouvelles. Ou comment la réalité rejoint la fiction puisque la narratrice est une écrivaine et qu’elle nous parle de son travail d’écriture, par exemple de la façon dont naît un roman.

Depuis les coulisses, on observe cette femme qui s’interroge sur l’intérêt et la légitimité de ses écrits. Ce roman hybride est une réflexion sur la littérature. Il contient des thèmes comme l’oubli et l’amitié. Dans les personnages récurrents il y a souvent un ou une analyste. Parfois on se croirait au cinéma. C’est malicieux, drôle et tendre.

J’avoue avoir eu un peu de difficulté à entrer dans le livre mais je me suis vite prise au jeu quand j’ai remarqué la récurrence des personnages ou de certains éléments d’une nouvelle à l’autre. J’ai eu l’impression que la narratrice pouvait changer la vie d’une personne, la réinventer d’un texte à l’autre.

Si vous être curieux et voulez en savoir plus sur ce livre, Colombe Boncenne et son éditrice ont été reçues lors d’un VLEEL dont vous pouvez retrouver la vidéo sur la chaîne YouTube.

Elle a notamment dit que suite à une commande elle a dû écrire une nouvelle en quelques jours et que ça lui a plu. Elle a continué à écrire des nouvelles et a publié ce premier recueil.

Une autrice très intéressante que je vais continuer à suivre, d’ailleurs j’ai l’un de ses précédents romans dans ma PAL et le challenge de l’été VLEEL me permet de la faire diminuer !

Note : 4 sur 5.

« Mes agnelles
Je mâchonne des pétales de blé ramollis par le lait. La radio parle de Russie. Un camion passe au dehors. Un enfant chantonne en partant à l’école. Mon attention ne trouve aucun endroit où se poser. Le paquet de céréales me promet un crunch intense. Je réfléchis à ce que pourrait être une vie plus croustillante.
Bientôt, je me prépare un café et monte, tasse fumante à la main, vers mon bureau. Comme les chambres où l’on se raconte des histoires le soir, il est à l’étage.
Je n’ai pas de vaste chantier en cours. J’ouvre des documents au hasard, parcours des bribes de notes, je farfouille comme je le ferais dans une friperie, à la recherche d’une bonne occasion.
Je repêche ainsi deux textes brefs, à la manière de nouvelles. Dans l’une, une femme croise son ancienne analyste par hasard. Dans la seconde, un couple se promène sur une plage normande. Je leur trouve un écho, une cohérence souterraine. Pourrais-je réunir ainsi plusieurs récits et constituer un recueil cohérent ?
Ce matin, je retrouve Tendre, un troisième texte que j’avais à peine entamé sans jamais le finir. »

« L’hypothèse me plaît : écrire, ce serait se bâtir des amis de toutes pièces ? »

Comment bien tourner une lettre / Lewis Carroll

J’adore cette collection des Plis des éditions L’Orma. Leur originalité consiste dans leur format qui permet de les expédier par la Poste, grâce à leur couverture se transformant en enveloppe. Chaque pli offre des extraits de correspondances d’une personne célèbre et défunte. Des lettres inédites et traduites pour l’occasion, accompagnées d’une introduction pour situer le contexte, avec toujours une thématique ou un angle.

Ce petit livre de 61 pages permet de faire davantage connaissance avec l’écrivain et mathématicien anglais Lewis Carroll (1832-1898), connu pour Les Aventures d’Alice au pays des merveilles, écrites en 1865. D’ailleurs Lewis Carroll est le nom de plume de Charles Ludwig Dodgson.

Une première partie est dédiée aux conseils pour bien écrire une lettre et choisi le bon accessoire pour stocker différents timbres. Ensuite on découvre des lettres envoyées à de très jeunes correspondants. Il leur envoie des jeux qu’il a inventés ou encore des explications pour réaliser un origami explosif. On découvre plusieurs jeux de mots également. Une lettre écrite à l’envers ! Des illustrations accompagnent les textes choisis et présentés par Eusebio Trabucchi.

Ces lettres ont un côté désuet tout à fait charmant. Aujourd’hui les mails et les réseaux sociaux nous rappellent que nous avons changé d’époque. Il y a beaucoup d’humour dans ces correspondances. On ressent le côté extravagant, original, inventif et loufoque de Lewis Carroll. Bref j’ai passé un excellent moment de lecture avec cet écrivain, une incursion dans l’Angleterre du 19ème siècle !

Traduction de Margaux Bricler

Note : 4 sur 5.

« Comment commencer une lettre
S’il s’agit d’une lettre répondant à une autre, commencez par ressortir celle-ci et relisez-la en toute tranquillité afin de vous rafraîchir la mémoire sur ce que vous devez répondre et sur l’adresse actuelle de votre correspondant (sans quoi vous lui enverrez votre lettre à son adresse habituelle à Londres, lors même qu’il a pris soin, vous écrivant, de vous préciser son adresse complète à Torquay).
Ensuite, écrivez l’adresse sur l’enveloppe et affranchissez-la. « Comment ? Avant même d’avoir écrit la lettre ? » Absolument Et laissez-moi vous dire ce qui se produira si vous ne le faites pas. Vous continuerez à écrire, puis, au beau milieu de la dernière phrase, vous vous rendrez compte que « votre temps est écoulé » ! Et là, patatras : une conclusion à la va-vite, votre signature, griffonnée, l’enveloppe à moitié cachetée qui s’ouvrira à la poste ; l’adresse, un ramassis de hiéroglyphes ; l’affreuse découverte que vous avez oublié de remplir votre étui à timbre, puis, hors de vous, l’appel à l’aide à quiconque à la maison pourrait vous prêter un timbre ; la course ventre-à-terre jusqu’au bureau de poste où vous arrivez, haletant et dégoulinant, juste après la dernière levée ; et tout cela pour qu’une semaine plus tard, votre lettre vous soit retournée avec l’inscription « Adresse illisible » ! »

« Après l’extraordinaire succès des Aventures d’Alice au pays des merveilles (1865), la reine en personne pria l’auteur de lui faire parvenir sans délai son prochain ouvrage. Mais, ignorant qu’elle avait affaire à un talent si éclectique et extravagant, la monarque ne vit pas l’utilité de lui en préciser le sujet. C’est ainsi que Carroll, la prenant au pied de la lettre, lui envoya un exemplaire de son Traité élémentaire sur les déterminants, avec leur application aux équations linéaires simultanées et aux équations algébriques (1876). »

« Ma chère Gaynor,
[…] Sache que je ne danse jamais, à moins qu’il ne me soit permis de le faire à ma manière, disons. Inutile que je m’échine ici à t’en donner une description : il faut le voir pour y croire. La dernière fois que j’ai pu danser à ma manière, le plancher s’est effondré sous mes pieds. Il faut bien reconnaître que c’était là un plancher minable – monté sur des poutres d’à peine quinze centimètres, je n’appelle pas ça des poutres, moi ; et pour mon genre de danse, un embasement de pierres fait bien mieux l’affaire. As-tu déjà vu de tes propres yeux, au jardin zoologique, les rhinocéros et les hippopotames danser un menuet ? Quel spectacle touchant… Transmets de ma part à Anny n’importe quoi qui pourrait selon toi l’épater.
Ton ami fidèle
Lewis Carroll »