Il n’y a pas de Ajar / Delphine Horvilleur

Le titre est tout simplement magnifique. Quel jeu de mots ! Le ton est déjà donné. Dans une préface assez importante, 25 pages, Delphine Horvilleur explique sa fascination et son admiration pour Romain Gary. Puis dans un monologue d’une cinquantaine de pages, elle fait parler le fils imaginaire d’Émile Ajar. Puisque Émile Ajar est Romain Gary, il ne peut qu’être fictif. Il parle de filiation et d’héritage : « es-tu le fils de ta lignée ou celui des livres que tu as lus ? » Le tout ponctué par une phrase interrogative récurrente : « tu veux un cachou ? »

Vous n’y trouverez pas de définition toute faite. Ce n’est pas essai mais bien du théâtre. Un texte que j’ai trouvé plus difficile d’accès que ses précédents. Il serait forcément plus intéressant de le vivre sur une scène avec l’interprétation et l’intention que l’autrice a voulu lui donner. Cette femme ne cesse de me surprendre et de m’impressionner par ses écrits et sa pensée que je trouve très intéressants.

Note : 3.5 sur 5.


« Et dans cette tenaille identitaire politico-religieuse, je pense encore et toujours à Romain Gary, et à tout ce que son œuvre a tenté de torpiller, en choisissant constamment de dire qu’il est permis et salutaire de ne pas se laisser définir par son nom ou sa naissance. Permis et salutaire de se glisser dans la peau d’un autre qui n’a rien à voir avec nous. Permis et salutaire de juger un homme pour ce qu’il fait et non pour ce dont il hérite. D’exiger pour l’autre une égalité, non pas parce qu’il n’est pas comme nous, et que son étrangeté nous oblige. »


« Tu le sais bien, toi aussi : parfois, on est les enfants de nos parents biologiques ou adoptifs… Mais on est toujours ceux de nos bibliothèques, les fils et les filles des histoires qu’on a lues ou entendues. On est tous conçus par procréation littérairement assistée. »


« La règle est claire aujourd’hui et ne t’avise pas de la transgresser : si tu n’as pas été directement victime de ce dont tu parles, de façon autobiographique ou comme membre d’un groupe discriminé, ton champ d’action est limité. Tu risques vite d’être dénoncé pour fiction colonialiste ou mansplaining littéraire. Pas d’héroïne féminine si tu n’as pas d’utérus, pas de récit prostitutionnel sans expérience avec un proxénète. »


« Certains pensent qu’on écrit pour se débarrasser de quelque chose ou de quelqu’un qui vous hante, mais c’est le contraire. On écrit toujours pour retenir, et poursuivre une conversation avec ce qui n’est plus là, un dialogue que sans ça, la vie vous force à interrompre. On écrit parce que les mots consolident toujours les liens. Ça fait famille, beaucoup plus solidement que le sang et la filiation biologique. »

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