Le grand horizon / Lola Nicolle

Vincent se lance dans une course d’ultracyclisme, 4000km en autonomie, un défi qu’il aurait aimé relever avec son ami Marc. En parallèle, on suit une amie d’enfance de Vincent, Pauline. Elle est dans une période de réflexion sur sa vie. Et soudain, elle retrouve cet ami perdu de vue… sur une carte. Vincent est un petit point sur la carte de la course.

On supporte le coureur cycliste dans ses efforts. On souffre avec lui. On voit les paysages et les pays défiler. On espère qu’il franchira la ligne d’arrivée sain et sauf. Et on se demande qu’est-ce qui pousse un homme dans une telle aventure ? J’ai eu quelques éléments de réponse lors de la rencontre VLEEL. Ce n’est pas le dépassement de soi mais la liberté, l’évasion qui permet de prendre du recul sur le quotidien et d’apprécier la vie construite jusque-là.

Cette quête intime est aussi un livre sur l’amitié blessée, le passage à l’âge adulte, mais je ne vous en dit pas davantage pour vous laisser le plaisir de le lire et de découvrir cette aventure qui en dit beaucoup sur notre société contemporaine.

Ce second roman de Lola Nicolle, également éditrice aux éditions Les Avrils, s’inspire de la septième édition de la Transcontinental Race pour en faire un livre original en cette rentrée littéraire. Ce serait dommage de passer à côté de cette très belle plume. A découvrir, d’autant plus si vous n’aimez pas le sport !

J’attends désormais le replay du VLEEL car je n’ai pas pu assister à toute la rencontre qui était passionnante.

Note : 4 sur 5.

Incipit :
« ça commence par le bruit des moteurs, les klaxons qui déferlent, les hurlements des mouettes par la fenêtre ouverte. Et une vision ; celle du faux plafond gorgé d’humidité, le soleil qui incendie les murs rendus ainsi fluo. Les portes que l’on claque de l’autre côté de la cloison. Il y a le premier réveil qui suit un long voyage, ce bref moment où il doute de l’endroit où il se trouve, puis, la conscience qui progressivement revient. Il est 6 heures du matin.
Vincent est arrivé la veille. De ce pays, il ne connaît rien. Il ne peut citer aucun auteur, chanteur ou film bulgare. Peut-être un homme politique ? Le président ? C’est à cela qu’il pense lorsqu’il cherche le sommeil. »

« La réalité, le temps, la distance : des repères mouvants. La vie : une question de perception. Parce qu’il revoit les deux enfants qu’ils étaient et qu’ils ne seront plus, parce que Aurélien a disparu depuis longtemps, un morceau très dense de solitude dépose son poids de chat sur son cœur. »

« Les heures fondent et d’en haut on peut voir, des cirques aux plaines brûlées, une route serpenter dans ce décor lunaire. Un minuscule point qui avance doucement – Vincent. Devant lui, d’autres cyclistes. Derrière lui, d’autres cyclistes. Le soleil s’est accroché très haut maintenant et applique sur le monde une chaleur radicale. La souffrance au sol est terrible ; les rayons se réverbèrent sur l’asphalte, sautent au visage des coureurs. Au loin, on aperçoit une voie caillouteuse pour monter au sommet. Ce n’est pas une bonne nouvelle. Peut-être qu’ils se demandent ce qu’ils sont venus faire là. Peut-être qu’ils ne pensent déjà plus à rien. »

« Puis, on avait arrêté de faire famille, donc on avait arrêté les ordinateurs fixes. Pauline avait bien appris la leçon. L’amour s’arrête, la famille s’arrête, les cris s’arrêtent et avec eux la violence s’arrête – et c’est dommage parce que la violence, c’est déjà quelque chose –, la maison s’arrête, le bruit du parquet et les portes qui claquent aussi, les souvenirs s’effacent, les amis meurent, la peur se dissout – elle est maintenant partout, l’enfance n’est plus nulle part. Alors, il faut bien que quelque chose commence, prenne le relais, singe de nouveau la vie, quelque chose qui ferait croire qu’il reste du tissu pour se tailler un vêtement en forme d’existence même si l’étoffe est transparente et ne trompe que celui qui la porte. Le travail : une arme robuste, puissante ; ce qu’on sait, ce qu’on sait faire, ce dont on est spécialiste et qu’on ne pourra pas nous dérober. Affûter son esprit jusqu’à ce qu’il devienne tranchant, une flèche précise pour qui voudrait s’immiscer. Un pouvoir. »

« La vie nouvelle qui recouvre la vie d’avant, trop douloureuse. L’enfance froissée en boule au fond d’un placard, et qu’on prend soin d’oublier. »

Le ciel est immense / Feurat Alani

Coup de cœur pour cette histoire hautement romanesque. Taymour vit en France et rend visite à sa famille maternelle en Irak. Il découvre les photos d’Adel, son oncle, pilote d’avion militaire porté disparu. Il veut en savoir plus sur lui. Il interroge sa mère, sa grand-mère, ses tantes. C’est toujours la même fin de non-recevoir, la même gêne, le même silence. Mais Taymour est têtu. Il réussit à glaner des informations. Cependant le mystère reste entier. Et il en est de même pour les lecteurs. Feurat Alani maintient le suspense jusqu’au bout du roman et nous ballade dans le temps. Dans les dernières pages, Taymour raconte son passage dans l’émission russe Zhdi Menya, l’équivalent de « perdu de vue » en France. C’est un ascenseur émotionnel pour le narrateur et les lecteurs.

Ce secret de famille est bien gardé par la grand-mère qui est un personnage fort du livre. L’auteur nous plonge dans des souvenirs à l’odeur du thé à la cardamome. L’histoire de l’Irak se déroule en arrière-plan, avec les effets sur Adel. Dès les premières pages j’ai été saisie par l’écriture poétique. Le narrateur pose des questions autour de la transmission, de l’identité, de la construction autour d’un absent. Les silences et les non-dits sont très présents. . J’ai noté de nombreux extraits et je le relirai assurément. Une très belle lecture.

Son premier roman avait été multi-primé, ce second est déjà sélectionné pour le Prix Renaudot et celui des lycéens. Je lui souhaite le meilleur et vous le recommande vivement si vous aimez les fresques familiales.

Note : 5 sur 5.

Incipit :
« Prologue
Toutes les familles ont un secret.
Il peut s’accrocher à une vie entière, emmurer les personnes qui le protègent, les forcer à marcher sur de la moquette épaisse, pour étouffer le bruit de leurs pas. Il est un silence qui étreint le cœur, qui ne nous libère jamais de son emprise. Il prend discrètement la place, jusqu’à écarter les parois d’une coquille invisible, pour permettre de s’y faufiler. Parois, il finit même par se fissurer.
Toutes les familles ont un souterrain.
Je ne saurais dire si j’ai eu raison de forcer cette porte fermée à double tour, une porte qu’on finit par approcher à force d’allusions voilées. Qu’on le veuille ou non, le mutisme familial se transmet. Il ne suffit pas d’en amortir le bruit, de masquer les visages. Le chemin vers ce souterrain ne cesse de resurgir.
Toutes les familles ont un fantôme. »

« Parfois, il suffit d’une phrase pour infléchir le cours d’une vie. Une phrase anodine en apparence, qui se faufile à travers une porte entrouverte, tel un souffle, et finit par vous marquer à jamais. »

« A chaque génération, chacun compose avec ce qu’il reçoit et ce qu’il choisit ou non de s’approprier. Mais cette liberté est-elle aussi grande ? Sommes-nous les véritables auteurs de notre identité, ou bien sommes-nous reliés par les fils invisibles à ceux qui nous ont précédés, même lorsque nous croyons nous en détacher ? »

« En passant devant son miroir, j’y vis l’enfant que je n’étais plus, l’adulte que j’étais devenu et à qui l’on avait menti. Si je pouvais parler à cet enfant je lui dirais que la vérité est encore plus insolente que son indignation. Je lui dirais qu’il lui avait fallu du courage pour suivre ces souterrains qui menaient à l’autel familial, à ce mythe auquel on ne devait pas toucher.
Je lui dirais aussi qu’avec le temps le secret était devenu un monticule de sable autour duquel la famille s’était soudée tant bien que mal.
C’est fragile un monticule de sable. Ça s’effrite.
Le miroir de ma grand-mère me renvoya à une question. Si j’arrivais à le percer, ce secret allait-il me soulager ? »

« C’est aussi ça la transmission : choisir de se taire ou de continuer de poser des questions. Si je décide de me taire, ne suis-je pas en train de refermer un livre que je n’ai jamais pu lire en entier ? Dois-je prendre le risque de parler de ce mystère sans clé ?
J’ai peu de souvenirs des jours qui ont suivi. Je sais seulement que j’ai vécu à côté de moi, comme un désaxé. Puis, j’ai repris mes habitudes et tenté d’oublier le soleil brûlant sur ma peau, le goût du thé à la cardamome, l’odeur de la terre après l’irrigation. »

« Toutes les familles ont un secret. Si la vérité peut être une délivrance, qu’en est-il des conséquences ? La lumière est-elle toujours préférable à la nuit ? Tous les secrets doivent-ils être déterrés ?
Dehors, la neige a continué de tomber, se chargeant d’effacer Adel.
J’ai saisi mon cahier et j’ai écrit :
Flocons blancs, sans traces, en silence
Un monde sans fleuve, ni ciel, ni nuage
Sans le Tigre, sans l’Euphrate, sans rivage
Aujourd’hui il a neigé sur Bagdad
Aujourd’hui, le ciel est immense
. »

L’homme qui lisait des livres / Rachid Benzine

Un photographe français erre dans les rues détruites de Gaza. Il aperçoit un vieil homme qu’il veut prendre en photo. Mais celui-ci l’arrête avant qu’il ne saisisse cet instant et lui propose de lui raconter sa vie. Ce vieux libraire a vécu une vie marquée par l’exil, les camps et la perte d’êtres chers. Les livres sont un refuge pour lui, une source de joie et de consolation à travers les mots et la poésie.

Ce roman étant très court, je ne vous en dis pas davantage. A l’instar de ses précédents livres, celui-ci fait le portrait d’un homme touchant et attachant. Avec philosophie, Rachid Benzine nous offre encore une belle ouverture vers l’autre. A la fois conteur et poète, il décrit comment un homme a résisté envers la barbarie et l’enfermement. Les titres de livres sont égrenés au fur et à mesure des pages et donnent une furieuse envie de lire encore et encore.

Un très beau roman qui plaira assurément à tous les amoureux des livres et de la littérature.

Je remercie Netgalley et Julliard pour cette magnifique lecture

Note : 5 sur 5.

Incipit :
« La rencontre
Journée ordinaire. Hier, deux frappes ont tué quatre gamins dont le seul crime avait été de jouer au foot sur la plage. »

« Soudain, tu te retrouves dans l’un des quartiers martyrisés. Et c’est alors l’enfer craché à la surface. Une décharge à ciel ouvert. Tout ce que la guerre vomit, détruit, ensevelit, réduit à néant. Des façades éclatées, éventrées comme des carcasses de bêtes crevées. Les entrailles de béton pendent, tordues, répandues sur les trottoirs. Les maisons ne sont plus que cages thoraciques fracassées. Comme si elles avaient implosé en mille morceaux. Des balcons encastrés dans le bâtiment d’en face ; tels des serpents morts, des bouts de câbles pendouillent misérablement, des canalisations se vident sur les façades. Yeux crevés des fenêtres. Trous béants qui vous regardent sans rien voir. Tout semble hurler. Hurler sans raison. Les trottoirs sont une mer de gravats, de bouts de béton pulvérisés, de poutres brisées, comme si un géant avait écrasé la ville sous ses pieds. »

« A chaque coin de rue, quelque chose attire le regard. Ici une porte bleue restée intacte. Là un réverbère plié. Plus loin un vélo abandonné, posé contre un bout de mur qui n’existe plus. Tout est là, figé dans une logique de l’absurde, où chaque élément inventorié a perdu sa fonction, son utilité, sa raison d’être. »

« Les mots des livres déchirent tous les silences. Ils s’imposent à vous. Le lecteur est un prisonnier consentant, attaché à l’illusion que chaque page tournée le libérera. Pourtant, il se perd toujours plus, absorbé, jusqu’à être incapable de se détacher de ce labyrinthe de mots. »

« Il y a un poème de Mahmoud Darwich que je me répète souvent, c’est un repère dans ma vie. J’y puise mon origine, l’eau au fond d’un puits. C’est simple, lumineux, terrible, il me touche au cœur.
« Vous, qui tenez sur les seuils, entrez
Et prenez avec nous le café arabe.
Vous pourriez vous sentir des
humains,
comme nous.
Vous, qui tenez sur les seuils,
Sortez de nos matins
Et nous serons rassurés d’être
comme vous,
Des humains ! » »

« Cette terre est une litanie de représailles sur représailles, de haines empilées, de tristesse recouverte de tristesse. »

« On hérite aussi de la souffrance de ses aînés. Sans toujours la comprendre. Et cette douleur devient un jour la vôtre. »

« C’est en prison que j’ai lu le plus. J’ai éveillé ma conscience dans la solitude. Avec d’autres détenus palestiniens, on avait mis en place une bibliothèque de prêt avec les années. J’ai découvert L’Archipel du goulag, de Soljenitsyne, j’ai compris Foucault, j’ai dévoré Kundera, Umberto Eco, Doris Lessing, le merveilleux Calvino, j’ai pu lire et relire le Coran – l’ai-je compris ? rien n’est moins sûr. Et j’ai traversé cent ans de solitude. »

« La plupart des livres que je lis et relis, je les ai découverts en prison. Chacun raconte au moins une année d’enfermement. Et je les relis autant pour me souvenir que pour les comprendre. Un grand livre c’est un livre sans fond. Un livre d’énigmes irrésolues. […] Les livres qu’on aime sont des livres qu’on n’a pas compris, ou qu’on a cru comprendre mais les relisant on découvre un autre sens, une autre facette, une part inexplorée. »

« Ma fille me rend visite parfois. Elle vit à Rafah avec son mari et mes trois petits-enfants. Heureusement que je les ai pour entrevoir un futur à notre peuple. Soixante-six ans que nous vivons cette lutte. On n’a connu que ça, en fait. On est toujours là. Des fantômes, chaque jour un peu plus invisibles aux autres. Et à nous-mêmes. Comme nous le sommes aux yeux du monde depuis toujours. »

L’Entroubli / Thibault Daelman

Ce premier roman est essentiel. A sa lecture on ressent l’urgence d’écrire comment moyen de s’en sortir. Car l’histoire racontée est celle de l’auteur. Celle de sa famille, de son enfance, de son adolescence. Il grandit dans la pauvreté et la violence, dans une fratrie de 5 garçons, avec un père alcoolique peu présent et une mère à la fois omniprésente et dépassée. Elle se bat pour que ses fils puissent accéder à une meilleure éducation dans des écoles privées. C’est au collège qu’il découvre un poème de Mallarmé qui lui ouvre les portes d’un autre monde, l’écriture.

Il y a de nombreux portraits des membres de sa famille, notamment ses cousins. Le récit est sans pathos, raconté avec innocence et détachement. L’écriture est précise, sans fioritures. Le style est particulier et unique, avec des rythmes différents selon l’âge du narrateur. C’est effectivement du jamais lu. Les éditions du Tripode ont le chic pour découvrir de nouvelles voix en littérature, à l’instar de Dimitri Rouchon-Borie dont le premier roman a été un coup de poing littéraire pour moi en 2021.

J’ai relevé de nombreuses citations, à lire ci-dessous. Cela signifie que j’ai beaucoup aimé ce roman. Je le relirai très certainement. En tout cas une chose est sûre, il m’a marquée dans cette rentrée littéraire. J’ai désormais hâte d’écouter l’auteur en parler et lire son texte à voix haute lors de la rencontre en ligne VLEEL le 8 septembre. Inscriptions : https://vleel.com/rencontre/rencontre-litteraire-thibault-daelman/

Je remercie les éditions du Tripode et VLEEL pour cette lecture

Note : 4.5 sur 5.

« Ma paix, de mémoire, n’a ni bruit ni silences propres. Les hurlements confinés du foyer de l’enfance se sont perdus dans le tumulte salutaire de la rue. Sorte de calme. »

Incipit :
« La ville éclaire ce qui sans elle serait la nuit. »

« Enfant, les journées sont des époques. Au soir de celles-ci, notre mère nous gavait des gâteaux qu’elle faisait en notre absence et remettait à flot nos petits cerveaux engourdis. Autour de la table recouverte de strates de feuilles et de cahiers, elle veillait, omnipotente, sur chaque ligne et chaque signe où nos regards suivaient de près les mines de nos stylos. Chacun à son niveau faisait de son mieux. Ce mieux était, plus qu’une fin en soi, le moyen de prouver au monde et, au-dessus, à la famille, qu’on peut réussir de rien. Nous travaillions ainsi à rétablir l’honneur. Notre tablée était l’officine de sa revanche. Elle s’enquérait chaque soir de nos notes. Les résultats adjugeaient de nos êtres. »

« Nous étions envahis de son. Du son de nous. Vacarme qui s’ignorait. Ça bruitait, ça chialait, englobait. Tonus inclusif qui montait aux crânes, énervait et calmait. Un désir de la main à l’objet s’arrêtait parfois pour un autre ou pour mille, urgents, oubliés. On se laissait solliciter, submerger d’activité, de jaillissements. Voguant au possible, on n’était rien. Rien que nous. »

« J’ai souvent senti le regard appuyé et lointain du jugement se porter sur moi et sur cette différence qu’on m’inventait et qui s’appelait « pauvreté ». »

« Dès mon retour, j’allume l’écran et, la tête la première, tombe dans l’immédiat. L’humour se réduit à la moquerie. Le débat, quand ça lui prend, se fait appeler « polémique ». Mot sophistiqué appliqué à cette activité sans consistance. Ça croit débattre. Ça se débat. Cascade abjecte, boue d’opinions où le conflit se plaît à gesticuler, à se perpétuer, à bruire. L’actualité est une incontinence dont on se dispute les déjections. Huées et applaudissements, humiliations et ovations cadencent le tout, le rien. Tandis que le bruit remplace la pensée, le futile se change en système, en mentalité, en époque.
Jugeant, j’adhère. Le regard, à force de mépriser, s’englue, des heures durant. Les yeux avides, la cervelle spongieuse, affalé dans des sursauts de lueur vaine, je me noie. Assidûment. »

« Je voudrais haïr la vie, mais en suis affamé. Ma cervelle génère une pensée dont je suis incapable. Mes yeux ont faim d’un monde dont j’ai horreur. Mon corps, enfin, désire ce que je crains le plus. Il désire l’autre.
Dès que je peux, je me gave d’images et de nourriture. Je fais diversion jusqu’à écœurement. Et quand manger et voir sont comblés, quelque chose en moi crie toujours.
Où elle palpite, la vie s’exige. La vie est son urgence. Urgence qui emprunte toutes mes veines, prend forme, corps, sexe, jusqu’à ce que l’autre soit là, nu, juste derrière mes yeux. Sa nudité a une cambrure, une épaisseur, des plis, des recoins. Ce corps a beau n’être que mental, exister lui va mieux qu’à moi. La seule manière d’évacuer la vision sera d’y croire, d’y céder. »

« La vie, tout autour de nous, agit sur certains vivants comme un acide. La corrosion nous apparaît chaque jour plus flagrante, plus fatale. Rien ni personne n’y peut s’opposer. Notre fougue, à grandes rasades d’alcool fort, a beau se prolonger d’ivresse, l’atroce colle à nos pas comme à nos âmes et rattrape nos deux êtres vacillants jusqu’après la pesanteur, jusqu’où l’espoir se dégueule. »

« Le chaos de l’instruction, au regard de mon chaos de provenance, est salutaire. J’ai pour ces heures lestes une gratitude profonde. »

« L’enfance passée, chacun de nous devenait le fantôme de l’enfant qu’il avait été et ne serait jamais plus. Notre mère aurait voulu qu’on la ramène au temps des bords de lèvres à essuyer, des égratignures à désinfecter, des cauchemars à tourner au ridicule. »

« Toutes les briques se ressemblent, pourraient se confondre. Mais il y a, au fond de la cour, le troisième étage, débordant de fleurs, toutes les fenêtres ouvertes, en toute saison. Il y a les fenêtres où l’on subit et, à l’angle, celle, précise, où l’on souffre. On pourrait rentrer à l’oreille. La cour, l’immeuble, l’étage crient. Et nous, on rentre au cri. »

Sans Eden / Maïa Thiriet

Gabriel arrive à La Prugne, un petit village à la campagne où Eden, la mère de leur fils Tom, a loué une maison pour une semaine, loin de Paris et du Covid. On découvre les habitants de ce hameau et la maison avec eux. Ils font connaissance avec João, un Brésilien installé depuis 1 an, chez qui ils prennent l’apéro le soir. Puis Marc-Antoine et sa chienne Blanche permettent à Tom de sortir et faire des promenades en forêt. Et Dylan, le garçon qui travaille à la boucherie du supermarché. Une routine s’installe.

L’ambiance n’est pas sereine. On sent le mal-être de Gabriel grandir. On s’interroge alors sur sa santé mentale. Il entend des voix la nuit. Peut-être y a-t-il des fantômes à l’étage dont l’accès leur est interdit. Et puis il y a les pots de fleurs et le fauteuil déplacés au petit matin. Des choses auxquelles il ne trouve pas d’explications. Difficile d’en discuter avec les villageois.

Il attend l’arrivée d’Eden pour repartir mais celle-ci tarde à venir, puis ne répond plus à ses messages. La tension monte. Dans la 2ème partie apparaît un nouveau personnage, Roxane. Et la troisième partie est le dénouement de cette histoire comprenant beaucoup de suspense.

Je ne vous en dis pas plus pour ne pas gâcher votre plaisir à découvrir cette histoire très bien menée aux allures de thriller.

Tom est un petit garçon attachant. Gabriel est fragile et angoissé, toujours amoureux de son ex-femme. Un personnage complexe, d’ailleurs j’ai trouvé que tous les personnages sont travaillés et ont des caractéristiques particulières.

C’est toujours un plaisir pour moi de découvrir de nouvelles voix. Ce premier roman m’a captivée et m’a fait cogiter, deux très bons indicateurs pour vous le recommander en cette rentrée littéraire.

Je remercie les éditions Emmanuelle Collas pour cette lecture.

A venir, la rencontre en ligne VLEEL avec l’autrice et l’éditrice, le mardi 16 septembre 2025 à 19h. Inscriptions : https://vleel.com/rencontre/rencontre-litteraire-maia-thiriet/

Note : 4 sur 5.


Incipit :
« – Ta mère, c’est un génie !
Tom est d’accord. Il ne répond pas, il sourit. Dans le rétroviseur, Gabriel voit la bouche de son fils pleine de dents de lait, de trous, de tartelette aux fraises. Il répète : un génie ! Le petit lève le pouce. Il attend la suite…
– Alors, pour commencer, elle loue une petite maison de vacances à la campagne.
Tom hoche plusieurs fois la tête de haut en bas.
– Moi, Tom, franchement, j’aime pas la campagne.
Tom hoche la tête latéralement – une seule fois, sans sourire. Son père, lui, secoue la sienne de droite à gauche, bien plus longtemps :
– Non, non, non… En fait, c’est pas que j’aime pas la campagne : je hais la campagne. Mais, bon, en même temps… Il fait la moue en levant les mains, paumes tournées vers le pare-brise, comme pour le bénir ou comme si on le tenait en joue ; devant lui, la route se tient droite. En même temps, c’est vrai qu’elle aurait tort de se priver, ta mère, vu qu’on vit plus ensemble.
Il repose ses mains sur le volant – ce que Tom préfère – et reprend :
– Donc au départ, ta mère loue une maison à la campagne pour y aller avec toi et son… son petit vieux…
Tom s’esclaffe, la pâte sablée s’esclaffe, elle rejoint les miettes sur le pull de Tom, les peaux de saucisson éparpillées partout. »

Irina, un opéra russe / Anouar Benmalek

Première lecture et chronique de la rentrée littéraire !

Walid, franco-algérien, comme l’auteur, fait ses études à Leningrad en 1978 et tombe amoureux d’Irina Rostova, jeune chanteuse d’opéra à l’avenir prometteur. Mais le destin décide de les séparer. 40 ans plus tard, Walid revient à Saint-Pétersbourg dans l’espoir de retrouver son premier amour.

Anouar Benmalek met en lumière dans cette fresque historique hautement romanesque une période sombre de l’histoire de l’URSS. Il s’agit de la famine du Kazakhstan dans les années 1930, abordée au travers du personnage de Vladimir, le grand-père d’Irina. Certains passages de ce livre paraissent particulièrement d’actualité.

469 pages un brin nostalgiques qui m’ont parfois perdue à force d’allers-retours dans le temps. Quelques longueurs mais qui ont vite été effacées par la force romanesque de l’histoire. Certains personnages ont la faculté de revenir dans le passé et de changer le cours de l’histoire. Le roman mélange ainsi les époques. Si vous êtes amateurs de romans linéaires, passez votre chemin.

Si vous aimez les grands romans russes, celui-ci vous fera voyager, passer par plusieurs émotions et espérer jusqu’au bout. Il est paru aujourd’hui en librairie !

Je remercie les éditions Emmanuelle Collas pour cette lecture.

Rencontre gratuite en ligne VLEEL le dimanche 7 septembre 2025 à 19h, inscriptions : https://vleel.com/rencontre/rencontre-litteraire-anouar-benmalek/

Note : 4 sur 5.

« Prologue
Leningrad, 1981
– Sais-tu à quelle condition j’accepterais d’endurer l’éternité du paradis ? Seulement si, par extraordinaire, Dieu avait la somptueuse idée d’y construire, non loin de la grande bibliothèque de l’arbre de la connaissance, un opéra tout plein de dorures avec, au programme, les artistes lyriques les plus doués depuis Ève, la première prima donna. »

« J’ai tant de choses à te dire, ou plutôt, une seule, mais vaste comme la mer. »

« En un sens, je suis morte quand j’ai compris qu’elle n’était plus de ce monde. Mais ce n’est pas tout de mourir, encore faut-il continuer à vivre après. »

La rentrée littéraire 2025

Le 13 août est le top départ cette année pour les première sorties. Voici ma sélection parmi les 484 livres à paraître en cette rentrée littéraire. En légère hausse, on reste tout de même sous la barre des 500 titres parus.

Côté français, on compte ainsi 344 titres publiés, dont 73 premiers romans. (Source : Livres Hebdo)

Les titres apparaissent par date de parution. Vous pouvez cliquer sur les titres pour accéder à la présentation de l’éditeur et en savoir plus.

Cette liste peut bien entendu évoluer en fonction des chroniques que je lirai, de vos retours et surtout des deux soirées de présentation de Varions les éditions en live (VLEEL) le 31 août et le 4 septembre.

Mes chouchous, repérés, notés, achetés ou bientôt dans ma PAL :

  • Les mandragores / Marius Degardin (1er roman, Le Panseur, 14/08/25, 21€90)
  • Trois fois la colère / Laurine Roux (Ed. du Sonneur, 14/08/25, 20€)
  • Cœur de cochon / Susie Morgenstern (essai littéraire, JC Lattès collection Bestial, 20/08/25, 18€)
  • La joie ennemie / Kaouther Adimi (essai littéraire, Stock collection Ma nuit au musée, 20/08/25, 19€90)
  • Nous sommes faits d’orage / Marie Charrel (Les Léonides, 20/08/25, 21€90)
  • Jacky / Anthony Passeron (2nd roman, Grasset, 20/08/25, 19€50)
  • Le désir dans la cage / Alissa Wenz (Les Avrils, 20/08/25, 22€)
  • L’entroubli / Thibault Daelman (1er roman, Le Tripode, 21/08/25, 20€)
  • L’homme sous l’orage / Gaëlle Nohant (L’Iconoclaste, 21/08/25, 21€90)
  • Du côté des vivants / Violaine Bérot (Buchet Chastel, 21/08/25, 19€)
  • Aimer / Sarah Chiche (Julliard, 21/08/25, 22€50)
  • Cantique du chaos / Mathieu Belezi (Robert Laffont, 21/08/25, 23€)
  • Voyage voyage / Victor Pouchet (Gallimard collection L’Arbalète, 21/08/25, 20€)
  • Le lotissement / Claire Vesin (2nd roman, La Manufacture de livres, 21/08/25, 19€90)
  • Devenir écrivain / Alexandre Lacroix (Allary, 21/08/25, 22€90)
  • Les promesses orphelines / Gilles Marchand (Aux forges de Vulcain, 22/08/25, 20€)
  • Irina, un opéra russe / Anouar Benmalek (Ed. Emmanuelle Collas, 22/08/25, 22€90)
  • Mémoires de Mayron Schwartz / Jean-François Beauchemin (Ed. Québec Amérique, 22/08/25, 22€)
  • Jouer le jeu / Fatima Daas (2nd roman, Ed. de l’Olivier, 22/08/25, 20€)
  • Une saison de colère / Sébastien Vidal (Le Mot et le reste, 22/08/25, 18€)
  • Chasseurs d’été / Soufiane Khaloua (Agullo, 28/08/25, 22€90)
  • La bibliothèque retrouvée, une enquête / Vanessa de Senarclens (1er roman, Zoé, 28/08/25, 20€)
  • Sans Eden / Maïa Thiriet (1er roman, Ed. Emmanuelle Collas, 29/08/25, 21€90)
  • Le parlement de l’eau / Wendy Delorme (Cambourakis, 03/09/25, 23€50)
  • Madame Bijou / Thomas Vinau (Gallimard collection Sygne, 09/10/25, 19€)

Ils ont l’air bien tentant, à découvrir :

  • Le bonheur / Paul Kawczak (La Peuplade, 14/08/25, 23€)
  • Une drôle de peine / Justine Lévy (essai littéraire, Stock collection Bleue, 20/08/25, 19€)
  • Yann dans la nuit / Julie Brafman (1er roman, Flammarion, 20/08/25, 21€)
  • Vingt ans / Karine Silla (Ed. de l’Observatoire, 20/08/25, 23€)
  • Nous n’avons rien à envier au reste du monde / Nicolas Gaudemet (Ed. de l’Observatoire, 20/08/25, 21€)
  • Tout ouïe / Alexandre Postel (Ed. de l’Observatoire, 20/08/25, 22€)
  • In violentia veritas / Catherine Girard (1er roman, Grasset, 20/08/25, 22€)
  • Tout ira bien / Laurent Nunez (Rivages, 20/08/25, 21€)
  • Destéria et les démineurs / Nedjma Kacimi (Cambourakis, 20/08/25, 22€)
  • Le ciel est immense / Feurat Alani (JC Lattès, 20/08/25, 20€90)
  • Ce que je vole à la nuit / Rebecca Benhamou (HarperCollins, 20/08/25, 18€)
  • La peau dure / Vanessa Schneider (Flammarion, 20/08/25, 20€)
  • Je rouille / Robin Watine (1er roman, Calmann-Lévy, 20/08/25, 18€50)
  • L’incendiaire / Constance Rivière (Stock, 20/08/25, 20€50)
  • Toutes les vies / Rebeka Warrior (1er roman, Stock, 20/08/25, 20€90)
  • La tentation artificielle / Clément Camar-Mercier (Actes Sud, 20/08/25, 23€)
  • L’application des peines / Didier Castino (Les Avrils, 20/08/25, 21€10)
  • De l’autre côté de la vie / Fabrice Humbert (Calmann-Lévy, 20/08/25, 19€90)
  • L’âme de fond / Julia Clavel (1er roman, Ed. de l’Observatoire, 20/08/25, 23€)
  • L’ami Louis / Sylvie Le Bihan (Denoël, 20/08/25, 22€50)
  • La mauvaise joueuse / Victor Jestin (Flammarion, 20/08/25, 18€)
  • Ce refrain qui te plaît / Nadège Erika (HarperCollins, 20/08/25, 19€90)
  • Rattraper l’horizon / Mani Khosraw (Actes Sud, 20/08/25, 21€)
  • Celle qui fugue / Cécile Tlili (Calmann-Lévy, 20/08/25, 18€50)
  • L’enfant à la tête baissée / Alexis Salatko (Denoël, 20/08/25, 21€)
  • Je voulais vivre / Adélaïde de Clermont-Tonnerre (Grasset, 20/08/25, 24€)
  • Les derniers jours de Harry Yuan / Arbon (1er roman, Au diable Vauvert, 21/08/25, 22€)
  • Géographie de l’oubli / Raphaël Sigal (1er roman, Robert Laffont, 21/08/25, 17€)
  • Le dernier entretien et autres conversations / Joan Didion (essai littéraire américain, Les livres de la Promenade, 21/01/25, 15€)
  • Comment torpiller l’écriture des femmes / Joanna Russ (essai littéraire américain, Zones, 21/08/25, 20€)
  • Allô la Place / Nassera Tamer (1er roman, Verdier, 21/08/25, 18€50)
  • Nourrices / Séverine Cressan (1er roman, Dalva, 21/08/25, 21€50)
  • Counani : un roi sans terre ni couronne / Jean-Paul Delfino (Istya & Cie, 21/08/25, 23€)
  • Aux nuits à venir / Joffrine Donnadieu (Gallimard, 21/08/25, 22€50)
  • Au grand jamais / Jakuta Alikavazovic (Gallimard, 21/08/25, 20€50)
  • Nous les moches / Jean Michelin (2nd roman, Héloïse d’Ormesson, 21/08/25, 20€)
  • Revenir à Marimbault / Stéphanie Chaillou (Noir sur blanc collection Notabilia, 21/08/25, 19€90)
  • Quitter la vallée / Renaud de Chaumaray (Gallimard, 21/08/25, 20€)
  • Ce que nous sommes à la fin, des enfants sauvages / Denis Infante (Tristram, 21/08/25, 19€)
  • Perpétuité / Guillaume Poix (Verticales, 21/08/25, 22€)
  • Quatre jours sans ma mère / Ramsès Kefi (1er roman, Philippe Rey, 21/08/25, 19€)
  • Le grand horizon / Lola Nicolle (Phébus, 21/08/25, 20€50)
  • L’amour moderne / Louis-Henri de La Rochefoucauld (Robert Laffont, 21/08/25, 20€)
  • La bouche dans le sable / Kévin Thiévon (1er roman, Le Bruit du monde, 21/08/25, 20€)
  • La bonne mère / Mathilda Di Matteo (1er roman, L’Iconoclaste, 21/08/25, 20€90)
  • Les forces / Laura Vazquez (Ed. du Sous-sol, 21/08/25, 22€50)
  • On m’a jeté l’œil / Anya Nousri (1er roman, Le Castor Astral, 21/08/25, 17€)
  • La hideuse / Reine Bellivier (1er roman, Bourgois, 21/08/25, 20€)
  • Les crédits / Damien Peynaud (1er roman, Noir sur blanc collection Notabilia, 21/08/25, 21€)
  • La collision / Paul Gasnier (1er roman, Gallimard, 21/08/25, 19€)
  • Née tissée / Laura Lutard (poésie, Ed. Bruno Doucey, 22/08/25, 15€)
  • Ethel Aden / Marie de Chassey (2nd roman, Alma, 22/08/25, 17€)
  • Rêve d’une pomme acide / Justine Arnal (Quidam, 22/08/25, 20€)
  • Peau d’ourse / Grégory Le Floch (Seuil, 22/08/25, 20€)
  • Louve en juillet / Gabrielle Filteau-Chiba (Dépaysage, 22/08/25, 14€)
  • Un été contraire / Pauline Vetter (1er roman, Asphalte, 22/08/25, 20€)
  • Le monde est fatigué / Joseph Incardona (Finitude, 22/08/25, 21€)
  • La folie Océan / Vincent Message (Seuil, 22/08/25, 22€)
  • Et brûlent les enfances / Virginie Noar (Les pérégrines, 22/08/25, 20€)
  • Nancy-Saïgon / Adrien Genoudet (Seuil, 22/08/25, 21€)
  • Le ministère des rêves / Momtchil Milanov (1er roman bulgare, Les Argonautes, 22/08/25, 21€)
  • Des enfants uniques / Gabrielle de Tournemire (1er roman, Flammarion, 27/08/25, 19€)
  • L’épris littéraire / Julien Leschiera (Dilettante, 27/08/25, 23€)
  • Choses qui arrivent / Touhfat Mouhtare (Bayard, 27/08/25, 16€)
  • Ça finit quand, toujours ? / Agnès Gruda (1er roman, Ed. des Équateurs, 27/08/25, 23€)
  • Avale / Sephora Pondi (1er roman, Grasset, 27/08/25, 20€)
  • Tambora / Hélène Laurain (Verdier, 28/08/25, 18€50)
  • La petite zone avec de la lumière / Sébastien Ménestrier (Zoé, 28/08/25, 16€50)
  • Les jardins perdus / Rouda (Liana Levi, 28/08/25, 20€)
  • Celle-qui-sait-les-herbes / Marc Graciano (Le Tripode, 28/08/25, 18€)
  • Le crépuscule des hommes / Alfred de Montesquiou (Robert Laffont, 28/08/25, 22€)
  • Officier radio / Marie Richeux (Sabine Wespieser, 28/08/25, 21€)
  • Doppelgänger / Gérard Guix (Aux forges de Vulcain, 29/08/25, 29€)
  • Eka ashate : ne flanche pas / Naomi Fontaine (Mémoire d’encrier, 02/09/25, 19€)
  • Que s’obscurcissent le soleil et la lumière / Frédéric Paulin (fin de la trilogie, Agullo, 11/09/25, 23€50)
  • Une écorchure / Marianne Gokalp (1er roman, Ed. du Canoë, 17/09/25, 16€)
  • La vie ressemble à ça / Titiou Lecoq (essai littéraire, L’Iconoclaste, 18/09/25, 20€90)
  • Au pays des Pnines / Sibylle Grimbert (Premier Parallèle, 18/09/25, 13€90)
  • Naufrage(s) / Michèle Lesbre (Sabine Wespieser, 02/10/25, 15€)
  • Des lances entre les phalanges / Clara Ysé (poésie, Seghers, 02/10/25, 17€)
  • Les yeux clos / Philippe Yong (Mémoire d’encrier, 03/10/25, 22€)
  • Le tas : et autres poèmes / Peretz Markish (poésie yiddish, L’Antilope, 03/10/25, 24€50)
  • Une année terrestre / Sarah Brunet Dragon (Les Avrils, 08/10/25, 20€)
  • Peaux vives / Alice Renard (Héloïse d’Ormesson, 09/10/25, 15€)
  • Cindy_16 / Louis-Daniel Godin (La Peuplade, 16/10/25, 20€)
  • Europolis / Jean Bart (littérature roumaine, Les Argonautes, 24/10/25, 21€)

Les incontournables :

  • Le livre de Kells / Sorj Chalandon (Grasset, 13/08/25, 23€)
  • Où les étoiles tombent / Cédric Sapin-Defour (Stock, 13/08/25, 22€50)
  • Où s’adosse le ciel / David Diop (Julliard, 14/08/25, 22€50)
  • Les derniers jours de l’apesanteur / Fabrice Caro (Gallimard collection Sygne, 14/08/25, 20€)
  • La forêt de flammes et d’ombres / Akira Mizubayashi (Gallimard, 14/08/25, 21€)
  • Zem / Laurent Gaudé (suite de « Chien 51 », Actes Sud, 20/08/25, 22€)
  • Un mal irréparable / Lionel Duroy (Mialet-Barrault, 20/08/25, 21€)
  • Comme en amour / Alice Ferney (Actes Sud, 20/08/25, 22€)
  • Aucune nuit ne sera noire / Fatou Diome (Albin Michel, 20/08/25, 21€90)
  • Surchauffe / Nathan Devers (Albin Michel, 20/08/25, 21€90)
  • Tressaillir / Maria Pourchet (Stock, 20/08/25, 21€90)
  • Finistère / Anne Berest (Albin Michel, 20/08/25, 23€90)
  • Entre toutes / Franck Bouysse (Albin Michel, 20/08/25, 21€90)
  • Le nom des rois / Charif Majdalani (Stock, 20/08/25, 20€)
  • Le palmier / Valentine Goby (Actes Sud, 20/08/25, 22€)
  • Tant mieux / Amélie Nothomb (Albin Michel, 20/08/25, 19€90)
  • Et toute la vie devant nous / Olivier Adam (Flammarion, 20/08/25, 22€)
  • Vertu et Rosalinde / Anne Serre (Mercure de France, 21/08/25, 18€)
  • Maman / Régis Jauffret (Récamier, 21/08/25, 21€90)
  • La marchande d’oublies / Pierre Jourde (Gallimard, 21/08/25, 25€)
  • Marcher dans tes pas / Léonor de Récondo (L’Iconoclaste, 21/08/25, 20€90)
  • Goya de père en fille / Léonor de Récondo (essai littéraire, Verdier collection Les arts de lire, 21/08/25, 7€)
  • La nuit au cœur / Nathacha Appanah (Gallimard, 21/08/25, 21€)
  • Au temps de ma colère / Camille de Toledo (Verdier, 21/08/25, 18€50)
  • L’homme qui lisait des livres / Rachid Benzine (Julliard, 21/08/25, 18€)
  • Haute-folie / Antoine Wauters (Gallimard, 21/08/25, 19€)
  • Ils appellent ça l’amour / Chloé Delaume (Seuil, 22/08/25, 19€)
  • Ramsès de Paris / Alain Mabanckou (Seuil, 22/08/25, 21€)
  • L’oreille absolue / Agnès Desarthe (Ed. de l’Olivier, 22/08/25, 19€50)
  • Adieu Kolyma / Antoine Sénanque (Grasset, 27/08/25, 23€)
  • La maison vide / Laurent Mauvignier (Minuit, 28/08/25, 25€)
  • L’obscur soleil des corps / Louis-Philippe Dalembert (poésie, Ed. Bruno Doucey, 02/09/25, 14€)
  • Simone Emonet / Catherine Millet (Flammarion, 03/09/25, 19€50)
  • Kolkhoze / Emmanuel Carrère (POL, 04/09/25, 24€)
  • Autoportrait à l’encre noire / Lydie Salvayre (essai littéraire, Robert Laffont, 04/09/25, 20€)
  • Le suicide exalté de Charles Dickens / Philippe Delerm (Seuil, 05/09/25, 15€90)
  • Savinien de Cyrano, sieur de Bergerac / Gérard de Cortanze (Albin Michel, 17/09/25, 22€90)
  • Légitime violence / Marc Dugain (Albin Michel, 01/10/25, 21€90)
  • La voix de l’arbre / Bernard Werber (Albin Michel, 01/10/25, 22€90)
  • La traversée des temps. 5. Les deux royaumes / Eric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel, 01/10/25, 22€90)
  • Dolores / Philippe Djian (Julliard, 02/10/25, 22€50)
  • 70 bis / Patrick Modiano (Gallimard, 02/10/25, 19€)
  • Échappées / Pierre Péju (Gallimard, 09/10/25, 19€)

N’hésitez pas à m’indiquer en commentaire votre sélection ou vos coups de cœur !

Retrouvez au fur et à mesure mes lectures/chroniques de la rentrée littéraire sur le blog !

24 fois la vérité / Raphaël Meltz

Les chapitres alternent entre deux personnages, Gabriel (le grand-père de l’auteur) et Adrien (le double de l’auteur), entre passé et présent.

Adrien est journaliste et écrivain. Les piges sont un boulot alimentaire comme on dit. Il écrit des articles pour des magazines spécialisés en informatique et matériel numérique pour lesquels il teste des appareils et se rend à des salons.

Son grand-père est né en 1908 et a filmé pour les actualités diffusées au cinéma à l’époque, avant les téléviseurs. Toujours une caméra devant l’œil et un cadre. On regarde le monde à travers son « 3ème œil ». Le titre fait référence aux 24 images par seconde qui correspondent à la vidéo.

J’ai aimé suivre la vie de Gabriel au travers du 20e siècle. Il est le témoin de l’Histoire et des avancées technologiques notamment des caméras. J’ai moins accroché à la partie autofictionnelle d’Adrien. Les questions existentielles que son ami Antonio se pose sur la mort du cinéma m’ont moins intéressées. Les passages sur l’écriture, les questions que se posent l’écrivain Adrien, m’ont davantage passionnée. Une belle réflexion sur la vie, la création et avec humour sur le numérique dans nos vies.

J’ai déjà lu plusieurs livres de Raphaël Meltz/Hadrien Klent. J’aime beaucoup son écriture, mais celui-ci n’est pas mon préféré. Peut-être parce que je ne suis pas cinéphile du tout. Avis donc aux amateurs du 7ème art, ce livre pourrait fortement vous captiver !

Avec cette lecture je clos mon challenge de l’été VLEEL et je coche la case de l’auteur reçu plusieurs fois en VLEEL.

Note : 4 sur 5.

Incipit :
« A
[Las Vegas]
– Mais n’oubliez pas que ça fait longtemps maintenant que nous sommes au XXIe siècle. »

« Abattu, il veut aller se coucher.
Mais moi : j’ai dormi pendant le film, j’ai regain d’énergie, j’ai envie de parler, et ça me vient comme ça, c’est rare que j’y arrive mais ce soir ça me vient, je parle de mon roman, de ce que j’essaie de faire, de ce que je comprends de ce que j’essaie de faire, raconter l’histoire d’un homme sans rien raconter d’autre que ce qu’il voit, peut-on écrire un roman uniquement par des segments de choses vues, peut-on les regarder aussi et tenter de raconter ce que vivent les personnages et ainsi construire un récit, il y a eu tant de questions sur le roman depuis des siècles, et tant de réponses, mais moi j’ai l’impression que j’ai tout oublié, que je ne sais même plus si un narrateur peut prendre la parole quand il n’est pas un personnage de son livre, je ne sais pas si je peux faire des flashforwards, me plonger dans un avenir qui est notre passé mais qui éclaire le présent que vit mon personnage, qu’est-ce que tu en dis Antonio ? – mais Antonio dort dans son fauteuil, je le réveille doucement, son grand corps mol, sa peau claire apaisée, je dois les sortir du sommeil, Antonio tu m’as écouté ou pas, oui oui j’ai tout écouté mais je ne me souviens pas trop de ce que tu disais, tu m’as parlé de quoi ?
C’est pas grave, une autre fois, allons dormir Antonio, il y aura d’autres occasions, non ? »

« Mais Gabriel sans caméra n’est pas vivant, il lui faut son troisième œil, son seul œil actif, celui qui lui sert à enregistrer le monde, par le regarder, l’enregistrer. »

« J’ai dit d’accord, que pouvais-je lui dire ? Pas d’accord, continue, sois ce que j’attends de toi, sois ce personnage qui jamais ne renonce, qui ne plie ni ne cède, sois celui qui va au bout de son idée, qui la découd comme un habit mis à plat après usage, des pans plans de tissu qui ont perdu tout volume, des structures qui mettent à jour leur organisation dans l’espace, sois tout à la fois, le Wittgenstein le Lévi-Strauss le Foucault de l’histoire du cinéma, sois le peintre de la mort du cinéma, le chorégraphe de l’épuisement du septième art, le chanteur de la disparition de la magie des images, sois, surtout, sois à la hauteur de ce que j’ai toujours espéré connaître, que j’ai passé ma vie à chercher, sois un être humain réel plus puissant, plus intense, plus original, qu’un personnage de roman, Antonio tu te rends compte que tes oreilles qui rougissent, ta peau trop rose et tes cheveux roux je m’en fous, ta carnation, ton incarnation peu importe, c’est ta légende qui compte, la réalité de ta légende, que tu sois plus, précisément plus que ce qu’un acteur pourra jamais être : une intensité réelle, pas une intensité simulée. Lorsque à Belleville tu m’as parlé de cette idée, j’ai cru que tu m’emmènerais loin, plus loin qu’un roman, beaucoup plus loin qu’un roman sur le cinéma, immensément plus loin que n’importe quel roman dans lequel n’importe quel personnage cherche à raconter la mort du cinéma, que tu m’emmènerais dans un endroit qui serait plus fort, plus complexe, plus inquiétant. Un endroit qui n’existait pas et que tu allais faire naître, par tes mots. J’y croyais, mois. J’y croyais : vraiment. »

« J’ai une forme de nausée. Pourtant d’habitude je sais contenir mes émotions dans ce genre de contexte promotionnel, je me souviens m’en être sorti la tête haute lors du lancement de la version 6 du téléphone en i- (de façon assez paradoxale, l’alcool ingéré durant ce genre de soirée me permet de garder mon estomac bien accroché, puisqu’il dilue chez moi la colère) – là ce n’est pas spécialement le numérique qui m’abat (qui a pris le contrôle de notre monde, cela fait deux décennies au moins que je documente cette victoire) mais plutôt les stratagèmes.
Je déteste les généalogies. Je déteste les familles. Je déteste la famille. Pas spécialement la mienne : la notion de famille. Ce concept vichyste comme lieu rassurant, lieu nécessaire, lieu de référence – quel écrivain aujourd’hui oserait dire famille je vous hais ? Pourquoi est-ce impossible de le dire maintenant alors que c’était permis avant ? Il y a quelque chose qui m’échappe, notre époque a assumé de regarder en face, et de tenter de corriger, tant bien que mal, la domination blanche masculine hétérosexuelle sur le monde ; mais contre la domination familiale personne ne s’est levé, aujourd’hui on va à la Gay Pride avec papa maman, on se réconcilie avec son père dont on avait dit trop de mal dans un précédent livre, on loue sa maman en huit cents pages mielleuses, et surtout, surtout, on partage sa vie, par clics infinis, avec ses parents frères sœurs cousins oncles, un grand tout dans lequel il n’est plus possible d’avoir des relations personnalisées, intimes, intenses, un simple groupe W. qui connecte tout le monde à tout le monde, on s’adore on est une famille c’est trop cool : Folcoche où es-tu passée ? Les parents dysfonctionnent on les pardonne. La fratrie déconne on la cajole. Les cousins délirent on les bichonne. Toute la famille devient lieu d’amour obligatoire, le sang vaut proximité, le patrimoine n’est plus culturel ou intellectuel, il n’est plus qu’hérédité.
Et dans l’autre sens : même les textes critiques, les documentaires haineux, les règlements de comptes numériques, même eux se font contre papa ou grand frère, comme si même des ennemis on ne pouvait pas en trouver en dehors de sa famille – drôle de retour en arrière vers une cellule qu’il n’y a pas si longtemps tout le monde acceptait de pouvoir laisser derrière soi pour s’ouvrir à un monde entier fait d’autres personnes, d’autres univers, d’autres ADN que ceux qui sont si conformes aux nôtres.
Et dans les allées de ce Salon maudit où je n’aurais jamais dû accepter de venir, brutalement (ce n’est pas un effet de style, c’est ainsi que cela s’est produit, comme un coup dans le ventre, comme une nuit brusque tombant soudain sur ma pensée) : mais toi Adrien n’es-tu pas tout simplement en train d’écrire un livre sur ton grand-père ?
Mon Dieu. »

« Quand tu passes ta vie à construire le souvenir d’un être perdu, peux-tu accepter un jour que cet être-là aurait bien dû finir quand même par mourir ; mourir à un âge « juste ». C’est quoi, un âge juste ? »

« Et puis c’est le numéro 1876 du 9 juillet 1960. Comme souvent, La Cinématographie française a vendu sa couverture à un producteur pour annoncer le tournage d’un film. Là c’est Georges de Beauregard qui a payé une double page à Jean-Luc Godard pour Le Petit Soldat, dont le tournage commence en Suisse. Et, sur la couverture, il y a ces mots, ces mots qui dans le film seront prononcés par le personnage de Bruno Forestier :

la
photographie
c’est
la
vérité
le
cinéma
c’est
24
fois
la
vérité
par seconde

et c’était ça, sans doute, que je cherchais encore : ces mots. Ces mots, pour me permettre de mettre un terme à mon livre, ce roman qui n’en est pas un, qui tente de respecter la vérité de ce qui est arrivé à Gabriel P. entre sa naissance en 1908 et sa mort en 2009. »

« […] sois à la hauteur de ce que j’ai toujours espéré connaître, que j’ai passé ma vie à chercher, sois un être humain réel plus puissant, plus intense, plus original, qu’un personnage de roman »

Contes du perroquet / Ziay-ed-Din Nakhchabi et Mohammed Qaderi

Un prince nommé Meïmoun épouse une belle jeune femme, Khodjesté. Il lui offre un perroquet, qui parle et qui est surtout très intelligent. Meïmoun part en voyage pour un moment et dit à Khodjesté de toujours demander conseil au perroquet. Une fois le prince parti, la jeune femme tombe amoureuse d’un prince étranger et désire rejoindre cet homme pendant la nuit. Elle prend conseil auprès du perroquet. La réponse ne lui convient pas alors elle décide d’aller trouver la femelle du perroquet. Mais celle-ci lui donne la même réponse, de ne pas se compromettre. Prise de colère, elle tua la femelle. Le perroquet, ne voulant pas subir le même sort que sa compagne, ruse. Chaque soir, quand Khodjesté vient lui demander la permission de rejoindre son amant, il lui raconte une histoire pour la détourner de la tentation. Les contes retiennent son attention et comme le temps passe, elle manque son rendez-vous amoureux chaque nuit. Le perroquet offre ainsi au lecteur 35 contes avant que Meïmoun ne rentre et que ce livre se termine mal… pour qui ? A vous de lire ces histoires pour le savoir !

La 4ème de couverture dit qu’il est un « pendant des Mille et une nuits et un des livres les plus lus dans l’Inde musulmane et l’Iran ».

J’apprécie la lecture des contes et ce recueil est très réussi. Je vous le recommande. Il peut se picorer au rythme d’un conte par soir, comme Khodjesté !

Cette lecture me permet de cocher l’avant-dernière case de mon challenge de l’été VLEEL, celle de la littérature du Moyen-Orient.

Contes traduits du persan par Émilie Muller

Note : 4.5 sur 5.

Conte 10
La fille du marchand et le chacal
Quand le soleil se fut couché et que la nuit arriva, Khodjesté, le cœur rempli de chagrin, vint auprès du perroquet pour lui demander la permission désirée et lui dit : « J’ai une grande confiance dans ton intelligence. C’est pourquoi je viens te trouver chaque soir. Si maintenant tu ne veux pas me donner un bon conseil, quand le donneras-tu ? Et si maintenant tu ne veux pas venir à mon secours, quand y viendras-tu ? » Le perroquet répondit « c’est à cause de toi que je me sens cette douleur au cœur et, tant que je vivrai, je n’en serai pas délivré. Chaque soir je te dis : « Va donc trouver ton ami. » Mais c’est toi qui tardes et qui écoutes mes histoires. Pour que ton secret ne soit pas connu, je veux t’enseigner un stratagème de sorte que tu sois protégée contre tous les ennuis et toutes les humiliations qui pourraient te toucher. Je ferai comme ce chacal qui a fait connaître une ruse à la fille du marchand et qui lui a donné un bon conseil. »
Khodjesté demanda : « Quelle est cette histoire de la fille du marchand et du chacal ? Raconte-la-moi sans rien oublier. »

Péquenaude / Juliette Rousseau

Entre roman et essai, j’avoue n’avoir pas tout compris à ce livre hybride. Par moment très poétique, il relève assurément de l’intime de l’autrice, de son rapport à la terre, celle de la campagne bretonne de son enfance où elle revient quelques années plus tard. Le retour à la terre.

J’avais lu son précédent livre, « La vie têtue », également publié dans la collection « sorcières » de Cambourakis. J’ai à nouveau relevé de nombreuses belles phrases, à lire ci-dessous.

Note : 3 sur 5.

Incipit :
« Il fait sombre quand je me lève. Après avoir allumé le feu, je me glisse dehors pour sentir l’air. Dans la masse obscure des arbres devant moi, une hulotte mâle rappelle que la nuit n’est pas finie. Puis l’ânesse, qui m’aura sentie, se met à braire. Mélodies du quotidien et des transitions, de la nuit vers le jour, d’une saison vers l’autre. »

« A moi qui disais régulièrement qu’en revenant habiter les lieux de mon enfance j’avais le sentiment d’être descendue dans la fosse à lisier, il me semble qu’on m’a finalement prise au mot. »

« A l’examen il y a les mots : péquenaud, plouc, beauf, cul-terreux. Campagnard. Je remarque : même dans les insultes, je n’existe pas. Mais en les féminisant, je glisse une première pierre à l’édifice du retour. Péquenaude. Un vent chaud dans les troènes, une haleine de stabule. Il faut savoir de quelle rugosité on émerge, pour en sentir le goût en bouche. »

« Se revenir, finalement, ce n’est qu’une histoire de liens : défaire ceux qui nous entravent, renouer ceux qui nous furent arrachés. Voilà, j’apprends à détricoter, retricoter. Encore une affaire de femme. »

« Enfant, ils te planteront dans le corps des gestes racinaires auxquels il te faudra ensuite survivre, jusqu’à transmettre, à ton tour, ton lot d’embourbement et de lumière. On appelle peut-être ça tenir sa lignée. »

« Derrière chaque mot que l’on couche, la mémoire de son cheminement, qui est aussi la mémoire d’un coût. Des sacrifices. La péquenaude en moi ne pardonne pas à l’écrivaine sa futilité. »

« La poésie vient en jaillissant. Elle a ce pouvoir de défaire les barrages, de révoquer les entraves. Elle sait entendre et traduire ce que disent les corps et la terre quand on les laisse parler. Je m’en saisis pour tenir l’inventaire des moments où la matière, qu’elle soit terrestre ou humaine, se raconte elle-même. Sans interruption, rendue à son règne. »

« Sur la terre brûlante la pluie jetée exhale les douceurs enfouies. Quand il pleut l’été sur la terre c’est toute la tendresse accumulée ici depuis l’enfance qui revient, vaporeuse et saisissante. »