L’autrice est une survivante de l’attaque de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015. Lorsque le terroriste a croisé son regard, il l’a épargnée. La couleur de ses yeux ressemble à ceux des Yéménites (habitants du Yémen). Elle a longtemps cherché à comprendre pourquoi il ne l’a pas tuée.
Son refuge se trouve au bord de l’étang de Berre. Elle s’y ressource, se reconstruit. Elle y découvre des dents de requin fossilisés dans un rocher. Les requins lui rappellent son enfance à Djibouti.
Elle décide de passer de la survie à la vie. Elle évoque à la fois le passé et le présent. Avec l’implantation de l’industrie pétrochimique et d’une centrale hydroélectrique, l’écologie est au cœur des préoccupations des habitants de Berre. L’autrice parcourt et observe l’étang et la mer sur sa planche. Un récit poétique et mélancolique qui nous invite à nous émerveiller de la beauté de la nature et du monde animal. Un texte pas toujours facile à lire mais il y a de très belles fulgurances. Sans oublier la magnifique couverture illustrée par Catherine Meurisse.
Incipit :
« Les ondulations du poisson reflètent les rayons de soleil qui filtrent à travers la surface, l’eau file sur sa peau dont chacune des minuscules écailles carénées, plates et rugueuses, capte les variations de courant et de lumière. Il quitte la clarté des récifs pour l’opacité des profondeurs, sa livrée grise s’argente tandis que son ventre opalescent, à mesure qu’il sonde, absorbe les dernières traces du jour, jusqu’à la nuit noire. »
« Le rocher
Ce matin, au marché du village, je suis tombée sur une édition ancienne des Oiseaux d’Aristophane. Enfin, pas si vieille : 1950, dans une traduction nouvelle d’Alexandre-Marie Desrousseaux, directeur d’études à l’École des hautes études. Le bouquiniste me l’a cédée pour deux euros. Dans son regard, j’avais d’abord cru qu’il me l’offrirait. Mais n’est-ce pas ce qu’il a fait en ne m’en réclamant que le fond de ma poche ? Ainsi vont la beauté des gestes et la gratuité de l’air. »
« J’étais morte parmi le mort, survivante parmi le survivant. »
« Les douze personnes tuées ce matin-là sont la raison de mes heures passées sur un rocher de safre, la raison de mon amour fou pour un étang malade, la raison pour laquelle je parle aux petits oiseaux et aux gros poissons. L’ennui que j’étanche ressemble à s’y méprendre à de la tristesse, une tristesse que je n’ai pas choisie et dont je ne suis pas éprise. Elle est venue à moi et je lui opposerai toujours la joie. »
« Fort-Berre est désormais le monde que j’habite, fait d’énergies fossiles et de fossiles, d’images remontées de l’enfance. L’étang malade à qui je livre mon chagrin, à qui je dérobe des dents de requins pour avoir moins mal, me murmure : « Fie-toi à moi, à mon message : si tu t’en remets aux temps géologiques, tu auras moins peur. De mon côté, en tout cas, c’est ce que je fais. » »
