Ce roman autobiographique aborde l’histoire de son père, un enfant du distilbène, né avec une malformation. De ce secret longtemps gardé au sein de sa famille, elle en fait un récit où elle met en avant le courage de son père, Jean-Luc.
Alexandrine Descotes dresse aussi le portrait de Colette, sa grand-mère. Une héroïne dans cette histoire. Elle se bat pour que son enfant ne soit pas perçu différemment des autres enfants et puisse avoir une vie semblable.
Elle raconte aussi la rencontre de ses parents en faculté de médecine, leur amour, leurs séparations et finalement leur union avec 3 enfants nés d’une FIV. Sa mère, Anne, est le personnage principal de la 3ème partie du roman.
Il y a aussi ses recherches sur le distilbène et des coupures de journaux. Elle s’interroge sur sa légitimité à écrire sur l’histoire de son père qui lui n’en parle pas. Elle évoque ce que représente l’écriture pour elle. Elle aborde également sa maternité.
Le livre se lit facilement. On peut penser à un témoignage en le lisant. Le sujet est intéressant. Au-delà d’un portrait d’un homme, on imagine toute une génération d’enfants nés avec des malformations et qui n’ont peut-être pas eu la chance comme lui de pouvoir être opéré et de vivre.
Ce roman est lauréat du Prix Talent Cultura 2026
Incipit :
« Avril 1959, Lyon
Elle ouvre les yeux. Un instant, elle ne sait plus où elle se trouve, l’esprit encore voilé de songes, le corps enfoui sous les couvertures. A ses côtés, le bébé pleure. Elle se redresse. Ses mains tâtonnent dans le noir jusqu’à l’interrupteur d’une veilleuse. Pieds nus sur le parquet froid, elle s’approche du berceau et, avec une précaution infinie, prend le nouveau-né dans ses bras. »
« Je songe à mon accouchement, à ces premiers instants de vie, si fragiles, si précieux, et les images de l’accouchement traumatique de ma grand-mère se superposent à celles que j’ai du mien. J’ai de la peine, une peine immense pour cette jeune accouchée de vingt-sept ans qui, en ce jour funeste de mars 1959, s’est vu confisquer son bébé. Je pleure la femme qu’elle a cessé d’être, ce jour-là, dont les rêves ont été balayés par l’annonce brutale d’un avenir incertain. Et je ressens de la colère envers le corps médical de l’époque – sa suffisance, son mépris des femmes et sa froideur, que ma grand-mère, en dépit de ses quatre-vingt-treize ans, n’a jamais pu oublier.
Je me demande qu’elle aurait été ma réaction face à une telle épreuve. Quelque chose me dit que je n’aurais pas eu sa force. »
« Je comprends que mes grands-parents, pour protéger mon père, ont érigé un mur de silence autour de sa naissance. Ils n’ont parlé à personne du nénuphar. Seule la famille était dans la confidence de la véritable nature des soucis de mon père, et encore : sa propre sœur, ma tante, n’en a été informée que bien plus tard. »
« Ai-je le droit de dire au monde ce que ma famille n’a eu de cesse de cacher ? De révéler ce secret vieux de soixante-six ans ?
Est-il impudique de ma part de m’intéresser ainsi à l’intimité de mon père ?
Et suis-je condamnable de voir, dans la douleur de ma famille, le matériau d’un livre ? »
« Nous débattons autour d’un thé et d’une assiette de bugnes. La bouche pleine, j’argumente que je suis obligée de faire appel à la fiction pour donner vie au récit – après tout, moi, je n’y étais pas, à New York, ce soir glacé de février 1962 – et que, pour le lecteur, le texte me semble plus fort ainsi. Le chapitre est plus dramatique, son personnage plus puissant : une véritable antihéroïne de roman. Elle rit, secoue la tête. Non, non, non, ça ne s’est pas passé comme ça. »
« J’avais imaginé une autre voix pour cette troisième partie. Finalement, c’est la sienne qui s’est imposée.
Dans la famille qui est la mienne, ce sont les femmes qui racontent. Les hommes, eux, ne se laissent pas interroger. Les récits sauvegardés dans la mémoire de mon ordinateur sont presque tous féminins.
Peut-être faut-il des femmes pour dire ce que taisent les hommes. »
« Un jour, ma mère m’a demandé pourquoi. Pourquoi ce besoin d’écrire sur l’histoire de mon père, quand lui n’a jamais eu envie d’en parler.
J’écris pour écraser la honte. Écraser la honte et faire jaillir la fierté.
J’écris parce que je suis fière de mon père. »

Un avis sur « Le nénuphar / Alexandrine Descotes »