Le joli-bois / Sujee Godard

J’ai d’abord découvert un extrait de ce roman grâce à la sélection du Prix Hors Concours 2026, avant d’être contactée par l’éditeur pour me proposer de recevoir le livre.

J’avais repéré une jolie plume qui m’a donné envie d’en lire davantage. Le sujet peut paraître difficile mais je l’ai trouvé très intéressant et pas du tout larmoyant.

Il s’agit d’un roman autobiographique. Inspiré donc de l’enfance de l’autrice en foyer d’accueil. Dans le roman, la narratrice, Noah, arrive à l’âge de 2 ans chez les Hosberg, une famille d’accueil où la colère gronde souvent. Sa relation avec Mme Hosberg, figure maternelle de référence, est ambiguë. A la fois aimée et crainte.

Elle y côtoie la violence, le racisme mais aussi l’amour. Elle raconte la méconnaissance de la norme, de ce qu’est une famille aimante où on se sent en sécurité, la peur d’être étiquetée « enfant de la DDASS » par les camarades d’école. Il y a aussi de très beaux passages sur le lien fraternel qui se tisse entre Noah et Yanis, ou sur la vie à la campagne. Le Joli-bois est une forêt où ils passent leur enfance à jouer.

Les chapitres sont courts, à l’instar de fragments. On suit Noah pendant son adolescence, puis ses débuts dans sa vie d’adulte. Elle partage ses souvenirs, ses questionnements et surtout une parole essentielle. Elle ne juge à aucun moment. Elle nous livre sa parole, résiliente, que j’ai trouvée à la fois douce et puissante.

Je remercie les éditions Double Ponctuation pour cette lecture qui me donne envie de découvrir davantage leur catalogue.

Note : 4 sur 5.

Incipit :
« Le jour de mon arrivée au monde, je pense avoir ressenti l’âme avariée de ma mère.
Celle-ci s’est propagée dans la mienne avant même que je n’ouvre les yeux.
J’ai aussitôt absorbé le vide de mon père – une curieuse invisibilité dans sa présence qui n’était qu’éphémère. »

« Il y a des naissances plus troubles que d’autres, qui mènent à des secrets cadenassés et à des événements inattendus. Je suis le fruit de l’une d’elles. Une histoire familiale complexe est ancrée sur ma peau.
Née un soir d’automne, avec pour ascendants une mère dépressive et un père absent, tout au long de ma vie j’ai dû faire face à un écran noir quand je tentais de me souvenir d’eux.
J’allais devoir apprendre à marcher à tâtons, les yeux mi-clos.
J’avais 2 ans lorsqu’on m’a déposée dans cette famille qui n’était pas la mienne.
Livrée comme un colis.
Mon maigre corps d’enfant était fébrile, mes pas hésitants.
Pourtant, quand je regarde cette photo de mon arrivée, je me vois en train de sourire. Je tiens dans la main un pissenlit que je tends en direction de l’objectif, comme si je voulais l’offrir à quelqu’un. »

« Cet après-midi de printemps, l’odeur de fruits des bois et de sucre chaud s’infiltre dans mes narines jusqu’à se propager dans l’entièreté de mon corps.
Du haut de mes 5 ans, debout sur le petit tabouret de la cuisine, je penche mon visage au-dessus de la marmite où se prépare sous mes yeux la plus merveilleuse des confitures qui existe en ce monde. La confiture d’Anne Hosberg. »

« Yanis n’a pas droit à a tendresse ni à la douche, il doit se laver dehors à l’eau froide dans un bac de pâturage pour vache. C’est souvent le soir autour de 21h.
Je regarde la télé et le vois par la fenêtre, nu et frêle dans l’eau qui semble lui glacer le corps et le cœur. Parfois, Henry lui plonge la tête sous la surface pendant plusieurs secondes pour l’empêcher de respirer.
Leïla est avec moi de l’autre côté de la vitre et trouve la scène amusante. Et pour cause, elle s’est mise à provoquer davantage ce genre de situations, en se prenant de passion pour la création des plus belles, des plus grandioses bêtises. »

« Nous allons à l’école, côtoyons d’autres adultes ; des institutrices, des parents d’élèves. Yanis est marqué sur le dos, les bras, les jambes. Personne ne voit ou plutôt personne ne dit rien. Je me demande comment c’est possible.
Ce silence aussi violent que les coups. Tous complices. »

« Les adultes ne sont pas nos repères, ils sont nos frayeurs. »

« Juste à côté de chez les Hosberg, il y a une petite forêt, on l’appelle « le joli-bois ». J’y passe beaucoup de temps avec Yanis.
A l’orée se trouve une immense plage de fougères que l’on surnomme « la jungle ». »

« Il y avait une bibliothèque grandiose. J’ai toujours admiré les bibliothèques, c’est comme une possibilité de pénétrer un monde inconnu. »

Un avis sur « Le joli-bois / Sujee Godard »

Laisser un commentaire