Les éditions du Sonneur + « L’art de la joie » de Goliarda Sapienza, il ne m’en fallait pas davantage pour avoir envie de lire ce premier roman !
Et c’est effectivement une lecture que j’ai particulièrement aimée, avec un petit côté « feelgood book ». Il s’agit de 5 femmes très différentes qui vont à un moment donné se croiser par l’intermédiaire d’un livre, « L’art de la joie » de Goliarda Sapienza.
Le livre est court, 172 pages. Les chapitres le sont également. Chaque chapitre bascule sur un autre personnage. On alterne ainsi les portraits de Louise, Amira, Maria, Carmen et Iris. Des femmes aux vies simples mais qui se trouvent toutes à un moment charnière de leur vie, ou à un basculement, en tout cas des questions les traversent et les poussent à agir. On entre dans l’intimité de chacune et on découvre leur « petit courage » pour avancer dans la vie.
Il y a de l’humour et de l’autodérision. L’écriture s’adapte à chaque personnage et à son état d’âme. Des phrase courtes souvent emplies de poésie. Un roman choral profondément humain, tendre, tout en douceur qui fait du bien et redonne de l’énergie en cette rentrée littéraire foisonnante ! Si vous avez besoin d’une bonne dose d’optimisme, lisez ce livre !
Incipit :
Louise
« Je m’entends dire : hoho !
Ma voix est comme absorbée par les bruits de la rue. »
« Amira
Je veux être cette nana à sa fenêtre.
Zéro contrainte. A son rythme. Libre.
Je veux ne pas être obligée d’aller là où je vais. »
« Amira
Ma trogne dans la vitre du four, on dirait un lama anxieux.
Le vieux micro-ondes décompte en faisant un bruit de forge.
On se croirait au Jeu des 1000 euros au moment du Super Banco. Une minute en vrai c’est une éternité.
Stridence. C’est gagné, bravo, régalez-vous Amira : vous avez gagné le gros lot, un vieux bocal de confiture de fraise rempli à la truelle de riz trop cuit.
Oh merci merci. Et trop chaud bien sûr. Fantastique. Blanc hein, sans rien. Degré zéro de la sustentation. Que dire. C’est fabuleux. »
« Iris
J’aime bien l’hôpital la nuit. Je ne te cache pas que je préfère les services de nuit, travailler quand tout le monde dort. C’est parce que j’aime bien comment sont les gens la nuit, comment on se parle, gentiment. Comme si on partageait un secret. Tu vois ?
Les couloirs déserts. Sombres. Avec les petites lumières de secours qui nous guident.
Le silence.
Quand on croise quelqu’un, on hoche la tête en signe de reconnaissance. On est reliés. On appartient au même monde. La nuit, je me sens moins seule bizarrement. Et plus utile.
Être en veille. Veiller. J’aime bien.
J’ai dû être un chat dans une vie antérieure, la nuit je vois tout. Dans le silence j’entends tout. C’est un don, ma mère a le même. »
« Désormais la tristesse est là. Comme une terre. Tout se construit sur cette terre de tristesse désormais. »
« Louise tient le tout petit fil de quelque chose qu’elle a entrevu auprès de Maria. C’est comme un fil de soie qui se déroule tandis qu’elle avance dans le couloir jaunâtre. Elle reste concentrée pour ne pas qu’il se brise ou disparaisse. »

Un avis sur « Les petits courages / Sabrina Delarue »