Surpris par l’invitation, Waldo se rend à la fête organisée par sa mère sur une presqu’île où il a passé ses vacances. Chaque été, pendant 10 ans, la famille Schnabel revient séjourner à l’hôtel Wilbeforce. Puis Diane, la mère, connaît un succès littéraire et achète une maison pour y vivre toute l’année.
Il y a les enfants Schnabel, Waldo et son frère aîné Adam. Et les filles Wilbeforce, Annabel et Olivia, qui ont le même âge que les garçons. On les surnomme les « quatre jumeaux cosmiques ». Une troisième fille Wilbeforce, Naomi, est tout bébé à l’arrivée des Schnabel sur la presqu’île. Les enfants aiment se retrouver pour jouer. L’adolescence vient bousculer l’enfance. Puis un drame plonge les deux familles dans le deuil.
Waldo se remémore son enfance et son adolescence dans ce lieu chargé de souvenirs et d’odeurs, jusqu’à la mort d’Annabel et de son frère Adam. Le point de vue change de personnage au cours du roman. On observe chacun des protagonistes, on découvre leur histoire et la tension monte progressivement. On sent qu’un secret sera révélé dans les dernières pages. Je n’en dis pas davantage pour ne pas gâcher votre plaisir de lecture.
Comme dans les précédents romans de Julia Kerninon, on retrouve de beaux portraits de femmes éprises de liberté, notamment Diane Schnabel et Eva Wilbeforce, les mères. Il est question de maternité, de condition féminine et d’écriture.
Un livre très bien ficelé dont on tourne avidement les pages pour connaître la fin. Un véritable plaisir de lecture que je vous recommande en cette rentrée littéraire.
Je remercie Netgalley et L’Iconoclaste pour cette lecture
Incipit :
« Le matin de la fête, quand l’heure avait sonné sur son réveil, Waldo s’était levé et il était allé préparer le café. Pendant que l’eau chauffait, il avait pris sa douche, enfilé un pantalon et une chemise. Revenu dans la cuisine, il avait mangé des céréales en lisant les nouvelles sur son téléphone. Au printemps, en voyant le numéro de sa mère s’afficher sur l’écran, Waldo l’avait simplement retourné face contre table. Mais Diane avait continué d’essayer de le joindre, au moins une fois par jour. Quand il avait fini par décrocher, au bout de trois semaines, elle lui avait dit :
– Peux-tu réserver le dernier samedi d’août ? Je fais une fête à la maison.
– Une fête ?
– Oui.
– Et tu t’y prends quatre mois en avance ?
– Je veux être sûre que tout le monde soit là.
– Mais tu invites qui ?
– Tout le monde. Je compte sur toi.
En vingt-sept, Waldo n’avait jamais vu sa mère organiser une fête, en dehors des goûters d’anniversaire de son enfance. »
« Une mère qui écrit, une malédiction. Il ne pouvait jamais savoir sur quoi elle allait écrire, il le découvrait uniquement quand le livre était publié. »
« Pendant l’année scolaire, la vie de Waldo n’avait que peu d’intérêt, mais l’été, Adam et lui retrouvaient les filles, et l’existence prenait brutalement des couleurs. Des vacances dorées, inoubliables, la façade blanc crayeux de l’hôtel, le roucoulement des tourterelles tôt le matin, les petits déjeuners sur un plateau posé dans le couloir, pain grillé, thé, pulpe de pamplemousse. Les joncs, le sable doux comme de la farine dans le vent, les cheveux mouillés, revenir à l’hôtel et voir la grande patère de l’entrée, avec les casquettes et les chapeaux de paille, les bérets, les serviettes-éponge et les foulards. Tellement rassurantes, les paires de bottes dans le couloir. Une soupe et un sandwich dans un sac en papier devant la porte de leur chambre, les draps frais, craquants, le carrelage de la douche, l’eau brûlante, et le sourire serein d’Eva matin et soir. »
« Combien d’heures loin de soi est-ce qu’on devait passer dans une vie ? Ce n’était pas l’effort qui l’inquiétait, mais la sensation de dépossession, de n’avoir jamais le temps de reprendre sa respiration, d’être constamment en train de performer un rôle. »
« Après le déjeuner, elle se mettait à son bureau et elle écrivait. Les mots venaient tout seuls, comme des animaux curieux. »

Un avis sur « La dernière des Wilbeforce / Julia Kerninon »