Cherche David éperdument / Paule Darmon

Paris 1990, Claire enterre sa mère. Elle tombe par hasard sur une carte postale chez un bouquiniste, qui la représente à Fès au Maroc en 1936 alors qu’elle a 15 ans. Cette photo a été prise par David, un garçon dont elle était amoureuse. Ils avaient prévu de se marier malgré son jeune âge et les interdits du statut et de la religion de David. Elle replonge alors dans ses souvenirs et sa tante Jacote lui avoue que sa mère avait détruit les lettres envoyées par David que Claire attendait avec impatience en Algérie. Elle réalise que sa mère a toujours régenté sa vie. Jacote la pousse à enquêter sur ce mystérieux D. Canel, auteur de la photo.

Claire raconte son histoire d’amour avec David et ses déménagements successifs. On traverse plusieurs époques et pays. Le tout est raconté avec un ton irrésistible. J’ai dévoré ce roman. J’ai beaucoup aimé le personnage de Claire et voir l’évolution de sa vie. A 70 ans, elle s’interroge sur ses proches. Les a-t-elle vraiment connus ? Chacun cache son secret. D’ailleurs, elle-même n’a jamais révélé à son fils aîné la véritable identité de son père…

Un très beau roman à l’écriture fluide qu’on ne peut lâcher avant la fin, gardant espoir que le destin réunisse Claire et David. Partez à votre tour dans cette formidable aventure, à la recherche d’un amour de jeunesse perdu !

Note : 5 sur 5.

Incipit :
« Le ciel broyait du noir. Le curé expédia son homélie et s’enfuit dès les premières gouttes de pluie pour prendre la tête d’un autre enterrement en attente à l’entrée du cimetière, avec corbillard de luxe, couronne de fleurs, cortège de femmes, d’hommes et d’enfants en grand deuil. En comparaison, le nôtre faisait vraiment pitié : à part nous trois, personne ne s’était déplacé. »

« Une photo de moi que je ne connaissais pas, que je n’avais même jamais vue, suspendue comme une culotte à l’étendoir d’un bouquiniste ! »

« Ah ! Comme je détestais cette ville, ce pays, cet appartement ! Comme je détestais la coiffure et cette idiote de Loutchi avec ses lèvres trop rouges et les énormes nichons qu’elle poussait orgueilleusement devant elle. Sans parler du prétentieux à particule avec sa grosse voiture couleur de merde auquel ma mère ne pouvait rien refuser ! Et surtout, comme je la détestait elle, ma mère, de m’avoir entraînée dans cette aventure, et de ne concevoir pour moi d’autres intérêts que les siens. »

« – Mais tu es jalouse ! s’exclama-t-il avec un étonnement ravi. Ma jonquille ! Mon amour, mon bouton de fleur d’oranger ! Tu es jalouse !
Personne au monde ne m’avait appelée ainsi.
Personne au monde ne m’appela plus jamais ainsi. »

« Je rebroussai chemin et, croisant un vieux monsieur qui avançait péniblement en s’aidant d’une canne, je songeai soudain à David. Comment avait-il vieilli, David ? me demandai-je. Etait-il devenu un septuagénaire ventripotent aux pantalons tire-bouchonnés ? Un patriarche autoritaire ? Il m’était difficile d’imaginer vieux le jeune homme que j’avais aimé. Je préférais me créer l’image d’un homme grand et sec, Henri Fonda venant à ma rencontre dans les ruines de Tiwanaku sur une musique d’Ennio Morricone, debout à la proue d’une chaloupe, avançant sur les eaux bleutées du lac Titicaca, ou descendant du train dans un nuage de vapeur pour apparaître au milieu d’un quai désert.
De là où elle se trouvait, Jacote devait se tenir les côtes à m’entendre délirer ainsi… Ah, ma tante ! Si au lieu de s’écrouler sur son clafoutis, elle s’était contentée de vivre, nous serions maintenant toutes les deux à nous geler les pieds sur les trottoirs de La Paz, à rire et à échafauder d’improbables hypothèses. Ah ! Comme elle me manquait ! »

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