Dans les années 1930, dans l’Oklahoma, la famille Dunne tente de survivre à la sécheresse et à la Grande Dépression. A travers Milt, Julia, et leurs filles Myra et Lonnie, on ressent la rude vie dans les campagnes, le Dust bowl ou les tempêtes de sable avec la poussière qui s’infiltre partout. La crainte de perdre une récolte est angoissante. La faim est omniprésente. Surnommés les « Okies » ou les « nègres blancs » pour les travailleurs exploités par les compagnies de coton par exemple, ils tentent de rester dignes malgré le mépris et la maltraitance subis. Les enfants ont faim et s’affaiblissent, si bien qu’ils ne peuvent plus aller à l’école. A la toute fin du roman, les grèves apparaissent.
Il y a aussi de beaux moments de solidarité entre fermiers et entre femmes, avec notamment la famille Starwood, des voisins qui suivent le même exode à la recherche d’une vie meilleure. D’épreuve en épreuve, on suit les Dunne et les Starwood en espérant que leur condition s’améliore.
Le livre est accompagné de quelques photos de Dorothea Lange. Cet épisode tragique de l’histoire américaine est très bien raconté et écrit par Sanora Babb dans les années 1930, mais seulement publié en 2005, quelques mois avant son décès. Elle a passé plusieurs mois dans un camp à aider les réfugiés, à les interviewer. D’ailleurs John Steinbeck a utilisé les notes de terrain de Sanora Babb pour rédiger son célèbre roman « Les raisins de la colère ». Il a publié son roman avant elle et vu son succès, celui de l’écrivaine n’a finalement pas été publié car sa thématique était trop proche de celui de Steinbeck. Grâce aux merveilleuses éditions du Sonneur, elle peut enfin être lue par les lecteurs francophones et appréciée à sa juste valeur.
Préface et traduction de l’américain par Thierry Beauchamp
Incipit :
« Un vieil homme avait obtenu une récolte correcte de sorgho à balais cet été-là et le prix de la tonne avait été meilleur que d’habitude, mais une fois que les dettes de l’année eurent été réglées et qu’il eut mis de côté un peu d’argent pour commander par correspondance les provisions de l’hiver, il ne resta plus rien.
Ainsi vivaient, d’année en année, les cultivateurs des terres arides. Ils gagnaient juste assez pour se nourrir et s’habiller, et encore, en quantité insuffisante. Il fallait payer des graines de qualité pour la saison suivante, et s’acquitter des taxes. L’ogre des impôts réclamait tout au long de l’année et la récolte ne rapportait généralement pas assez pour le rassasier. »
« Julia essaya de repasser, mais la poussière, qui s’était infiltrée dans des endroits où le vent lui-même ne réussissait pas à pénétrer, donnait aux vêtements une teinte grise et sale. Elle les rangea discrètement, sachant qu’ils étaient tous à cran. Elle sentait la poussière sur sa robe et sur sa peau, dans sa bouche et son nez, sur tout ce qu’elle touchait. Ils furent soulagés lorsque les corvées du soir furent achevées et qu’ils purent enfin aller se coucher. Julia se réveilla plusieurs fois dans la nuit à cause de Milt qui se retournait et soupirait dans son sommeil. De temps à autre, les enfants se mettaient à tousser, et à un moment, Lonnie réclama à boire d’un ton plaintif. Seul le vieil homme dormit profondément et ses ronflements rythmèrent sa plongée dans les abysses de l’oubli.
Le lendemain fut semblable. La tempête de poussière avait soufflé toute la nuit et, au petit matin, la cour avait l’aspect mélancolique d’un site abandonné, en ruine, où l’on revient après des années. »
