1991, près de Bordeaux, à Cestas, 4 ados deviennent amis à travers la musique et forment un groupe, M(us)K. Il y a Simon à la basse, Leïla au violon, Manu à la batterie et Alex à la guitare. Alexeï Malkine est un meneur, un garçon intrigant, solaire et libre.
Le roman alterne les voix des quatre amis autour de leurs souvenirs. On les retrouve 25 ans plus tard, à l’initiative de Manu devenu policier. Il décide de reparler du 21 juin 1992, de la soirée où Alex a disparu et leur groupe a cessé d’exister. Chacun se sentant coupable, n’ayant pu prévenir le suicide de leur ami. Tous ont arrêté la musique. A la lueur d’une autre affaire, Manu relance l’enquête officieusement. Une obsession qui chamboule sa vie ainsi que celle de Leïla et Simon.
La musique est au cœur de ce premier roman. Chaque souvenir possède une chanson. On retrouve à la fin du livre, la liste de tous les titres. Les sentiments des adolescents sont très bien décrits et écrits. Les pièces du puzzle se mettent lentement en place. Le suspense est maintenu jusqu’au bout. Je me suis laissée surprendre par cette histoire que j’ai dévorée le temps d’un weekend.
Une belle surprise que je n’aurais pas lue sans la sélection des 68 premières fois. Merci pour cette découverte.
Incipit :
« Bordeaux, 1er juin 2017
Je me tiens devant la boîte aux lettres, prêt à lui donner la becquée. Les enveloppes sont introduites dans la fente, je tarde seulement à les lâcher. C’est un de ces moments suspendus où l’on se sait capable de bousculer la tranquillité du jour. Mon geste est irrémédiable. Je ne suis pas un homme de pouvoir, alors j’hésite. »
« C’est agréable d’échanger avec quelqu’un qui ressent la musique. L’écouter c’est une chose, la vivre en est une autre. La musique, elle ne me touche pas, elle me percute. Elle me prend par les émotions, comme un grappin dans les fêtes foraines, me fait vibrer et me raconte une histoire. A aucun moment, à mes oreilles, elle ne peut être décorative. Je ne l’entends pas, je la vois, je la touche et la respire. Pour moi, l’écoute est une action à part entière. »
« Cestas, 10 septembre 1991
Sortie de l’EP Smells Like Teen Spirit de Nirvana
Souvenir de Leïla Chali
Aujourd’hui, Simon et moi avons terminé à midi. J’ai croisé Alex dans la cour, il m’a demandé à quelle heure rentrerait ma mère. Je lui ai répondu 18 heures, il a pris son sac sur le dos et m’a suivie, laissant derrière lui, sans se retourner, une heure de latin et deux heures de philo. Alex s’affranchit aisément des contraintes et ne regarde pas en arrière. Je l’admire pour cela. Il se questionne et tranche dans le vif. Je suis capable de passer des heures à soupeser le pour et le contre, me décider, me rétracter, me décider de nouveau, hésiter, regretter, m’en vouloir et en arriver à la conclusion rapide et implacable que ma vie est un échec.
Choisi est le verbe que je déteste le plus. Il sent le cramé, il est sournois et sa couleur bistre me donne la gerbe. Il est un palier conduisant à deux portes diamétralement opposées. Si j’en franchis une, l’autre s’effrite, emportant avec elle une partie de mes promesses. Je me déçois toujours. Dans ces conditions, je n’ai jamais séché un seul cours. Alex trouve que je manque de légèreté. Je ne lui donne pas tort. »

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