L’autrice est surtout connue pour ses romans jeunesse et ados. J’ai eu l’impression au début de lire un roman pour ado puis je me suis laissée prendre par l’histoire et le mystère de ces polaroids que découvre Maxine dans la cabane au bord de la mer où vit son père. Ce dernier vient de faire un AVC qui lui a laissé des séquelles. Il ne peut plus parler ni jouer du violoncelle. Il était musicien professionnel de renommée internationale et il a composé des œuvres.
Maxine a toujours une caméra à la main. Elle réalise des vidéos et son projet du moment concerne le désir ou l’absence de désir de maternité. Elle est dans un période où elle s’interroge elle-même sur son désir d’avoir un enfant ou non avec son compagnon Gaëtan.
Les photos sont envoyées d’Écosse, plus particulièrement d’une île. Maxine décide de partir pour cette île et mène son enquête auprès des habitants. Si dans un premier temps il est difficile de trouver des personnes encore en vie et se souvenant d’un jeune violoncelliste ayant passé une année sur cette île avec son violoncelle en 1967-68, peu à peu elle arrive à rencontrer les témoins de cette époque. Au gré des rencontres, la jeune femme reconstitue le puzzle de ce trou dans la biographie de son père. Un secret bien gardé et chargé d’émotions auquel elle ne s’attend pas.
Les chapitres alternent entre les recherches de Maxine et l’île racontant cette année particulière vécue par Térence. Une histoire faite de silences, de musique, d’amour, de tourments.
Il y a de magnifiques descriptions des paysages, des sensations, des odeurs. L’autrice évoque la condition féminine à l’époque et le travail disparu dans les carrières d’ardoise. Un roman joliment écrit, plein de rebondissements, à lire si vous aimez les secrets de famille ou les histoires se déroulant en Écosse !
Incipit :
« Reste seule
Stay alone
Il était seul ce matin-là, comme la plupart des matins. Lorsqu’il s’est senti mal, au lieu d’appeler les secours, il est sorti, le grain râpeux de ses pieds sur la dune froide, et il n’a pas réussi à remonter vers la cabane. Il s’est affalé là, entre les herbes hautes et bercées de vent. »
« De l’eau par-dessous la porte, de l’eau qui monde au pied du lit. Il y a celle qui ruisselle de la falaise et des collines, et celle qui lèche les rues du village par vagues successives à mesure que la marée haute échappe à l’enceinte des rochers. Ce que la met veut, la mer prend. »
« Depuis qu’elle est en Écosse, elle aurait envie que le reste du monde n’existe plus vraiment, que les projets de ses amis se mettent sur pause, que le flot des emails se tarisse ; pouce, on ne joue plus. Alors que la lenteur avec laquelle son enquête avance l’exaspérait, elle commence à l’aimer. N’a rien envie de précipiter. Parce que, à l’exception des traces photographiques, les réponses qu’elle espère sont enfouies dans des mémoires d’hommes et de femmes qu’elle doit trouver et apprivoiser. C’est comme si le travail de vidéaste qu’elle construit depuis presque dix ans n’avait été qu’un long entraînement pour ce voyage dans le passé de son père. »

Un avis sur « Ce que prend la mer / Manon Fargetton »