Une famille revient vivre sur la Butte, terre ou plutôt forêt habitée par les générations précédentes. Le climat est déréglé et les tempêtes sont fréquentes et catastrophiques. La maison isolée possède un atelier où le père travaille le bois et un bunker pour se protéger des intempéries. La mère régente les tâches ménagères. Elle est obnubilée par la propreté. Les trois filles, Pihla, Dag et Mette lui obéissent au doigt et à l’œil. On se croirait dans le passé mais la voiture est bien présente donc nous sommes dans une époque contemporaine voir dans un futur proche. Après trois filles, la mère donne enfin naissance à un fils, Finn. Tous les espoirs reposent sur lui. Il secondera le père.
Il y a surtout une sorte de malédiction qui pèse sur cette famille. Dès que les filles ont la « maladie du sang », le père les emmène au Mont. Ce qui s’y passe, je vous laisse le découvrir, mais il faut avoir le cœur bien accroché. En tout cas, l’aînée, Pihla ne revient pas. Alors Dag commence à avoir peur de la maladie du sang. Elle fera tout pour échapper à son destin, celui que son père a décidé.
Ce premier roman est incroyablement maîtrisé, la tension monte encore et encore. L’écriture est envoûtante. On ressent la douleur des personnages, les bruits, les craquements de la forêt, les odeurs. Un conte horrifique fait de violences intrafamiliales qui ne laissera personne insensible.
C’est un livre que je n’ai pas pu lâcher. Impossible d’abandonner Dag. Véritable coup de poing littéraire, je vous le recommande pour sa sororité et si la violence ne vous effraie pas !
Replay et podcast VLEEL à venir
Prologue :
« C’est une renarde jeune encore, mais suffisamment aguerrie pour chasser seule le lièvre, l’écureuil et le campagnol sur la Butte. »
« Dag a trois ans quand le père décide de quitter la ville. Ils étouffent dans l’appartement perché tout en haut de la tour de métal. Souvent, elle descend avec sa sœur Pihla jusqu’au hall d’entrée. Il y fait frais. Presque moins de trente-cinq degrés les bons jours. Assises, elles sentent sur leurs cuisses la tiédeur du carrelage. Il n’y a plus d’hiver dans la cité. Le béton l’a transformé en piège à chaleur. Dag a connu cela, pourtant elle n’a plus aujourd’hui aucun souvenir de cette vie intérieur, dans un air artificiel. De l’impossibilité de sortir, six mois sur douze. »
« Le père lui a parlé de la sorcière. Elle a vécu bien avant sa naissance, quand les premiers ancêtres se sont installés sur la Butte, fuyant un pays qui aujourd’hui n’existe plus. Elle a semé le malheur sur des générations, qui ont vu les moutons mourir sous les pluies de grêle, le bois pourrir, la terre s’assécher. Les fils ne survivaient que pour souffrir la famine et le désespoir. L’ombre de cette lointaine aïeule effraie encore le père. Le malheur pourrait revenir, la sorcière resurgir. Elle aura forcément alors les traits d’une sœur. Finn sait qu’il doit se méfier d’elles, des filles et de la forêt. »
« Dag n’a qu’une année de moins que Pihla, et tout les oppose physiquement. Derrière l’aînée, elle reprend son souffle et admire les mollets pleins et dorés, l’alignement parfait de la cheville et du genou, le bassin carré où s’attachent les muscles puissants des cuisses. Elle, Dag, est chétive et tordue, poussant bas, à l’instar des pins crochets exposés au vent.
Et soudain une anomalie dans ce tableau athlétique accroche son attention. Sur la cuisse de l’aînée perle une sueur étrange, d’abord un point rouge sombre, semblable à la tête d’un pyrrhidium, puis une coulée fine qui s’étire et serpente jusqu’à sa cheville. Elle s’écrie : « Pihla, ta jambe ! Tu saignes ! » La sœur répond sèchement qu’elle a dû se blesser en courant vers la cabane, ou le long de la corde rêche. Dag sait bien que Pihla n’aime pas qu’on la croie faible. Pourtant, l’aînée se retourne, tente d’essuyer le sang qui ne cesse de couler. Elle remonte son short, cherchant la plaie sur le haut de la cuisse, le bas de son ventre. Ne constatant rien, elle se résout à glisser une main dans son short, la ressort écarlate. Aussitôt elle blêmit. Dag s’affole, exige de savoir ce qui arrive à Pihla. »
« Par la fenêtre à l’est, Dag aperçoit la clairière de la Butte, avant les falaises. L’éolienne aux pales immobiles dans l’atmosphère lourde et ralentie, devant l’appentis. Un souffle brûlant est remonté de la plaine en suivant les pentes, s’est ajouté à la réverbération des roches exposées au sud. Le ciel, de plus en plus bas, de plus en plus gris, compresse la chaleur dans l’air qui semble moins respirable et s’est chargé de gros cumulus. D’ici quelques heures, ils formeront une masse de cumulonimbus et déclencheront l’orage. »
